{"id":6105,"date":"2024-01-06T23:36:04","date_gmt":"2024-01-06T23:36:04","guid":{"rendered":"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=6105"},"modified":"2026-06-24T12:10:55","modified_gmt":"2026-06-24T12:10:55","slug":"articles-hors-sujet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/?page_id=6105","title":{"rendered":"CANCANS DU CLOCHER"},"content":{"rendered":"<p><em>Articles sans lien avec les calculatrices, sans fil conducteur, p\u00eale-m\u00eale, sur tous th\u00e8mes, parfois des t\u00e9moignages, parfois de l&rsquo;humour voire de la pure fantaisie et qui n&rsquo;engagent que moi \ud83d\ude42<\/em><\/p>\n<p>[07\/01\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">LE ROGER ET LA CINDY \u2013 R\u00c9FLEXION SUR LE PR\u00c9NOM PR\u00c9C\u00c9D\u00c9 DE <em>LE<\/em> OU <em>LA<\/em><\/span><\/h6>\n<p>Etant tomb\u00e9 voici peu sur une discussion portant sur l\u2019usage de l\u2019article d\u00e9fini pr\u00e9c\u00e9dant le pr\u00e9nom, j&rsquo;apporte ici un \u00e9clairage tir\u00e9 de ma propre exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Le titre de cet article doit d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 en consterner plus d\u2019un par la lourdeur qui se d\u00e9gage d\u2019un parler sans doute profond\u00e9ment rural, tel que volontiers fantasm\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur des grandes couronnes urbaines.<\/p>\n<p>J\u2019ai grandi dans un village de Lorraine. Je coupe court d\u2019embl\u00e9e aux clich\u00e9s d\u2019une ruralit\u00e9 encrott\u00e9e, tels que j\u2019ai pu en lire. Ainsi, le village n\u2019\u00e9tait pas une suite interminable de fermes malodorantes, abritant au plus 20 personnes chauss\u00e9es de bottes en caoutchouc montant jusqu&rsquo;au menton, ne se d\u00e9pla\u00e7ant qu&rsquo;en tracteur et bredouillant un patois mis\u00e9reux. La campagne ce n\u2019est pas cela. Le village offrait d&rsquo;ailleurs diff\u00e9rentes activit\u00e9s industrielles et tertiaires, et \u00e9tait proche du chef-lieu de d\u00e9partement.<\/p>\n<p>L\u2019article pr\u00e9c\u00e9dant le pr\u00e9nom \u00e9tait la r\u00e8gle pour beaucoup, en particulier les plus anciens. Voil\u00e0 comment cela se passait :<\/p>\n<p>Ma tante se pr\u00e9nommait Colette. Sa fille, ma cousine, s\u2019appelait Corinne. On disait \u00ab\u00a0Tu as des nouvelles de la Colette ?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La Corinne vient d\u2019entrer au CP. As-tu des nouvelles du Denis ? J\u2019ai parl\u00e9 avec la Colette du Louis avant-hier \u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La personne n\u2019\u00e9tait jamais interpell\u00e9e avec son article. On ne disait jamais \u00ab\u00a0la Colette reprends-tu une part de tarte ?\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0Colette, reprends-tu\u00a0\u00bb \u2026 L&rsquo;article n\u2019\u00e9tait pas prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019insu de la personne, comme on le ferait avec un surnom d\u00e9savantageux. On pouvait dire par exemple : \u00ab\u00a0Dominique tu devrais avoir un appel du Fabrice, je lui ai dit \u00ab\u00a0tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 appeler le Dominique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019article n\u2019\u00e9tait pas prononc\u00e9 de fa\u00e7on lourde et tra\u00eenante (comme on y assiste dans le film \u00ab\u00a0la soupe aux choux\u00a0\u00bb, caricature laide et\u00a0ignorante du monde de la campagne). L\u2019article \u00e9tait affectif, il semblait signifier notre Colette \u00e0 nous. Si on avait juste dit \u00ab\u00a0Colette\u00a0\u00bb, la r\u00e9action aurait \u00e9t\u00e9: \u00ab quelle Colette ?\u00bb.\u00a0Remplacer \u00ab\u00a0La Colette\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0Colette\u00a0\u00bb aurait donn\u00e9 l\u2019impression d\u2019une prise de distance froide et incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Dire \u00ab\u00a0la Corinne\u00a0\u00bb renfor\u00e7ait le c\u00f4t\u00e9 mignon et membre de la famille du petit enfant. Je n\u2019ai jamais utilis\u00e9 l\u2019article avec mes propres enfants, je n\u2019habite plus en Meuse depuis l\u2019\u00e2ge de 16 ans, mais ma m\u00e8re leur en attribuait un syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p>Pour illustrer la coh\u00e9rence d&rsquo;une telle pratique, je propose un comparatif avec le nom des villes. Dirait-on je vais \u00e0 la Marseille, je passe par le Lyon avant de visiter la Bordeaux ? Cela semblerait terriblement lourd. Pourtant qui ressent cette lourdeur en entendant \u00ab j\u2019arrive du Tr\u00e9port, je me rends au Touquet et pars assister aux Vingt-Quatre Heures du Mans \u00bb. Ou bien \u00ab j\u2019habite Le Havre, je vis au Havre mais je ne suis pas du Havre \u00bb ? Ces villes comportent un article d\u00e9fini dans leur nom, article qui est remplac\u00e9 sans complexe par \u00ab au \u00bb, \u00ab du \u00bb, au gr\u00e9 du propos sans que cela g\u00eane les oreilles de qui que ce soit. Ainsi on ne dit pas \u00ab Je vis \u00e0 LE HAVRE \u00bb mais \u00ab au HAVRE \u00bb.<\/p>\n<p>On peut poursuivre avec la fa\u00e7on officielle de d\u00e9signer les pays : On dit \u00ab France, douce France \u00bb mais \u00ab LA France \u00bb, \u00ab L\u2019Espagne, \u00ab je vais AU Portugal \u00bb, \u00ab j\u2019arrive DU Danemark \u00bb. Se sent-on pesant ? Pourtant si j\u2019essaie de dire \u00ab LE Ta\u00efwan \u00bb, ou LA Ceylan, pays de l\u2019Oc\u00e9an indien appel\u00e9 aujourd\u2019hui \u00ab LE Sri Lanka \u00bb, on retrouve la m\u00eame g\u00eane vis \u00e0 vis de l\u2019article. Les Anglais disent Spain, France, Germany, nous voient-ils chauss\u00e9s de sabots crott\u00e9s ?<\/p>\n<p>S\u2019agissant de ces parlers locaux, ajouter un article \u00e0 un pr\u00e9nom est simplement un usage courant, v\u00e9cu comme naturel par les natifs de ces r\u00e9gions.\u00a0Remarquons enfin qu&rsquo;il est difficile \u00e0 ces derniers de priver de son article quelqu&rsquo;un qui en a toujours b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, tout comme en attribuer un \u00e0 qui n&rsquo;en a jamais eu.\u00a0On pourrait rapprocher cette difficult\u00e9 de\u00a0celle \u00e9prouv\u00e9e lorsqu&rsquo;on se d\u00e9cide \u00e0 tutoyer une personne vouvoy\u00e9e de longue date, ou \u00e0 l&rsquo;inverse quand il s&rsquo;agit de vouvoyer quelqu&rsquo;un \u00e0 qui on a toujours dit \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une telle comparaison, qui conduirait presque \u00e0 imaginer que l\u2019usage d&rsquo;un article devant un pr\u00e9nom puisse \u00eatre apparent\u00e9 \u00e0 une forme particuli\u00e8re de tutoiement, \u00e9tendu alors \u00e0 la 3e personne, peut pour le moins aider \u00e0 mieux concevoir cette pratique des terroirs, \u00e9trange pour beaucoup et pourtant bien vivante.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[04\/02\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Un discours de d\u00e9part \u00e0 la retraite<\/h6>\n<p>Voil\u00e0 venu pour moi le temps de vous dire au revoir, comme tant d\u2019autres l\u2019ont fait avant moi.<\/p>\n<p>Et c\u2019est que j\u2019en ai vu partir des anciens\u00a0!<\/p>\n<p>Des coll\u00e8gues, mon p\u00e8re, mes oncles et tantes, et plein d\u2019autres gens quand j\u2019\u00e9tais enfant. Ils \u00e9taient tous heureux ce beau jour venu.<\/p>\n<p>Je le suis aussi, mais me voil\u00e0 chagrin\u00e9 par un sentiment de sens contraire, une sorte de culpabilit\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9tages.<\/p>\n<p>Outre le fait de quitter celles et ceux que j\u2019appr\u00e9cie, je crois entendre une interrogation souterraine, insistante, sinc\u00e8re assur\u00e9ment\u00a0: mais que vas-tu faire en retraite\u00a0? Vas-tu rester actif, par exemple contribuer \u00e0 du travail b\u00e9n\u00e9vole ou bien vas-tu ne rien faire\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019entends ce \u00ab\u00a0rien faire\u00a0\u00bb comme un reproche nouveau, l\u2019expression d\u2019une sorte d\u2019absurdit\u00e9, de paradoxe logique, d\u2019aberration comportementale. Mais c\u2019est peut-\u00eatre le signe qu\u2019on\u00a0pense les choses de fa\u00e7on nouvelle.<\/p>\n<p>Ne rien faire, voil\u00e0 un d\u00e9lice interdit d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e de main. J\u2019en imagine la gestuelle\u00a0: se maintenir allong\u00e9 sur un matelas confortable, le corps, la t\u00eate, les yeux tourn\u00e9s vers la fen\u00eatre ouverte, et au-del\u00e0 vers les nuages, contempler chaque instant qui passe, sa forme, ses encha\u00eenements, tout en savourant le plaisir de ne br\u00fbler aucune calorie, de ne faire bouger le moindre cil, sans plus penser, le plus longtemps possible, sans m\u00eame respirer tant qu\u2019on y est.<\/p>\n<p>Il se pourrait bien que je ne puisse supporter longtemps le bonheur d\u2019un tel an\u00e9antissement m\u00e9tabolique. Pas plus de 5 minutes en tout cas. Ne rien faire du tout semble ennuyeux. En plus les nuages, \u00e7a bouge et les yeux doivent suivre.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai peut-\u00eatre pas bien compris la question de mes coll\u00e8gues incr\u00e9dules. Peut-\u00eatre faut-il comprendre\u00a0: \u00ab\u00a0vas-tu te livrer \u00e0 des activit\u00e9s para-professionnelles, agir en b\u00e9n\u00e9vole au sein de structures r\u00e9gies par des r\u00e8glements internes, des strates hi\u00e9rarchiques, un temps attribu\u00e9 \u00e0 la portion congrue pour produire de la performance efficiente, absorber des directives en langue de bois et \u00e9l\u00e9ments de langage en anglais se d\u00e9versant tel un torrent, s\u2019arranger sur la pointe des pieds avec les autres pour envisager une absence, malaxer dans la t\u00eate toutes sortes d\u2019injonctions contradictoires comme le monde du travail en s\u00e9cr\u00e8te tout naturellement.<\/p>\n<p>Oui je ferai s\u00fbrement quelque chose, mais rien qui s\u2019apparente \u00e0 une activit\u00e9 aussi compliqu\u00e9e. En fait je veux juste me retirer \u00e0 mon tour du monde du travail et de ses tracasseries qui au bout de 40 ans finissent par endolorir l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 donc qu\u2019une autre culpabilit\u00e9 me chatouille au moment de partir.<\/p>\n<p>Ainsi moi, j\u2019ai la chance de partir plus t\u00f4t que mes coll\u00e8gues plus jeunes et s\u00fbrement beaucoup plus t\u00f4t que les plus jeunes d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Pourtant rassurez-moi, je l\u2019ai bien m\u00e9rit\u00e9e cette retraite\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019ai fait mon temps, d\u2019ailleurs nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de mon p\u00e8re. Mon Papa, comme beaucoup d\u2019autres, partait en retraite \u00e0 60 ans &#8211; 37,5 ann\u00e9es de service comme on disait &#8211; comme c\u2019\u00e9tait la r\u00e8gle depuis 1981. Mon Papa est pourtant parti avant cette \u00e9ch\u00e9ance, puisqu\u2019il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, comme tant d\u2019autres d\u2019une pr\u00e9 retraite. Et aussi d\u2019une invalidit\u00e9 vu une fragilit\u00e9 cardiaque que le travail risquait d\u2019aggraver. Il est donc parti \u00e0 56 ans. Comme plein d\u2019autres. Sans culpabilit\u00e9 imaginable.<\/p>\n<p>Plus de pr\u00e9 retraite pour nous autres, ce terme a disparu des radars et des esprits. Quant \u00e0 l\u2019invalidit\u00e9, mieux vaut ne plus \u00eatre concern\u00e9 car elle n\u2019est plus donn\u00e9e qu\u2019aux plus bris\u00e9s d\u2019entre nous.<\/p>\n<p>Donc pour moi, \u00e0 qui m\u00e8re nature a pourtant d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9\u00a0les classiques pathologies \u00ab\u00a0dues \u00e0 l\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb, ce ne sera pas 56 ans, mais 62. Je\u00a0travaille d\u00e9j\u00e0 6 ans de plus que mon papa et je trouve que ce n\u2019est pas juste. Et combien pour les plus jeunes. Il y a bien le d\u00e9blocage du compte \u00e9pargne temps qui rapproche l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, mais c\u2019est pour ceux qui ont renonc\u00e9 \u00e0 leurs cong\u00e9s l\u00e9gaux. Il y a aussi parfois des formules de d\u00e9part anticip\u00e9 mais il faut mettre la main au portefeuille, donnant donnant, quand le calcul habituel serait inverse, soit comment ne pas \u00eatre trop p\u00e9nalis\u00e9 \u00e0 l\u2019heure de palper la pension trimestrielle.<\/p>\n<p>Il semble venu dans l\u2019air du temps d\u2019assimiler le temps pass\u00e9 hors de la sph\u00e8re professionnelle \u00e0 du temps perdu \u00e0 ne rien faire, une oisivet\u00e9 miraculeuse rendue possible par l\u2019atteinte d\u2019un \u00e2ge symbolique et arbitraire et un code du travail accommodant, h\u00e9rit\u00e9 du pass\u00e9 sans doute.<\/p>\n<p>Est-il r\u00e9ellement si peu naturel de travailler\u00a0? Est-il vraiment choquant de poursuivre son activit\u00e9 professionnelle bien au-del\u00e0 de ces limites th\u00e9oriques finalement peu s\u00e9rieuses\u00a0? N\u2019est-il pas choquant au contraire de ne travailler que 8\u00a0heures sur une journ\u00e9e qui en compte 24\u00a0?\u00a0 De continuer \u00e0 percevoir un salaire en \u00e9t\u00e9 alors qu\u2019on est au bord de la mer avec les enfants pour un long mois\u00a0et qu\u2019on ne produit rien ? De gaspiller ce salaire \u00e0 ne rien faire deux jours par semaine, prostr\u00e9 dans sa maison le dimanche alors que le travail sur le bureau attend votre retour\u00a0?