TEXAS INSTRUMENTS TI-59

La TI-59 est sans doute une des plus belles calculatrices de tous les temps. Elle est aussi emblématique de l’âge d’or, période charnière entre la fin des années 70 et le début de la décennie 80.

Calculatrice toute puissante et très chère, je la contemplais, en 1978 dans le rayon Calculatrices de la FNAC … J’étais déjà habitué au maniement des calculatrices usuelles, mais restais vraiment intimidé devant cette machine, dont je ne devinais rien. Je la savais programmable. En quoi cela consistait-il ? Pourquoi programmer ? Et que signifiaient les impénétrables légendes de touches SST STO SBR LRN … 3 lettres inintelligibles …

Mes moyens limités ne me permirent d’acquérir que bien plus tard la TI-57 (1982), machine habitée par le même mystère, et quelques interrogations furent alors levées. Il me restait à comprendre la signification de CMs, Op, St Flg … Un élément du mystère résidait dans le caractère violemment rétrograde de la bête. Ainsi alors que les calculatrices de 1980 devenaient extra-plates, avec des afficheurs LCD à faible consommation, la TI-59 perpétuait une technologie ancestrale, à afficheur LED à chiffres rouges minuscules extraordinairement gloutons en énergie, une mémoire encore volatile, et des dimensions énormes, en particulier l’épaisseur. Les proportions étaient cependant équilibrées et conféraient à la 59 un aspect cohérent, compact, brutal, magnifique.

Mais ce que la TI-59 recelait de plus monstrueux était sa puissance, qui s’exprimait alors en nombre de pas de programmes enregistrables : 960 … Moins d’un kilo-octet dirait-on aujourd’hui, mais en 1980, c’était énorme.

La bête compensait la perte des données à chaque extinction par un dispositif réservé aux machines de très haut de gamme : Le lecteur-enregistreur intégré de cartes magnétiques. La TI-59 était aussi du coup une lourde machine.

En 1981, le magazine “L’Ordinateur de Poche“, dans son premier numéro, avait établi un comparatif entre les 3 machines de haut de gamme du moment : TI-59, HP-41, SHARP PC-1211. La HP-41, modèle récent, était pourvue d’un afficheur moderne LCD alphanumérique, Le PC-1211 inaugurait un concept novateur : calculatrice-ordinateur, dotée d’un afficheur LCD 24 caractères et langage conversationnel tout-puissant, le BASIC. Cette confrontation au sommet mettait cruellement en lumière le caractère archaïque de la vieille TI-59 : technologie LED ancienne génération, aucune capacité alphanumérique, taille mémoire dépassée par les 2 nouvelles concurrentes.

L’aura du lecteur de carte magnétique était assombrie par les dispositifs de sauvegarde des concurrents. Périphériques en option cependant, l’ultime intérêt de la TI-59 devenant donc d’ordre tristement budgétaire.

Les fidèles de la Ti-59 appréciaient encore le module de base, contenant 25 programmes divers. Une gamme de modules spécialisés était proposée par TI, à des prix abordables. Il existait aussi une imprimante : la PC100

La TI-59 a-t-elle eu une descendance ? Question difficile. La TI-88 devait assurer la relève: machine moderne, rappelant dans sa ligne la 59, afficheur LCD alphanumérique, vaste mémoire constante, modules, imprimante … Problème, la TI-88 n’a jamais été produite. On ne la connaît que par une petite dizaine de prototypes religieusement conservés dans des musées ou universités. La TI-66 fut présentée en 1983 comme une remplaçante, mais plutôt de la TI-58C, de par ses caractéristiques. La 66 a cependant une philosophie différente, sage, limitée, privilégiant le design, et très lente. Personnellement j’ai tendance à voir dans le TI-95 Procalc, sinon le remplaçant, du moins un hommage tardif (produit en 1986) à la 59. Il en corrige les défauts et en reprend grandement l’esprit.

Outre ses caractéristiques quelque peu archaïques, la TI-59 souffrait d’un défaut, comme ses soeurs 57 et 58 : la fragilité du clavier … Après un an, des rebonds apparaissaient, qui entravaient lourdement l’utilisation de la machine …

Aujourd’hui, alors que la TI-59 se trouve facilement d’occasion, ses organes internes ont souvent mal vieilli : accus morts bien évidemment, mais aussi lecteur cartes souvent HS. Les pattes de contact d’alimentation sont une fois sur deux corrodées ou cassées, or la présence du bloc en contact est indispensable à la stabilité de fonctionnement de la machine, même en usage secteur 220V …

N’ayant pu acquérir cette calculatrice fabuleuse en son temps, j’ai profité ces dernières années de la facilité providentielle offerte par Internet pour remédier à cette fâcheuse situation … J’apprécie énormément cette machine, et regrette de ne pouvoir pleinement l’utiliser, en raison des nombreux caprices de clavier ou de contacts … Je me rends à l’évidence : la TI-59 n’a pas su vieillir, contrairement à beaucoup d’autres de ses contemporaines, c’est dommage …

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