CASIO FX-5500

La CASIO FX-5500 est une machine singulière. D’un format horizontal qui rappelle à coup sûr les Ordinateurs de Poche des années 80, elle en reprend le long afficheur LCD ainsi que la molette de contraste.

La 5500 n’est pas vraiment programmable, elle est pourtant davantage qu’une simple calculatrice scientifique. Ses spécialités sont la manipulation des formules : factorisation, simplification développement. Les résolutions d’équations sont aussi au rendez-vous, y compris les systèmes à 2 ou 3 inconnues. Il existe trois mémoires dédiées aux formules (I, II, III), qui peuvent au besoin s’enchaîner les unes aux autres.

Le grand écran de 24 caractères est particulièrement adapté à l’affichage des longues propositions. Les exposants sont représentés comme il se doit en écriture naturelle, grâce notamment à la touche d’entrée dédiée Xn.

Des fonctions spécialisées bien sérieuses, on le voit, pour une machine à l’aspect métallique très agréable. Des couleurs vives, un volume et un poids idéaux en mains, la CASIO FX-5500 est une calculatrice qu’on manipule avec un vrai plaisir. Un couvercle de plastique se clipse en façade sur deux fines charnières qui permettent d’ouvrir et refermer la machine à la demande.

Quand la 5500 fut-elle produite ? Quelques indices placent le curseur à proximité de l’année 1986, sans certitude absolue cependant.

Machine singulière dans sa présentation horizontale et ses spécificités, la CASIO ne me parait pas isolée pour autant dans le paysage du calcul des années 80. Je vois dans le CANON F-300 et la SHARP EL-5100, deux machines au destin voisin : nées en pleine décennie des Pockets Computer programmables en Basic, en ayant hérité l’aspect et l’écran généreux, pourtant non programmables ou presque, et simplement totalement originales.

 

SHARP EL-5001

La SHARP EL-5001 est couramment confondue avec un autre monstre sacré du constructeur, le SHARP PC-1201.

Un aspect assez voisin, une période de production commune, 1977, et une barre très élevée pour les décrocher sur le marché de l’occasion, voilà qui brouille les pistes quand il s’agit de bien différencier ces deux modèles très recherchés.

Des différences il y en a. A commencer par celle-ci : Ces deux machines montrent chacune un visage différent du calcul programmé.

Ainsi, alors que le PC-1201 est une vraie programmable pourvue de mémoire non volatile (qui ne s’efface pas hors tension), la SHARP EL-5001 possède une bibliothèque de programmes gravée en mémoire. Hors ce dispositif, la mémoire de la 5001 est complètement volatile.

La bibliothèque de la SHARP EL-5001 est accédée au moyen d’un dispositif original, une solide molette pilotée avec le pouce, qui sélectionne les programmes un par un, six en tout, en glissant les légendes de commandes sous les quatre ouvertures prévues à cet effet au sommet du clavier.

Les quatre touches grises juste en dessous pilotent les programmes. Un peu comme les cartes qu’on glissait sous l’écran des TI-58 pour expliciter l’usage des touches A B C D E selon le programme du module interne sélectionné.

Que font ces six programmes ? Celui qui porte le numéro 1 se nomme N comme Normal calculations & plot. Placé sur cette position, toutes les touches de la calculatrice sont opérationnelles ainsi que le sélecteur permettant d’opter entre le mode parenthèses ou couple de mémoires additionnelles. Le programme Plot donne les différents points d’une fonction numérique. On entre pour cela la valeur de départ, celle de l’incrément, et les frappes successives sur la touche de fonction numérique choisie (log par exemple) donneront celles des points successifs qu’il suffit de reporter sur un papier avec son crayon (les calculatrices graphiques feront mieux, mais 10 ans plus tard, c’est encore bien loin).

Un coup de molette et hop ! voilà le programme n° 2 enclenché et ses légendes mobiles bien en place. Nommé Statistical calculation, il offre la panoplie classique des fonctions statistiques : sommes, moyenne, et écarts.

Le programme suivant, Calculation of quadratic equation, donne les solutions, complexes le cas échéant, de l’équation du 2d degré. A ce propos le digit le plus à gauche de l’écran de la 5001 est consacré à la production d’alertes diverses, et ce pour l’ensemble des programmes. C’est l’affichage ici des 3 segments supérieurs qui informe l’utilisateur que le résultat est complexe.

Une nouvelle impulsion sur la molette et nous voilà plongés dans l’univers des intégrales. La EL-5001 n’étant pas programmable, il peut sembler ardu de lui expliciter la fonction à intégrer. Ça n’est cependant pas nécessaire car seules les fonctions formées sur x² sont intégrées. Cela limite selon moi la portée du programme.

Voyons le suivant : le programme 5 se nomme Complex number calculation and coordinate conversion. Il permet l’arithmétique complexe, de façon simple, ainsi que les transformations de coordonnées.

Le dernier coup de molette donne accès aux vecteurs et leur manipulation, de façon aisée là aussi. Une nouvelle impulsion nous ramènerait au programme n°1, la boucle est bouclée.

A noter que selon le programme sélectionné, certaines touches de la calculatrice sont neutralisées.

Le dispositif par molette, qui peut paraître original voire incongru (implantation d’un organe mécanique au sein d’un objet électronique par essence) se révèle une réussite tant l’ergonomie rend les calculs agréables et sûrs. Le principe des touches de menus apparaît peut-être pour la première fois (mais CASIO a su faire aussi, la FX-3 est sans doute plus ancienne encore) mais est promis à un très bel avenir.

La fiabilité n’appelle pas de remarques, l’organe est simple mais parfaitement conçu.

On peut déplorer malgré tout un faible choix de programmes, et un pilotage par quatre touches seulement. Mais certaines légendes sont dédoublées (accès par la touche F).

Sur le plan des simples fonctions scientifiques, la SHARP EL-5001 se montre généreuse : des fonctions trigonométriques, bien sûr, mais aussi hyperboliques, les conversions sexagésimales, les combinaisons et permutations.

Une mémoire de base, auxquelles peuvent s’ajouter deux autres si on renonce aux parenthèses. Dans ce cas, un digit – celui réservé au signe de l’exposant – affichera un segment par mémoire pour en signaler l’occupation. La 5001 est sans doute la machine qui utilise le plus de segments pour signaler diverses situations. Ce qui sera habituel avec les afficheurs à cristaux liquides (LCD) et la multitudes de témoins qu’ils autorisent l’est beaucoup moins avec les affichages fluorescents verts.

La SHARP EL-5001 est une machine de belles dimensions : 164 mm X 87 mm X 26 mm. Comme toute bonne SHARP de cette époque, elle dispose de commutateurs latéraux, pour le mode angulaire et la gestion de la mémoire. Et l’interrupteur général est placé sur le côté gauche.

Mon modèle confirme le défaut des légendes de touches qui ne résistent pas bien au temps, comme je l’avais remarqué sur le PC-1201.

Un dernier mot sur l’afficheur généreux lui aussi, de 10 chiffres plus 2 pour l’exposant, qui rappelle celui de certaines Electronika russes, avec les digits obliques aux segments frêles. Mais c’est complètement fortuit.

NOKIA E72

En marge du thème général consacré ici aux calculatrices, voici un objet bien actuel puisqu’il s’agit d’un smartphone. Actuel mais déjà un peu rétro. Le clavier mécanique, l’habillage métallique, le minuscule écran désormais désuet me semblent dans le ton de beaucoup d’objets présentés ici.

A quelle occasion ce NOKIA a-t-il bien pu resurgir dans mon quotidien ? Tout a commencé par une banale et contrariante aventure de smartphone égaré. Mon 5.2 pouces dernier cri gardé en position non verrouillé dans ma serviette de travail disparaît en même temps qu’elle un soir, peu avant de rentrer chez moi.