<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il donc pass\u00e9\u00a0? Comment un principe aussi sain et utile que le travail a-t-il pu se d\u00e9sagr\u00e9ger au profit de l\u2019oisivet\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Cet \u00e9tat de largesse est r\u00e9cent. Je fais partie de la premi\u00e8re\u00a0g\u00e9n\u00e9ration o\u00f9 les enfants n\u2019ont pas travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019usine. Ma m\u00e8re, mon p\u00e8re, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de huit ans \u00ab\u00a0portaient \u00e0 l\u2019arche\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019usine de verrerie du village. Les enfants \u00e9taient ouvriers quand ils n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Bien s\u00fbr leur travail \u00e9tait adapt\u00e9 \u00e0 leur \u00e2ge, leur taille, leur force. \u00ab\u00a0Porter \u00e0 l\u2019arche\u00a0\u00bb voulait dire introduire \u00e0 bout de bras des pi\u00e8ces de verrerie dans l\u2019immense four incandescent de l\u2019usine \u00e0 l\u2019aide de longues perches. Quand ma m\u00e8re nous en parlait, ce n\u2019\u00e9tait pas pour d\u00e9noncer le scandale des enfants \u00e0 l\u2019usine. Elle disait juste que c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur.<\/p>\n<p>Il est temps de penser \u00e0 la sant\u00e9. Qui commence par celle de la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019\u00e9conomie, du travail. Il n\u2019est pas scandaleux de remettre tout ce monde dans le droit chemin, les vieux et les enfants dans un travail, adapt\u00e9 bien s\u00fbr, r\u00e9int\u00e9grer dans leurs bureaux les juillettistes et ao\u00fbtiens, les apprentis skieurs du printemps, les vacanciers d\u2019automne, d\u2019hiver, les martyrs du weekend qui se dess\u00e8chent \u00e0 regarder leur pendule \u00e9grainer des minutes interminables. Quant aux malades qui \u00e9coutent le m\u00e9decin et croient qu\u2019en restant chez eux ils donnent au temps le moyen de les gu\u00e9rir, qu\u2019ils r\u00e9alisent que le l\u00e9gislateur a rendu obligatoires les armoires \u00e0 pharmacie et les d\u00e9fibrillateurs sur le lieu de travail, et que le retour de leur contribution sera un meilleur rem\u00e8de. Le monde du travail est celui qui accueille chacun, m\u00eame le gr\u00e9viste qui pr\u00e9f\u00e9rerait rester chez lui ou crier dehors pour r\u00e9clamer un salaire, bien inutile quand on y pense, quand l\u2019entreprise peut offrir \u00e0 chacun un sandwich mou croqu\u00e9 \u00e0 l\u2019usine au milieu de tous dans un instant de communion joyeuse.<\/p>\n<p>L\u2019oisivet\u00e9 est l\u2019ennemie de l\u2019\u00e2me, travaillons 30h par jour, 400 jours par an, jusqu&rsquo;au soir\u00a0glorieux o\u00f9 tel un Moli\u00e8re chacun entrera dans la l\u00e9gende de celui qui s&rsquo;\u00e9teint au pied de l\u2019enclume, au sommet de son \u0153uvre professionnelle.<\/p>\n<p>Pour ma part, je fais le v\u0153u inverse, je pense que le droit \u00e0 la retraite m\u2019appartient, qu\u2019on m\u2019en a d\u00e9j\u00e0 confisqu\u00e9 beaucoup, et que je ne laisserai plus personne m\u2019en soustraire ne serait-ce qu\u2019une minute. Battez-vous contre ceux qui usent de la redoutable ing\u00e9nierie des mots pour petit \u00e0 petit modeler votre pens\u00e9e, nier vos droits, les r\u00e9duire voire les abolir. Et ne laissez personne vous emp\u00eacher d\u2019\u0153uvrer \u00e0 toujours am\u00e9liorer vos conditions de travail et de vie.<\/p>\n<p>Bonne retraite m\u00e9rit\u00e9e \u00e0 tous le jour venu.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[08\/02\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><em><strong>Homo neanderthalensis<\/strong><\/em>\u00a0et <em>Homo sapiens<\/em> comme vous ne les avez jamais vus<\/h6>\n<p>Comme tout le monde, j&rsquo;ai eu le plaisir d&rsquo;assister ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 des documentaires t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s sophistiqu\u00e9s (tels l&rsquo;odyss\u00e9e de l&rsquo;esp\u00e8ce) retra\u00e7ant l&rsquo;histoire lointaine de l&rsquo;homme depuis les australopith\u00e8ques jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Homo sapiens. Les diff\u00e9rents personnages y \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s par des com\u00e9diens humains plus ou moins grim\u00e9s. Ainsi l&rsquo;Homo sapiens n&rsquo;arborait que d&rsquo;\u00e9l\u00e9gantes peintures tribales tandis que les australopith\u00e8ques \u00e9taient affubl\u00e9s d&rsquo;un maquillage lourd digne de la saga \u00ab\u00a0la plan\u00e8te des singes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces documentaires les sc\u00e9narios d\u00e9roul\u00e9s se ressemblent souvent : L&rsquo;histoire d\u00e9bute sur des cr\u00e9atures au physique effrayant, ce sont nos lointains anc\u00eatres bip\u00e8des, pour glisser \u00e9tape par \u00e9tape vers l&rsquo;Homo sapiens, qui termine l\u2019histoire, incarn\u00e9 par des acteurs jeunes et beaux.<\/p>\n<p>Ces documentaires ont une ambition p\u00e9dagogique, mais ils ratent peut-\u00eatre une chose importante : nous \u00e9tonner. Ce qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente est rassurant, l&rsquo;image qu&rsquo;on re\u00e7oit de nous est intacte, flatteuse comme \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e. Nous assistons bien \u00e0 une \u00e9volution du simple vers le complexe, du brouillon vers le grandiose, du bredouillant vers le savant, de l&rsquo;affreuse b\u00eate vers l&rsquo;ange. Ce miroir id\u00e9al me parait surann\u00e9. Pour renouveler le genre et susciter un \u00e9tonnement opportun, voil\u00e0 un sc\u00e9nario qui me plairait mieux :<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;histoire que l&rsquo;on raconte, on d\u00e9cide d&rsquo;oublier notre point de vue humain : on place cette fois le curseur sur l&rsquo;homme de N\u00e9andertal, notre proche pr\u00e9d\u00e9cesseur, et on suit l&rsquo;histoire \u00e0 travers ses yeux.<\/p>\n<p>Pour le maquillage des com\u00e9diens on reprend les s\u00e9ances lourdes pour les esp\u00e8ces anciennes mais, arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme de N\u00e9andertal, plus aucun maquillage n&rsquo;est requis, voil\u00e0 la nouveaut\u00e9. On fait appel \u00e0 un acteur humain tel quel. Pour ne pas heurter inutilement les id\u00e9es re\u00e7ues, on le choisit plut\u00f4t \u00ab\u00a0m\u00e9diterran\u00e9en\u00a0\u00bb, j&rsquo;entends par l\u00e0 pas trop \u00e9lanc\u00e9, dot\u00e9 d&rsquo;une musculature et d&rsquo;un syst\u00e8me pileux fournis. Il est n\u00e9cessaire que l&rsquo;acteur ait nos traits, ceux qu&rsquo;on r\u00e9serve d&rsquo;habitude \u00e0 la repr\u00e9sentation du sapiens. Pas de peaux de b\u00eates sur son dos mais des v\u00eatements \u00e9pais \u00e0 la d\u00e9coupe r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans le courant du documentaire, L&rsquo;homme de N\u00e9andertal rencontre Homo sapiens. Comment le voit-il ? L\u00e0 les maquilleurs se remettent au travail et nous cr\u00e9ent le sapiens vu par N\u00e9andertal. Il semble peu probable que ce dernier voie le sapiens plus beau que lui, ou y d\u00e9c\u00e8le avec r\u00e9signation un statut d&rsquo;\u00e9volution plus avanc\u00e9. Voil\u00e0 donc ce que les maquilleurs doivent nous cr\u00e9er : un personnage longiligne et droit, malingre, \u00e0 la peau nue et litt\u00e9ralement blanche, d&rsquo;aspect fragile, maladroit, avec un visage lisse et ovale, d&rsquo;une platitude effrayante, au milieu duquel d\u00e9passerait un incompr\u00e9hensible triangle pro\u00e9minent. Malgr\u00e9 son aspect fr\u00eale, il serait per\u00e7u comme tr\u00e8s dangereux et agressif.<\/p>\n<p>Justification d&rsquo;un tel portrait : On sait l&rsquo;homme de N\u00e9andertal plus trapu que nous, plus robuste, probablement velu, parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 son milieu. Il avait un visage plut\u00f4t projet\u00e9 vers l&rsquo;avant, un nez plus aplati, des arcades sourcili\u00e8res saillantes et un menton l\u00e9ger et fuyant. Par ailleurs on pourrait d\u00e9peindre sans risque de trop se tromper l&rsquo;Homo sapiens comme une cr\u00e9ature belliqueuse et conqu\u00e9rante, d&rsquo;o\u00f9 la peur qu&rsquo;il inspirerait.<\/p>\n<p>Mes suggestions sont s\u00fbrement maladroites. L&rsquo;important serait de montrer ce qu&rsquo;on ne voit jamais : un humain diff\u00e9rent, laid lui aussi car vu par l&rsquo;\u0153il de l&rsquo;homme de N\u00e9andertal, (L&rsquo;homme de N\u00e9andertal l&rsquo;est pour nous, du moins dans les repr\u00e9sentations qu&rsquo;on en fait), et pas du tout \u00e0 son avantage, pas au centre ni au sommet de la cr\u00e9ation, juste \u00e0 sa place parmi d&rsquo;autres.<\/p>\n<p>Ne tiendrait-on pas l\u00e0 quelque chose de nouveau ?<\/p>\n<hr \/>\n<p>[08\/02\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Une petite souris<\/h6>\n<p>Vous \u00eates un grand gar\u00e7on de 58 ans et vous voil\u00e0 victime d\u2019un mal de dents.<\/p>\n<p>De m\u00e9moire vous n\u2019aviez pas connu cela depuis l\u2019\u00e2ge de 11 ans et demi.<\/p>\n<p>Vous entrevoyez l\u2019extraction de la molaire fautive. Et comme si cette pens\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 assez p\u00e9nible, vous r\u00e9alisez que vous n\u2019avez m\u00eame plus les coordonn\u00e9es de la Petite Souris.<\/p>\n<p>Vos souvenirs lointains resurgissent. La petite souris n\u2019avait pas besoin de laisser une carte de visite dans le bottin. Il suffisait de d\u00e9poser la dent fra\u00eechement tomb\u00e9e tout pr\u00e8s du lit voire sous l\u2019oreiller pour qu\u2019elle arrive, \u00e0 pas de souris, comme attir\u00e9e irr\u00e9pressiblement par le don attentionn\u00e9 de l\u2019enfant endormi apr\u00e8s une journ\u00e9e endolorie.<\/p>\n<p>La minuscule cr\u00e9ature laissait toujours une belle pi\u00e8ce de monnaie, preuve de son passage et de sa gratitude.<\/p>\n<p>Vous n\u2019\u00eates plus un enfant, vous \u00eates un adulte, peut-\u00eatre m\u00eame un grand-p\u00e8re. Et vous n\u2019\u00eates pas dupe. Vous savez bien que dans cette affaire de petite souris, vos parents vous faisaient une petite cachotterie pour embellir cette merveilleuse histoire.<\/p>\n<p>Vous en \u00eates maintenant convaincu, vos parents disposaient des coordonn\u00e9es personnelles de la petite souris, avec laquelle ils convenaient secr\u00e8tement du rendez-vous. Comment aurait-elle d\u00e9tect\u00e9 sinon un aussi faible signal, et comment contenter chaque enfant le moment venu sans un agenda bien ordonn\u00e9.<\/p>\n<p>Comment avez-vous pu oublier ces coordonn\u00e9es, vous qui avez \u00e9t\u00e9 p\u00e8re de jeunes enfants voil\u00e0 trente ans, et attach\u00e9 \u00e0 une si gentille tradition.<\/p>\n<p>Vous voil\u00e0 r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 interroger votre fille, d\u00e9sormais m\u00e8re elle-m\u00eame et en situation de perp\u00e9tuer la tradition.<\/p>\n<p>Vous avez \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9 car votre fille d\u00e9tient les pr\u00e9cieuses informations, qu\u2019elle vous dicte sans h\u00e9sitation.<\/p>\n<p>Tout en la notant, l\u2019adresse vous revient en m\u00e9moire. Elle vous est m\u00eame famili\u00e8re, c\u2019est en fait celle de la maison familiale o\u00f9 vous r\u00e9sidiez quand vos enfants \u00e9taient petits. Faut-il comprendre que la souris habitait sur place. Cela expliquerait sa disponibilit\u00e9 sans faille \u00e0 tous ces moments o\u00f9 elle a apport\u00e9 un r\u00e9confort bienvenu aux enfants.<\/p>\n<p>Vous pouvez dormir rassur\u00e9, sachant maintenant que des petites souris attentives vous observent avec tendresse, par un petit trou invisible, au creux des murs de votre maison.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[08\/02\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Focus sur un \u00e9puisement professionnel<\/h6>\n<p>Tout a commenc\u00e9 par un retard de travail qui n&rsquo;a jamais pu \u00eatre rattrap\u00e9. Francis l&rsquo;a vu enfler au fil des semaines et s&rsquo;est senti d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p>Francis comptait sur le questionnaire du bien-\u00eatre au travail qu\u2019il devait rendre \u00e0 son manager. Il y aurait expos\u00e9 ses difficult\u00e9s, le mal-\u00eatre professionnel qu\u2019il vit depuis plusieurs mois. C&rsquo;est pourtant un questionnaire neutre qu\u2019il a rendu, s\u2019\u00e9tant censur\u00e9, renon\u00e7ant \u00e0 \u00e9voquer ce qu&rsquo;il ne sait comment traduire en mots, beaucoup trop gros pour ces interlignes si proprement format\u00e9s.<\/p>\n<p>Francis se r\u00e9v\u00e8le aujourd\u2019hui totalement accapar\u00e9 par son travail, jour et nuit. Il y consacre tout son temps y compris celui des loisirs, devenus strictement inexistants. Les probl\u00e8mes qui y sont li\u00e9s sont en permanence \u00e0 son esprit et il est de plus en plus d\u00e9courag\u00e9, ayant perdu le go\u00fbt et m\u00eame le mode d&#8217;emploi d&rsquo;une contribution pass\u00e9e.<\/p>\n<p>Qui sait d\u00e9finir un <em>burn-out<\/em> ? Comment le rep\u00e9rer ? Le mode op\u00e9ratoire se d\u00e9roule pourtant souvent devant nos yeux. Le <em>burn-out<\/em> est une spirale qui focalise les probl\u00e8mes vers l\u2019int\u00e9rieur, vers soi-m\u00eame et jamais vers l&rsquo;autre. Alors que Francis sait de longue date ce qu\u2019il doit faire, ce qui correspond \u00e0 ses valeurs professionnelles, notamment le souci d\u2019une contribution de qualit\u00e9, il constate qu\u2019il n\u2019y arrive pas et ne comprend pas compl\u00e8tement pourquoi.