{"id":8003,"date":"2025-06-16T11:48:57","date_gmt":"2025-06-16T11:48:57","guid":{"rendered":"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=8003"},"modified":"2025-10-15T16:27:40","modified_gmt":"2025-10-15T16:27:40","slug":"t29-sale-campagne","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=8003","title":{"rendered":"T29 &#8211; Sale campagne"},"content":{"rendered":"\n<p>[16\/06\/2025]<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Sale campagne<\/h6>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Je n&rsquo;avais encore jamais vu autant de flots de gens allant en tous sens, aussi vite, sur tant de routes.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert le m\u00e9tro, son odeur, son bruit dans les tunnels, l&rsquo;\u00e9clairage cru des compartiments, ses passagers nombreux, tass\u00e9s, fatigu\u00e9s, aux costumes \u00e9lim\u00e9s, conversant parfois seuls.<\/p>\n\n\n\n<p>Des trottoirs o\u00f9 il fallait ne pas quitter ses pieds des yeux au risque de partir en glissade. Et partout dans Paris des odeurs malsaines, des grilles d&rsquo;o\u00f9 montait du sous-sol un souffle chaud et naus\u00e9abond. Le s\u00e9jour parisien a dur\u00e9 une semaine et c&rsquo;est avec soulagement que la petite famille regagna ses vallons meusiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis retourn\u00e9 \u00e0 Paris de nombreuses fois mais je n&rsquo;ai jamais oubli\u00e9 cette premi\u00e8re exp\u00e9rience. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 par la suite que les habitants des grandes couronnes urbaines puissent \u00e9voquer la campagne en lui associant une sorte de culture de l&rsquo;excr\u00e9ment, cela me parait un comble.<\/p>\n\n\n\n<p>Une illustration avec cette petite histoire dr\u00f4le bien innocente : Un jeune homme de la ville bien habill\u00e9 observe un homme de la campagne cultiver son potager et notamment d\u00e9poser un peu de fumier sur ses fraisiers. Il est tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 et lui demande alors pourquoi il fait cela. \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour que les fraises aient meilleur go\u00fbt\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond le jardinier. Le jeune homme de la ville lui dit alors \u00ab\u00a0c&rsquo;est curieux, chez moi, je mets du sucre\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A la campagne plus qu&rsquo;\u00e0 la ville parait il, il peut arriver de poser un pied \u00e0 m\u00eame la terre. Nos anc\u00eatres travaillant dans les champs souillaient ainsi leurs sabots, que la litt\u00e9rature pr\u00e9tend du coup crott\u00e9s. Ne sait-on pas faire la diff\u00e9rence ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre terme r\u00e9pandu est celui de \u00ab\u00a0cul-terreux\u00a0\u00bb. Cette fois la terre se voit officiellement reli\u00e9e au fondement. Pourquoi donc ? Dans celui de bouseux, on comprend que le biotope o\u00f9 s&rsquo;\u00e9panouit l&rsquo;homme du terroir est la bouse de vache. Cela porte bonheur dit-on.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois une campagne particuli\u00e8rement \u00e9loign\u00e9e du tumulte des cit\u00e9s se verra qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0trou du cul du monde\u00a0\u00bb. Et qui n&rsquo;adh\u00e8re pas au proc\u00e8s des ruminants des pr\u00e9s r\u00e9duits \u00e0 de grossiers appareils digestifs qui d\u00e9gradent dramatiquement l&rsquo;atmosph\u00e8re si pure des villes.<\/p>\n\n\n\n<p>A part de grosses concentrations fermi\u00e8res voulues par les seuls hommes, aucune odeur d\u00e9sagr\u00e9able ne peut choquer \u00e0 la campagne. Le parfum des foins, de la terre chauff\u00e9e au soleil, de la plus petite fleur, du vent, m\u00eame de la pluie, est celui du bonheur de vivre dans un habitat naturel. Le regard condescendant du citadin suffoquant dans sa promiscuit\u00e9 et le triste anonymat des grandes couronnes lui permet sans doute de se valoriser, de le rassurer sur un choix de vie qui le fait peut-\u00eatre souffrir, mais plus richement codifi\u00e9 que ne le serait celui de l&rsquo;homme du terroir, si \u00e9l\u00e9mentaire et mal d\u00e9grossi. Peut-\u00eatre l&rsquo;un et l&rsquo;autre devraient-ils se rencontrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui les villes se boisent ici et l\u00e0, les squares fleurissent, les oiseaux montrent le bec. Peut-\u00eatre que sans son avenir, l&rsquo;homme aura \u00e9volu\u00e9 en une esp\u00e8ce plus adapt\u00e9e aux fourmili\u00e8res humaines denses aux principes complexes et m\u00e9caniques o\u00f9 l&rsquo;individu se sera simplifi\u00e9, entra\u00een\u00e9 dans une danse sans fin de gestes compliqu\u00e9s inconnus de l&rsquo;homme du terroir, ce dernier vivant dans une entit\u00e9 territoriale de taille humaine, celle que tous ses anc\u00eatres ont foul\u00e9e avant lui, o\u00f9 les visages des hommes, femmes, enfants, anc\u00eatres sont bien connus. Un homme toujours complexe dans les codes subtils de la nature intemporelle et ses invisibles courants telluriques.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais m&rsquo;autoriser deux caricatures, fond\u00e9es sur mes quelques rencontres avec des parisiens et ceux qu&rsquo;ils appellent des provinciaux :<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment le parisien semble se repr\u00e9senter son pays : D&rsquo;abord une grande capitale, puis une succession de couronnes, de plus en plus profondes, de plus en plus primitives et sauvages.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment le provincial semble concevoir son pays : un territoire hexagonal, parsem\u00e9 de villes grandes et petites, de villages, de collines et de rivi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nombre de parisiens m\u00e9prisent les gens de la campagne, nombre de provinciaux fuient Paris, qu&rsquo;ils connaissent bien plus que les parisiens ne connaissent la campagne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[16\/06\/2025] Sale campagne J&rsquo;ai d\u00e9couvert Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Je n&rsquo;avais encore jamais vu autant de flots de gens allant en tous sens, aussi vite, sur tant de routes. J&rsquo;ai d\u00e9couvert le m\u00e9tro, son odeur, son bruit dans les tunnels, l&rsquo;\u00e9clairage cru des compartiments, ses passagers nombreux, tass\u00e9s, fatigu\u00e9s, aux costumes \u00e9lim\u00e9s, conversant<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8003","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/8003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8003"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/8003\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8428,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/8003\/revisions\/8428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}