Je la pense soit égarée, soit dérobée ou sur le point de l’être. D’un coup je mobilise mes souvenirs récents pour comprendre comment cela a pu se produire. Je tente de garder mon calme et agis au plus vite pour neutraliser la SIM de l’appareil. Pas évident dans l’improvisation.

Je repasse au bureau où tout le monde est déjà parti, rallume un PC, me connecte à l’opérateur téléphonique, suis ses instructions et échoue lamentablement à l’étape d’identification car je ne me souviens plus du mot de passe. L’opérateur propose de me le redonner, à condition que ce soit par SMS vers mon portable. Vu qu’il est perdu, cela me fait une belle jambe.

Je tente d’autres alternatives vaines et chronophages et décide, tout en m’épongeant le front, de me rendre en boutique coûte que coûte. Ouf ! le personnel agit efficacement et neutralise l’appareil vulnérable. Je sors avec une petite carte SIM de substitution qui attend de rencontrer mon prochain smartphone.

Voilà un problème résolu, mais à ce moment précis l’achat d’un remplaçant ne me semble absolument pas urgent, bien au contraire. Les émotions récentes viennent de me dégoûter de ces appareils que j’utilise bien peu finalement, et si mal. Je trouve en particulier les dispositifs tactiles bien trop sensibles pour mes doigts qui déclenchent 20 ordres intempestifs dès que je les prends en mains.

Je finis par rentrer chez moi, partagé entre l’idée de me passer de téléphone et le constat que les services qu’il me rend, notamment dans le cadre professionnel me sont désormais précieux. Existe-il aujourd’hui un smartphone puissant et différent des autres ? Cette question tourne dans ma tête toute la soirée.

Puis voilà que me revient l’idée de ce très beau téléphone que ma fille utilisait voilà quelques années. Il doit encore être dans sa chambre. Je monte voir et en effet le NOKIA est bien là et je découvre avec surprise combien aujourd’hui il est devenu rétro.

Je le branche quelques minutes et il s’allume, il répond. Du coup je déballe ma nouvelle carte SIM, et là, nouvelle surprise agréable, ma micro SIM prévue pour un smartphone de 2017 est fondue dans un cadre de taille SIM standard, ce qui permet une parfaite compatibilité descendante. Et voilà le NOKIA qui marche, envoie des SMS, en reçoit, veut aller sur internet se dégourdir les jambes !

Le lendemain, le NOKIA était avec moi au travail, autant par plaisir que par nécessité. On s’en doute, des limites apparurent vite, en particulier l’écran 2.4 pouces trop inconfortable pour qui est habitué au désormais banal 5.2 pouces. Une lenteur bien perceptible également.

Fin du conte de fées, après quelques jours, le NOKIA avait logiquement cédé sa place à un fade 5.5 pouces bien actuel, triste et horriblement cher pour un entrée de gamme.

Pas question d’oublier le NOKIA pour autant. Je sais maintenant que cet appareil n’est pas concerné pas l’obsolescence programmée, qu’il est compatible avec les supports SIM actuels et qu’il rend instantanément des services de base de qualité. Sans parler de sa physionomie originale et soignée, et … son excellent clavier mécanique.

Hewlett-Packard 32S

Les anciennes calculatrices de marque Hewlett-Packard demeurent très recherchées par les amateurs.

La gamme « Pioneer » apparue en  1987 ne fait pas exception. Bien qu’aucun de ses modèles ne soit aujourd’hui rare ou introuvable, les prix d’échanges pratiqués peuvent compliquer l’exercice consistant à se les procurer tous.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Existe-t-il une Pionner plus facultative qu’une autre, ou bien les faut-il absolument toutes ?

Que trouve-t-on au sein de cette famille ?

  • Trois financières : la toute simple 10B, la plus sympathique 14B, la puissante 17B. A noter que les modèles 10 et 17 sont restés commercialisés jusqu’à nos jours sous des versions et formes parfois différentes, tandis que la 14B n’a pas eu de suite. Elle est pourtant agréable et parmi les plus abordables financièrement.
  • des scientifiques, plus ou moins programmables : la 20S à la carrière longue elle aussi, les 21S, 22S à carrière courte, la 32S et ses variantes successives, la 42S, haut de gamme mythique,
  • une hybride, aussi à l’aise dans le monde financier que celui des sciences, la 27S, livrée avec horloge et alarmes !
  • une logique de calcul tantôt algébrique (c’est une première chez HP !) ou classique RPN,
  • des écrans mono-lignes, à segments ou à points, et des écrans à deux lignes
  • un système de programmation traditionnel pour les 20S, 21S, 32S, 42S ou plus chichement par l’intermédiaire du solveur d’équations pour les 17B, 27S, 22S. Les deux petites financières 10B et 14B ne sont pas programmables.

Je ne dispose pas de tous les modèles Pioneer. Mon idée initiale était de donner vie à petit à petit à un souvenir vieux de trente ans maintenant : la découverte fortuite dans une grande librairie de Reims de la toute première famille Pioneer, 5 ou 6 modèles tout au plus ce jour là. Comme ma recherche n’est pas très assidue, certains manquent encore à l’appel (la 20S, la 10B) tandis que d’autres se sont invités tout seuls au fil du temps, comme la 21S et la 42S.

Un modèle me tenait à cœur, la 22S que je tenais pour intermédiaire, puissante, programmable, pas courante. Échangée à des niveaux de prix substantiels, je ne l’ai acquise que récemment. Et pour moi, la 22 est une déception. S’il existe un modèle Pioneer facultatif, je vote pour la 22S. Car elle n’est pas programmable en dehors de son maigre solveur. Son (bel) écran est mono ligne et peu adapté à la logique algébrique qui l’anime, les caractères trop espacés saturant vite sa capacité et donc sa lisibilité. Autant la 32S est directe, franche dans son utilisation, autant la 22 me semble fastidieuse et limitée. C’est malgré tout une jolie machine, très similaire à la 27S dans sa présentation.

J’ai acquis la 32S tout aussi récemment. La 32S a été commercialisée longtemps, elle a connu des versions successives mais c’est bien celle de toute première génération que je voulais bien sûr, celle de mon souvenir. Et voilà bien une Pioneer incontournable ! Moins étoffée que l’illustre 42S, elle ne démérite pourtant point. L’utilisation est directe, franche, sûre, un régal.

Les Pioneer ont longtemps été synonymes de robustesse. La construction est bonne en effet, on peut pourtant, maintenant que bon nombre d’années sont passées, remarquer un signe de fatigue qui commence à se rencontrer sur plusieurs modèles : des touches qui répondent mal, voire plus du tout. Il faut alors exercer une légère pression à la base de l’écran pour que la frappe retrouve son effet. Ce problème se voit aussi au sein de la famille des HP-48.

La photo ci-dessus, montrant côte à côte deux « Pioneer« , met en évidence l’existence de deux afficheurs légèrement différents : Bien que matriciels et mono-lignes l’un et l’autre, il apparait que deux tailles différentes ont coexisté.

Je dois par ailleurs me rendre à l’évidence, ma 32S ici présente est sans doute déjà une évolution de la 32S primitive. En témoigne la bordure d’afficheur renforcée, comme on la rencontre sur les modèles plus tardifs. La 32S de mes souvenirs devait en toute logique présenter un afficheur analogue à celui de la 22S, avec bordure fine et digits mi-hauteur.

La quête peut continuer, mais rien ne presse !

 

SHARP EL-586

En 1986 le constructeur SHARP tente un concept étrange voire saugrenu. Il donne un habillage souple à sa EL-546.

La SHARP EL-586 n’est pas répandue. Quand fut-elle produite exactement ? pourquoi ? et à destination de quelles régions du monde ? Je n’ai pas les réponses.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une machine « molle ». Elle conserve une certaine rigidité qu’elle doit à sa seule carte-mère. La coque de plastique souple qui constitue la 586 est d’une finesse extrême, 3.1 mm selon le manuel, on jurerait beaucoup moins.