<\/p>\n<p>Le mot <em>\u00e9chec<\/em>, brutal, tourne en boucle dans sa t\u00eate et les conclusions qu\u2019il en tire sont :<\/p>\n<p>\u00ab <em>Je ne viens pas assez t\u00f4t au travail \u00bb, \u00ab je pars trop t\u00f4t du travail \u00bb, \u00ab j\u2019ai tort de rentrer chez moi le midi \u00bb, qui est devenu \u00ab j\u2019ai tort de prendre une pause le midi \u00bb, \u00ab j\u2019ai tort de ne pas prendre de travail \u00e0 la maison \u00bb, qui est devenu \u00ab j\u2019ai tort de prendre si peu de travail \u00e0 la maison<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Quand tout le temps disponible a \u00e9t\u00e9 \u00e9tir\u00e9, il reste la derni\u00e8re solution, celle de s\u2019imputer les insuffisances : \u00ab <em>je ne suis plus bon \u00e0 rien, je ne sais plus faire mon travail, je ne suis plus comp\u00e9tent, je ne suis plus rien<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Francis se l\u00e8ve aux aurores et prend son caf\u00e9 avec un dossier ouvert, y compris le dimanche. Pour Francis, il existe une r\u00e8gle impossible \u00e0 remettre en cause : \u00ab le chef donne le travail et le subordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cute \u00bb quel qu\u2019en soit le poids c\u2019est normal, indiscutable. C&rsquo;est le lot de tout employ\u00e9, y compris quand des applications informatiques inachev\u00e9es, mal ficel\u00e9es ach\u00e8vent d&rsquo;\u00e9craser le fardeau, nourrissant au fil de l\u2019eau un retard sans issue. En cas de manquement \u00e0 ce principe de subordination, la culpabilit\u00e9 et le d\u00e9ni de soi feront un chemin destructeur.<\/p>\n<p>Francis est \u00e9puis\u00e9, nerveusement et physiquement. Sa t\u00eate fonctionne mal. Son esprit est entrav\u00e9 par un bruit mental permanent. Le temps puis\u00e9 dans une journ\u00e9e ne lui suffit plus \u00e0 produire davantage qu&rsquo;un atome de travail. La pens\u00e9e est devenue telle l&rsquo;\u00e9vier bouch\u00e9 qui vient \u00e0 bout de quelques millilitres d\u2019eau au prix de longues heures au cours desquelles les mol\u00e9cules parcourent des chemins tortueux autour d\u2019\u00e9pais et hideux r\u00e9sidus enchev\u00eatr\u00e9s.<\/p>\n<p>Francis se cache. Il ne croise plus ses coll\u00e8gues, le pr\u00e9cipice sous ses pieds lui fait honte. Il cache \u00e0 son chef qu&rsquo;en plus du travail confi\u00e9, il \u0153uvre dans le secret \u00e0 r\u00e9sorber un retard au visage monstrueux, alors m\u00eame que les efforts qu\u2019il fait pour fixer son attention n\u2019aboutissent plus qu\u2019\u00e0 des instants de concentration fugitifs.<\/p>\n<p>Francis est seul. Les canaux de communication ne lui sont plus adapt\u00e9s y compris les dispositifs d\u2019\u00e9coute psychologique qui lui paraissent vains et faits pour d\u2019autres.<\/p>\n<p>Francis a un besoin crucial de pause longue et r\u00e9elle. Le r\u00e9pit ne viendra pas du m\u00e9decin traitant. Francis est r\u00e9ticent \u00e0 le solliciter. La derni\u00e8re fois qu\u2019il l\u2019a rencontr\u00e9, il a refus\u00e9 le moindre arr\u00eat au motif que tant de travail l\u2019attend \u00e0 son bureau.<\/p>\n<p>Alors que faire ? Le m\u00e9decin du travail a de toute \u00e9vidence un r\u00f4le important de diagnostic et d&rsquo;alerte. La visite m\u00e9dicale biennale ne peut suffire. L&rsquo;\u00e9quipe manag\u00e9riale doit \u00e0 son tour \u00eatre en mesure de d\u00e9tecter les signaux. Par exemple le jeu de cache-cache quotidien avec la borne de pointage, forc\u00e9ment remarqu\u00e9 par un sup\u00e9rieur attentif. Que fera-t-il ? Laissera-t-il Francis seul, enferm\u00e9 dans ce comportement coupable au motif qu&rsquo;il a sign\u00e9 un protocole d&rsquo;horaires, qu&rsquo;il d\u00e9borde pourtant syst\u00e9matiquement ? Doit-il lui accorder un entretien ? Mais si \u00e0 l&rsquo;issue rien ne change, si les yeux regardent ailleurs, l\u2019effet sera \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et finalement st\u00e9rile voire dangereux, car la d\u00e9pression et les pens\u00e9es suicidaires ont commenc\u00e9 leur chemin.<\/p>\n<p>Il est possible que sous le mot \u00ab <em>burn-out<\/em> \u00bb se cache une sorte de cancer de la culpabilit\u00e9. Il s\u2019attaque au cerveau en le remplissant de bruit mental qui l\u2019entrave et le noie dans un sentiment d\u2019\u00e9chec, de d\u00e9consid\u00e9ration, de m\u00e9pris de soi. Quelles sont aujourd&rsquo;hui les marges de man\u0153uvre de Francis. Toute sa personne est meurtrie au sang par le travail et ses douleurs muettes. Les loisirs qui permettraient de se ressourcer n\u2019existent plus. L\u2019\u00e9nergie, le go\u00fbt d\u2019en profiter non plus. Le moral,\u00a0la volont\u00e9, la foi en un avenir ont perdu sens.<\/p>\n<p>Le <em>burn-out<\/em> de Francis n\u2019est pas une saine fatigue survenant lors de l\u2019accomplissement d\u2019une production cyclop\u00e9enne. Il r\u00e9sulte d\u2019une situation de pourrissement solitaire dont Francis ne sait d\u00e9signer d\u2019autre coupable que lui-m\u00eame, alors que l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une issue est rong\u00e9e par la m\u00eame gangr\u00e8ne.<\/p>\n<p>Francis est en danger. Il se consume de ne savoir r\u00e9agir, de ne pas disposer du mode d\u2019emploi de la r\u00e9volte, d\u2019une culpabilit\u00e9 qui enfle sous le regard accusateur de l\u2019autre, r\u00e9el ou d\u00e9lir\u00e9, celui de la hi\u00e9rarchie, celui qui s\u00e9pare qui est performant de qui est fragile.<\/p>\n<p>Francis est enferm\u00e9 dans une prison, un labyrinthe surhumain qui grossit chaque jour davantage et \u00e0 l\u2019issue toujours plus fuyante.<\/p>\n<p>Transportons-nous dans un futur apais\u00e9\u00a0et imaginons que Francis ait retrouv\u00e9 une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui lui permette maintenant de poser un regard sur cette p\u00e9riode pass\u00e9e. \u00c9coutons ce qu\u2019il nous dit\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Chacun a besoin de moyens pour accomplir son travail. Il a par exemple besoin d\u2019oxyg\u00e8ne, d\u2019espace,\u00a0de temps, d\u2019outils, de synergie. Ce besoin de temps est variable d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un contexte \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Francis comprend maintenant qu\u2019il a souffert de courses contre le temps, toutes perdues d\u2019avance, fix\u00e9es par un chronom\u00e8tre tenu dans la main d\u2019un autre.<\/p>\n<p>Quand le temps devient compt\u00e9 tel un indicateur de r\u00e9f\u00e9rence discriminant, align\u00e9 sur une norme arbitraire, par un manager qui ne dispose pas de la cl\u00e9 de calcul du besoin r\u00e9el, on prive l\u2019employ\u00e9 de toute chance de r\u00e9ussite et on le pousse vers une suite d\u2019\u00e9checs in\u00e9luctables et mortif\u00e8res.<\/p>\n<p>Le temps autoritairement et aveugl\u00e9ment imparti pour une t\u00e2che donn\u00e9e, par blocs rigides, de fa\u00e7on hi\u00e9rarchique, \u00e9talonn\u00e9 sur le mod\u00e8le du collaborateur le moins n\u00e9cessiteux est une machine \u00e0 produire de l\u2019\u00e9chec. Distribue-t-on l\u2019oxyg\u00e8ne en s\u2019alignant sur les besoins d\u2019un l\u2019individu \u00e9talon\u00a0? heureusement non.<\/p>\n<p>Un progr\u00e8s serait de confier son temps \u00e0 chacun sans le retenir comme une variable de comparaison discriminante pour l\u2019appr\u00e9ciation de la performance. Lib\u00e9r\u00e9 de cette cage de fer, ne resteraient alors que les succ\u00e8s, et la satisfaction d\u2019avoir consacr\u00e9 ses comp\u00e9tences \u00e0 produire une contribution utile et finalement \u00e9panouissante.<\/p>\n<p><em>Note\u00a0: Le personnage de Francis est fictif et d\u2019autres chemins que celui de Francis peuvent sans doute conduire \u00e0 l\u2019\u00e9puisement professionnel<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>[23\/03\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Pourquoi je refuse les jeux de hasard<\/h6>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais gagn\u00e9 les 6 num\u00e9ros du loto mais j&rsquo;ai fait bien plus fort.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s jeune, avec plein de copains, on avait rep\u00e9r\u00e9 un ovule tr\u00e8s attirant. Alors on y est all\u00e9 tous ensemble. On \u00e9tait tr\u00e8s nombreux, 300 millions d&rsquo;apr\u00e8s ce qui se disait, donc aucune chance que \u00e7a tombe sur moi. Mais on y croyait tous et on avan\u00e7ait dans une cohue indescriptible.<\/p>\n<p>On \u00e9tait si nombreux qu&rsquo;on ne voyait plus notre chemin on ne savait plus o\u00f9 on en \u00e9tait, puis \u00e0 un moment, ne me demandez pas comment j&rsquo;ai fait, je me suis trouv\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;ovule, j&rsquo;\u00e9tais le premier arriv\u00e9. Vrai de vrai !<\/p>\n<p>L&rsquo;ovule et moi, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le coup de foudre. Je ne sais pas ce que sont devenus mes autres copains, ils avaient l&rsquo;air d\u00e9\u00e7us, comme s&rsquo;ils n&rsquo;avaient plus aucun projet. Moi, cette rencontre a chang\u00e9 ma vie. Mais apr\u00e8s une chance pareille, j&rsquo;ai bien peur que ma bonne \u00e9toile refuse de me sourire une nouvelle fois, alors je n&rsquo;essaie m\u00eame pas de jouer.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[04\/04\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Oui \u00e0 une intelligence artificielle de tous les jours<\/h6>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment il semble que l\u2019homme \u00e9prouve une difficult\u00e9 de dimension mystique avec les robots. Cr\u00e9er un robot lui semble un ultime d\u00e9fi, \u00e0 sa mesure, cr\u00e9er lui-m\u00eame un autre lui-m\u00eame, se prendre pour Dieu si proche.<\/p>\n<p>Depuis que la technique le permet on voit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision des pantins en plastique dur blanc, sur deux jambes articul\u00e9es, de taille vaguement humaine r\u00e9ussir \u00e0 grimper des marches d\u2019escalier, faire quelques pas de danse, clignant ostensiblement de grands yeux en plastique.<\/p>\n<p>D\u2019autres ayant pris visage humain veulent nous bluffer par leur aisance \u00e0 soutenir des conversations \u00e0 b\u00e2tons rompus de haute vol\u00e9e, rythmant le propos de mimiques faciales du plus bel effet. Le fait que la conversation prenne vite une tournure hilarante n\u2019est pas un probl\u00e8me, il reste du travail \u00e0 faire, mais on s\u2019approche de la cr\u00e9ation supr\u00eame, la vie artificielle ou peut-\u00eatre r\u00e9elle allez savoir.<\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle est proche cousine du robot. L\u00e0 aussi visons le divin, cr\u00e9ons des cerveaux qui apprennent \u00e0 apprendre, \u00e0 devenir des champions du monde d\u2019\u00e9checs, des compositeurs de symphonies \u00e0 mille voix, autant de tissus neuronaux qui nous font fr\u00e9mir, sans doute puissants au point de submerger un jour leurs cr\u00e9ateurs \u00e0 qui il manquait si peu pour \u00eatre Dieu.<\/p>\n<p>Mais stop\u00a0! Je n\u2019ai pas besoin d\u2019un robot en plastique en tablier de cuisini\u00e8re qui fait cuire un \u0153uf sur le plat en improvisant un po\u00e8me \u00e9pique en mandarin.<\/p>\n<p>En revanche\u00a0quand j\u2019envoie mon colis par la Poste et que l\u2019h\u00f4tesse me dirige vers l\u2019automate, je serais bien preneur d\u2019une interface enfin intelligente qui m\u2019assiste et me rende ce moment moins p\u00e9nible.<\/p>\n<p>L\u2019automate va me faire d\u00e9filer une s\u00e9rie de questions selon un cadre rigide, un ordre inexorable, rejetant parfois ma saisie directe en lui substituant une liste d\u00e9roulante dont le r\u00e9sultat sera pourtant le m\u00eame. Je devrai appuyer sur des boutons virtuels mal embouch\u00e9s, confirmer ceci, refuser cela, lire et comprendre des mentions \u00e9crites en petit, appuyer sur oui ou sur non, annuler, revenir, et ne jamais tra\u00eener car les d\u00e9lais de r\u00e9ponse sont chronom\u00e9tr\u00e9s et vous laissent en plan si vous avez trop longtemps r\u00e9fl\u00e9chi ou h\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re moi, des usagers nerveux observent et tr\u00e9pignent.<\/p>\n<p>Ce mode d\u2019interaction avec les automates, pas seulement ceux de la Poste (SNCF, RATP, cin\u00e9ma de quartier \u2026) me fait penser \u00e0 la ligne de commande rigide \u00e0 la virgule pr\u00e8s des premiers ordinateurs familiaux, comme le bien connu MS-DOS.<\/p>\n<p>Rappelons-nous que les grands constructeurs de logiciels et de syst\u00e8mes d\u2019exploitation avaient un jour cr\u00e9\u00e9 l\u2019interface graphique. Pour supprimer un document, plus besoin d\u2019\u00e9crire \u00e0 la main <em>del c:\\progr002\\utils\\inst.bmp<\/em>. L\u2019\u00e9cran montrait maintenant une corbeille miniature vers laquelle il suffisait de d\u00e9placer la petite image marqu\u00e9e du nom du document \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sympathique souris blottie au creux de la main.<\/p>\n<p>Si la rar\u00e9faction des assistants humains devient in\u00e9luctable, au moins je voudrais un environnement intelligent capable de m\u2019\u00e9couter, me comprendre et me parler, reformuler, gentiment, glanant les informations indispensables par de simples \u00e9changes verbaux, sans m\u2019imposer un ordre, une s\u00e9quence, une syntaxe, une formulation informatique. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire qu\u2019un pantin blanc articul\u00e9 joue ce r\u00f4le, un simple \u00e9cran figurant un visage aux l\u00e8vres mobiles serait parfait (on sait faire, les audioproth\u00e9sistes utilisent de tels \u00e9crans pour mesurer le lien entre compr\u00e9hension auditive et lecture du visage).<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019impl\u00e9menter une intelligence capable d\u2019\u00e9changer avec brio sur n\u2019importe quel sujet de classe universitaire. Il ne s\u2019agit que de ma\u00eetriser une probl\u00e9matique restreinte \u00e0 l\u2019envoi de colis postaux ou l&rsquo;achat de billets de trains.<\/p>\n<p>Quand ma Maman sera capable d\u2019utiliser un tel automate, sans angoisse, sans transpirer, sans redouter la pression des usagers qui s\u2019entassent, on aura bien progress\u00e9, on sera pass\u00e9 de la ligne de commande \u00e0 l\u2019interface intelligente. On en a grand besoin, dans toutes sortes de domaines\u00a0!