CASIO PB-100 / 200

Année 1982, le paysage traditionnel des calculatrices est chamboulé depuis l’arrivée en 1980 du Sharp PC-1211 qui a créé un formidable effet de surprise. Avec son aspect et sa philosophie d’ordinateur de poche, une nouvelle norme apparaît. Jusqu’alors les calculatrices avaient apporté le calcul facile pour tous, les ordinateurs de poche ajoutent la programmation facile pour tous et systématisent la connexion de périphériques optionnels de sauvegarde et d’impression, ainsi que les extensions de mémoire vive.

Le premier contemporain du SHARP fut probablement le PANASONIC HHC présenté dans le magazine L’Ordinateur de poche au 3e trimestre 1981. Mais le vrai concurrent, inattendu, sera CASIO qui rendra coup pour coup dans cette période de déferlement de modèles.

La première réponse sera pour octobre 1981 avec le FX-702P, machine ne ressemblant à aucune autre, présentant un clavier alphabétique rangé précisément dans cet ordre et non au format QWERTY, ainsi qu’un langage de programmation Basic fortement personnel et un statut revendiqué en façade de « Programmable calculator« . Un an plus tard entre en scène celui qui sera son premier « Personal computer« , le PB-100.

Ce tout petit appareil assume bien ce statut. Un clavier alphabétique et un autre numérique. Pas de fonctions scientifiques apparentes, tout se tape de façon littérale. Seule une petite légende Pi perdue parmi les ordres basic évoque à juste titre le calculateur scientifique.

Comme tout ordinateur de poche le PB-100 est pourvu d’un afficheur à matrices de points, capable d’afficher des caractères alphanumériques, spéciaux, et même des lettres minuscules. L’écran est cependant de dimensions réduites. Seize caractères seulement, le PB-100 ne revendique pas il est vrai le haut de gamme, CASIO confiera bientôt ce rôle au PB-700, lancé au 2e semestre 1983.

A noter que l’écran du PB-100 est petit mais malin. Pour économiser l’espace lors de l’affichage de nombres au format scientifique, CASIO invente un symbole d’exposant – traditionnellement la lettre E – capable d’intégrer le signe MOINS qui du coup ne mobilise pas d’espace supplémentaire en cas d’exposant négatif.

L’offre PB-100 sera vite complétée d’un PB-200. La différence entre les deux ? Le premier a une toute petite mémoire de 544 octets pouvant être étendue par un module optionnel à 1568 octets. Le PB-200 offre en standard les précieux 1568 octets mais ne peut recevoir de module d’extension.

Petit appareil au design coloré et entièrement métallique, le PC-100 sera beaucoup diffusé, et deviendra la base de nombreuses versions. Une lignée est née, CASIO est prêt pour le futur.

 

Les trois premiers ordinateurs de poche de CASIO : en bas le FX-702P d’octobre 81, le PB-100 au milieu et le puissant PB-700 d’octobre 1983 en haut.

 

 

CASIO PB-1000

Un des plus puissants ordinateurs de poche, construit par CASIO.

Sorti en 1986, le PB-1000 montre une physionomie étrange, impressionnante. Certes les machines de la famille FX-790P nous avaient confrontés à la couleur sombre et au format repliable. Mais les cotes du PB-1000 sont plus élevées, qu’il s’agisse de poids, d’épaisseur, de surface de clavier. Replié, on a malgré tout affaire à une lourde machine « de poche ».

Au tout début de l’aventure Basic, le SHARP PC-1211 apportait une simplicité bienvenue, la programmation pour tous, par utilité, par plaisir, et même pour s’amuser. A mesure que les successeurs sont arrivés, l’évolution a suivi deux chemins : une simplicité d’utilisation accrue pour les uns, avec une partie calculatrice à droite du clavier pour un usage plus immédiat, tandis que d’autres allaient au bout de leur destinée d’ordinateur sous la forme de machines puissantes, riches, complexes, à ne pas mettre entre autres mains que celles du programmeur passionné.

Le PB-1000 est bien un ordinateur, proposant au besoin (et en option) la sauvegarde sur disquettes !

Dans sa partie supérieure, l’écran à 4 lignes est tactile – une nouveauté – tandis que les 13 pavés de commande sont sensitifs. La partie inférieure est consacrée aux confortables claviers alphabétique et numérique.

Trois petits défauts : le faible contraste de l’écran tactile, et l’obligation d’utiliser l’appareil ouvert à plat, les charnières ne pouvant retenir le poids de la partie supérieure, qui contient notamment les piles. La taille mémoire de base est un peu juste, c’est pourquoi il est fréquent de trouver cet appareil complété d’un module RAM optionnel RP32 de 32 kilo-octets.

C’est par une pile de prospectus en librairie que j’avais découvert le PB-1000 en 1987. Il y incarnait un haut de gamme fabuleux et inaccessible, le produit de l’essor exponentiel de l’informatique portable. On ne pouvait que désirer une telle machine.

Je viens enfin d’en acquérir un exemplaire … près de 35 ans plus tard. L’afficheur est pâle mais tout fonctionne comme si on était en 1986 ! L’exploration peut commencer …

Une fois de plus, je ne peux qu’orienter le lecteur soucieux d’approcher le PB-1000 avec plus de sérieux vers l’excellent site silicium.org.

http://silicium.org/site/index.php/24-catalogue/ordinateurs-de-poche/56-casio-pb-1000

 

Les touches les plus utilisées en Basic sont directement accessibles

 

Le prospectus de la librairie Riez de Cambrai, avec le cachet du libraire, daté de 1987. Il y a bien longtemps que la librairie Riez a cessé ses activités. On trouve à sa place désormais une implantation du géant du livre du Nord : « Le Furet du Nord« .

