TI-nspire -Version TI-84

Je me demandais depuis longtemps comment ça pouvait marcher.

Parmi les nombreux visages que présenta la TIspire jusqu’à nos jours, il en fut un, peu banal, qui en 2007 offrait en série une parfaite comptabilité avec une autre calculatrice de la marque, la TI-84, et ce dans un but de compatibilité avec les salles d’examens.

Deux claviers interchangeables étaient disponibles pour transformer l’une en l’autre. Il faut noter à ce sujet que contrairement à la SHARP EL-9900 au clavier réversible ayant requis l’étude d’un boîtier spécifique, les spire, du moins celles à piles AAA ont structurellement un clavier amovible, les piles s’insérant clavier déposé.

L’énigme est ailleurs : Une spire, c’est rapide comme l’éclair et ça affiche des caractères fins et définis. Tandis qu’une TI-84 montre des pixels de taille classique et des chronos plus modérés. A quoi va ressembler cette drôle de 84 une fois le clavier idoine en place ? Héritera-t-elle de la vélocité, de la mémoire, de la définition de la machine hôte ? Et sera-t-elle seulement programmable ?

Ayant acquis récemment cette machine à double personnalité, je vais pouvoir chercher les réponses.

Je mets en place le clavier 84 et appuie sur ON. La spire affiche alors une barre de progression indiquant le chargement du système d’exploitation (message identique pour l’un ou l’autre clavier). L’écran nous informe furtivement que nous sommes en présence d’une TI-84 Silver Edition puis ajuste l’écran en le bordant de fines bandes sombres. Nous voilà face à une TI-84 à la mine – du moins l’écran – parfaitement authentique, avec de gros chiffres de 5 X 7 pixels et une vitesse de calcul qui n’est pas celle, plus élevée, de la machine hôte mais bien d’une classique TI84 Silver Edition. La mémoire libre affichée est de 24,317 K plus 1540 K d’archivage, soit loin des 27.8 méga-octets du mode spire.

La schizophrénie semble totale. Mais comment cela marche-t-il ? Avons nous affaire à deux électroniques spécifiques embarquées dans le même boîtier, à savoir deux processeurs, deux puces mémoires … Ces puces 84 ne seraient-elles d’ailleurs pas implantées sur le clavier 84 lui-même ?

Démontons pour regarder.

Comme on peut le voir sur les photos, le clavier amovible n’embarque aucun processeur ou puces de mémoire. Quant au PCB de la machine, c’est celui d’une spire, sans rien d’additionnel qui frappe l’œil. La partie TI-84 serait dans ce cas une émulation purement logicielle, un programme inscrit en ROM, tournant sous le puissant processeur de la spire.

Loupe en mains, l’émulation est aussi à l’oeuvre côté afficheur, celui-ci segmentant pour l’occasion sa dalle LCD en zones de 21 X 15 pixels consacrés à l’affichage des caractères, soit 3 X 3 = 9 pixels pour l’émulation d’un point. Le tour de passe-passe est parfaitement invisible à l’œil nu.

Cette TI-84, ici en version 2.46 est pleinement programmable, présentant notamment les fonctions d’entrée / sortie et de tracé programmé que le mode spire ne gère pas encore à ce stade de son existence, c’est un comble.

Avec l’écran géant et le clavier confortable, la TI-84 émulée révèle une vraie qualité bien involontaire: elle est parfaite pour qui n’a plus ses yeux de lynx d’antan.

En conclusion, ayant trouvé trop peu d’éléments sur le net concernant cette machine peu commune, la description à laquelle je me livre ici est tirée de mes observations et peut pâtir de mes faibles connaissances en électronique. Je remercie par avance le lecteur qui en saurait davantage de me corriger le cas échéant.

 

Les photos :

La matrice 15 x 21 simulant celle de 5 x 7 de la TI-84

Des pixels de 9 « sous-pixels »

Le clavier amovible « TI-84 » ouvert

Le PCB de la nspire