<\/p>\n<p>Concernant la mauvaise humeur des usagers qui trouvent le temps long dans une file, en cas de guichet humain c\u2019est l\u2019employ\u00e9 qui en assume la responsabilit\u00e9 car la gestion de l\u2019op\u00e9ration lui incombe et il est r\u00e9put\u00e9 comp\u00e9tent.<\/p>\n<p>Mais lorsque l\u2019usager est abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019automate, oblig\u00e9 de faire le travail avec les outils qu\u2019on lui laisse, c\u2019est vers lui seul que se focalisent les griefs de la foule, tous s\u2019imaginant qu\u2019ils auraient fait bien mieux et plus vite que la personne empot\u00e9e devant eux dont ils voient et jugent chaque action. La diff\u00e9rence c\u2019est qu\u2019eux ne subissent pas de pression perturbatrice. Leur tour arrive.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[17\/06\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">R\u00e9v\u00e9lation Glenn Gould<\/h6>\n<p>Je connaissais <em>Glenn Gould<\/em> depuis longtemps. J&rsquo;avais entendu un beau jour sa l\u00e9gende sur la radio <em>France Musique<\/em>, celle d&rsquo;un pianiste talentueux mais un peu particulier, atteint d&rsquo;agoraphobie, ne jouant qu&rsquo;en studio et publiant des enregistrements constitu\u00e9s de montages.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fini par d\u00e9couvrir son image \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Je le savais sp\u00e9cialiste de <em>Bach<\/em>, un r\u00e9pertoire que je connaissais bien. Pourtant cette fois-l\u00e0 je n&rsquo;ai pas accroch\u00e9. Le monsieur parlait beaucoup, revendiquait pouvoir tout jouer au piano, instrument qui n&rsquo;existait pas du temps de <em>Bach<\/em>. J&rsquo;\u00e9coutais <em>Glenn Gould<\/em> interpr\u00e9ter le premier contrepoint de l&rsquo;<em>Art de la Fugue<\/em> comme une simple curiosit\u00e9, un caprice de pianiste.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai revu le\u00a0personnage\u00a0\u00e0 d&rsquo;autres reprises. Il \u00e9tait toujours\u00a0accompagn\u00e9 d&rsquo;un monsieur infiniment complaisant. Une des discussions avait port\u00e9 sur ce que <em>Glenn Gould<\/em> appelait la d\u00e9couverte de la lenteur, illustr\u00e9e par son enregistrement tardif des\u00a0<em>Variations Goldberg<\/em>\u00a0d&rsquo;une dur\u00e9e souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme bien plus longue que le premier de 1955. Comment alors comprendre et accepter qu&rsquo;on impose \u00e0 l&rsquo;auditeur un tempo si saugrenu, voulu tel un caprice par le seul interpr\u00e8te ? Je regardais avec int\u00e9r\u00eat malgr\u00e9 tout les mains ex\u00e9cuter des \u0153uvres que je ne connaissais que par l&rsquo;\u00e9coute, mais je ne restais jamais longtemps devant l&rsquo;\u00e9cran. Voir <em>Glenn Gould<\/em> montrer ses mimiques diverses \u00e9tait toujours un peu p\u00e9nible. Cela faisait partie de sa l\u00e9gende disait-on. Par exemple il jouait avec un visage tout pr\u00e8s du clavier. Il \u00e9tait assis tr\u00e8s bas, n&rsquo;utilisant que le tabouret que son p\u00e8re lui avait fabriqu\u00e9. Alors que ses doigts volaient sur le clavier, il semblait imiter un canard avec sa bouche, tandis que si une main se lib\u00e9rait un instant, elle s&rsquo;\u00e9levait comme pour diriger un orchestre imaginaire. Et <em>Glenn Gould<\/em> chantait toujours d&rsquo;une voix grave bien audible pendant le jeu. J&rsquo;avais du mal de prendre ce personnage au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Une fois une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision a diffus\u00e9 un film s&rsquo;intitulant <em>Trente petits films sur Glenn Gould<\/em>. Trente comme les trente\u00a0<em>Variations Goldberg<\/em>. Un com\u00e9dien interpr\u00e9tait <em>Gould<\/em> et chaque s\u00e9quence mettait en lumi\u00e8re un trait de sa personnalit\u00e9. On entendait des t\u00e9moins rapporter des anecdotes, tel son accordeur personnel, ou un ami que le pianiste avait r\u00e9veill\u00e9 en pleine nuit pour lui chanter au t\u00e9l\u00e9phone un op\u00e9ra entier qui venait de l&rsquo;enthousiasmer. Son int\u00e9r\u00eat profond pour les probl\u00e9matiques du Grand Nord y apparaissait, tout comme son armoire \u00e0 pharmacie d\u00e9bordante r\u00e9v\u00e9lant des obsessions hypocondriaques. Il y avait tant \u00e0 dire et \u00e0 montrer sur une personnalit\u00e9 aussi \u00e9trange.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai regard\u00e9 ce film, l\u00e0 encore du coin de l\u2019\u0153il. Une des sc\u00e8nes illustrait la rencontre entre <em>Glenn Gould<\/em> et <em>Norman McLaren<\/em>, un r\u00e9alisateur de cin\u00e9ma d&rsquo;animation. Tout au long de la s\u00e9quence on assistait \u00e0 une sorte de danse de sph\u00e8res de couleurs, sur fond sonore d&rsquo;une fugue de Bach interpr\u00e9t\u00e9e par <em>Glenn Gould<\/em>. Le jour o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00e9ellement d\u00e9couvert Glenn Gould fut cette seule fois o\u00f9 on ne le voyait pas et o\u00f9 personne ne commentait ses bizarreries. D\u00e9barrass\u00e9 de ses jeux de sc\u00e8ne parasites et sans doute involontaires, il restait une interpr\u00e9tation absolument juste et touchante. Il n&rsquo;y avait l\u00e0 aucun caprice de star, aucune mise en avant d&rsquo;un artiste narcissique.<\/p>\n<p>Je ne connaissais du\u00a0<em>Clavier Bien Temp\u00e9r\u00e9<\/em> que les trois quarts, soit 3 disques disparates achet\u00e9s ici et l\u00e0 \u00e0 bas prix sur les 4 que comptait habituellement une int\u00e9grale. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&rsquo;entendais la fugue n\u00b0 14 et le choc fut tel que dans les mois qui suivirent, j&rsquo;avais acquis et au prix fort tous les enregistrements de <em>Glenn Gould<\/em> qu&rsquo;il m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 possible de trouver.<\/p>\n<p>A de rares exceptions, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 emball\u00e9 et en phase\u00a0avec son interpr\u00e9tation, par un jeu pianistique lumineux d&rsquo;\u00e9nergie, reconnaissable entre tous. Pour comprendre <em>Gould<\/em> il me suffisait d\u00e9sormais de l&rsquo;\u00e9couter et ne plus m&rsquo;attarder sur son image et les jugements outr\u00e9s des uns ou des autres. Ainsi, les commentaires sans fin sur le second enregistrement des\u00a0<em>Variations Goldberg<\/em>, d&rsquo;une lenteur si choquante qu&rsquo;elles r\u00e9sumeraient \u00e0 elles seules l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 du personnage.<\/p>\n<p>Que disait <em>Glenn Gould<\/em> ? je l&rsquo;ai fait car l&rsquo;enregistrement pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9tait en monophonie tandis que le second est maintenant en <em>dolby st\u00e9r\u00e9o<\/em>, et aussi parce que j&rsquo;ai d\u00e9couvert la vertu de la lenteur. L&rsquo;\u00e9coute le confirme mais l\u00e0 encore pourquoi tant d&rsquo;\u00e9motion ? Le son monophonique et sourd de l&rsquo;enregistrement de 1955 est en effet bien moins bon. Quant \u00e0 la lenteur qui offusque tant ceux qui n&rsquo;ont pas \u00e9cout\u00e9, elle est juste tr\u00e8s (trop ?) prononc\u00e9e pour une seule variation. Les deux arias de d\u00e9but et de fin sont affect\u00e9es aussi par le tempo mais cela reste un choix raisonnable. Deux autres variations sont jou\u00e9es lentement mais c&rsquo;est tout simplement le tempo ad\u00e9quat. Pour toutes les autres variations, le tempo est juste ralenti par rapport \u00e0 celui, effr\u00e9n\u00e9, du premier enregistrement. O\u00f9 est l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 ? D&rsquo;autant que la variation extr\u00eamement lente l&rsquo;est plus encore dans le tout premier enregistrement.\u00a0On doit bien s\u00fbr ajouter \u00e0 cela la pratique ou non des reprises. Chaque variation se compose de deux parties pouvant faire l&rsquo;objet de reprises, que les interpr\u00e8tes ex\u00e9cutent habituellement \u00e0 leur gr\u00e9. Or Glenn Gould n&rsquo;en pratique aucune dans sa premi\u00e8re version, tandis qu&rsquo;on peut en rencontrer dans la seconde.<\/p>\n<p>Je montre ci-dessous la comparaison des dur\u00e9es des deux enregistrements des\u00a0<em>Variations Goldberg<\/em>.<\/p>\n<p>Au vu de ces \u00e9l\u00e9ments on peut conclure que les commentaires outr\u00e9s sont sans doute excessifs.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7018 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-1015x1024.png\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"681\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-1015x1024.png 1015w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-150x150.png 150w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-297x300.png 297w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-768x775.png 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-90x90.png 90w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/VC1955-75x75.png 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7258 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/gg.jpg\" alt=\"\" width=\"323\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/gg.jpg 686w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/gg-300x228.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 323px) 100vw, 323px\" \/><\/p>\n<p>Beaucoup de bizarreries imput\u00e9es au personnage n&rsquo;en sont pas et trouvent explication de la bouche m\u00eame de l&rsquo;artiste. Sa seule r\u00e9elle \u00e9tranget\u00e9 me semble avoir \u00e9t\u00e9 de n&rsquo;avoir jamais rien fait pour les masquer ou les att\u00e9nuer aux yeux des autres.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[17\/06\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Ovnis<\/h6>\n<p>Les ovnis et leurs myst\u00e8res m&rsquo;ont beaucoup intrigu\u00e9 dans mes jeunes ann\u00e9es 70. Des films comme \u00ab\u00a0<em>le jour o\u00f9 la Terre s&rsquo;arr\u00eatera<\/em>\u00a0\u00bb ou la s\u00e9rie \u00ab\u00a0<em>les Envahisseurs<\/em>\u00a0\u00bb me fascinaient litt\u00e9ralement.<\/p>\n<p>Parfois le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 osait rapporter une myst\u00e9rieuse observation dans le ciel. Il y eut aussi les livres de <em>Jean-Claude BOURRET<\/em>, journaliste connu et s\u00e9rieux. Des pages qui faisaient entrer le sujet dans la sph\u00e8re officielle et rigoureuse des gendarmes, collecteurs d&rsquo;un volume \u00e9norme de t\u00e9moignages, r\u00e9v\u00e9lant ceux de pilotes chevronn\u00e9s, civils comme militaires.<\/p>\n<p>Le monde \u00e9tait alors partag\u00e9 entre les purs incr\u00e9dules sourire en coin, et les t\u00e9moins jurant parfois avoir vu des extraterrestres \u00e0 quelques m\u00e8tres de la soucoupe pos\u00e9e dans le pr\u00e9. Les fr\u00e9quents d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s incluaient des sommit\u00e9s de l&rsquo;astronomie parfaitement conformistes d\u00e9non\u00e7ant \u00e0 cor et \u00e0 cri l&rsquo;absence de preuves mat\u00e9rielles, et des personnalit\u00e9s du paranormal maintenues dans des positions d&rsquo;illumin\u00e9s.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais \u00e0 cette \u00e9poque comme beaucoup d\u2019adolescents la passion de l&rsquo;astronomie et j\u2019avoue que l&rsquo;incursion impromptue d&rsquo;un tel ph\u00e9nom\u00e8ne dans le ciel aurait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience de ma vie. Mais je n&rsquo;ai jamais vu d&rsquo;ovni, ni \u00e0 cette \u00e9poque ni plus tard. Mon sommeil d&rsquo;enfant \u00e9tait souvent le si\u00e8ge de r\u00eaves ou plut\u00f4t de cauchemars me faisant assister au passage d&rsquo;incroyables vaisseaux traversant lentement le ciel. Autant une telle pens\u00e9e \u00e9tait excitante \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil, autant en r\u00eave elle \u00e9tait terrifiante.<\/p>\n<p>Un jour, une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e a donn\u00e9 la parole \u00e0 un \u00ab\u00a0ufologue\u00a0\u00bb, responsable d&rsquo;une association d&rsquo;\u00e9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne ovni. Ce personnage, s\u00e9rieux et pos\u00e9, accr\u00e9ditait de toute \u00e9vidence par sa seule pr\u00e9sence l&rsquo;authenticit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. Il avait sans doute eu dans les mains un grand nombre de t\u00e9moignages solides qui l&rsquo;avaient confirm\u00e9 dans cette voie. Que pouvaient bien contenir les dossiers d\u00e9cisifs auxquels il avait eu acc\u00e8s ?<\/p>\n<p>Puis je me suis petit \u00e0 petit d\u00e9tourn\u00e9 des choses du ciel, la vie m&rsquo;appelant \u00e0 d&rsquo;autres t\u00e2ches plus terre \u00e0 terre.<\/p>\n<p>Un grand nombre d&rsquo;ann\u00e9es plus tard, repensant \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on parlait ovnis sans complexes, l&rsquo;id\u00e9e me vint d&rsquo;interroger internet et ses forums pour voir o\u00f9 en \u00e9tait le sujet et surtout en savoir un peu plus sur les ufologues. Je me suis inscrit sur un forum que j&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9 quelques mois.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pu lire les contributions de personnages passionn\u00e9s au-del\u00e0 des soucoupes par toutes les formes et hypoth\u00e8ses du ph\u00e9nom\u00e8ne ovni. Certains membres \u00e9taient d&rsquo;anonymes \u00e9rudits de la pal\u00e9ontologie, de l&rsquo;anthropologie, d&rsquo;autres de sciences physiques et beaucoup d&rsquo;\u00e9changes \u00e9taient enrichissants. Il en ressortait que beaucoup avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins un jour de quelque chose d&rsquo;a\u00e9rien qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pu identifier et qui les avait marqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Parfois un t\u00e9moin de passage s&rsquo;inscrivait juste pour rapporter une observation r\u00e9cente et les sp\u00e9cialistes, de photo notamment, proc\u00e9daient \u00e0 l&rsquo;analyse des donn\u00e9es d&rsquo;o\u00f9 il ne sortait jamais rien de d\u00e9finitif, la qualit\u00e9 du t\u00e9moin, de ses moyens, de ses connaissances \u00e9tant trop impr\u00e9cises.