 

Le prospectus de 1987 dans son intégralité. On peut y déceler un optimisme un peu exagéré : le superbe contraste d’écran, qu’aucun utilisateur ne retrouvera jamais, à moins d’un éclairage particulièrement avantageux. Sur la 5e page, l’illustration montre une utilisation nomade en position debout (3e dessin). Le PC-1000 ne peut raisonnablement être utilisé que posé sur une table ou un bureau, les dimensions et l’instabilité de la position ouverte ne pouvant entraîner que des chutes à mon avis.

CASIO PB-700

Le PB-700 de CASIO fait partie de la première famille d’ordinateurs de poche, apparus au début de la décennie 80.

Un bref retour en arrière pour situer le contexte : Deux ans auparavant, SHARP crée le PC-1211, machine capable de calcul scientifique, programmable en langage basic. Disposant d’un clavier « QWERTY« , il revendique en façade son statut d’ordinateur sous la formule « Pocket Computer » qui ornera tous les modèles de SHARP à venir.

Le PC-1211 est un pavé dans la marre des calculatrices, personne ne l’a vu venir. Les constructeurs concurrents, au pied du mur, préparent la riposte. Il leur faut avant tout cerner ce qu’est cette machine, ainsi que sa portée : Le PC-1211 est-il encore une calculatrice, une parmi d’autres, à moins qu’il ait vocation à toutes les remplacer, les abolir ? Est-il le visage portable d’une informatique flamboyante qui progresse à grands pas ?

L’offre concurrente se voit forcée d’évoluer de toutes parts, adieu les TI-59, les CASIO FX-502P, les HP-41 (*), bonjour à une machine que l’on doit programmer, interroger, qui, au delà de donner les résultat de calculs, aura l’ambition plus haute et plus générale à la fois de produire un travail en pilotant des périphériques d’impression, de sauvegarde, toutes choses que savaient pourtant faire les calculatrices programmables, mais en plus racé, plus moderne et avec enfin de la mémoire, denrée si comptée jusqu’à présent.

Parmi les premiers constructeurs à réagir, Panasonic avec son HHC plus gros et plus lourd, mais surtout CASIO, dont peu auraient parié à l’époque sur sa capacité à relever un tel défi. Voilà donc que sort fin 81 le CASIO FX-702P. Hormis sa présentation horizontale, il ne ressemble pas beaucoup au 1211. Il est programmable en Basic, dans une version « maison » assez peu universelle – c’est un comble pour ce langage – et arbore un écran tout en longueur, le 1211 ayant fixé la norme. Mais le clavier n’est pas « informatique », les touches sont rangées dans l’ordre alphabétique et pas du tout dans un « QWERTY » de bon aloi.

Énormément de fonctions de calcul sont disponibles, ce sera le seul Pocket Computer de CASIO à se prétendre une « Programmable Calculator« . Ainsi, pour CASIO, en cette époque frémissante où la page est encore grandement blanche (**), un ordinateur de poche est bien avant tout une calculatrice. Pour combien de temps ? L’intuition est-elle la bonne ?

Arrive 1982 et le fer de lance SHARP, le fameux PC-1500. C’est contre cette machine redoutable que CASIO va diriger son PB-700 dès l’année suivante.

Et un contraste : Contrairement au FX-702P à l’orientation encore hésitante de calculatrice programmable, le 700 est, de toutes ces machines qui arrivent, celui qui aura de mon point de vue le plus fort caractère d’ordinateur : Pas de mode dédié à la programmation, toute entrée chiffrée comptée comme ligne de programme, faible commodité en calcul direct en raison d’une différenciation forte entre ENTER et RETOUR FLÈCHE du clavier alphabétique, SHIFT qui fonctionne comme la touche Majuscule des ordinateurs, devant être maintenu pendant l’opération, geste inconnu dans le monde des calculatrices. Et une pléthore de périphériques optionnels. Le nom « PB-700 » ne montre plus le FX des calculatrices et du 702. PB (***) sera la signature des machines CASIO les moins orientées en calcul direct.

D’autres machines verront le jour au cours des années qui arrivent. Relativement peu de constructeurs participeront à cette course. Texas-Instrument et Hewlett-Packard seront peu prolifiques, avec des modèles cependant remarquables. Tous ces ordinateurs font de l’ombre aux traditionnelles calculatrices programmables qui ne disparaissent pas, et adoptent souvent le format « paysage » en vogue. Si les Pockets Computers ne sont plus des calculatrices, ils continueront d’embarquer de solides possibilités de calcul, que celles-ci soient accessibles par touches directes ou non.

Le chemin de l’informatique s’est rapproché de celui des calculatrices programmables au point de le croiser. Il en est surgi un concept ambitieux, étincelant, assemblage harmonieux de deux mondes, tourné vers la modernité technologique la plus frémissante. Les chemins se sont de nouveau séparés plus tard. L’informatique de poche s’est alourdie, restant portable, puis les vrais ordinateurs sont entrés dans les maisons et toujours plus dans l’entreprise, avec des logiciels, des systèmes d’exploitation, des manettes, internet …

Lorsqu’on regarde aujourd’hui ces appareils d’un autre temps, il est possible de se demander si, en dépit de leurs ambitions informatiques, ils pouvaient être autre chose finalement que de simples outils de calcul. Quand on a un écran d’une seule ligne d’une vingtaine de caractères, parfois deux lignes voire quatre maximum, que les piles légères n’autorisent guère de vitesses de travail élevées, quel autre usage peut-il advenir que celui d’une calculatrice. Calculatrice incontestablement d’un autre type. Là ou la calculette scientifique semble constituée d’autant de micro cerveaux que de touches, l’ordinateur n’en aurait qu’un seul, maître à bord, gérant tout, interlocuteur obligatoire de l’utilisateur qui s’adresse à lui au moyen d’un langage et non plus en mode pousse-bouton.

Concernant le PB-700, les prospectus de l’époque le représenteront souvent enchâssé dans la splendide unité d’impression à stylos 4 couleurs FA-10 ou FA-11 avec sauvegarde à cassettes. Ces mêmes prospectus mettront l’accent sur ses belles qualités d’impression, son grand écran autorisant d’impressionnantes prouesses graphiques.