Pour le reste, il s’agit exactement de la EL-546. Y compris la cellule solaire et la pile de secours, déchargée sur mon modèle, et à laquelle je ne sais accéder. Le manuel précise que seul un agent SHARP serait habilité à la remplacer. J’ai bien essayé pour ma part, mais je ne vois aucun moyen d’ouvrir la machine. J’ai pu découvrir la carte-mère en ôtant délicatement le clavier qui est une simple pellicule collée. Mais je n’ai rien pu désassembler, ni voir la fameuse pile.

La rigueur de la conception ne fait pas pour autant de la 586 une machine fiable. De faux contacts gâchent tout plaisir de jouer avec. Cet aspect est bien sûr renforcé par une pile de secours déchargée incapable de compenser les ruptures d’alimentation.

Je ne décèle aucune différence entre l’afficheur de la 586 et celui de la 546. Je suis étonné par la finesse du dispositif, pourtant généreux en surface et possibilités d’affichage.

Il existe un détail sympathique dans cette calculatrice hors normes : les légendes (sur les boutons de mémoire) qui font un clin d’œil à maintes SHARP historiques. Les touches aux coins arrondis se voient ainsi partagées en deux au moyen d’une barre horizontale (photo ci-dessous, avec à droite une vieille PC-1100).

Je ne connais qu’une calculatrice scientifique qui soit aussi fine : la CANON F-54 et ses 3.5 mm d’épaisseur. Question rigidité, c’est le jour et la nuit !

Dernier détail qui souligne la finesse extrême de la SHARP EL-586, sa housse, pas plus épaisse qu’un étui de carte de bus !

Ci-dessous, les jumelles techniques 546 (*) et 586.

 

Extraits du manuel (manuel en de nombreuses langues dont le français)

 

(*) la SHARP EL-546 représentée dans cet article est en fait une 506SLR. Les 546 et 506SLR sont pour autant exactement les mêmes machines, dont seul le nom diffère.

SHARP PC-1350

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Je l’ai vu arriver en 1984. Je pensais avoir compris ce qu’était un PC-1211 ou un 1251 : des calculatrices programmables de nouvelle génération, ultra modernes. Mais je ne comprenais pas le PC-1350. Sans doute montrait-il la direction que prenait désormais le phénomène Ordinateur de Poche, avec une inflation galopante des caractéristiques, dont cet écran vu comme hypertrophié, surplombant un clavier chétif, purement fonctionnel, sans âme. Mais pourquoi un si grand écran ? pourquoi autant de mémoire ?

Voilà comment mes yeux tout neufs de 1984 percevaient cet objet, une sorte d’alien-Computer, une dérive inexorable, à un moment où le constructeur n’a sans doute plus rien à dire mais veut encore retenir ses acheteurs.

Quelle erreur … Mon regard d’aujourd’hui est tout autre. Bien sûr que le PC-1350 est une vraie évolution des Pockets Computers initiaux. Evidemment qu’il n’est plus une calculatrice. Il en possède encore des fonctions mais c’est désormais bien plus que cela. Son écran graphique, sa mémoire vaste, ses nombreux périphériques le destinent à des tâches nettement plus sophistiquées et créatives.

Tenir un PC-1350 en mains aujourd’hui est un vrai plaisir. L’appareil est lourd, les lignes métalliques nettes. L’écran est confortable et 30 ans plus tard ses dimensions ne me choquent plus du tout, bien au contraire.

Commodore SR-4921

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L’archétype de la grosse Commodore typique des années 70, avec son afficheur à diodes rouges et ses nombreuses et magnifiques touches scientifiques.

Quoiqu’en regardant bien, on se rend compte que celle-ci n’est pas comme les autres.

Vraiment vous ne voyez pas ? Cherchez un peu du côté de la touche EGAL. Eh oui la Commodore 4921 ne possède pas cette touche, elle a, à la place, le « ENTER » (ENT ici) caractéristique de la notation polonaise inverse (RPN en anglais) .

On croit souvent à tort que Hewlett-Packard fut le seul constructeur à implémenter ce mode particulier de calcul. En fait, de nombreuses marques s’y sont essayées à un moment ou un autre, y compris Commodore, avec ce modèle, qui autant que je sache, est unique sur ce point dans le vaste catalogue de la marque.

Il est inhabituel de tenir en main une Commodore RPN, au point que le naturel veut reprendre le dessus, et qu’on se trouve vite face à une machine indomptable. Et on mesure du coup les déboires que peut rencontrer une personne non initiée à ce mode d’entrée des données : il est alors impossible de tirer quoi que ce soit de sa machine.

Comment utilise-t-on une calculatrice RPN ? comment initier la personne ci-dessus ? C’est là que cela se corse car une telle initiation commence toujours par un petit discours sur l’intimidante touche ENTER, puis sur le concept abscons de « notation polonaise inverse », avec peut-être une tentative audacieuse de prononcer le nom compliqué du logicien polonais qui en fut le promoteur … A ce stade de l’initiation, on a face à soi une personne qui vous écoute encore poliment, mais qui a déjà compris que jamais de sa vie elle n’utilisera une calculatrice aussi inutilement compliquée. Avant qu’elle se sauve, on se dépêche d’attaquer le chapitre de la syntaxe d’entrée mais c’est trop tard, la personne est déjà loin …

Selon mon expérience, c’est tout le contraire qu’il faudrait faire. Ainsi, je fais le pari qu’en deux indications, je puis réconcilier n’importe quel public avec une machine RPN. Tout d’abord, on peut établir une comparaison entre la touche de racine carrée de n’importe quelle calculette, et les 4 touches arithmétiques de ma RPN : ça marche pareil, dans les deux cas, on entre d’abord la valeur, et ensuite on tape la touche de fonction. Ici les touches + – × ÷ ne sont plus les éléments d’une syntaxe mais de simples touches de fonctions : la fonction [SOMME de 2 nombres], la fonction [DIFFÉRENCE entre 2 nombres], la fonction [PRODUIT de 2 nombres] et la fonction [RAPPORT entre 2 nombres]. Comme ces fonctions agissent non sur une seule valeur, mais sur un couple de valeurs, le ENTER vient séparer les deux au moment de l’entrée.

La seconde indication à fournir est l’existence de niveaux sur lesquels les valeurs s’empilent jusqu’à dégringoler par au-dessus quand on dépasse le 4e … Et voilà. En évitant soigneusement les mots qui ferment, on transmet en quelques instants la base indispensable pour comprendre et apprivoiser sans appréhension les réactions de la machine ! C’est du vécu 😉

La notation polonaise inverse est appelée aussi notation postfixe. Cela consiste comme on l’a vu à entrer d’abord les valeurs, puis la touche arithmétique à la fin. Toutes les machines RPN font comme cela. En revanche l’aspect manipulation de la pile (ce que j’appelle les niveaux au paragraphe précédent) peut présenter des spécificités d’une machine à l’autre. Disons-le tout net, le spécialiste Hewlett-Packard est sans soute celui qui en a très tôt offert la version la plus aboutie : tout y est pour piloter cette pile du bout des doigts : la touche FLECHE BAS qui défile en boucle les 4 valeurs de la pile, la touche X<>Y qui permute les deux premiers niveaux, le LAST X qui rappelle la dernière valeur affichée, utile en cas de fausse manipulation. On peut aussi ajouter une duplication systématique du 3e niveau sur le 4e, à mesure que les valeurs descendent, ça n’a l’air de rien, mais quand ça manque, on le remarque.

Et c’est le cas pour la Commodore 4921. Sa pile dispose de 4 niveaux comme une HP, c’est bien car beaucoup n’en donnent que 3, mais elle ne connait pas la duplication automatique du dernier niveau. Pour les curieux qui se demandent quel processeur tourne dans la 4921, en voici la photo.

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Hormis la spécificité de la notation polonaise inverse, la 4921 est une Commodore très classique sur le plan des possibilités. La panoplie des fonctions scientifiques est plutôt riche mais on est tout de même en 1978 : la trigonométrie, les logarithmes et leurs réciproques, des touches statistiques bien pratiques, les conversions polaires/rectangulaires.