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai\u00a0cess\u00e9 de fr\u00e9quenter le forum apr\u00e8s avoir assist\u00e9 plusieurs semaines durant \u00e0 un emballement sur ce fameux ast\u00e9ro\u00efde \u00e0 la trajectoire \u00e9tonnante dont tous les m\u00e9dias avaient parl\u00e9 et qui aurait \u00e9t\u00e9 selon les sp\u00e9cialistes \u00ab\u00a0d&rsquo;origine extraterrestre\u00a0\u00bb. Il fallait alors comprendre que ce caillou g\u00e9ant baptis\u00e9 <em>Oumuamua<\/em>, dont on nous rapportait opportun\u00e9ment que sa forme allong\u00e9e \u00e9tait \u00ab\u00a0myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb, avait selon toute probabilit\u00e9 v\u00e9cu dans son pass\u00e9 lointain une collision qui l&rsquo;avait affranchi de l&rsquo;attraction de son \u00e9toile et que depuis il errait, faisant une incursion dans le syst\u00e8me solaire avant de repartir, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;enverraient les seuls principes de l&rsquo;inertie et de la gravit\u00e9.<\/p>\n<p>La presse g\u00e9n\u00e9raliste est en mati\u00e8re de choses du ciel tout \u00e0 la fois d&rsquo;une grande ignorance et d&rsquo;une fausse rigueur, voulant \u00e0 tout prix glisser du frisson dans des propos se voulant scientifiques mais aux mots choisis. Alors qu&rsquo;aucune image autre que des illustrations d&rsquo;artistes ne circulait et que les donn\u00e9es recueillies \u00e9taient tr\u00e8s pauvres, j&rsquo;ai t\u00e9moign\u00e9 mon d\u00e9saccord \u00e0 entrevoir a priori de possibles \u00ab\u00a0mains intelligentes\u00a0\u00bb ayant envoy\u00e9 ce corps, aux fins d&rsquo;exploration du syst\u00e8me solaire sans doute, de la Terre tout au moins, enfin juste l&rsquo;homme tant qu&rsquo;on y est, en pointant le traitement sensationnaliste des m\u00e9dias. La r\u00e9action\u00a0forte de plusieurs membres et non des moindres m&rsquo;a sembl\u00e9 r\u00e9v\u00e9ler un parti-pris sous-jacent qui ne pouvait selon moi faire progresser les choses.<\/p>\n<p>Ainsi j&rsquo;ai souvent rencontr\u00e9 dans les discussions des th\u00e8mes portant sur les centrales nucl\u00e9aires, sujet qui n&rsquo;est pas nouveau, cibles de survols jug\u00e9s myst\u00e9rieux. Et toujours une suspicion envers les gouvernements mondiaux qui savent et cachent bien s\u00fbr des dossiers secrets. Et des t\u00e9moignages de poids valant quasiment preuve, d\u00e8s lors qu&rsquo;ils proviennent de pilotes chevronn\u00e9s ou de grad\u00e9s militaires. Et aussi en filigrane, la proph\u00e9tie du savant russe <em>Tsiolkovski<\/em>, portant sur le berceau terrestre que devra raisonnablement quitter l&rsquo;homme un jour pour accomplir sa destin\u00e9e stellaire. Ou encore le paradoxe de <em>Fermi<\/em> cit\u00e9 couramment, argument d&rsquo;autorit\u00e9 lui aussi dans bien des esprits.<\/p>\n<p>Et un autre th\u00e8me, inattendu, omnipr\u00e9sent, un antagonisme s\u00e9v\u00e8re envers une population d\u00e9sign\u00e9e comme des sceptiques actifs, s&rsquo;exprimant sur leurs propres forums et s&#8217;employant \u00e0 affaiblir m\u00e9thodiquement toute id\u00e9e favorable \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne ovni. Les uns respiraient la z\u00e9t\u00e9tique, les autres la vomissaient. Enfin si certains membres disposaient de mat\u00e9riel de d\u00e9tection syst\u00e9matique du ciel, rien de d\u00e9cisif ne semblait en \u00eatre jamais sorti.<\/p>\n<p>Au temps o\u00f9 j&rsquo;observais le ciel en tant que passionn\u00e9 d&rsquo;astronomie, jamais je n&rsquo;ai pu voir de mes yeux la plan\u00e8te Mercure. J&rsquo;ai pu observer V\u00e9nus et ses phases, Mars petite ou grande selon sa position orbitale, Jupiter et ses satellites, Saturne et son anneau, mais jamais Mercure, si pr\u00e8s du Soleil. Un jour pourtant, j&rsquo;y ai mis tous les moyens. Je la savais situ\u00e9e \u00e0 un point qui la rendait particuli\u00e8rement observable, le temps \u00e9tait clair, sans nuages. J&rsquo;ai guett\u00e9 avec des jumelles lumineuses, sachant o\u00f9 porter les yeux et pourtant Mercure s&rsquo;est une ultime fois d\u00e9rob\u00e9e.<\/p>\n<p>Il se trouve que la plan\u00e8te Mercure est pourtant connue depuis l&rsquo;antiquit\u00e9. Elle n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 aux yeux de nos anc\u00eatres, d\u00e9pourvus de toute aide optique. Les anciens astronomes ont su d\u00e9crire avec toute la pr\u00e9cision qu&rsquo;ils pouvaient les plan\u00e8tes, les com\u00e8tes, les \u00e9toiles mais n&rsquo;ont pas relat\u00e9 d&rsquo;observations telles qu&rsquo;en rapportent les t\u00e9moins d&rsquo;ovnis. La raison de ce vide me semble poser question.<\/p>\n<hr \/>\n<p>A ce stade, je propose de d\u00e9velopper p\u00eale-m\u00eale certains des \u00e9l\u00e9ments que j&rsquo;ai mentionn\u00e9s ainsi que d\u2019autres connexes, et d\u2019en donner mon interpr\u00e9tation, celle d&rsquo;une personne simple se questionnant et se r\u00e9pondant avec le seul bon sens, l&rsquo;exp\u00e9rience de ses lectures, ses quelques r\u00e9flexions et sa subjectivit\u00e9, sans interdit ni dogme.<\/p>\n<p><u><strong>Concernant les t\u00e9moignages de pilotes chevronn\u00e9s<\/strong>,<\/u>\u00a0Autant le t\u00e9moignage du citoyen lambda peu rompu \u00e0 l&rsquo;observation du ciel est consid\u00e9r\u00e9 comme fragile par les sp\u00e9cialistes des ovnis, autant celui des pilotes professionnels se voit facilement accept\u00e9 tel quel, avec respect et gratitude. Certes le pilote conna\u00eet le ciel et ses nuages et il a de bons yeux, s&rsquo;il voit un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;il n&rsquo;identifie pas, alors il d\u00e9crira un ovni et son t\u00e9moignage sera alors incontest\u00e9 en tous points.<\/p>\n<p>Je ne suis pas compl\u00e8tement d&rsquo;accord avec ce traitement. Le t\u00e9moignage du pilote face \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hensible reste aussi fragile que tout autre car au-del\u00e0 de sa pratique du ciel, l\u2019humain fondamental qu&rsquo;il est voit avec le couple \u00ab\u00a0\u0153il-cerveau\u00a0\u00bb. Or si le cerveau ne parvient pas \u00e0 identifier, les yeux travailleront avec une subjectivit\u00e9 comparable \u00e0 celle de toute personne qui ne regarde jamais le ciel, d\u00e9couvre une nuit, fortuitement et sans comprendre, la brillante Jupiter qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais vue, que son imagination emball\u00e9e par l&rsquo;\u00e9motion va habiller de bonne foi de subtils mouvements et de comportements jug\u00e9s \u00e9tranges.<\/p>\n<p><strong><u>Le paradoxe de fermi<\/u><\/strong>, qui s&rsquo;\u00e9tonne que dans l&rsquo;hypoth\u00e8se o\u00f9 des civilisations extraterrestres se rencontreraient partout, on ne voie malgr\u00e9 tout personne venir \u00e0 notre rencontre.<\/p>\n<p>Mon id\u00e9e sur cette question serait de dissocier le principe du vivant y compris complexe et une suppos\u00e9e capacit\u00e9 de locomotion interplan\u00e9taire.<\/p>\n<p>La Terre conna\u00eet la vie depuis plusieurs milliards d&rsquo;ann\u00e9es, soit une dur\u00e9e tr\u00e8s longue, long\u00e9vit\u00e9 ayant requis sans doute des \u00e9pisodes d&rsquo;une rare stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Une vie qui s&rsquo;est complexifi\u00e9e et diversifi\u00e9e au point qu&rsquo;un jour, apr\u00e8s beaucoup de temps, la possession d\u2019un langage structur\u00e9 riche, ainsi qu\u2019une m\u00e9moire collective n\u2019oubliant aucune d\u00e9couverte des grands hommes du pass\u00e9, il nous ait \u00e9t\u00e9 possible d\u2019aller jusque sur la Lune (ou plus modestement de transporter dans la combinaison d&rsquo;une dizaine d&rsquo;individus une portion du crucial \u00e9cosyst\u00e8me terrestre afin de s\u2019\u00e9loigner quelques jours de la Terre d\u2019une distance d&rsquo;une seconde-lumi\u00e8re, et dans un but premier peu avouable de remporter une comp\u00e9tition contre un groupe humain concurrent (sovi\u00e9tique en l\u2019occurrence).<\/p>\n<p>S&rsquo;il faut des milliards d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 des processus vitaux aux propri\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00e9volutives pour rencontrer cette possibilit\u00e9 \u00e9tonnante, cela signifie en m\u00eame temps que l&rsquo;\u00e9volution continue aura adapt\u00e9 le sujet toujours plus \u00e9troitement \u00e0 un biotope pr\u00e9cis, et qu&rsquo;il sera alors toujours plus difficile, inconfortable, insupportable de l&rsquo;en arracher.<\/p>\n<p>Autant la locomotion terrestre a un sens bien connu de toutes les esp\u00e8ces animales, autant la locomotion extra-terrestre, hors d&rsquo;un habitat \u00e9cologique pr\u00e9cis, a beaucoup moins de sens. Cela ressemble au saut magnifique du poisson rouge, confiant en l&rsquo;existence d&rsquo;autres mondes au-del\u00e0 des fines parois de son aquarium, frapp\u00e9 d&rsquo;une agonie imm\u00e9diate sit\u00f4t tomb\u00e9 au sol de tout son poids, sans espoir de retour, priv\u00e9 d&rsquo;oxyg\u00e8ne et de toute mobilit\u00e9. Le fait constat\u00e9 par le physicien <em>Fermi<\/em> que bien peu de visiteurs de l&rsquo;espace nous rendent visite ne signifie pas que des processus biologiques complexes n&rsquo;existent pas ailleurs.<\/p>\n<p><strong><u>Constantin Tsiolkovski<\/u><\/strong>. Souvent d\u00e9crit comme le p\u00e8re de l&rsquo;astronautique moderne, ce scientifique russe a un jour d\u00e9clam\u00e9 une phrase c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab\u00a0<em>La Terre est le berceau de l&rsquo;humanit\u00e9, mais on ne peut pas passer sa vie dans un berceau<\/em>\u00ab\u00a0. L&rsquo;homme visait-il la proph\u00e9tie ou bien la po\u00e9sie tant la phrase est belle ? Beaucoup y ont vu la traduction \u00e9crite de ce que tout le monde pense au fond de lui : l&rsquo;homme a un destin diff\u00e9rent de l&rsquo;animal, celui d&rsquo;\u00e9tendre un jour sa supr\u00e9matie au-del\u00e0 de la Terre.<\/p>\n<p>Ce qui sugg\u00e8re pour les uns une destin\u00e9e rayonnante de dimension stellaire tandis que d&rsquo;autres n&rsquo;y voient que, et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal, la migration de l&rsquo;humanit\u00e9 vers une autre plan\u00e8te, quand les vils animaux suffoqueront sur une Terre invivable, empoisonn\u00e9e, grill\u00e9e de chaleur ou gel\u00e9e de froid, d\u00e9goulinante de pollution, vid\u00e9e de ses ressources.<\/p>\n<p>Quand on \u00e9voque cette merveilleuse citation, on se croit oblig\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir un parall\u00e8le avec le caract\u00e8re explorateur infatigable de l&rsquo;homme, qui ne pourra c&rsquo;est \u00e9vident se contenter de la Terre pour toujours, il est d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 sur la Lune.<\/p>\n<p>\u00c9tant pour ma part r\u00e9fractaire \u00e0 cette proph\u00e9tie que je trouve particuli\u00e8rement pr\u00e9tentieuse, je r\u00e9ponds toujours \u00e0 qui la prononce devant moi que la ville d&rsquo;Arcachon est elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme le berceau des hu\u00eetres, et que celles-ci semblent s&rsquo;y \u00e9panouir sans ressentir le besoin d\u2019une migration en \u00cele de France. Je profite toujours de l&rsquo;occasion pour questionner mon interlocuteur sur ses propres penchants d&rsquo;explorateur, lui rappelant que lui et moi vivons au milieu de quantit\u00e9 de gens qui n&rsquo;ont jamais explor\u00e9 de terres nouvelles et n&rsquo;en souffrent gu\u00e8re, que les animaux ont tous de leur c\u00f4t\u00e9 \u00e9tendu leur territoire chaque fois qu&rsquo;ils le pouvaient, que le mot \u00ab\u00a0explorer\u00a0\u00bb poss\u00e8de enfin un sens exclusivement terrestre.<\/p>\n<p>Pour illustrer ce dernier point imaginons en effet un navire d&rsquo;explorateur abordant une terre inconnue. Une fois accost\u00e9 l&rsquo;explorateur pourra constater \u2013 sans doute n&rsquo;y pr\u00eatera-t-il gu\u00e8re attention tant il trouve cela normal &#8211; que la temp\u00e9rature, l&rsquo;air, la pression, la gravit\u00e9, la nourriture, le cycle des jours et des nuits y sont les m\u00eames qu&rsquo;en tous points de la Terre.<\/p>\n<p>Sc\u00e9nario diff\u00e9rent pour l\u2019humain de l&rsquo;espace posant le pied sur le rivage d&rsquo;une mer de m\u00e9thane, o\u00f9 r\u00e8gne une temp\u00e9rature inf\u00e9rieure \u00e0 200 degr\u00e9s, \u00e9cras\u00e9 par son poids de 500 kg ainsi qu&rsquo;une pression de 400 atmosph\u00e8res terrestres, o\u00f9 l&rsquo;eau est glace plus dure que la pierre, la nourriture locale inenvisageable, un ciel couleur de soufre et une atmosph\u00e8re \u00e0 l\u2019odeur infecte et d\u00e9nu\u00e9e du moindre atome d&rsquo;oxyg\u00e8ne, des paysages de carte postale propres \u00e0 susciter une violente nostalgie d&rsquo;une certaine plan\u00e8te bleue.<\/p>\n<p>Pourquoi parler d&rsquo;hu\u00eetres ? Parce que je soup\u00e7onne <em>M. TSIOLKOVSKI<\/em> de taquiner le lecteur quand il m\u00eale dans une m\u00eame phrase deux sens diff\u00e9rents d&rsquo;un m\u00eame mot. Le b\u00e9b\u00e9 ne quitte pas son berceau par grandeur d&rsquo;\u00e2me mais parce qu&rsquo;il est soumis \u00e0 un processus de croissance qui rend son petit lit inconfortable en quelques mois. Il en va de m\u00eame pour les oisillons. Le berceau qui nous a vu na\u00eetre, que ce soit une cit\u00e9, une r\u00e9gion, une plan\u00e8te est autre chose qu\u2019un petit lit de bois. Si l\u2019abandon rapide du petit lit est in\u00e9luctable, la r\u00e9gion qui m\u2019a vu na\u00eetre ne me dicte nullement de m\u2019en \u00e9chapper, elle est assez grande et g\u00e9n\u00e9reuse pour moi et ceux qui y vivent. Au nom de quoi m&rsquo;y accomplir serait-il le signe d&rsquo;un inach\u00e8vement indigne\u00a0?