Le lecteur souhaitant en connaître plus sur ce formidable appareil que fut le CASIO PB-700 (et sa variante PB-770 mieux pourvue en mémoire) trouvera matière à satisfaire sa soif de connaissance en visitant ces sites bien complets, celui de Silicium.org, et celui de Ledudu (liens ci-dessous).

Ajout du 9 avril 2022

Ci-dessous une image de la très belle version 770 de 1984.

http://silicium.org/site/index.php/24-catalogue/ordinateurs-de-poche/55-casio-pb-700

https://casio.ledudu.com/pockets.asp?type=24

 

(*) La HP-41 connaîtra une belle et longue carrière et ne sera pas gênée par l’arrivée des Pockets Computers. HP saura pourtant être à la page avec ses fabuleux HP-75 et 71.

(**) Quand sortira le premier numéro du magazine « L’Ordinateur de Poche » (1er semestre 81), l’éditorial lancera un concours demandant aux lecteurs d’inventer un nom pour ces nouvelles machines. A l’issue de cette étonnante consultation, le néologisme « Micropoche » sera retenu, quasiment à égalité avec « Poquette« . Il est vrai que dans ce tout premier numéro, les appareils étaient désignés sous le terme « muet » xxxpoche !

(***) Qui connait la signification de « PB » ? Pas moi en tous cas. Peut-être « Personnal Basic« , ou « Pocket Basic » ou autre chose que Basic, le PB-2000C ne connaissant pas ce langage en natif. PB répond-il au PC de SHARP, sans signification particulière, cela m’étonnerait beaucoup cependant. Peut-être Personnal Base …

 

Texas Instruments Compact Computer 40

Le Compact Computer 40 de Texas Instruments a un statut particulier. Son positionnement semble mal défini dans le paysage de l’époque et reflète les hésitations qui ont entouré sa genèse. Il ne doit pas être vu isolément mais au sein de la fratrie TI-99, CC40 et TI-74.

Qu’est exactement le TI-CC40 ? S’agit-il d’un ordinateur de poche ? D’un ordinateur tout court ? D’un ordinateur portable ? Ces appellations ont-elles un sens précis en ce mois de mars 1983, date de lancement du CC40, quand les ordinateurs de poche SHARP et CASIO ont déjà commencé à proliférer ?

Le CC40 illustre un choc d’enjeux stratégiques qui réclament des choix rapides et inspirés en cette période de bouleversements technologiques. Alors que SHARP assume pleinement l’avènement de l’informatique de poche, et que CASIO lui emboîte le pas sans attendre, Texas Instruments hésite.

Le constructeur court en fait après trois lièvres à la fois : Il prépare la relève de son ancienne gamme de calculatrices programmables avec une prometteuse et somme toute traditionnelle TI-88, il croit plus que jamais en l’ordinateur familial avec son TI-99 apparu dès 1980, et regarde aussi du côté d’un format léger qui collerait bien à l’air du temps.

Le CC40 constitue assurément une réponse dans cette direction. On retrouve bien un boîtier autonome de format horizontal, un clavier alphabétique avec pavé numérique, l’écran ici mono-ligne, de solides capacités de calcul et bien sûr le langage Basic véritable dénominateur commun de toutes ces machines du moment.

Mais les dimensions et le poids s’écartent de la norme. Par ailleurs, on ne trouve pas de sélecteur de mode de programmation sur le CC40, le mode est implicite et considère toute entrée chiffrée suivie d’un espace en tant que ligne de programme. Cela nous renverrait-il définitivement vers de plus gros ordinateurs ? Pas forcément, la chose n’étant pas rare chez les Pocket Basic : Les CASIO PB-700 puis plus tard FX-850P ont cette caractéristique, ainsi que le certes plus imposant CANON X-07.

La norme justement, d’où vient-elle, qui l’a fixée ? est-elle immuable ? Amusons nous à décortiquer l’expression « ordinateur de poche« , tombée dans le langage courant dès l’apparition de ces premiers appareils légers programmables en basic, à commencer par le fameux SHARP PC-1211.

SHARP prit coutume de désigner ses machines sous l’appellation « Pocket Computer« , littéralement « ordinateur de poche ». Ce terme fut aussi le titre du mythique magazine français qui leur fut dédié, le bien nommé L’Ordinateur de Poche.

Bref, nous voici dès lors à apprécier le format des machines à l’aune de la poche d’un vêtement, avec parfois des débats aimables et désespérés visant à définir le statut d’un lourd et épais PC-1500 : tient-il vraiment dans une poche ? A-t-il le droit de dépasser un peu ? faut-il distinguer la poche revolver du pantalon taille 38 de la poche intérieure du veston d’un Harlem Globe Trotter ? Epoque épique …

Tiens au fait, combien CASIO produisit-il d’ordinateurs de poche ? Au sens strict, aucun ! Ses appareils arborent en façade « Personal Computer » et jamais « Pocket ».

De son côté CANON inscrit « Hand Held » sur son (assez gros) X-07, tout comme PANASONIC pour ses plus légers RLH 1000 et 1400 ou TOSHIBA pour son IHC 8000 pas plus gros finalement qu’un SHARP PC-1500. Plus tard, Texas-Instruments fera de même et rangera son TI-74 parmi les Hand-Held Computer, soit un ordinateur tenu en main.

Il n’en reste pas moins que les dimensions du CC40 sont inhabituelles. Il dépasse en longueur le CANON X-07 et pèse ses 640 grammes sur la balance. Serait-il le plus gros des Pocket, à moins qu’il soit le plus petit des portables ? Dans cette dernière famille les machines n’ont aucun complexe avec l’embonpoint, notamment l’épaisseur, à l’instar d’un TANDY Modele 100 ou AMSTRAD NC 100.

Le CC40 cultive l’ambiguïté et se veut un « Compact Computer« . Trouvons-nous là l’officialisation d’une catégorie jusqu’ici implicite, celle des grands Pocket ? On y rangerait volontiers outre le CC40, le CANON X-07, le « paquebot » HP-75C, et d’autres bêtes des âges farouches.