Trois mémoires sont disponibles, accessibles en faisant suivre la touche mémoire de 0, 1 ou 2 (tiens, ça n’est pas très RPN finalement cette façon de faire, mais ça n’est pas le propos). Le problème, c’est qu’on peut tout aussi bien taper n’importe quel chiffre de 0 à 9, ce sont toujours les trois mêmes mémoires qui seront adressées, chaque mémoire pouvant être atteinte par plusieurs adresses, voilà qui ne peut qu’embrouiller …

Un dernier point, concernant le nom exact de ce modèle. Doit-on dire SR-4921 ou bien RPN4921 ? SR est abondamment utilisé chez Commodore (=Slide Rule) . Une réponse est donnée quand on retourne la machine, la plaque est sans équivoque, on y lit RPN4921.

 Mais comme le manuel indique SR-4921, c’est finalement comme on veut. Et moi je préfère SR-4921

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Commodore LC4512

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Une calculatrice Commodore qui ne serait pas une épaisse machine à petits chiffres rouges, voilà qui serait original.

Le géant Commodore, très présent sur le marché des calculatrices tout au long des années 70 a parfois laissé de côté ses gros afficheurs et ses diodes rouges pour de modernes et fins dispositifs LCD. Rencontrer ces modèles discrets et peu répandus n’est pas chose facile.

Voici donc la LC-4512, une Commodore scientifique tardive (1978), légère et extra-plate, du moins pour la partie clavier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses formes ne sont pas habituelles. Est-ce en raison de la tradition maison du profil biseauté ? ou de la nécessité de caser les deux lourdes piles AA ? Toujours est-il que le profil est inédit, avec une zone clavier étonnamment mince qui se termine par un afficheur fortement incliné à 40°. L’originalité se poursuit avec de larges dentelures sur tout le pourtour.

Côté technique, la LC-4512 est une scientifique complète, non programmable, animée par un processeur Toshiba, le même sans doute que dans la Toshiba SLC-8300, sa jumelle technique. L’afficheur, jaune, typique de cette période, est à 8 positions avec zone d’exposant dédiée et un splendide témoin « Error » qui donne envie de tenter toutes les frappes interdites juste pour le plaisir !

Le clavier est d’une grande qualité. Les touches sont affleurantes, leur course est très courte et pourtant un déclic souple et net accompagne dans la douceur chaque appui.

Avec ses touches de couleur vives, l’écran jaune, son design unique, une belle qualité de construction, la Commodore LC-4512 est une machine de caractère, qui en met plein les yeux, et qui restera sans doute et c’est dommage l’une des dernières calculatrices produites par le géant Commodore.

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SHARP PC-1201

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Qui pourrait deviner en regardant cette image que 2 ans et demi seulement séparent ces deux machines ?

Celle de gauche est typiquement une calculatrice scientifique des années 70 : un afficheur fluorescent vert strictement numérique, des commutateurs latéraux, un interrupteur mécanique.

La machine de droite est l’ultra moderne et célèbre PC-1211 de 1980, ordinateur de poche programmable en langage structuré, pourvu d’un clavier ordinateur et d’un écran alphanumérique LCD à faible consommation.

Malgré ces différences qui frappent l’oeil, il semble bien qu’un lien de filiation réel rapproche ces deux machines.

Dans leur nom tout d’abord. Ici l’acronyme PC-1201 ne signifie plus Pocket Calculator comme pour les précédentes calculatrices SHARP, mais bien pour la première fois Pocket Computer. Car le SHARP PC-1201 est programmable. Il offre 128 pas de capacité, et gère les codes combinés, c’est-à-dire qu’un pas lui suffit pour stocker à la fois l’instruction et son adresse.

L’éditeur est confortable, on peut relire en avant, en arrière, insérer, effacer. Les instructions sont représentées par des codes formés des numéros de ligne et colonne. Les sauts, conditionnels ou non, les appels de sous-programmes sont disponibles ainsi qu’une batterie de 4 tests. Et détail insolite : un buzzer qui fait bip à la frappe de chaque instruction. Mais pas de bip possible en dehors de ce contexte précis.

Ajoutons une caractéristique importante, d’avant-garde : la mémoire continue ! L’extinction n’efface pas la mémoire. Le logement classique des 2 piles « bâton » AA comporte un petit compartiment contigu qui abrite à cet effet deux petites piles « bouton ».

On peut penser qu’en 1977, année de lancement du PC-1201, une calculatrice dotée de tel atouts était assimilable à un ordinateur, à l’instar de l’étonnante CASIO FX-201P, solide programmable de 1976. Tout comme elle, le SHARP PC-1201 fut complètement inconnu sur le marché français de cette époque.

Du côté des fonctions de calcul, le PC-1201 présente des caractéristiques plutôt classiques, des fonctions scientifiques, une touche d’accumulation statistique pour les moyennes, de bien pratiques Int et Frac (partie entière / partie décimale). Douze mémoires, dix chiffres (12 en interne). La rapidité de calcul n’est pas élevée (447 secondes pour cumuler les sinus de 0 à 360) mais pas ridicule pour l’époque.

Il se murmure çà et là sur le net que le PC-1201 permettrait l’adressage indirect, c’est à dire l’utilisation d’une adresse qui serait elle-même le contenu d’un registre. Bien qu’une mémoire soit repérée par un symbole mystérieux (s), rien n’est avéré et personne ne semble avoir pu mettre en évidence cette possibilité. Le manuel serait une bonne source d’étude mais j’avoue ne pas le détenir, et reste donc sur ma faim sur ce point.

Sur le plan esthétique, le SHARP PC-1201 est une très jolie machine. Un bémol cependant sur la sérigraphie des légendes de fonctions. Outre le fait que certaines d’entre elles ont tendance à s’effacer avec le temps, l’usage qui y est fait de minuscules et majuscule peut donner un aspect un peu étrange au clavier.

La construction est solide, le PC-1201 s’allume sans souci malgré les années et fonctionne de façon absolument normale, et la mémoire continue est un vrai atout. Deux années après le lancement de cette calculatrice-ordinateur, SHARP dévoilera le PC-1211, qui n’aura plus rien à voir avec lui.

L’âge d’or des années 80 vient de s’ouvrir.

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CASIO FX-201P

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Comment expliquer que l’existence d’une telle pépite ait pu m’échapper pendant tant d’années ?

Quand je lisais l’Ordinateur de Poche au début des années 80, deux marques se partageaient l’essentiel du marché des machines programmables puissantes, en France du moins : Hewlett-Packard et Texas-Instruments. Leurs chevaux de course se nommaient HP-65, HP-67, HP-41, HP-29C, HP-34C ou TI-SR56, TI-SR52, TI-57, TI-58, TI-59 …

Des marques japonaises comme CASIO ou SHARP étaient surtout renommées pour des machines simples, à quatre opérations ou scientifiques peu originales.

Dans son grand article portant sur les machines programmables du moment, le magazine nous faisait assister à ce qui ressemblait aux débuts prometteurs des deux japonais, enfin décidés à jouer des coudes avec les constructeurs américains. SHARP, avec un PC-1211 dernier cri, qui recueillait tous les superlatifs des rédacteurs, et CASIO, qui ne montrait encore qu’une classique mais très moderne calculatrice programmable LCD, la FX-502P, dont les auteurs de l’article se montraient prudents à prophétiser l’impact.

Sauf que les deux grands japonais n’étaient pas complètement novices. Ils brillaient depuis quelques années, mais ailleurs. SHARP, avec un très intéressant PC-1201 ainsi que l’étonnant combiné (presque de poche) PC-1300, et CASIO avec une gamme d’énormes machines, la 201P ici présente, la 202P à mémoire permanente, et le PRO FX1 (*), équipé d’un lecteur de cartes magnétiques, à l’instar des reines HP-67 et TI-59.