<\/p>\n<p><strong><u>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un ovni<\/u> ?<\/strong> Dans l&rsquo;absolu la question n&rsquo;aurait pas de sens car l&rsquo;objet non identifi\u00e9 qu&rsquo;il est n&rsquo;en est plus un d\u00e8s qu&rsquo;on sait ce que c&rsquo;est. L&rsquo;ovni peut se d\u00e9finir au moins comme un ph\u00e9nom\u00e8ne a\u00e9rien dont la nature \u00e9chappe au t\u00e9moin, par son aspect, son comportement, l&rsquo;\u00e9tat de peur, au mieux d&rsquo;excitation que sa vision va durablement provoquer en lui.<\/p>\n<p>Bien souvent, un t\u00e9moin va qualifier d&rsquo;ovni ce qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas \u00e9t\u00e9 en capacit\u00e9 d\u2019identifier, en raison de sa faible exp\u00e9rience du ciel nocturne par exemple. C&rsquo;est souvent le cas pour des plan\u00e8tes brillantes comme Venus ou Jupiter que d&rsquo;autres t\u00e9moins plus aguerris auront reconnues par habitude.<\/p>\n<p>Il arrive cependant qu&rsquo;un t\u00e9moin, ou un groupe de t\u00e9moins rapportent des comportements qui ne sont tout bonnement pas compatibles avec nos lois terrestres comme l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, le brusque changement de direction. Ces cas ne sont pas seulement non identifi\u00e9s, ils sont non identifiables, du moins en l&rsquo;\u00e9tat actuel de nos connaissances. Ces t\u00e9moignages existent et posent indiscutablement question.<\/p>\n<p>Une tendance forte et toujours actuelle est d&rsquo;assimiler volontiers un ovni, donc au sens large un ph\u00e9nom\u00e8ne a\u00e9rien non identifi\u00e9, \u00e0 une preuve de vie extraterrestre, en l&rsquo;occurrence un vaisseau venant d&rsquo;une plan\u00e8te, contenant des occupants pourvus d&rsquo;une intelligence sup\u00e9rieure, venant visiter la Terre et en particulier l&rsquo;homme dot\u00e9 d&rsquo;une intelligence telle qu&rsquo;elle vaut vraiment le coup de venir de loin pour l\u2019admirer ou l\u2019\u00e9tudier.<\/p>\n<p>Ou peut-\u00eatre le contr\u00f4ler quand il joue avec le danger, ce qui nous ram\u00e8ne aux centrales nucl\u00e9aires par exemple. On peut noter que depuis qu&rsquo;on soup\u00e7onne celles-ci d&rsquo;inqui\u00e9ter le monde des \u00e9toiles et de susciter des visites, rien ne s&rsquo;est produit pour nous ramener dans le droit chemin. A moins que des courriers class\u00e9s secret d\u00e9bordent des armoires des gouvernements mondiaux, tous \u00e0 l&rsquo;unisson pour une fois, \u00e7a fait plaisir \u00e0 voir.<\/p>\n<p>On imagine volontiers ces visiteurs comme des humano\u00efdes bip\u00e8des. On entend parfois des propos convaincus qu&rsquo;une grande intelligence va in\u00e9vitablement de pair avec cette architecture. Ces cr\u00e9atures auraient de grands yeux, une grosse t\u00eate pour renfermer tant d&rsquo;intelligence. Il est amusant de constater que les t\u00e9moins d&rsquo;extraterrestres d\u00e9ambulant librement ou captur\u00e9s (Roswell), les d\u00e9crivent non seulement bip\u00e8des et humano\u00efdes, mais pourvu de jambes s&rsquo;articulant\u00a0de la m\u00eame fa\u00e7on que pour nous autres plantigrades, que leur visage horrible poss\u00e8de cependant un triangle nasal, un menton, une petite bouche fine et non la large gueule de nos animaux, deux yeux au regard parall\u00e8le comme nous et au contraire de nombreux oiseaux ou mammif\u00e8res. En fait ce sont des humains, ni plus ni moins, juste avec un accent d&rsquo;une autre plan\u00e8te.<\/p>\n<p>J&rsquo;observe que les hommes et les pingouins semblent les seules cr\u00e9atures bip\u00e8des verticales sur Terre. Il convient donc d&rsquo;ajouter dans cette rare posture tous les extraterrestres de toutes les galaxies, ceux qu&rsquo;on aper\u00e7oit comme ceux qu&rsquo;on imagine, qu&rsquo;on dessine. Tous dot\u00e9s d&rsquo;un visage monstrueux, de mains \u00e0 deux ou cinquante doigts mais bip\u00e8des, debout, de taille vaguement humaine 1m30 \u00e0 2m50, sur deux jambes, proportionn\u00e9es et articul\u00e9es telles celles de l&rsquo;homme, dot\u00e9s d&rsquo;un triangle nasal au sein d&rsquo;une face plate sans museau, d&rsquo;un menton, d&rsquo;une fine bouche. La place de repr\u00e9sentations aussi aveugl\u00e9ment anthropomorphes ne peut \u00eatre selon moi que la poubelle.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7253\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres-1024x456.jpg\" alt=\"\" width=\"458\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres-1024x456.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres-300x134.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres-768x342.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Extraterrestres.jpg 1353w\" sizes=\"auto, (max-width: 458px) 100vw, 458px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Regardons la vie dans sa diversit\u00e9 terrestre autour de nous : les jeunes enfants font des c\u00e2lins aux chiens, qui sont pourtant physiquement diff\u00e9rents de nous au point qu&rsquo;ils devraient nous donner des cauchemars. Qui aurait su dessiner un poisson, un oiseau, un chien s&rsquo;il n&rsquo;en avait jamais vu ? Nous ne savons pas dessiner une cr\u00e9ature inconnue autrement que sous une forme vaguement humaine, mais toujours effrayante. Une exception notable avec le petit personnage de cin\u00e9ma <em>E.T. l&rsquo;extra-terrestre<\/em>, certes disgracieux mais appelant les tendres c\u00e2lins d&rsquo;enfants. Mais lui aussi vertical, d\u00e9cid\u00e9ment.<\/p>\n<p>A ceux que j&rsquo;entends se demander si nous sommes seuls dans l&rsquo;univers, je leur r\u00e9ponds toujours avec\u00a0malice : \u00ab\u00a0<em>oui nous sommes seuls, absolument seuls dans l&rsquo;univers, il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autres, nous sommes les seuls \u00eatres humains, les autres ne le sont pas<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><strong><u>Changer de plan\u00e8te le moment venu<\/u><\/strong>\u00a0: Voil\u00e0 un lieu commun auquel chacun ne demande qu&rsquo;\u00e0 croire.<\/p>\n<p>Contrairement aux animaux et autres g\u00e9raniums qui ne survivront pas \u00e0 l&rsquo;agonie de la Terre, l&rsquo;homme a la capacit\u00e9 et m\u00eame le destin &#8211; ou du moins c&rsquo;est juste une affaire de quelques ann\u00e9es, pas de soucis &#8211; d&#8217;embarquer le moment venu vers une plan\u00e8te d&rsquo;accueil o\u00f9 tout repartira de z\u00e9ro. Quelle chance on a d&rsquo;\u00eatre un humain.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 trouver la plan\u00e8te jumelle de la Terre, il en existe tellement qu&rsquo;on n&rsquo;aura que l&#8217;embarras du choix. Un chantier magnifique et qui pr\u00e9sente si peu de difficult\u00e9s &#8230;<\/p>\n<p>Rep\u00e9rons d\u2019abord notre plan\u00e8te jumelle. Comment fait-on ? C&rsquo;est simple, il suffit d&rsquo;aller tout droit dans n&rsquo;importe quelle direction et on ne manquera pas d&rsquo;en trouver une, car statistiquement il y en a des milliards de milliards.<\/p>\n<p>Sauf que les exoplan\u00e8tes qu&rsquo;on \u00e9tudie depuis peu nous\u00a0sugg\u00e8rent\u00a0d\u00e9j\u00e0 de\u00a0grossi\u00e8res diff\u00e9rences. En fait, nous autres cr\u00e9atures fa\u00e7onn\u00e9es par la Terre depuis si longtemps, nous sommes extr\u00eamement attach\u00e9s \u00e0 la moindre de ses caract\u00e9ristiques. Nous trouvons inconfortable une temp\u00e9rature s&rsquo;\u00e9cartant de 10 malheureux degr\u00e9s de ce qui est attendu. Nous avons des palpitations \u00e0 4000m d&rsquo;altitude, une hauteur ind\u00e9celable visuellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d\u2019une Terre qui en mesure 12.000.000, une magn\u00e9tosph\u00e8re plus t\u00e9nue et ce sont des radiations mortelles re\u00e7ues. Quant au poids des individus variant selon la masse de la plan\u00e8te h\u00f4te, la coquetterie risque de rendre ce point crucial.<\/p>\n<p>Osons une comparaison hardie : On pourrait tenter de comparer ce qu&rsquo;on attend d&rsquo;une plan\u00e8te jumelle avec notre perception des visages humains. Nous avons tous deux yeux un nez une bouche, mais sur ce mod\u00e8le il existe sur Terre une dizaine de milliards de visages, tous uniques. Pourtant nous d\u00e9tectons imm\u00e9diatement un visage connu ou inconnu, nous reconnaissons un visage hostile, un visage ami, nous d\u00e9codons sur l&rsquo;instant des signaux visuels subtils refl\u00e9tant la pens\u00e9e de l&rsquo;autre, ses intentions. Nous sommes bien plus complexes \u00e0 d\u00e9finir que deux yeux, un nez, une bouche. La Terre est bien autre chose qu&rsquo;une simple grosse boule imbib\u00e9e d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Y en a-t-il tant que cela, des plan\u00e8tes aussi jumelles que voulues ? Les plan\u00e8tes sont des grappes de quelques grains autour des \u00e9toiles. Or il n&rsquo;y a pas tant d&rsquo;\u00e9toiles que cela, du moins pr\u00e8s de nous. La plus proche est \u00e0 4 ann\u00e9es-lumi\u00e8re, ensuite jusqu&rsquo;\u00e0 10 ou\u00a015 ann\u00e9es-lumi\u00e8re on en compte une cinquantaine ou gu\u00e8re plus, c\u2019est peu.<\/p>\n<p>On entend d&rsquo;ailleurs parfois une curieuse th\u00e9orie : se contenter dans un premier temps d&rsquo;une plan\u00e8te proche et se consacrer \u00e0 sa \u00ab\u00a0terraformation\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire travailler avec pelles et pioches vers l&rsquo;adaptation de ses caract\u00e9ristiques, de son atmosph\u00e8re, pour un lieu pleinement accueillant pour les humains, la transformer en Terre rien de moins. Cela parait juste dommage de d\u00e9penser autant d&rsquo;huile de coude pour un tel chantier \u00e0 10 ann\u00e9es-lumi\u00e8re quand on pourrait le faire sur place pour restaurer notre Terre de ses quelques maux, qui se renouvelleront \u00e0 l&rsquo;identique sur la merveilleuse nouvelle plan\u00e8te lointaine remise \u00e0 neuf.<\/p>\n<p>Pour envisager de telles migrations, la moindre des choses serait d\u00e9j\u00e0 de voyager aussi vite qu&rsquo;un rayon de lumi\u00e8re. Atteindre la vitesse de la lumi\u00e8re nous est cependant, autant que nous le sachions, impossible en raison notamment de la masse dont nous sommes pourvus, qui exigerait la mobilisation d&rsquo;une quantit\u00e9 infinie d&rsquo;\u00e9nergie. Il faut se contenter de moins, et donc\u00a0nous\u00a0tra\u00eener \u00e0 la vitesse d&rsquo;une trottinette\u00a0de l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Sans compter que pour voyager vite, il faudrait d&rsquo;abord acc\u00e9l\u00e9rer jusqu&rsquo;\u00e0 la vitesse de croisi\u00e8re, soit passer de 0 km\/s \u00e0 300.000 km\/s. Et notre petite nature humaine de chair et de sang n&rsquo;aime pas du tout cela. Si l&rsquo;on a tous pu constater que se d\u00e9placer en TGV \u00e0 300 km\/h ne nous incommode point, en revanche l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration nous tue (la vraie, pas celle du TGV, d\u2019une grande douceur). L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration maximale que l&rsquo;on supporte sans ressentir de g\u00eane est celle \u00e9quivalant \u00e0 la pesanteur terrestre que les sp\u00e9cialistes nomment <em>g<\/em>. Une acc\u00e9l\u00e9ration de 2 ou 3 <em>g<\/em> est supportable quelques instants mais, comme \u00e0 la foire foraine, on est content quand cela s&rsquo;arr\u00eate. Les astronautes sont entra\u00een\u00e9s \u00e0 en supporter davantage, mais pour une dur\u00e9e aussi courte que possible. Bref, pour atteindre une vitesse \u00e9lev\u00e9e, comme celle de la lumi\u00e8re si tant est que cela soit un jour possible, il faudrait prendre notre temps, patienter une bonne ann\u00e9e en acc\u00e9l\u00e9rant contin\u00fbment \u00e0 1 <em>g<\/em>. Cette fragilit\u00e9 de notre chair \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoutent une vitesse de d\u00e9placement limit\u00e9e et une esp\u00e9rance de vie individuelle de 80 ann\u00e9es ne laissent pas pr\u00e9sager le survol d\u2019un choix immense de plan\u00e8tes.<\/p>\n<p>Une bonne id\u00e9e (parions qu\u2019elle germerait dans la t\u00eate de certains d\u00e9cideurs) ne serait-elle pas de retenir une plan\u00e8te imparfaite quoique non mortelle, pas trop compliqu\u00e9e \u00e0 atteindre, qu&rsquo;on r\u00e9serverait au tr\u00e8s grand nombre de candidats disons de 2e classe, non fortun\u00e9s, et en chercher plus soigneusement une belle autre o\u00f9 l&rsquo;on serait plus l\u00e9ger sur la balance pour les personnes dot\u00e9es d&rsquo;un portefeuille plus adapt\u00e9 \u00e0 la situation.<\/p>\n<p>Soyons r\u00e9alistes. M\u00eame en nous congelant pour supporter toutes ces ann\u00e9es de voyage, m\u00eame en faisant se succ\u00e9der quantit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rations dans l\u2019astronef, on n&rsquo;irait pas loin. Je crains que dans le domaine accessible au simple mortel fragile et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que nous sommes, m\u00eame dot\u00e9 du destin de premier ordre que l\u2019on sait, bien peu de plan\u00e8tes conviendraient sinon aucune.<\/p>\n<p>Pour mieux se repr\u00e9senter le probl\u00e8me d\u2019\u00e9chelle des distances et des vitesses, imaginons que nous habitions une ville particuli\u00e8rement hupp\u00e9e, dans un pays tr\u00e8s riche, o\u00f9 un simple repas au restaurant co\u00fbte 5000 \u20ac, qu&rsquo;un loyer d&rsquo;appartement se chiffre en dizaines de milliers d&rsquo;euros mensuels, qu&rsquo;une voiture de tous les jours en co\u00fbte 25 millions, et que notre pauvre salaire mensuel ne soit que de 500 euros. On se rendrait vite compte que nos revenus sont incompatibles avec le train de vie en vigueur, qu&rsquo;il existe un probl\u00e8me d&rsquo;\u00e9chelle entre monnaie des ressources et monnaie des besoins, l\u2019unit\u00e9 de compte n\u2019est pas la m\u00eame.