Cela ne rend pas pour autant le CC40 plus facile à classer, car à bien y regarder ses grandes dimensions ne s’expliquent pas bien : Peu de touches, écran généreux mais mono-ligne, pas de ports de connexion à foison. Le grand clavier est bien confortable mais n’explique pas la cote de hauteur.

Et pourtant un confort, une simplicité d’utilisation, une philosophie qui trahissent l’intention de Texas Instruments : Oui le CC40 est indéniablement un Pocket Computer.  Mais alors pourquoi cette rangée de touches numériques au sommet du clavier alphabétique, quand le pavé numérique remplit déjà cette fonction ? Un regard en coin vers l’informatique de table ?

Machine magnifique, à la présentation soignée et aux fonctionnalités de premier ordre, le CC40 va pâtir des hésitations de son constructeur qui renoncera à fiabiliser le périphérique de sauvegarde pourtant indispensable à toute machine puissante.

Voilà donc un CC40 vendu dans une très belle boîte sur laquelle un gros autocollant prévient l’acheteur que le périphérique de sauvegarde n’est pas disponible. Il est pourtant en photo au dos de la boîte, parmi une pléthore de périphériques optionnels. Quel dommage.

Si la calculatrice TI-88 est finalement abandonnée peu avant sa commercialisation, le CC40 fera mieux et sera en vitrine, mais juste quelques mois. Une carrière confidentielle et bien trop courte. Le constructeur réfléchira un temps à une solution incluant un port pour magnétophone à cassettes mais le CC40-PLUS restera à jamais à l’état de prototype.

Le troisième lièvre poursuivi par Texas Instrument, celui de l’informatique personnelle incarnée par le puissant TI-99A, aura lui aussi raison de l’ambition du géant de l’électronique, qui a mal géré son rendez-vous en une période si importante.

Le CC40 dont le langage Basic est fortement inspiré du TI-99, reviendra plus tard, en 1986 sous la forme du TI-74 Basicalc. Machines proches en interne, on retrouve sous un format plus compact l’excellent langage Basic, la capacité de calcul sur les grands nombres bornée à <1E128 et aussi la contraignante volatilité du contenu des variables à l’extinction. Le TI-74 est cependant une machine différente du CC40, avec sa propre personnalité.

En conclusion, le lecteur attentif aura remarqué le grand nombre de points d’interrogation qui parsèment cette présentation. Le Compact Computer 40 est décidément hors norme, il suscite le questionnement et ne livre pas tous ses secrets …

 

Pour aller plus loin, le site de Silicium :

http://www.silicium.org/site/index.php/24-catalogue/ordinateurs-de-poche/63-texas-instruments-cc-40

 

 

CANON X-07

Au petit jeu consistant à citer les marques japonaises s’écrivant en 5 lettres, dont un A, et ayant produit des ordinateurs de poche dans les années 80, il est coutume de citer SHARP, CASIO et d’en oublier un troisième (*) : CANON qui n’en produisit il est vrai qu’un seul, mais combien original.

Fin 1983, CANON entre dans l’arène et défie les SHARP PC-1500 et CASIO PB-700 avec cet objet moderne et multicolore à grand écran (4 lignes de 20 caractères), muni d’un clavier d’ordinateur et d’un pavé directionnel d’aspect indéniablement ludique. Le succès sera important et nombreux aujourd’hui sont ceux qui ne l’ont jamais oublié.

Si au fil du temps j’ai fini par me procurer un certain nombre d’ordinateurs de poche de la grande époque, je n’ai fait que croiser des années durant cet appareil sans jamais le rencontrer.

Le X-07 peut-il être assimilable d’une quelconque manière à une calculatrice ? en particulier de poche ? C’est bien entendu bien plus que cela, mais qu’en est-il concrètement sur ce point ? L’absence de pavé numérique ne plaide pas en faveur d’une pratique aisée, même si la touche NUM aide un peu, mais n’anticipons pas …

Je viens enfin de me procurer un exemplaire du X-07 et vais pouvoir me faire une idée plus précise.

De nombreuses pages de grande qualité existent sur le net sur cet appareil aux performances multiformes dont on ne peut pas faire le tour en une soirée. Je me suis intéressé ici aux possibilités de calcul, en particulier scientifiques de l’appareil.

En pratique : On commute l’interrupteur et l’écran répond, après avoir émis un bip et déroulé le message de copyright du Basic Microsoft. Le X-07 nous tend maintenant la main, c’est le moment de tenter une opération simple,  » 2 X 3  » par exemple.

Cela commence mal, une légende d’erreur est retournée aussi sec. Pas vaincu pour autant, on cherche un symbole de racine carrée pour un autre essai, et il est introuvable.

Un peu plus tard, nous voilà maintenant convenablement documentés, c’était la moindre des choses, et nous savons que l’ordinateur X-07 doit être au préalable interrogé par le symbole «  » avant tout demande de calcul manuel (le «  » peut être remplacé par l’ordre PRINT).

Dans mes exemples, la syntaxe devient « 2 * 3 RETURN » et « SQR(2) RETURN » (parenthèses obligatoires). Les opérateurs arithmétiques sont disponibles sur le clavier mais tantôt en saisie directe (le « –  » et le « « ) tantôt en fonction seconde («  » et « « ).

Ce n’est pas très encourageant tout ça. Sauf que les réponses retournées se montrent précises à 14 chiffres, et là on se dit que le X-07 est à coup sûr un as du calcul.

