{"id":7749,"date":"2025-04-17T18:04:37","date_gmt":"2025-04-17T18:04:37","guid":{"rendered":"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=7749"},"modified":"2025-04-19T09:02:35","modified_gmt":"2025-04-19T09:02:35","slug":"datum20","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=7749","title":{"rendered":"T20 &#8211; Revoir les \u00e9toiles"},"content":{"rendered":"\n<p>[24\/10\/2024]<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">REVOIR LES \u00c9TOILES<\/h6>\n\n\n\n<p>Quand avez-vous regard\u00e9 un ciel \u00e9toil\u00e9 pour la derni\u00e8re fois ? La nuit existe-t-elle encore ?<\/p>\n\n\n\n<p>En hiver, lorsqu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9veille il fait encore nuit. La journ\u00e9e a pourtant d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 et elle ne s&rsquo;ach\u00e8vera que tr\u00e8s tard dans la soir\u00e9e, bien apr\u00e8s le retour de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Sit\u00f4t lev\u00e9, on inonde la maison de lumi\u00e8re. Cela pique les yeux mais on est habitu\u00e9. On va d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;autre, on se r\u00e9veille peu \u00e0 peu, on s&rsquo;habille, on prend son petit d\u00e9jeuner puis on sort.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors les lumi\u00e8res de la rue nous conduisent jusqu&rsquo;au bus, \u00e9clair\u00e9 lui aussi. On arrive au travail. Le&nbsp;soleil n&rsquo;est toujours pas lev\u00e9 mais on voit partout autour de nous, comme s&rsquo;il faisait grand jour. Le soir venu on verra clair jusqu&rsquo;\u00e0 la maison o\u00f9 les ampoules et n\u00e9ons, la t\u00e9l\u00e9vision, les ordinateurs brilleront de mille feux. Vers une heure du matin, on fera l&rsquo;effort de transporter sa somnolence du canap\u00e9 vers la chambre \u00e0 coucher. Il fera noir mais on ne verra pas d&rsquo;\u00e9toiles, les paupi\u00e8res seront closes jusqu&rsquo;au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le weekend venu, on restera un peu plus longtemps au dehors. Le soir on quittera ses amis et on rentrera, toujours sans apercevoir d&rsquo;\u00e9toile au-dessus de nous, le puissant \u00e9clairage public veillant \u00e0 toujours guider nos pieds, c&rsquo;est le plus important, le jour humain dure tellement plus longtemps que le jour terrestre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle des \u00e9toiles n&rsquo;est pas compl\u00e8tement absent&nbsp;pour autant, les \u00e9crans de cin\u00e9ma et de t\u00e9l\u00e9vision montrent celles-ci chaque&nbsp;fois qu&rsquo;il est question de romantisme ou de conqu\u00eate de l&rsquo;espace. On les voit alors nombreuses, tr\u00e8s nombreuses, des millions, telles des gerbes d&rsquo;\u00e9tincelles, toutes de la m\u00eame couleur, du m\u00eame \u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il vraiment autant d&rsquo;\u00e9toiles dans le vrai ciel ?<\/p>\n\n\n\n<p>Allez c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, ce soir juste avant de monter dormir, je jette un coup d&rsquo;\u0153il vers le ciel pour admirer ce merveilleux spectacle de la nature. Hop, j&rsquo;ouvre la porte donnant vers le jardin je l\u00e8ve les yeux et je ne vois que du noir au-dessus de ma t\u00eate. Peut-\u00eatre faut-il \u00e9teindre les lumi\u00e8res de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est maintenant chose faite pour la cuisine, le s\u00e9jour et le couloir. Je mets de nouveau le nez dehors, l\u00e8ve la t\u00eate mais ne vois gu\u00e8re mieux. Il y a bien quelques points lumineux mais ils clignotent et avancent lentement, ce sont des avions. Un autre point brille et semble immobile, c&rsquo;est s\u00fbrement une \u00e9toile, mais o\u00f9 sont donc les autres ? Le ciel est sombre, l&rsquo;horizon est cependant entour\u00e9 de halos lumineux nourris par les cit\u00e9s avoisinantes, et de nombreuses maisons n&rsquo;ont pas encore \u00e9teint leurs feux, voil\u00e0 sans doute pourquoi les \u00e9toiles restent invisibles. Il n&rsquo;est que 23 heures apr\u00e8s