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;espace, c&rsquo;est pareil. La vitesse, celle de la lumi\u00e8re, n&rsquo;a pas les moyens d&rsquo;arpenter l&rsquo;univers. Les distances entre les corps cosmiques sont si colossales qu&rsquo;elles ne semblent pas faites pour \u00eatre parcourues, du moins en des laps de temps aussi microscopiques que les dur\u00e9es humaines. Consid\u00e9rons la galaxie d&rsquo;Androm\u00e8de notre plus proche voisine, qu&rsquo;on peut d\u2019ailleurs d\u00e9celer \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. Il a fallu 2 millions d\u2019ann\u00e9es pour que sa lumi\u00e8re atteigne nos yeux. Quant aux dimensions de notre propre Galaxie bien de chez nous, celle-ci est large de 150.000 ann\u00e9es-lumi\u00e8re. Une travers\u00e9e d\u2019agr\u00e9ment qui n\u2019est pas vraiment \u00e0 la port\u00e9e d&rsquo;une trottinette de l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Un escargot dot\u00e9 d\u2019une esp\u00e9rance de vie de papillon se lancerait-il dans la travers\u00e9e de l&rsquo;Afrique ?<\/p>\n<p>Et si des solutions scientifiques existaient malgr\u00e9 tout, restant \u00e0 d\u00e9couvrir, tir\u00e9es de la Relativit\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, de la physique quantique ou bien de la th\u00e9orie des cordes pour vaincre une fois pour toutes les contraintes de cet espace-temps ? Il faudrait y ajouter, pour \u00e9viter des milliers de d\u00e9convenues, un bon d\u00e9tecteur de plan\u00e8tes jumelles de la Terre, celles qui recopient au millim\u00e8tre ses caract\u00e9ristiques fondamentales qui nous sont si ch\u00e8res : temp\u00e9rature, pression, gravit\u00e9, composition atmosph\u00e9rique, bouclier magn\u00e9tique, rythme des jours, de l\u2019ann\u00e9e, cycle de saisons, nourriture abondante et go\u00fbteuse, odeurs de printemps agr\u00e9ables, paysages d\u2019automne admirables, ciel bleu aux nuages tranquillement pouss\u00e9s par le vent, une belle lune pour le romantisme, une terre fertile, peu d&rsquo;ouragans de 30e cat\u00e9gorie, quelques insectes ou des bact\u00e9ries pour d\u00e9grader les excr\u00e9ments humains, et en option une population locale amicale et z\u00e9ro microbe dangereux \u2026 Une d\u00e9finition plus compl\u00e8te que le seul terme journalistique \u00ab habitable \u00bb entendu chaque fois qu\u2019une plan\u00e8te lointaine o\u00f9 il est suppos\u00e9 y couler de l\u2019eau est d\u00e9tect\u00e9e. La pr\u00e9sence d\u2019eau fra\u00eeche est une donn\u00e9e int\u00e9ressante mais m\u00eame en y ajoutant l\u2019amour, cela reste une carte d\u2019identit\u00e9 bien succincte pour encourager un exode interplan\u00e9taire. Id\u00e9alement la plan\u00e8te jumelle devra nous faire oublier la Terre et ne pas nourrir la belle l\u00e9gende nostalgique de la plan\u00e8te bleue de nos anc\u00eatres, celle qui n&rsquo;avait pas trois soleils et huit lunes dans le ciel.<\/p>\n<p>M\u00eame si toutes ces avanc\u00e9es scientifiques trouvaient le d\u00e9bouch\u00e9 souhait\u00e9, encore faudrait-il trouver le temps de les \u00e9tudier, de les th\u00e9oriser, les mod\u00e9liser, les comprendre, les dig\u00e9rer. Un gros et surtout long investissement de recherche scientifique et astronautique.<\/p>\n<p>Seulement voil\u00e0, nous aimons la Science, mais avons tendance \u00e0 appr\u00e9cier davantage encore son sous-produit qu\u2019est la technologie. La Science est lente, r\u00e9clame des budgets chiches qui ne tombent pas du ciel, raisonne en long terme, apportant savoir et sagesse, tandis que la technologie produit plein de choses sympa, des appareils, des bidules, de la musique, des films, des t\u00e9l\u00e9phones, des choses propices aux affaires florissantes, aux marges substantielles, aux march\u00e9s juteux, toujours \u00e0 court terme de fa\u00e7on \u00e0 encha\u00eener les nouveaut\u00e9s \u00e0 bonne cadence.<\/p>\n<p>Et aussi toute la pollution induite, qu&rsquo;on ne veut pas voir, dans le ciel toujours plus de satellites dont on a tout le temps de se questionner sur la fa\u00e7on de les d\u00e9crocher le jour o\u00f9 ils ne serviront plus et continueront d\u2019obscurcir les cieux de la nuit et du jour.<\/p>\n<p>Ce temps lointain de la propret\u00e9 n&rsquo;est pas encore venu, consommons, buvons, dansons. Ne nous trompons pas de destin, nous n&rsquo;avons pas celui de nettoyer mais de trouver d\u2019autres coins bien propres \u00e0 salir plus loin. Parions que la science, sage et lente mais aussi source de courses mercantiles rapides et sales, aura d\u00e9truit la Terre, du moins notre \u00e9cosyst\u00e8me avant d&rsquo;avoir trouv\u00e9 comment la remplacer.<\/p>\n<p>Notre plan\u00e8te de rechange n\u2019existe pas. Elle serait hors de port\u00e9e, du moins\u00a0pour notre esp\u00e8ce de l&rsquo;\u00e8re holoc\u00e8ne. Il faut renoncer \u00e0 ce plan B providentiel qui d\u00e9tourne notre attention ailleurs, plus tard. Notre plan\u00e8te o\u00f9 il fera bon vivre, pour nous autres humains de chair et de sang, \u00e7a ne peut \u00eatre que notre Terre.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs pourquoi diable accepte-t-on de regarder nos d\u00e9gradations s\u2019y d\u00e9rouler sans trop bouger, sans avoir le c\u0153ur\u00a0gros ni ressentir la culpabilit\u00e9 de briser le sol terrestre sous nos pieds ingrats ?<\/p>\n<p>Je ne fr\u00e9quente gu\u00e8re les \u00e9glises. Je crois pourtant savoir que les religions ont su d\u00e9signer les cieux et leurs paradis comme de v\u00e9ritables demeures \u00e0 la mesure de l\u2019homme, le moment venu. Mais laquelle a pens\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter la Terre comme un lieu sacr\u00e9 elle aussi ? La religion chr\u00e9tienne en fait un simple purgatoire, un lieu de souffrance de tous les jours, o\u00f9 la sueur et les pleurs nous purifieront pour un futur joyeux. Il est vrai que la religion chr\u00e9tienne fut fond\u00e9e en des temps o\u00f9 la Terre \u00e9tait souvent vue comme un univers gigantesque, non fini, sans forme, on ne lui pr\u00eatait pas encore un statut de bulle de vie minuscule, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre pr\u00e9cieux et fragile.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7232 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Terre12-1024x667.jpg\" alt=\"\" width=\"565\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Terre12-1024x667.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Terre12-300x196.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Terre12-768x501.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Terre12.jpg 1470w\" sizes=\"auto, (max-width: 565px) 100vw, 565px\" \/><\/p>\n<p>Comment ressentir l\u2019amour d\u2019une Terre m\u00e8re alors qu\u2019on ne nous a jamais appris \u00e0 la voir autrement que vulgaire, inconfortable et punitive ?<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous avons \u00e0 l\u2019esprit l\u2019\u00e9cologie, le geste bon pour la plan\u00e8te. Il ne devrait pas s\u2019agir de simples gestes pour soigner, panser une plaie, ni m\u00eame la sauvegarde int\u00e9ress\u00e9e d\u2019un environnement dont nous r\u00e9alisons que nous en avons besoin. Il devrait s\u2019agir de gestes d\u2019amour, pour une plan\u00e8te unique, notre minuscule bulle de vie, celle qui nous a fa\u00e7onn\u00e9s depuis 2 milliards d\u2019ann\u00e9es, avec qui nous faisons corps, celle dont la chaleur de son Soleil, le bleu du ciel, les couleurs des fleurs, le parfum de la vie s\u2019\u00e9veillant le matin sous la ros\u00e9e font battre notre c\u0153ur et celui de toutes les cr\u00e9atures terrestres. Ne nous trompons pas, le Paradis c&rsquo;est bien cette plan\u00e8te o\u00f9 il pleut de l&rsquo;eau. Au dehors de cette minuscule bulle de vie bleue perdue dans l\u2019immensit\u00e9 de l&rsquo;univers glac\u00e9, tout est poison\u00a0brutal et agonie imm\u00e9diate. La Terre est un bien sacr\u00e9, bien plus que le ciel, elle n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre notre pass\u00e9 et notre seul avenir, notre tout. Il faut enfin r\u00e9aliser qu&rsquo;on l&rsquo;aime et en prendre soin au-del\u00e0 du mis\u00e9rable statut que les grimoires des pr\u00eatres lui assignent. Non, la Terre n\u2019est pas un lieu temporaire qu\u2019on jette apr\u00e8s usage tel un mouchoir en papier. Elle n\u2019est pas un r\u00e9servoir d\u2019ordures, de bouteilles en plastique, de mol\u00e9cules qu\u2019elle ne produit pas naturellement et qui l\u2019asphyxient. L\u2019<em>homo bellicus detritus<\/em> ne porte pas dans son g\u00e9nome le principe d\u2019une mue p\u00e9riodique le menant par sauts de puces de plan\u00e8te en plan\u00e8te, toujours plus vierge, accueillante, laissant sans remords la pr\u00e9c\u00e9dente d\u00e9vast\u00e9e et ses derni\u00e8res cr\u00e9atures dess\u00e9ch\u00e9es. Les religions se trompent, le savant <em>Tsiolkovski<\/em> est bon conteur mais vain proph\u00e8te.<\/p>\n<p><strong><u>Dans chaque maison<\/u><\/strong> se trouve une biblioth\u00e8que, parfois juste un petit meuble, une simple \u00e9tag\u00e8re avec quelques livres ou davantage, auxquels on est attach\u00e9. Parions qu\u2019on y trouve souvent un livre d\u2019astronomie.<\/p>\n<p>Ouvrons ce livre sur une page au hasard, nous en verrons une\u00a0consacr\u00e9e au soleil, une autre sur les com\u00e8tes, les n\u00e9buleuses, les constellations, la Lune \u2026 Il y en a m\u00eame une sur la Terre. On y apprend tout sur le cycle des saisons, l\u2019inclinaison de l\u2019axe de rotation, sa distance au Soleil, mais rarement un mot sur la vie qu\u2019elle abrite, sur les processus biologiques dont elle est le th\u00e9\u00e2tre. Cela ne semble pas \u00eatre le but d\u2019un manuel d\u2019astronomie. Ainsi, depuis notre enfance nous voyons ces images dans lesquelles le vivant est omis, et facilement ni\u00e9 ou temp\u00e9r\u00e9 dans la bouche m\u00eame des astronomes. On nous dit qu\u2019il est peu probable qu\u2019on en trouve ici, impossible qu\u2019il se d\u00e9roule l\u00e0. Tr\u00e8s vite des questions plus insistantes feront surgir le th\u00e8me des petits hommes verts qui d\u00e9clencheront sourires voire hilarit\u00e9. Comment croire en l\u2019existence m\u00eame de l\u2019homme, de la vie sur Terre tant ce ph\u00e9nom\u00e8ne est d\u00e9crit comme improbable et risible. On ne nous a jamais appris \u00e0 imaginer la vie ailleurs. A tel point que les questions qu\u2019on ose se poser aujourd\u2019hui sont maladroites, ax\u00e9es sur notre mod\u00e8le, ce questionnement n\u2019a pas d\u2019histoire.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, quand on tournait un petit t\u00e9lescope vers un astre, on reconnaissait la page de notre livre. Aujourd\u2019hui, on envoie dans l\u2019espace des instruments aux yeux per\u00e7ants dot\u00e9s de multiples talents, capables de d\u00e9tection \u00e0 un niveau de d\u00e9tail encore jamais vu. Nos yeux voient d\u00e9sormais au-del\u00e0 de ce qu&rsquo;aucun livre d\u2019astronomie n&rsquo;a eu l\u2019ambition de montrer. Pourquoi dans ces conditions ne pas s\u2019attendre \u00e0 voir des choses nouvelles, \u00e9tonnantes, que nous n&rsquo;avons pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 voir. Cela se produit parfois, et si d\u2019aventure un lien est sugg\u00e9r\u00e9 avec un possible ph\u00e9nom\u00e8ne vivant local, la r\u00e9action sera toujours et encore hostile, la suggestion d\u2019embl\u00e9e \u00e9cart\u00e9e car jug\u00e9e pu\u00e9rile, on argumentera que les petits hommes verts sont l\u2019explication la moins probable. C\u2019est sans doute vrai, mais cette vision montrant un univers fait de feu et de pierres parait maintenant dogmatique, anachronique, il manque quelque chose. D\u2019ailleurs nous existons, aussi improbables que nous soyons.<\/p>\n<p><strong><u>Viennent-ils nous visiter\u00a0?<\/u><\/strong> Longtemps le mot ovni a \u00e9voqu\u00e9 pour beaucoup les soucoupes volantes. Celles-ci venant de l\u2019espace et pilot\u00e9es par des visiteurs int\u00e9ress\u00e9s par quelque chose, peut-\u00eatre nous autres les hommes, qui ma\u00eetrisons les technologies, qui allons dans l\u2019espace, d\u00e9tenons le moyen de tous nous d\u00e9truire avec les bombes nucl\u00e9aires ou la salet\u00e9 chimique, bref une esp\u00e8ce sans doute bien int\u00e9ressante ou inqui\u00e9tante. Mais c\u2019est peut-\u00eatre tout autre chose qui les attire.<\/p>\n<p>Le mot ovni \u2013 <em>objet volant non identifi\u00e9<\/em> \u2013 se veut neutre et d\u00e9signe sans pr\u00e9juger d\u2019un quelconque sc\u00e9nario sous-jacent toute observation c\u00e9leste n\u2019ayant pu trouver d\u2019explication, quelle qu\u2019en puisse \u00eatre la nature. Mais la soucoupe n\u2019est jamais loin dans les esprits. Sinon pourquoi continuerait-on de parler d\u2019\u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb\u00a0? et pourquoi pr\u00e9tendre qu\u2019il \u00ab\u00a0vole\u00a0\u00bb\u00a0? Les nuages sont un ph\u00e9nom\u00e8ne a\u00e9rien, ils ne volent pas et ne sont pas des objets. Les anglo-saxons se sont montr\u00e9s tout aussi tendancieux avec leurs <em>unidentified flying objects<\/em> \u2026 Et reconnaissons que le mot \u00ab\u00a0ovni\u00a0\u00bb \u00e9voque la forme ovo\u00efde, l\u2019\u0153uf, le vivant \u2026 Comment pourrait-il \u00eatre neutre\u00a0?