Comme il est doté d’un langage BASIC d’excellent niveau, on devine que les fonctions trigonométriques seront présentes. Et en effet le X-07 exécute les classiques SINUS, COSINUS, et TANGENTE. Mais uniquement dans le mode RADIANS. Quant à la fonction ARC, seul l’ARC tangente est géré. Pour changer le mode angulaire on peut passer par Pi, mais tiens, la fonction PI n’existe pas non plus sur le X-07. Et seuls les logarithmes à base e sont disponibles …

Bon, ne baissons pas les bras, on doit bien pouvoir tout calculer quand même, il va juste falloir se contorsionner un peu, et toujours jouer du SHIFT pour les parenthèses et les opérateurs, cela augure quelques menues difficultés …

Afin de tester la précision de calcul, j’ai choisi de soumettre le X-07 aux tests du cumul des sinus, et aussi au test Forensics.

Mais aïe, pour ce dernier test, en plus de devoir convertir les radians en degrés, l’ARC cosinus et l’ARC sinus sont nécessaires, pourtant tous deux absents comme remarqué plus haut. Comme je tiens à exécuter le test dans les règles de l’art il me reste à tirer la quintessence de la seule fonction ARC tangente offerte.

Après avoir bien trituré la formule classique (programme ci-dessous **), le X07 me gratifie d’un excellent résultat : 8,9999999955737.

Pour le test du cumul des sinus de 1 à 359, j’ai dû procéder en deux fois. Ce test réalisé par programme donne classiquement deux indications, celle de précision – l’écart au zéro attendu – et la vitesse de déroulement du programme effectuant 359 itérations de calcul trigonométrique.

Pour m’adapter au seul mode RADIANS disponible, chaque itération s’est vue alourdie d’une conversion en degrés, ce qui impacte forcément le temps de calcul global. Dans quelle mesure ? Pour le savoir, en plus de ce premier programme, qui a donné en l’occurrence un excellent écart à zéro de -5.096E-12 en 56 secondes, j’ai lancé une version analogue, travaillant sur une valeur d’angle arbitraire et unique, et ce sur les 359 itérations. La structure du programme est la même, le résultat ne présente pas d’intérêt, seul le temps de calcul est important. Débarrassé des conversions, le X-07 boucle cette fois en 50 secondes, ce qui n’est pas ridicule du tout (72 s. pour le SHARP PC-1500 et 56 s. pour le CASIO PB-700).

Quant aux chiffres de précision, ils ne se rencontreront sauf erreur de ma part – et hormis les modèles à double précision (***) – pas avant la décennie 90.

Le CANON X-07 est un ordinateur qui sait calculer on le voit. Mais le calcul manuel est pénible et réclame ici, plus que jamais, une parfaite symbiose entre l’objet et son utilisateur.

 

Pour aller (beaucoup) plus loin qu’ici sur le X-07:

Silicium.org

La page du Canon X-07 de Guillaume TELLO

Obsolete-tears.com

Le musée des Ordinateurs de poche

 

(*) Il y eut aussi SANYO dont le PHC-8000 semble avoir définitivement disparu des radars.

(**) Le listing de programme présenté provient d’un Casio FX-702P

(***) A noter que le X-07 connaît les simple et double précisions. C’est cette dernière qui est active par défaut et donne les 14 chiffres de capacité. A contrario, les modèles SHARP à double précision (20 chiffres pour les PC-1475, PC-1280, PC-E500) travaillent par défaut en simple précision de 10 chiffres.

SHARP PC-1475

La gamme 1400 de SHARP est associée aux ordinateurs de poche mixtes, à la fois bases de programmation en Basic et simples calculatrices scientifiques dans leur partie droite.

Introduit au cours de l’année 1987, le PC-1475 est une machine puissante. Son langage Basic l’est indéniablement, sa mémoire, extensible, est vaste et des environnements de calcul spécifiques (traitement des matrices, statistiques) en font un outil pointu en toutes circonstances.

Commuté en mode Basic, le 1475 est doté d’un atout rare : la double précision, qui lui permet d’afficher les valeurs numériques sur 20 chiffres ! (24 en interne). La double précision n’est pas activée par défaut, elle nécessite l’ordre – programmable au besoin – DEFDBL (et DEFSNG pour en sortir). Dans ce format les valeurs sont repérées par un croisillon (#) à la fin. Il est aussi possible, en mode de simple précision, d’ajouter son croisillon à une valeur pour la déclarer comme telle. C’est pratique et confortable. La partie calculatrice, toujours prête à la sollicitation, manipule tout aussi facilement ces longues valeurs. Tout comme les variables. Ex : A# = 12345678901234567890.

Calculer avec de tels nombres est impressionnant. Le temps de calcul est un peu pénalisé mais cela ne se remarque qu’en calcul programmé où le facteur temps est grosso modo doublé.

L’écran à deux lignes – non graphique – se prête parfaitement à ces affichages hors normes telle la factorielle de 21, énorme, d’un seul tenant, sans aucun recours à la notation scientifique.

La précision des calculs est logiquement de premier plan. Dans quelle mesure ? Cette question conserve-t-elle un sens à ce niveau de définition ? Elle est sans aucun doute « suffisante » comme on disait naguère chez Rolls-Royce quand le client venait à s’enquérir de la puissance du moteur.

Dernier détail, la double précision est bien sûr compatible avec la notation scientifique. Dans ce cas, l’exposant est précédé non plus du traditionnel « « , mais de « « .

CASIO FX-850P

Cet appareil fut beaucoup diffusé à partir de 1987 et reste apprécié de nombreux utilisateurs. S’il est facile à trouver sur le marché de l’occasion, les prix pratiqués sont en revanche dissuasifs. Il faut ajouter à cet obstacle un mauvais vieillissement de la nappe d’affichage qui a tendance à escamoter des lignes entières de pixels sur de nombreux modèles.

J’ai fini par acquérir un exemplaire abordable, par curiosité, en souvenir de cet ordinateur de poche que je voyais encore dans les magasins, jouant des coudes avec le SHARP PC-1403, à l’heure où la grande mode des ordinateurs de poche finissait en France.

Mon modèle est en piètre état, bien abîmé, une touche manque et la ligne supérieure est parsemée de pixels manquants. En jouant de la molette de contraste ou en inclinant la machine, il est possible malgré tout de ne pas trop souffrir de ce défaut.