Voilà que trente ans plus tard, je découvre la CASIO FX-201P, machine très originale, produite en 1976.

L’aspect est étonnant, les dimensions inhabituelles : 17,2 cm de haut, 10,4 de large, 3,4 d’épaisseur, 364 g en ordre de marche, 6 rangées de touches en bas, 7 en haut, c’est du hors-norme. La machine est belle, l’esthétique n’est pas brute mais soignée, avec des courbes discrètes qui en font un très bel objet.

Bien que machine de poche, la prise en main nécessite un peu d’habitude. A ce sujet, nous trouvons peut-être ici l’explication des touches absentes du clavier, fait coutumier chez CASIO. Pourquoi en effet laisser un trou en bas entre les touches EXP et =, et en haut à droite sous START ? Pourrait-il s’agir d’une aide à la préhension, le pouce d’une personne droitière trouvant tout naturellement sa place dans cet emplacement libre. Idem pour l’espace du bas qui permet d’attraper fermement la machine sans appuyer sur aucune touche. C’est spéculatif mais je parie dans ce sens.

Point paradoxal, la FX-201p ne possède pas un grand nombre de fonctions préprogrammées, contrairement à ce que suggère la profusion des touches. Nous trouvons les racines, les logs, la trigonométrie et c’est à peu près tout. Les touches aux légendes les plus mystérieuses sont réservées à la programmation de ce qui, en 1976, se classait davantage comme un ordinateur qu’une calculatrice. Témoin, la position « manuel » du sélecteur de programmation qui sous-entend que la règle est avant tout ici le calcul programmé.

La documentation est indispensable pour s’approprier le protocole de programmation. On découvre alors un système souple, puissant, et finalement simple. L’affichage n’étant pas alphabétique, les touches ont leur code, souvent un mélange de chiffres et de caractères étranges. Les codes sont gravés sous les touches correspondantes, ce qui facilite la relecture des programmes. Les données d’entrée et de sortie bénéficient de leur propre touche : ENT pour introduire les paramètres et ANS pour afficher les valeurs de sortie. A noter que deux lumières rouges à la base de l’afficheur fonctionnent de concert avec ces touches. Le test IF, très particulier, porte sur trois statuts à la fois : inférieur, égal, supérieur, et effectue les branchements en conséquence. Les sous-programmes et l’adressage indirect sont gérés.

Les défauts dont souffre la 201P sont la limitation de la mémoire de programme : 127 pas seulement, c’est peu, et elle n’est pas permanente. La vitesse de calcul n’est pas vertigineuse, on s’en serait douté pour une machine de 1976. Le test du calcul programmé de cumul des 360 sinus est exécuté en 11 minutes, soit 660 secondes. Les futures HP-41, TI-59 ou SHARP PC-1211 tourneront entre 290 et 400 secondes. Mais les suivantes, HP-15C ou TI-66 feront pire que la 201P.

Que manquait-il à ce superbe calculateur, que les machines modernes apporteraient quelques courtes années plus tard ? Une imprimante, une interface cassette ? Rien de tout cela ici. la CASIO 201P n’offre aucune connectivité, excepté le cordon mural d’alimentation 220V.

A bien regarder, il existe pourtant un compartiment mystérieux, accessible en ôtant une vis au dos, qui montre ce qui ressemble fort à un port de connexion. Mais je ne sais pas encore à quoi.

(*) Cette famille de calculatrices comprend aussi la PRO-101, absolument introuvable et connue par 2 ou 3 photographies de prospectus (japonais) d’époque.

SHARP EL-531

SHARP_EL531-10

Chez SHARP, le numéro 531 fut abondamment décliné au fil des âges.

Il se pourrait bien que le modèle ci-dessus soit le tout premier, produit dès 1983 ou 1984.

Je me souviens bien de ces machines pour les avoir parfois utilisées à cette époque. Elles étaient généreuses : Une jolie petite machine scientifique puissante, pas chère du tout, avec un bel affichage confortable une autonomie de plusieurs milliers d’heures (10.000 pour le modèle 4 opérations – 2 piles AA tout de même). Et aussi les toutes premières touches gomme.

Pour changer les piles point de couvercle à ôter : on appuie sur la languette du haut et c’est l’ensemble de la façade arrière qui s’ouvre.

 

NTC-1003

NTC1

C’est sans doute injuste mais les faits sont là, le prof de français vient de me flanquer une punition : Décrire en 60 lignes une calculatrice extraordinairement banale, tellement impersonnelle qu’on a le sentiment qu’on aura fini avant même de commencer …

Je me livre donc à cet exercice aride dont je sais qu’il ne sortira rien de miraculeux, de la banalité ne surgira aucune pépite cachée.

A première vue, la NTC-1003 serait une sorte de Casio. La position de l’afficheur, ainsi que l’allure générale, le dos, la trappe à piles rappellent la Casio Fx-80 par exemple. Pourtant après vérification, le dos est une imitation. La Fx-80 possède un dos similaire mais pas rigoureusement identique dans ses proportions. La trappe de cette dernière s’ouvre d’ailleurs par un mouvement latéral et non du bas vers le haut. La partie qui surplombe l’afficheur, avec sa dizaine de stries horizontales, témoigne d’une solide volonté de ressembler à une CASIO coûte que coûte.

Le détail ultime qui montre que ce n’est pas une CASIO : les quatre touches arithmétiques ne sont pas disposées en carré mais en ligne.

Nous avons donc très vraisemblablement affaire à une machine construite sous licence SHARP. L’examen des légendes de touches montre une grande familiarité avec la gamme de calculatrices scientifiques SHARP. Le test Forensics donne d’ailleurs le même résultat que pour la SHARP EL-531, et beaucoup d’autres machines issues de cette sphère prolifique.

Avec une particularité quand même, la fonction CN (Change Notation) capable de traduire un affichage avec exposant, en affichage avec tous les chiffres possible. Cette fonction n’est pas répandue chez les SHARP. On la trouve sur une EL-5805, figurée par deux flèches opposées disposées horizontalement, et aussi la EL-531. Plus inattendu, le CANON F-300P, de signature Forensics quasi identique présente une touche CN lui aussi.

D’autres particularités apparaissent quand on observe de près le clavier. Si le témoin LCD « 2ndF » existe, il est en revanche activé par une touche « F » inhabituelle chez SHARP. Idem pour la commutation en mode statistiques repérée par un « σSET » inédit.

D’où peut donc bien provenir cette machine ? Quel constructeur l’a produite ? Quand ? Mon prof de français est décidément machiavélique, pour ne pas dire plus, car rien, aucune inscription ne peut m’aider dans cette recherche.

En particulier, cette calculatrice ne montre pas de marque commerciale apparente. Elle s’appelle juste NTC-1003. NTC n’est pas une marque, c’est plutôt un simple préfixe dont le « C » signifierait sans doute « calculatrice » ou quelque chose comme ça. NTC est de toute façon un acronyme inconnu dans le monde des calculatrices. Pas d’inscription non plus au dos, rien de rien. Pas de numéro de série non plus, bien qu’un emplacement soit prévu sur la coque.

Alors, ouvrons la machine et regardons ce que les circuits peuvent nous apprendre. L’ouverture ne présente pas de difficultés. Deux vis à ôter, la coque à déclipser avec un objet style carte bancaire ou analogue. Et là encore, un désert informatif. La puce est carrée, noire, totalement muette. Le PCB (la carte mère) ne souhaite pas en dire plus, le seul indice visible est une minuscule et laconique inscription perdue au milieu des circuits, en quelques lettres et chiffres, dont je ne sais tirer quoi que ce soit.

J’ôte les 5 ou 6 vis qui relient le PCB à la face avant. J’ai maintenant accès à la nappe caoutchouc, en un seul morceau, chargée d’établir la liaison entre les doigts et les circuits. Je note un inhabituel relief, les touches ont en effet une course longue, avec un toucher un peu dur et imprécis. Avant de remonter l’ensemble, j’en profite pour passer un coup de chiffon sur la face interne de l’afficheur, quelque peu poussiéreux.