tout, j&rsquo;ai le temps de visionner une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e et de revenir d&rsquo;ici une petite heure, les conditions auront sans doute \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De retour dans le jardin un peu&nbsp;plus tard, tous feux \u00e9teints cette fois, je tente de pointer un nouveau regard vers le ciel. Les lumi\u00e8res ext\u00e9rieures proches ont disparu mais le halo des villes est encore pr\u00e9sent. Je vois quand m\u00eame quelques fins points mais voil\u00e0 qu&rsquo;entretemps une Lune \u00e9blouissante s&rsquo;est lev\u00e9e. Et je vois de fins nuages qui passent devant elle. Le temps n&rsquo;est pas propice, pas de chance, allons dormir, je tenterai de faire mieux une prochaine fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques soirs plus tard, je retente l&rsquo;exp\u00e9rience, apr\u00e8s une&nbsp;journ\u00e9e s&rsquo;\u00e9tant montr\u00e9e bien ensoleill\u00e9e et sans nuages. Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je franchis le seuil donnant sur le jardin et avance \u00e0 t\u00e2tons. Bien qu&rsquo;il soit tr\u00e8s tard, la lune n&rsquo;est pas lev\u00e9e, je vois un ciel bien sombre. L&rsquo;\u00e9toile de l&rsquo;autre soir est visible, ainsi que deux ou trois ici et l\u00e0. Elles ne bougent pas ce ne sont pas des avions. Mais o\u00f9 sont donc les millions d&rsquo;\u00e9toiles que nous montrent la t\u00e9l\u00e9vision et le cin\u00e9ma ? Je ne comprends pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentre, j&rsquo;illumine le salon, sors l&rsquo;encyclop\u00e9die et allume internet pour progresser sur le sujet. Je veux savoir comment m&rsquo;y prendre pour enfin m&rsquo;\u00e9merveiller du ciel \u00e9toil\u00e9. Dans mon enfance, le ciel \u00e9tait souvent rempli d&rsquo;\u00e9toiles, mon p\u00e8re m&rsquo;avait appris \u00e0 reconna\u00eetre la Grande Ourse et l&rsquo;Etoile polaire. Il disait d&rsquo;ailleurs Grand Chariot et non Grande Ourse.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une s\u00e9ance de recherche studieuse, me voici rassur\u00e9, les \u00e9toiles n&rsquo;ont pas disparu, il faut juste aller les chercher l\u00e0 o\u00f9 on les voit, c&rsquo;est \u00e0 dire loin de la ville et ses lumi\u00e8res. Je lis aussi que l&rsquo;\u0153il a la facult\u00e9 de s&rsquo;habituer graduellement \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, et qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de se plonger pas moins de 30 minutes dans le noir complet pour en tirer la meilleure sensibilit\u00e9. Une sensibilit\u00e9 fragile, ruin\u00e9e par le moindre phare de voiture qui passerait au loin.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai aussi appris que le nombre d&rsquo;\u00e9toiles visibles en m\u00eame temps n&rsquo;est que d&rsquo;un millier tout au plus, et dans les meilleures conditions, c&rsquo;est beaucoup moins que les repr\u00e9sentations t\u00e9l\u00e9visuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis maintenant pr\u00eat \u00e0 contempler le ciel, je vais pouvoir retrouver ces \u00e9toiles oubli\u00e9es. Je regarde la m\u00e9t\u00e9o des jours \u00e0 venir, m&rsquo;assure que la Lune ne culminera point et planifie un petit d\u00e9placement vers une zone nettement moins habit\u00e9e que ma petite banlieue de province.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 destination apr\u00e8s quelques kilom\u00e8tres, je gare la voiture et \u00e9teins tout ce qui peut produire de la lumi\u00e8re, en particulier mon t\u00e9l\u00e9phone. Je sors du v\u00e9hicule, me place sous le ciel, levant lentement les yeux. Je vois enfin&nbsp;plusieurs \u00e9toiles brillantes et quelques autres, diss\u00e9min\u00e9es aux quatre coins de la vo\u00fbte c\u00e9leste.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me pr\u00e9pare \u00e0 patienter trente minutes dans le froid, le temps que mes yeux s&rsquo;acclimatent \u00e0 la&nbsp;lueur&nbsp;t\u00e9nue du ciel profond. Je sors \u00e0 t\u00e2tons ma thermos et me verse une tasse de caf\u00e9. J&rsquo;ai pris soin d&#8217;emporter des v\u00eatements chauds.