Le CASIO FX-850P me parait illustrer un jalon dans l’aventure de l’informatique portable de cette époque.

Replaçons-nous au début de l’histoire, dans les années 70, par exemple à l’arrivée des TI-57 58 et 59. La petite TI-57 propose à l’utilisateur de programmer, qu’il s’agisse de problèmes mathématiques ou bien de s’amuser à concevoir des jeux. Le manuel est pédagogique, il dédramatise, encourage, mais le ton reste professionnel, dogmatique presque, on attend de l’utilisateur qu’il programme sérieusement, avec de la structure, des sous-programmes. Ces machines n’ont pas encore un aspect grand public, elle s’adressent aux scientifiques, aux techniciens, aux étudiants. Pour autant, l’utilisateur n’est pas tenu de se débrouiller seul. Des solutions toutes faites lui sont offertes pour les modèles plus puissants : une bibliothèque de cartes magnétiques déjà programmées pour l’ancêtre TI-SR52, les fameux modules de ROM pour les TI-58 et 59. Les calculs à programmer et préprogrammés ont le même statut, il n’y aura pas de honte à ne pas tout programmer soi-même.

Puis arrive l’ordinateur de poche et son langage Basic. Cette fois, l’appareil se destine à tous, on programme par besoin autant que pour découvrir ou s’amuser, voire impressionner les amis, se sentir dans le coup. Programmer pour apprendre à programmer est une curieuse démarche, circulaire, tautologique comme disent les amateurs de mots sérieux, qui se retrouvera dans les programmes de l’enseignement où l’utilisation d’ordinateurs sera destinée à l’apprentissage de l’informatique. Comme si on avait acheté une machine à laver pour apprendre à se servir d’une machine à laver ?

Au bout d’un moment, un pavé de calcul scientifique fait son apparition sur certains modèles pour le calcul direct, décidément plus pratique qu’en tapant les mots Basic. Puis apparaît le CASIO FX-850P. Mais que voit-on ? Une solide bibliothèque de programmes y est intégrée. Une boucle est bouclée ? Comme au temps de la TI-58, aurions-nous là une définition de la plate-forme de calcul idéale : machine scientifique programmable épaulée par une large bibliothèque d’excellents programmes ?

Je connais trop mal cet appareil et de vrais utilisateurs en ont dit tellement plus et mieux que moi que j’arrête ici mes bavardages.

Voici en particulier un excellent article du site Les pas perdus qui cerne bien ce puissant appareil:

http://www.emmella.fr/page3836-3323-4722-5340-9435__5949-6564-1819-9072-2343.html

 

SHARP PC-1350

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Je l’ai vu arriver en 1984. Je pensais avoir compris ce qu’était un PC-1211 ou un 1251 : des calculatrices programmables de nouvelle génération, ultra modernes. Mais je ne comprenais pas le PC-1350. Sans doute montrait-il la direction que prenait désormais le phénomène Ordinateur de Poche, avec une inflation galopante des caractéristiques, dont cet écran vu comme hypertrophié, surplombant un clavier chétif, purement fonctionnel, sans âme. Mais pourquoi un si grand écran ? pourquoi autant de mémoire ?

Voilà comment mes yeux tout neufs de 1984 percevaient cet objet, une sorte d’alien-Computer, une dérive inexorable à un moment où le constructeur n’a sans doute plus rien à dire mais veut encore retenir ses acheteurs.

C’était une erreur … Mon regard d’aujourd’hui est tout autre. Le PC-1350 est une vraie évolution des Pockets Computers initiaux. Evidemment qu’il n’est plus une calculatrice. Il en possède encore des fonctions mais c’est désormais bien plus que cela. Son écran graphique, sa mémoire vaste, ses nombreux périphériques le destinent à des tâches nettement plus sophistiquées et créatives.

Tenir un PC-1350 en mains aujourd’hui est un vrai plaisir. L’appareil est lourd, les lignes métalliques nettes. L’écran est confortable et 30 ans plus tard ses proportions ne me choquent plus du tout, au contraire.

CASIO FX-790P

CASIO_FX-790P

1985. Les tout premiers Pockets Computers sont désormais loin. La passion qu’ils avaient suscitée s’est muée petit à petit en raison.

Témoin, ce CASIO FX-790P que je découvris de mes yeux à la FNAC de l’Avenue de Ternes à Paris en 1985 ou 1986.

Je l’avais aperçu sur un prospectus CASIO et n’y avais pas prêté grande attention. Machine sombre, sérieuse, rationnelle, mature, dépassionnée.

A la FNAC, il se trouvait placé bien en valeur, et j’étais étonné de son succès. De jeunes cadres, bien sérieux eux-aussi, papillonaient autour, cherchaient à le prendre en main, le toucher, avec un sourire non contenu de convoitise.

Le FX-790P était high tech, ce qui se faisait de plus actuel en matière de pocket basic programmable. Son design fonctionnel faisait mouche. Replié en deux, il entrait dans n’importe quelle poche, pour en surgir au bon moment et estomaquer les amis.

 

 

SHARP PC-E500

Ordinateur de poche tardif. C’est une sublimation des machines des années 80 : Excellente rapidité, mémoire vaste, double précision, avec bibliothèque d’ingénieur intégrée, cette machine est plus qu’elle ne paraît.

L’écran mérite bien ce nom, les quatre lignes et la petitesse des caractères le rendant particulièrement étendu.

Machine lancée en 1989, le E500 fut décliné en une version S six ans plus tard, offrant un couvercle de protection rabattable par charnière, un écran mieux contrasté, et quelques ordres Basic supplémentaires.

Le PCE-500 est facilement trouvable sur le marché de l’occasion, à prix pas toujours doux cependant. Son alimentation est assurée par simples piles AAA.

 

SHARP PC-1403

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Le SHARP PC-1403 fut un best-seller des années durant.