Faisons un point à ce stade sur la progression de cette méchante punition. A peine 30 lignes écrites, qui ne font guère avancer l’étude. Je pourrais changer la taille de la police de l’article, de façon à arriver plus vite aux 60 lignes. Mais si l’artifice était découvert en fin de compte, et qu’il conduise à 60 lignes supplémentaires, je m’en mordrais les doigts … Donc décrivons encore.

Allumons la calculatrice. Pas de problème, tout fonctionne malgré l’âge perceptible de la machine. Quel âge au fait ? Une nappe caoutchouc en un morceau, un afficheur gris, une mention « Auto power off » en façade permettent de placer le curseur sur une période de production allant de 1980 à 1985. Avant 80, les machines n’avaient pas encore l’arrêt automatique, après 85, c’était devenu si naturel qu’il n’y avait plus lieu de le rappeler en façade. La nappe caoutchouc fait office de touches « gomme », pas si anciennes que ça non plus. Et l’afficheur gris colle avec la datation lui aussi. Et on peut ajouter l’interrupteur, logiciel et non plus mécanique, et la boucle est bouclée.

Dix chiffres s’offrent à l’utilisateur. C’est toujours appréciable. Ce qui l’est moins, c’est l’extrême finesse du point décimal, quasi invisible pour qui n’a pas un oeil de lynx. Quant aux témoins LCD ils sont, sans surprise, ceux de nombreuses SHARP.

Ce clone technique de SHARP et visuel de CASIO, comme il en existe tant, fut-il construit en Europe de l’Est ? En Allemagne ? En Argentine ? En Australie ?

Ce modèle a été déniché dans un dépôt de l’association Emmaüs du Nord de la France. C’est donc sans doute en France que fut achetée cette machine à l’origine. Et longuement utilisée, car les patins sont très usés. La calculatrice était par ailleurs couverte de poussière quand elle a quitté le dépôt.

Sachant qu’un clone est forcément vendu moins cher qu’une machine de marque, j’en déduis que la NTC 1003 était une calculatrice de faible prix. Ce point est corroboré par les légendes de touches dont certaines semblent littéralement avoir été gravées à main levée !

J’arrive au terme de cette sévère punition, mon éditeur de textes me montre 54 lignes, et je dois en produire 60. Je n’ai plus rien à dire … Je n’ai donc pas le choix, je dois rendre mon article tel quel, en espérant que le prof comprendra finalement qu’il est impossible de tirer plus d’eau en pressant du sable …

Mais miracle !  au moment où j’appuie sur « publier mon article », celui-ci se voit proprement et automatiquement reformaté en un texte de … 68 lignes … Ouf

Merci au lecteur de m’avoir accompagné durant cette triste présentation. Bon OK, je n’ai pas de professeur, et ceci depuis plus de 30 ans maintenant, mais des punitions comme celle-là, et même pire que celle-là, leur souvenir m’accompagne encore parfois. Le caractère remarquablement sobre de la NTC-1003 les a fait ressurgir une fois encore, mais juste pour rire cette fois.

NTC2

 

 

TI-83 PREMIUM CE

TI-84CE2

La TI-83 PREMIUM CE est la version actuelle de la prolifique TI-83, lancée en 1996. Les fonctions de calcul sont aujourd’hui plus nombreuses, mais la philosophie générale est restée similaire, la vraie nouveauté étant ici l’afficheur lumineux, en couleurs, HD, une merveille. Depuis la CASIO Prizm (2010 déjà), quelques écrans couleur ont vu le jour ici et là, sans jamais inquiéter le moins du monde le classique LCD gris à gros pixels, un peu moins cher, plus pratique avec ses piles classiques, davantage passe-partout aussi, car c’est un fait que le marché des calculatrices se montre frileux à l’égard des innovations depuis plusieurs années.

Exceptée la toute dernière : le mode examen. La PREMIUM en est affublée, tout comme les récentes CASIO. Pour l’explorateur de calculatrices, ce n’est pas une bonne nouvelle. En quoi consiste le mode ? L’étudiant en salle d’examen est tenu de commuter sa machine en mode examen. Dès lors, la mémoire interne susceptible de contenir de supposées antisèches n’est plus accessible. Une diode rouge montrera à l’examinateur que le mode est bien actif. Et impossible pour un tricheur de sortir du mode à sa guise : on ne sort du mode examen qu’en se branchant par câble à une autre TI analogue. C’est d’ailleurs là que les ennuis commencent pour qui commute par erreur sa machine …

Cela dit et ce n’est que mon avis, d’un point de vue scolaire, il semble sain de neutraliser la tricherie, et de préserver les étudiants de la tentation de tricher, ce qui était si facile avec les machines précédentes. Toutes les fois qu’il m’est arrivé de parler calculatrices avec mes collègues, j’ai entendu les mêmes choses sur les antisèches, systématiquement utilisées par toutes et tous, bons élèves et cancres confondus. Ce ne pouvait être satisfaisant. Naturellement, on n’empêchera pas un as du bricolage électronique d’ajouter une diode fictive, mais au moins on n’est pas plus dans la tricherie institutionnalisée.

Et puis après tout, les calculatrices de poche ne sont pas faites aujourd’hui pour les nostalgiques de la grande époque, mais bien majoritairement pour la sphère scolaire.

Ce ne fut pas toujours le cas. Un glissement s’est opéré, plus ou moins naturellement. Tentons de nous remémorer comment les choses sont arrivées, quand et pourquoi. Retraçons de façon simplifiée les grands épisodes du phénomène calculatrice :

La calculatrice de poche apparait au tout début des années 70. L’objet est alors réservé aux utilisateurs fortunés, aux entreprises. Les premiers modèles scientifiques arrivent vite (HP-35), puis les programmables. Puis en 1976, le phénomène explose, les prix baissent, la calculatrice est l’objet magique que tout un chacun veut avoir, pour des besoins sans doute surévalués. Ainsi les calculatrices s’invitent au supermarché où le client contrôle en temps réel le montant du caddy, dans la voiture pour la consommation d’essence, dans le meuble secrétaire pour le suivi du relevé bancaire ou des impôts …

Les calculatrices programmables seront volontiers assimilées à des ordinateurs, parlant le même langage informatique et réservées aux techniciens, informaticiens, ingénieurs … Les machines programmables, puissantes, hors de prix, subiront une mutation importante au cours de la première moitié des années 80, avec l’arrivée des ordinateurs de poche qui en bouleverseront le concept.

Mais la mode s’essouffle, l’utilisateur lambda s’est lassé de programmer. Quant à la calculatrice, elle est devenue au fil des mois une calculette, outil banal qui a également cessé d’étonner. Au milieu d’un creux de vague, Casio innove et sort la calculatrice graphique, capable de traduire en tracés toutes sortes de fonctions mathématiques. Les autres suivent, une mode est lancée. Elle va comme un gant à la sphère étudiante. Les calculatrices ne séduisent plus, faisons-en des amis de l’étudiant. Calquons les fonctionnalités des machines sur les différents programmes scolaires, lançons des modèles adaptés aux classes, aux filières, organisons des formations d’enseignants, des partenariats commerciaux, rendons-nous incontournable dans l’acquisition du savoir mathématique …

Pari réussi. Depuis trente ans maintenant, les calculatrices sont dans les cartables. Les rayons des supermarchés ont leur « mur » de calculatrices, avec des dizaines de références pour un usage en grande partie scolaire. Une offre pléthorique, des constructeurs prospères. On peut juste rester perplexe sur cette survie miraculeuse, qui ressemble fort à un tour de passe-passe commercial, d’autant qu’elle est obtenue au prix d’un renoncement à toute innovation ou originalité qui feraient monter les prix, donc gréver le budget toujours serré des fournitures de rentrée scolaire.