<\/p>\n\n\n\n<p>Je constate que mon \u0153il s&rsquo;adapte vite. Tout autour de moi je per\u00e7ois des d\u00e9tails jusqu&rsquo;alors invisibles,&nbsp;comme la silhouette des arbres. De plus en plus d&rsquo;\u00e9toiles s&rsquo;\u00e9veillent. Je tente de rep\u00e9rer la Grande Ourse. Elle est sous mes yeux, elle n&rsquo;a pas chang\u00e9. Des \u00e9toiles de plus en plus faibles se r\u00e9v\u00e8lent. La nuit est noire, sans lune, sans nuages. Les minutes passent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait maintenant une heure que je suis arriv\u00e9 et le spectacle est \u00e0 pr\u00e9sent saisissant. Je ne sais pas s&rsquo;il y a mille \u00e9toiles au-dessus de moi mais je pense n&rsquo;en avoir jamais vu autant auparavant. Certaines sont \u00e9normes de luminosit\u00e9, d&rsquo;autres ne sont que de fins points \u00e0 peine perceptibles. Elles sont rapproch\u00e9es les unes des autres mais s\u00e9par\u00e9es d&rsquo;un noir profond. Elles forment entre elles, comme pour jouer, des alignements, des formes simples, des losanges &#8230; Je distingue des nuances de couleurs, des \u00e9toiles parfois jaunes, blanches, rouges, bleues. Je les vois si proches que pour un peu je pourrais tendre le bras et les saisir de ma main. Leur immobilit\u00e9 scintillante leur donne un air \u00e9crasant comme si elles me regardaient \u00e0 leur tour. Et dans le silence de la nuit, je crois entendre leur \u00e9clat comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un tumulte c\u00e9leste. Le spectacle est certes grandiose mais ce que je ressens se situe au-del\u00e0. Je suis en train de vivre une exp\u00e9rience mystique. Gagn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion de ce spectacle intimidant, j&rsquo;acquiers une conscience plus aigu\u00eb de ce que je contemple, de mon statut, celui d&rsquo;un minuscule corpuscule humain, tout au bord de son monde qu&rsquo;est la Terre, et aux portes de l&rsquo;univers que je regarde les yeux grands ouverts. Des questions se bousculent, jaillissant de l&rsquo;inconscient profond, face \u00e0 l&rsquo;existence, la cr\u00e9ation. L&rsquo;immensit\u00e9 devant moi me bouleverse et m&rsquo;apaise \u00e0 la fois. L&rsquo;univers existe, je le vois de mes yeux, ce n&rsquo;est plus un exercice abstrait de th\u00e9oricien, ses milliers d&rsquo;ann\u00e9es-lumi\u00e8re et ses mondes inaccessibles commencent \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi. Je ne contemple plus le lointain, ce soir je fais corps avec le cosmos, moi si petit, si simple, je suis un grain d&rsquo;univers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le froid me gagne, je rejoins la voiture. L&rsquo;enchantement de cette soir\u00e9e se rompt d&rsquo;un coup au moment o\u00f9 l&rsquo;ouverture de la porti\u00e8re d\u00e9clenche l&rsquo;illumination de l&rsquo;habitacle. Je prends place, j&rsquo;allume les phares, descends la vitre pour jeter un dernier regard vers le ciel mais toutes les \u00e9toiles ont disparu, l&rsquo;\u0153il a perdu d&rsquo;un coup son accommodation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, la porte de l&rsquo;univers est referm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle lumineux de mes prochains jours sera le sol et mes pieds me menant vers le bus pour de nouvelles journ\u00e9es satur\u00e9es de lumi\u00e8re et leurs pens\u00e9es bien centr\u00e9es sur mon petit monde terrestre. Mais je compte ne rien perdre de cette nouvelle facult\u00e9 de lever la t\u00eate pour la plonger \u00e0 nouveau dans l&rsquo;univers. Nous avons la chance d&rsquo;avoir des yeux \u00e0 la port\u00e9e sans limites, ce serait dommage de ne leur montrer que nos pieds \ud83d\ude42<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[24\/10\/2024] REVOIR LES \u00c9TOILES Quand avez-vous regard\u00e9 un ciel \u00e9toil\u00e9 pour la derni\u00e8re fois ? 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