Produit à partir de 1986, il montre la nouvelle piste que suivent alors les ordinateurs de poche. Initialement destinés avant tout à la programmation, ces appareils tentent maintenant de répondre au besoin d’utilisateurs demandeurs de solutions de calcul plus immédiates. Le PC-1403 est donc à la fois une bonne calculatrice scientifique et un micro-ordinateur puissant.

L’afficheur offre une capacité confortable de 24 caractères alphanumériques. Pour ceux qui jugeraient la mémoire de 6800 octets trop limitée, il a existé une version plus musclée, le 1403H, pourvu de 32000 octets.

Le SHARP PC-1403 est un très bel appareil, en particulier d’une grande finesse (9.5 mm). J’ignore combien de temps il fut produit. En tous cas, c’est le dernier ordinateur de poche, avec le CASIO FX-850P que je pus encore apercevoir dans le rayon des magasins, à une époque où beaucoup avaient déjà oublié ces fameux ordinateurs de poche, emblématiques des années 80.

Ci-dessous, le modèle « H », reconnaissable à son logo orange « 32KB« 

CASIO FX-730P

CASIO730

Petite machine produite en 1986 très agréable à utiliser.

C’est un des multiples Ordinateurs de poche apparus au cours de la décennie 80. Programmable en Basic donc. Et pourtant aussi calculatrice puissante car possédant nombre de fonctions scientifiques.

La mémoire de 16 Ko est confortable. La vitesse est intéressante : 54 secondes pour exécuter mon test de rapidité, quand le SHARP PC-1262, son contemporain, en demande 84. (L’ancien PC-1500 exécute le test en 72s, et 65s pour le CASIO PB-700).

La manipulation est agréable, l’appareil est léger, le clavier excellent. Des légendes de touches parfois minuscules cependant. L’écran quant à lui est généreux avec ses nombreux témoins et ses 24 caractères affichés.

CASIO730 (2)

TEXAS-INSTRUMENTS TI-74 BASICALC

Quand on regarde loin derrière, l’année 1986 évoque la décennie où régnèrent les ordinateurs de poche, en particulier les nombreuses machines lancées par Sharp et Casio dès 1980. Texas-Instruments qui n’avait présenté jusqu’alors qu’un CC40, séduisant mais à la carrière trop courte revient à la charge, tardivement, avec le TI-74 Basicalc.

Doté d’une ligne matricielle de 31 caractères, ce nouveau Pocket Basic a une mémoire de 8 Ko et un Basic directement dérivé du micro-ordinateur Ti-99 et du CC-40. Il est conçu sur une philosophie hybride, à la fois calculatrice scientifique aux fonctions pléthoriques et ordinateur programmable en Basic, dualité assumée par le suffixe BASICALC.

Le Ti-74 est un proche cousin du CC-40, et même davantage. Il partage l’affichage de 31 caractères, des légendes d’erreur exprimées à la fois en clair et avec le code (pas le même d’ailleurs que chez le CC-40). On retrouve la richesse du langage Basic, la généreuse limite des grands nombre de <1E138, mais aussi la purge impitoyable des variables après extinction. Le TI-74 accepte les modules de mémoire ou d’application, et peut se connecter à quelques périphériques, pour l’impression, mais aussi la sauvegarde, qui a tant manqué au CC-40.

En calcul pur, le TI-74 montre des chiffres de garde différents du CC-40. La filiation est incontestable, mais le 74 n’est pas une simple présentation rajeunie du CC-40. C’est bien une machine originale.

Puissante, le TI-74 est de présentation austère et sombre. En apparence seulement, car un bon éclairage révèle une façade constituée de toute une palette de couleurs.

Une taille par ailleurs qui, quoique bien plus compacte que celle du CC-40, n’en reste pas moins imposante. La coque de l’appareil est conçue pour qu’il ne soit pas posé à plat mais incliné. Le CC-40 offrait cette possibilité par une patte rabattable.

Le Basicalc se voulait un modèle grand public. Son prix de vente avoisinant les 900 Francs était compétitif et le succès fut cette fois au rendez-vous.

J’encourage vivement le lecteur voulant en savoir plus à dévorer l’article bien plus complet de Silicium.org

 

SHARP PC-1262

Le SHARP PC-1262 a tout pour lui.

le PC-1262 reprend l’aspect de son aîné de 4 ans, le PC-1251. Mais il affiche désormais deux lignes de 24 caractères. Il a bien plus de mémoire aussi (10Ko au lieu de 4Ko), une meilleure rapidité. Et aussi un langage Basic plus puissant et une gestion plus efficace des variables.

Objet minuscule mais très pratique d’emploi, le PC-1262 se reconnaît à la couleur orange de la zone de sélection.

SHARP PC-1500

 

Un des premiers ordinateurs de poche, le deuxième de SHARP.

Je me souviens avoir vu surgir le tout premier, le PC-1211, en 1980. Tout le concept des ordinateurs de poche était dans cette machine, d’une nouveau type.

Au cours du premier semestre 1982 apparaissait le PC-1500. Le même génie avait œuvré. Le 1500 n’était pas une déclinaison du 1211, mais une « réplique », comme disent les géologues, d’un principe fondateur initial. Le PC-1500 et le 1211 semblent tous deux émaner d’un prototype fabuleux, chimérique, portant en son génome toute une décennie de machines prodigieuses.

Le PC-1500 est une volumineuse machine qui tient difficilement dans une poche. Son langage Basic est très puissant et son afficheur graphique et non plus matriciel, mais sa mémoire est à peine plus étendue que celle du 1211. Il est possible d’enficher des modules de RAM optionnels.

Il existera une variante du 1500, appelée 1500A, de couleur plus sombre, qui offrira en standard nettement plus de mémoire.

Point pratique intéressant, la ligne de touches dédiées au Basic sous l’écran, qui rendent la saisie plus confortable et efficace.

Le PC-1500 bénéficie d’une imprimante fabuleuse, capable de piloter 4 stylos de couleurs.