On peut imaginer qu’ailleurs, sur d’autres planètes par exemple, dans d’autres univers parallèles, des scénarios différents ont pu apparaître :

Embarquons dans notre astronef et allons voir … Alors que sur la majorité des planètes survolées, les calculatrices de poche évoluées ont quasiment disparu sitôt la grande mode passée, sur la planète Tritonia, on trouve un GPS qui a connu le destin des calculatrices terriennes : D’abord petit appareil de navigation qu’on fixe au pare-brise de la voiture, avec son fil qui se tortille joyeusement et vendu par 2 ou 3 sociétés innovantes, le GPS s’est rapidement trouvé fondu dans l’équipement de série des véhicules. Les constructeurs de GPS portables ont décidé de ne pas mourir et, moyennant l’ajout de cartes géographiques et de bases de données encyclopédiques, se sont invités dans les cartables en tant qu’ami indispensable de l’étudiant en géographie.

Histoire équivalente sur l’astéroïde habité Zébulus, où ce sont les appareils traducteurs nomades qui sont devenus le conseiller spécial en langues étrangères du lycéen, quand les traducteurs en ligne les ont dépouillés de leur utilité.

Et pour continuer notre voyage spatial, jetons un œil au hublot sur un univers quasi perpendiculaire où les étudiants comblés disposent d’un assistant personnel surpuissant combinant géographie, langues, sciences, économie … tous les modules de l’enseignement …

Sur Terre où ce combi providentiel n’a pas vu le jour, les élèves n’ont que leur obligatoire ami mathématique, qui ne peut désormais plus rien faire pour eux en cas de panne de mémoire en salle d’examen.

Pour revenir à la TI-83 PREMIUM, saluons un bel objet, recouvert d’un plastique nacré de qualité, au design aussi fin que sa batterie rechargeable le permet. Signalons que celle-ci montre une bonne tenue, sachant garder la charge même après plusieurs semaines d’extinction.

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MBO ALPHA 4000

MBO_4000

On jurerait l’avoir déjà vue quelque part.

La MBO A 4000 est le type même de calculatrice extra-plate de la fin des 70e. La 4000 est la petite soeur de la 5001, membre de la grande famille des machines à processeur NEC-1856G.

La 4000 est plus simple, plus ancienne aussi. Elle est d’ailleurs la parfaite jumelle technique de l’archaïque SEARS LC-87.

Les deux MBO, 4000 et 5001 présentent un aspect quasi identique. Il y bien longtemps, en 1980, j’avais vu dans une papèterie de Soissons une calculatrice qui ressemblait beaucoup à cette 4000. Elle était vendue sous la marque SANYO. Quand j’ai trouvé bien plus tard la MBO 5001, j’avais cru la reconnaître. Mais du coup avec cette 4000 que je découvre, je ne sais plus laquelle des deux est la SANYO de mes souvenirs. Et je ne le saurai jamais.

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LLOYDS ACCUMATIC 650

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La LLOYDS E650 est une impressionnante calculatrice de 1976, tant par l’austère classicisme de sa façade métallique que par le grand nombre de fonctions disponibles.

L’afficheur, tel l’oeil d’un cyclope, surprend. Sa disposition inclinée permet indéniablement un bon confort d’utilisation.

Le poids de la machine, les assemblages donnent l’image d’une construction sérieuse, très robuste.

Les fonctions sont abondantes. Scientifiques, statistiques, et une arithmétique complète en mémoire. La LLOYDS 650 ne cache pas sa parenté technique étroite avec d’autres modèles stars de son époque : CITIZEN SRII, ELITE 7004SR, MBO ALPHA 3000, RADIO-SHACK EC-495, TOSHIBA SC-7500, et sûrement d’autres.

Ici aussi, 5 mémoires. La N° 4 est préemptée par les fonctions statistiques, et se vide d’un simple C/CE !

A l’allumage, la 650 montre toujours 4 décimales par défaut. Le pilotage des décimales et de la notation avec exposant de 10 est assuré par la touche HYP, pourtant bien dédiée par ailleurs aux calculs de trigonométrie hyperbolique.

Les touches carrées, notamment celles de couleur jaune sont typiques de la marque LLOYDS. Tout comme la désignation ACCUMATIC. Quelle peut en être l’origine sémantique ? Suggère-t-elle la présence d’accus, et donc une portabilité qui restait un luxe en 1976 ? ou bien doit-on entendre Accuracy, c’est-à-dire précision, exactitude ? Peut-être les deux …

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TI-30 Galaxy

TI-30-GALAXY

Un emblème de la tendance Galaxy, cette gamme de calculatrices de format horizontal lancée par Texas-Instruments au début des années 80.

La TI-30 fut décidément un modèle de toutes les époques, énormément diffusé, décliné sous toutes formes et couleurs. La toute première fut une grosse calculatrice à chiffres rouges. Des milliers d’exemplaires plus tard, la TI-30 poursuivait sa carrière avec un afficheur moderne à cristaux liquides. Plus tard encore, la TI-30 prenait une disposition horizontale, en pleine mode des Pockets Computers. Hewlett-Packard faisait de même avec ses modèles « Voyager« .

La TI-30 Galaxy n’a pas été ma TI-30 préférée. Son allure me heurtait : une disposition horizontale dont je ne voyais pas l’utilité, un petit afficheur standard perdu dans les quinze centimètres disponibles, de grosses touches carrées pleines de points antidérapants … Cela me faisait l’effet d’un gros jouet en plastique …

Mon petit frère en son temps eut sa TI-30 Galaxy, qu’il a bien usée. Aujourd’hui, en 2016, je remarque que cette version reste très appréciée, recherchée en occasion, elle a bien marqué les esprits.

En cherchant sur le net, j’ai appris qu’il avait existé deux TI-30 Galaxy distinctes, l’une produite en 1984 au Japon (c’est la mienne), une autre en 1987 en Italie. Bien que d’aspect identique, elles n’ont pas les mêmes circuits, et pas le même nombre de piles.

Question fonctions, la TI-30 Galaxy est très banale, mais guère plus finalement que la TI-30 ECO RS, la déclinaison 2016 de l’immortel numéro 30.

Pour aller plus loin, le Datamath Museum

CANON F-300P

canonF300P

Canon a incontestablement produit beaucoup de calculatrices originales. Des Pocket Computer aussi, enfin un seul, le X-07, si génial qu’il a toujours son fan-club aujourd’hui.

Et entre les deux, Canon signe en 1983 le F-300P, une calculatrice scientifique programmable, d’une conception fort peu banale, qui se donne l’aspect d’un Pocket Computer.

Les performances et caractéristiques ne sont pas époustouflantes pour autant, bien que les fonctions statistiques soient tout de même étoffées. Idem pour l’aspect programmation qui peut décevoir, avec notamment 336 pas de programme, ce qui est un triste minimum syndical. Point de langage Basic, et une notion de boucle automatique qui semble inconnue. La décrémentation est bien prévue mais le bouclage doit être réalisé à la main autant de fois que nécessaire … Que c’est bizarre.

Continuons notre exploration. Je constate qu’à l’instar du TI-95 Procalc, le F-300P a su exploiter sa disposition horizontale pour déployer un écran de belle taille. C’est rarissime. Et ici, c’est carrément du 20 caractères sur 4 lignes de haut. Précisions que la ligne supérieure est réservée à l’affichage des statuts, la ligne inférieure est dédiée aux entrées tandis que les deux du milieu montrent opérandes et résultats du calcul précédent. A noter des caractères affichés au format 6 X 5 points, une singularité de plus.

Les caractères alphabétiques sont disponibles, dont un « O » étonnant qui ressemble à une pomme, comme celui du SHARP PC-1211. La convention d’écriture du zéro intégrant une barre diagonale n’est pas encore appliquée sur ces deux modèles qui rappellent du coup leur âge vénérable.