Le PC-1500 n’est pas tout-à-fait une machine du passé. Il continue de nos jours d’alimenter la réflexion d’informaticiens passionnés, étudiant toujours plus profondément les tréfonds de sa mémoire, développant des utilitaires toujours plus transcendants … Que nous préparent-ils ?

SHARP PC-1251

Mon premier ordinateur de poche : le SHARP PC-1251. Acheté en grande surface en septembre 1983. Je n’oublierai jamais l’étonnement de l’hôtesse qui me vendit le minuscule appareil, quand elle vit l’énorme manuel qui l’accompagnait. Sa collègue la rassura : « si si, c’est normal » … La jeune personne n’avait visiblement aucune idée de ce que pouvait être un Pocket Computer.

Détail amusant : l’achat était motivé par le souvenir du déjà vieux SHARP PC-1211, qui m’avait produit une impression considérable deux ans auparavant. Pas assez fortuné pour en acquérir un à l’époque … Deux ans après, le PC-1211 était déjà regardé, et avec respect, comme un ancêtre complètement dépassé.

Ayant maintenant un premier emploi, je pouvais me financer son modernissime successeur, le PC-1251, rapide, au langage puissant, une taille mémoire large, des instructions PEEK/POKE … et un dessin irrésistible. J’ai adoré cet appareil que j’ai pourtant revendu après quelques mois. Pourquoi ? Il faut se souvenir qu’à l’époque, il régnait encore une certaine méfiance à l’égard des petits appareils électroniques, regardés à tort (on le constate maintenant), comme des objets nécessairement fragiles. Ainsi, j’étais vraiment dubitatif au sujet du commutateur général, constamment sollicité, que je pensais être un point faible, une véritable erreur de conception.

Erreur totale de jugement, les PC-1251 fonctionnent toujours très bien près de 40 ans plus tard, même s’ils montrent désormais une vulnérabilité au mal de « l’huile noire », tout comme l’aîné PC-1211.

Note au 28 avril 2021 : Il existe aujourd’hui des artisans capables de produire des écrans de remplacement tout-à-fait identiques à l’original.

SHARP PC-1211

Le tout premier ordinateur de poche Basic.

Tout a été dit sur le PC-1211. Sharp a réussi un pari inattendu et incroyable avec un modèle qui a lancé une nouvelle génération de calculatrices-ordinateurs ayant perduré tout au long des années 80 et plus, grâce à l’émulation suscitée au sein des constructeurs concurrents.

En quoi consistait ce pari ? : « nous sommes en 1980, tournons la page des calculatrices qui peuvent se programmer, et passons aux ordinateurs qui peuvent aussi calculer ». Quel était le concept ? Des machines au format horizontal, un écran LCD alphanumérique à faible consommation, se déployant sur toute la largeur offerte, un langage de programmation évolué, puissant, conversationnel, ouvert à tous. Et un design à la fois travaillé et dépouillé, ne laissant apparaître que les claviers alpha et numérique. Réussite totale. De cette recette surgiront des dizaines de machines aux possibilités toujours accrues.

A noter que le Sharp PC-1211 me semble avoir un statut spécial. Contrairement à ses successeurs, il n’est pas un « ordinateur de poche », ce terme désignant juste après lui cette nouvelle génération d’appareils. Le Sharp PC-1211 est un « ordinateur », tout simplement. C’est comme cela qu’il était vécu, comme l’ultime incarnation d’une informatique en pleine effervescence, devenue portable, aussi puissant qu’un gros ordinateur de l’année passée, et enfin accessible au grand public.

Mon tout premier contact avec le SHARP PC-1211 : Des catalogues de composants électroniques que mon frère consultait régulièrement. Dans certains encarts minuscules, on distinguait le PC-1211. Les petites descriptions évoquaient l’univers du calcul et de la programmation (notamment le terme non équivoque 1424 pas). Bref, cet appareil m’intriguait, mais je ne disposais d’aucune information.

Mais voilà qu’un jour, au lycée, le professeur principal entre dans la salle de cours en tenant un petit objet mystérieux au creux de ses mains. D’un air solennel il nous annonce que ce minuscule objet a 10 fois plus de capacité que tout le matériel informatique qu’on pourrait trouver dans cette école (notamment l’Olivetti P203 de la classe de comptabilité). S’ensuit une présentation de l’objet, du programme de jeu que le professeur a entré en mémoire. Puis l’appareil passe de mains en mains … moment inoubliable … qui ne répond pas encore à mes interrogations sur la nature de cet appareil, ses possibilités, sa raison d’être … Le précieux magazine « L’Ordinateur de Poche » apportera les réponses.

C’est bien plus tard, en mai 2006, que j’aurai enfin mon PC-1211 à moi. A cette occasion, une petite frayeur, étant convaincu d’un défaut de l’affichage. Le « O » ressemblait en effet à une pomme, avec une queue qui dépasse en haut. Pas de quoi avoir peur cependant, le « O » en forme de pomme, c’est normal, juste une bizarrerie de sa Majesté le PC-1211. D’ailleurs le zéro est lui aussi spécifique. Il est rectangulaire et ne comporte pas encore la barre diagonale qui se généralisera par la suite pour différencier les « O » des Ø.

SHARP_PC-1211-2

Le PC-1211 est particulièrement vulnérable au mal de « l’huile noire ». On voit ici l’écran dont le noircissement a déjà commencé sur le pourtour. Cette altération affecte la lisibilité mais reste heureusement sans effet sur le fonctionnement de l’appareil.

SHARP_PC-1211-1SHARP_PC-1211-3

Peu de 1211 demeurent intacts aujourd’hui, mais tout n’est pas perdu : il a existé une version tardive du PC-1211, à écran gris et nommée PC-1212.

Le PC-1212, machine non rare, pour l’instant à l’abri de l’huile noire, permet de retrouver toute la magie du 1211. Pas complètement cependant car l’écran jaune fait partie de mon point de vue de la personnalité du PC-1211. En gris ce n’est plus tout-à-fait pareil.

SHARP_PC1212