La frappe d’un calcul au clavier serait plutôt naturelle si la manipulation des mémoires n’était pas aussi littérale. On doit bien sûr se réjouir de pouvoir insérer des variables dans la ligne de calcul. Cependant la variable n’a pas de transcription symbolique et la ligne est donc un mélange d’écriture naturelle et de blocs comme RM04 (par exemple « 6 x ( 8 + RM04 ) ». Au sujet des mémoires, elles sont au nombre de 6 par défaut. Comme elles peuvent être étendues à 48, leur adresse comporte toujours deux positions. Gare au 0 de RM04, oublié, la réponse sera dans ce cas l’affichage d’un « ?« , symbole d’erreur du F300P.

La programmation se résume décidément à une simple mémorisation de formules. Les caractères alphabétiques sont acceptés pour l’insertion de messages, c’est bien mais reste décevant pour un appareil de cette allure.

Pour finir, une dernière étrangeté, un peu saugrenue celle-là : quand on regarde derrière le F-300P, tout est à l’envers ! légendes, n° de série, etc. ont la tête en bas …

On le voit le Canon F-300P est une machine difficile à classer. Des fonctions courantes, plutôt simples, un maniement très original, peu intuitif (manuel indispensable), l’aspect d’un Pocket Computer, pas seulement par la disposition ou l’écran, la taille est aussi imposante, la surface est à peu près celle du SHARP PC-1500. Et aussi la présence d’un port pour une sympathique imprimante, voilà qui serait inhabituel pour une simple calculatrice.

300F

LOGITECH LC-838R

Logitech_838-2Une toute petite et très joufflue calculatrice semi-scientifique de 1976 ou peut-être même avant (la présence d’une courroie est souvent signe d’ancienneté).

Logitech a créé quelques modèles où l’abondance de plastique ne va pas forcément de pair avec l’élégance. Mais ici, cela sied bien à la petite 838 qui reste bien sympathique et tient bien en mains.

Deux petites bizarreries : un interrupteur qui possède un arrêt à mi-course non repéré. Sans doute une position autorisant la charge d’accus. A ce sujet, la 838 se nourrit de 4 piles AA. Du lourd. Et pas de batterie, contrairement à ce que laisserait penser le R (comme Rechargeable) de LC-838R.

L’autre bizarrerie saute aux yeux : on a le choix entre deux touches de racine carrée, c’est comme on veut !

Et que signifie donc la légende inédite CANC au-dessus du F ? Cancel bien sûr (Annuler en anglais) : si on a appuyé sur (pour atteindre une fonction seconde) et qu’on le regrette déjà, le 2e appui annulera cet ordre.

 

TECXON LC-650

C’est un fait que dans ce blog, une place importante, quasi obsessionnelle, est accordée à une obscure sous-famille de calculatrices, pourtant typiques de la période charnière de la fin des années 70. Au sein de cette famille, un point commun : sous une forme plus ou moins camouflée, il s’agit de répliques techniquement exactes en tous points d’une calculatrice extraordinaire, pour moi en tous cas : ma toute première machine scientifique, une Mondimat de La Redoute, que j’ai si longtemps crue unique.

La Mondimat savait faire deux choses, inouïes à mes yeux : montrer certains nombres à 11 chiffres sous un écran standard à 10 positions, et afficher la factorielle de 73. Pendant des années, aucune des calculatrices passées entre mes mains n’a présenté ce comportement singulier.

Puis j’ai découvert une ADLER LC-1002, et y ai reconnu avec stupéfaction une forme complètement revisitée mais techniquement identique de ma Mondimat. Puis une MBO, puis une NSC, puis une 4e, une 5e …

A ce jour, c’est près de quinze de ces « clones » pittoresques que j’ai réunis, et il en existe encore d’autres. Avec un constat qui va complètement à l’encontre de mon sentiment initial : la plupart des calculatrices scientifiques LCD extra-plates à 10 chiffres qui déferlèrent vers 1978 furent tout bonnement construites autour du même processeur : le Nec D1856G. Rares furent les constructeurs qui s’en passèrent, l’immense majorité des autres, y compris prestigieux, faisant appel à ce coeur électronique commun, décliné de façon immuable sous des dispositions de claviers et habillages les plus divers.

J’ai pu me procurer cette rare et jolie TECXON, qui me vient de Bulgarie. Une marque peu connue, peu étoffée (moins de 5 modèles référencés à ce jour), peu assumée avec son manuel de 6 pages minuscules mentionnant juste Slide Rule en couverture, signe d’une TECXON vraisemblablement bon marché.

Comme la Logitech LC90S, la TEXCON s’orne en façade d’une illustration de la célèbre courbe en cloche. Le calcul des probabilités selon la distribution normale était le signe d’une machine puissante, le nec plus ultra des fonctionnalités scientifiques de l’époque.

Je rappelle une fois encore, pour le plaisir, en quoi réside l’identité technique de ces « nec-machines » : une panoplie de fonctions absolument identiques, toujours les mêmes couples de légendes de touches, toujours un interrupteur et un seul, des résultats de calcul rigoureusement identiques, même dans les ultimes décimales les plus poussées, des symboles LCD à l’aspect immuable, jamais d’extinction auto, jamais de mémoire continue, toujours le zéro à gauche, toujours les 4 « shifts » de fonction secondes : le INV, le F, le HYP, le ∑out, le luxe d’un champ de calcul culminant à 9.9999999E106, et quatre décimales décidées à afficher au mieux toutes conversions Degrés-Minutes-Secondes en invoquant s’il le faut … un 11e chiffre !

Mais hormis ces contraintes, une liberté débridée peut s’épanouir et chaque constructeur peut se démarquer, à défaut d’avoir conçu son propre modèle : une grosse carrosserie à piles AA ici, un afficheur gris là, l’interrupteur à droite ou à gauche, une dispersion sans tabou des touches jamais au même endroit d’un clavier à l’autre, parfois un énorme manuel très fourni, d’autres fois trois feuillets indigents. Et ne parlons pas des couleurs …

Le partage d’une électronique commune s’est rencontré à maintes reprises dans l’histoire des calculatrices, mais l’ampleur de celui-ci me parait inhabituel, en particulier par le nombre et la notoriété des marques concernées. Si j’ai pu dénombrer 5 ou 6 modèles qu’il me tarde encore de saisir, je pense qu’il est en a existé beaucoup d’autres, sans doute trop peu diffusés à l’époque pour franchir les énormes barrières du temps. Sanyo possède bien sa nec-machine, alors pourquoi pas Toshiba ou Brother ? A vérifier un jour …

Je note que les quatre grands constructeurs toujours actifs à ce jour que sont Casio, Hewlett-Packard, Texas-Instruments et Sharp ont puisé dans leurs propres ressources et sont restés à l’écart de cette aventure.

La TECXON LC-650 répond parfaitement à la définition d’une Nec-machine : Incarnation inédite et pleine de caractère d’une calculatrice toujours unique, ma vieille Mondimat de 1980.

Tecxon

CASIO FX-790P

CASIO_FX-790P

1985. Les tout premiers Pockets Computers sont désormais loin. La passion qu’ils avaient suscitée s’est muée petit à petit en raison.

Témoin, ce CASIO FX-790P que je découvris de mes yeux à la FNAC de l’Avenue de Ternes à Paris en 1985 ou 1986.

Je l’avais aperçu sur un prospectus CASIO et n’y avais pas prêté grande attention. Machine sombre, sérieuse, rationnelle, mature, dépassionnée.

A la FNAC, il se trouvait placé bien en valeur, et j’étais étonné de son succès. De jeunes cadres, bien sérieux eux-aussi, papillonaient autour, cherchaient à le prendre en main, le toucher, avec un sourire non contenu de convoitise.

Le FX-790P était high tech, ce qui se faisait de plus actuel en matière de pocket basic programmable. Son design fonctionnel faisait mouche. Replié en deux, il entrait dans n’importe quelle poche, pour en surgir au bon moment et estomaquer les amis.

 

 

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