<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui on pense avoir trouv\u00e9 la meilleure formule, on dit <em>ph\u00e9nom\u00e8nes a\u00e9riens non identifi\u00e9s<\/em>, voil\u00e0 pour la neutralit\u00e9. Mais peut-\u00eatre n\u2019en pense-t-on pas moins \u2026<\/p>\n<p>Pourquoi apr\u00e8s-tout la piste du visiteur curieux serait-elle \u00e0 \u00e9carter d\u2019un revers de main ? Certes, venir admirer les performances d\u2019humains allant dans l\u2019espace (enfin juste sur la Lune, enfin juste une fois, enfin juste une dizaine d\u2019hommes surentra\u00een\u00e9s et hyper courageux) quand on ma\u00eetrise le voyage intersid\u00e9ral en vaisseaux aux performances inou\u00efes, cela n\u2019est pas cr\u00e9dible. Seraient-ils plut\u00f4t des surveillants de l\u2019espace, alert\u00e9s par une technologie hautement destructrice tomb\u00e9e entre les mains d\u2019une esp\u00e8ce primitive et bagarreuse ? Vu que depuis le temps ces bons vigiles n\u2019ont pas d\u00e9cid\u00e9 d\u2019intervenir, m\u00eame en p\u00e9riode de crises majeures (Tchernobyl, Fukushima), c\u2019est que la raison de leur visite doit \u00eatre encore ailleurs. En quoi notre plan\u00e8te Terre pourrait-elle bien constituer une curiosit\u00e9 ? Mais la vie bien s\u00fbr ! Mais cela voudrait donc dire que d\u00e9cid\u00e9ment seules la Terre et une poign\u00e9e d&rsquo;autres \u00e9lues dans l&rsquo;univers seraient concern\u00e9es par les activit\u00e9s biologiques ?<\/p>\n<p>Le terme de vie est vague. Jusqu\u2019au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, on en ignorait tout. Bien s\u00fbr on savait comment faire des enfants, mais ce qui pouvait bien se passer au lendemain de la conception restait du domaine du \u00ab\u00a0myst\u00e8re de la vie\u00a0\u00bb. Certains savants ayant constat\u00e9 que leur fils leur ressemblait soutenaient la th\u00e9orie qu\u2019au cours de la grossesse la femme h\u00e9berge et d\u00e9veloppe l\u2019embryon que seul l\u2019homme fournit. Ses coll\u00e8gues tout autant perspicaces ayant remarqu\u00e9 le contraire, \u00e0 savoir que certains enfants ont les traits de leur m\u00e8re penchaient pour une future m\u00e8re d\u00e9tenant en elle l\u2019embryon minuscule, tandis que le r\u00f4le de l\u2019homme ne serait que de d\u00e9clencher les choses \u2026<\/p>\n<p>Ce qui revenait de toutes fa\u00e7ons \u00e0 penser que dans l\u2019un et l\u2019autre cas, l\u2019embryon contiendrait en lui-m\u00eame en plus petit encore ses futurs embryons, eux-m\u00eames contenant les leurs et ainsi de suite. Ce paradoxe infini \u00e9tait r\u00e9solu par la foi en un myst\u00e8re de la vie, insondable, imp\u00e9n\u00e9trable, divin en somme.\u00a0 Et puis on a progress\u00e9. On a compris, on avait tout faux. Il n\u2019y a pas de paradoxe. Le m\u00e9canisme reste extr\u00eamement complexe, il faut des ordinateurs pour le repr\u00e9senter, les nombres en jeu sont colossaux, les rubans de macromol\u00e9cules d&rsquo;une longueur insolente mais d\u2019une certaine fa\u00e7on point de myst\u00e8re dans le m\u00e9canisme, on est capable de le comprendre, donc bien indigne d\u2019un dieu tout puissant. La femme et l\u2019homme apportent chacun la moiti\u00e9 non pas de la cellule mais du code de fabrication de la cellule de base. Pourquoi n\u2019y a-t-on pas pens\u00e9 avant ?<\/p>\n<p>La femme a en plus le r\u00f4le d\u2019h\u00e9berger, de d\u00e9velopper le b\u00e9b\u00e9 en elle, de le pr\u00e9server d&rsquo;une mort impitoyable une fois le cordon ombilical coup\u00e9 en lui apportant de son sein la seule nourriture qu&rsquo;il peut absorber, et de tant d\u2019autres choses. Son mari ne s\u2019en tire pas trop mal finalement. Voil\u00e0 pour les processus biologiques, qui existent probablement ailleurs, \u00e0 la faveur de conditions propices encore mal connues. Seulement voil\u00e0, la vie ailleurs se d\u00e9veloppe-t-elle sur le mod\u00e8le terrestre ? Assiste-t-on partout \u00e0 l\u2019apparition d\u2019organismes multicellulaires, \u00e0 reproduction sexu\u00e9e, renouvelant leurs cellules contin\u00fbment jusqu\u2019\u00e0 la vieillesse puis une mort inexorable ? Existe-t-il une variabilit\u00e9 des esp\u00e8ces, une \u00e9volution, un instinct de conservation qui va pousser les individus \u00e0 maintenir leurs m\u00e9tabolismes co\u00fbte que co\u00fbte, s\u2019\u00e9chiner \u00e0 courir apr\u00e8s la nourriture, \u00e0 gonfler sans cesse ses poumons d&rsquo;air plut\u00f4t que s\u2019abandonner \u00e0 un confortable arr\u00eat des processus vitaux.<\/p>\n<p>Il est possible de regarder la Terre comme une plan\u00e8te stable. On pr\u00eate \u00e0 la Lune un r\u00f4le dans cette stabilit\u00e9. Ainsi la vie de type terrestre est peut-\u00eatre une manifestation fort rare, ayant eu la chance d\u2019ajouter \u00e0 une succession d\u2019heureux hasards, celle de disposer d\u2019un temps colossal pour pousser tr\u00e8s loin cette chimie \u00e9volutive et volontaire, l\u00e0 o\u00f9 le vivant reste primitif et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ailleurs. Voil\u00e0 qui pourrait expliquer ces processions venues d&rsquo;ailleurs, fort timides malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p><strong><u>Mais qui sont ces voyageurs en soucoupe ? Et s&rsquo;il s&rsquo;agissait de sous-dieux ?<\/u><\/strong>\u00a0Un jour je me suis risqu\u00e9 \u00e0 articuler ce terme de mon invention, et mon interlocuteur m\u2019a imm\u00e9diatement coup\u00e9 : \u00ab alors toi tu es partisan de la th\u00e9orie des anciens astronautes \u00bb \u2026 Je lui ai r\u00e9pondu ne pas conna\u00eetre cette th\u00e9orie, mais ne jamais censurer mon imagination.<\/p>\n<p>En effet, si le savoir est enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole par des professeurs dipl\u00f4m\u00e9s de mati\u00e8res nourries de travaux d\u2019infatigables chercheurs, la foi est laiss\u00e9e au domaine de l\u2019appr\u00e9ciation de chacun. Ainsi pouvons-nous \u00eatre croyant, souvent d\u2019un seul dieu cr\u00e9ateur de tout et omniscient, ou bien \u00eatre non-croyant et disciple de la Science seule qui explique presque tout et finira d\u2019expliquer le reste bient\u00f4t. Entre les options tout Dieu et z\u00e9ro Dieu, point de nuances. Ainsi le <em>Dieu-le-P\u00e8re<\/em> qu\u2019on nous pr\u00e9sente n\u2019a pas de subalternes charg\u00e9s de cr\u00e9ations de moindre importance, et de l\u2019\u00e9coute de pri\u00e8res simples et redondantes. Il y a bien les myst\u00e9rieux anges mais leur statut est diff\u00e9rent car Dieu est de toute fa\u00e7on unique, c\u2019est le principe.<\/p>\n<p>Alors moi je tente la question, pourquoi pas des sous-dieux de tous grades ? J\u2019en donne la d\u00e9finition rapide : ils seraient plus forts, plus intelligents, plus anciens que nous autres par exemple, mais \u00e0 la diff\u00e9rence de Dieu tout puissant, la compr\u00e9hension de certaines de leurs \u0153uvres resterait \u00e0 la port\u00e9e de certains humains de haut vol, en particulier lorsqu\u2019ils s\u2019aident d\u2019outils comme les ordinateurs.<\/p>\n<p>Ainsi la biologie terrestre pourrait avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par un type particulier de sous-dieu tr\u00e8s cal\u00e9 en chimie, c\u2019est pour cela que nous serions capables d\u2019en comprendre le principe mol\u00e9culaire et de nous dire parfois que si nous avions un cerveau plus vaste, nous nous y serions pris de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Pourquoi introduire une notion de sous-dieu ? Parce que nous autres humains en sommes bel et bien un exemple ! Nous voil\u00e0 en capacit\u00e9, enfin c\u2019est tout comme, de nous rendre sur Mars et d\u2019y planter des organismes terrestres g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s par nous-m\u00eames, avant de repartir comme si de rien n\u2019\u00e9tait. On sait faire. Et un jour, dans un million d\u2019ann\u00e9es, les cr\u00e9atures implant\u00e9es dans le sol martien auraient peut-\u00eatre \u00e9volu\u00e9, certaines seraient capables de penser. Et alors bien s\u00fbr, toujours les m\u00eames questions : que faisons-nous sur cette plan\u00e8te, qui nous y a cr\u00e9\u00e9s ? Un Dieu unique et omnipotent serait invoqu\u00e9. Pourtant, en l\u2019occurrence ce sont juste des hommes qui se sont amus\u00e9s \u00e0 cela. Ils ont fait comme Dieu mais n&rsquo;en sont pas. Disons qu\u2019ils sont des sous-dieux, capables de performances hors de port\u00e9e de ces radis martiens. Il se peut que parmi leurs meilleurs penseurs, certains disent : Si c\u2019\u00e9taient des sous-dieux, voil\u00e0 longtemps qu\u2019ils seraient venus nous rendre visite \u2026 Eh bien non, on a mieux \u00e0 faire, d\u2019ailleurs l\u2019esp\u00e8ce humaine s\u2019est peut-\u00eatre \u00e9teinte dans l\u2019intervalle. Quoi qu\u2019il en soit nos mutants martiens ne nous int\u00e9ressent plus. Il leur reste \u00e0 se poser sans fin de belles questions existentielles.<\/p>\n<p><strong><u>Y a-t-il de la vie ailleurs\u00a0?<\/u><\/strong> Pour le savoir, les savants ont mis au point une machine extraordinaire, un t\u00e9lescope sp\u00e9cialis\u00e9 envoy\u00e9 sur orbite, capable de d\u00e9tecter les plan\u00e8tes habitables. On ne sait pas vraiment si elles sont habit\u00e9es, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une avanc\u00e9e. Apr\u00e8s tout si la vie existe ailleurs, ce sera sur une plan\u00e8te habitable, donc bornons-nous pour l\u2019instant \u00e0 chercher les bonnes plan\u00e8tes.<\/p>\n<p>Un enfant de dix ans s\u2019offusquerait. Il dirait \u00ab\u00a0mais qu\u2019est-ce qui emp\u00eache d\u2019imaginer des formes de vies diff\u00e9rentes, sur des plan\u00e8tes tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la Terre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les enfants dans leur innocence ignorent que les recherches ne peuvent \u00eatre men\u00e9es que gr\u00e2ce \u00e0 des budgets, allou\u00e9s par des d\u00e9cideurs qu\u2019on aura r\u00e9ussi \u00e0 convaincre en leur promettant de chercher ce qu\u2019on conna\u00eet le mieux, c\u2019est-\u00e0-dire nous-m\u00eames, pour un taux de succ\u00e8s plus prometteur que si on cherche par ci par l\u00e0 en esp\u00e9rant tr\u00e9bucher sur la d\u00e9couverte ultime.<\/p>\n<p>Nous cherchons donc des plan\u00e8tes qui tournent autour de leur \u00e9toile, comme la Terre, dans une zone o\u00f9 l\u2019eau, si importante pour nous, est liquide. Trop pr\u00e8s de l\u2019\u00e9toile, l\u2019eau ne serait que vapeur, trop loin, elle serait gla\u00e7on.<\/p>\n<p>Rechercher ces conditions cl\u00e9mentes est un bon signe, on pense enfin possible de trouver la vie ailleurs, l\u2019esprit s\u2019est ouvert \u00e0 ce genre de choses. Mais les enfants n\u2019ont pas tort, le crit\u00e8re est mesquin. Comment s\u2019y prend d\u2019ailleurs la machine pour trouver ces plan\u00e8tes, est-elle munie d\u2019yeux grossissants, go\u00fbte-t-elle l\u2019eau \u00e0 distance pour appr\u00e9cier sa ti\u00e9deur\u00a0? Non, c\u2019est beaucoup plus empirique. Partant du principe qu\u2019une plan\u00e8te masquera une partie, m\u00eame toute petite de l\u2019\u00e9toile lorsqu\u2019elle passera devant, il suffit de guetter une baisse de luminosit\u00e9 ponctuelle et r\u00e9guli\u00e8re. Bien s\u00fbr \u00e7a ne marche que pour les plan\u00e8tes qui passent entre nous et l\u2019\u00e9toile, les autres ne seraient pas d\u00e9tectable de cette fa\u00e7on. Le d\u00e9tecteur de plan\u00e8te poss\u00e8de un algorithme tr\u00e8s pointu qui va, en fonction de l\u2019assombrissement, de sa dur\u00e9e, d\u2019autres param\u00e8tres compliqu\u00e9s, d\u00e9duire \u00e0 quelle distance elle \u00e9volue de son \u00e9toile, de la chaleur qu\u2019elle re\u00e7oit et donc si l\u2019eau coule ou g\u00e8le. Enfin on ne sait pas non plus s\u2019il y a r\u00e9ellement de l\u2019eau mais la plan\u00e8te retenue sera d\u00e9clar\u00e9e situ\u00e9e en \u00ab\u00a0zone habitable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui est tout de m\u00eame remarquable dans cette qu\u00eate du vivant, c\u2019est que mine de rien elle conna\u00eet actuellement deux approches compl\u00e8tement diff\u00e9rentes, l&rsquo;une active, l&rsquo;autre passive. La premi\u00e8re, que je viens d\u2019\u00e9voquer se d\u00e9roule loin de nous et a en t\u00eate une vie de type terrestre, l\u2019autre serait tout pr\u00e8s de nous et personne n\u2019y avait encore pens\u00e9, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me solaire mais cette fois pas sur Terre.<\/p>\n<p>Faisons une exp\u00e9rience, dans la rue demandons \u00e0 des passants de nous r\u00e9citer dans l\u2019ordre les plan\u00e8tes du syst\u00e8me solaire. Parions que ces personnes se pr\u00eateront de bon c\u0153ur \u00e0 ce petit jeu et sauront donner les noms, parfois dans l\u2019ordre et sans en oublier aucune. Bien s\u00fbr il y a le cas Pluton dont tout le monde a bien retenu qu&rsquo;elle ne doit plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Le mot <em>plan\u00e8te<\/em> est si beau et si associ\u00e9 \u00e0 la vie, r\u00e9elle, imagin\u00e9e, recherch\u00e9e qu\u2019on oublie facilement qu\u2019il y a d\u2019autres choses dans le syst\u00e8me solaire. Et d\u2019abord qu\u2019est-ce qu\u2019une plan\u00e8te\u00a0? Pour des passants normalement inform\u00e9s des choses du ciel, une plan\u00e8te tourne autour du Soleil et s\u2019appelle Mercure, Venus, Mars, Terre, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton, ah non pas Pluton. Un peu simple comme d\u00e9finition. Mais j\u2019ai pourtant l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y en a pas d\u2019autre, au point que les sp\u00e9cialistes ont d\u00fb en concocter r\u00e9cemment une sp\u00e9cifique d\u2019o\u00f9 est opportun\u00e9ment exclue Pluton, la plan\u00e8te naine. Et Jupiter, la plan\u00e8te g\u00e9ante, on l\u2019exclut aussi du coup\u00a0? Non l\u00e0 c\u2019est bon on la garde.<\/p>\n<p>Le terme <em>plan\u00e8te<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9\u00a0par les grecs de l\u2019antiquit\u00e9 et signifiait \u00ab\u00a0astre errant\u00a0\u00bb. Nos anc\u00eatres, infatigables observateurs du ciel avaient en effet remarqu\u00e9 que parmi les \u00ab\u00a0vraies \u00e9toiles\u00a0\u00bb, fins points de lumi\u00e8re conservant inexorablement leurs \u00e9cartements mutuels, certaines faisaient un peu n\u2019importe quoi et semblaient suivre une route en toute autonomie et m\u00eame parfois disons-le en toute fantaisie. Ces dr\u00f4les d\u2019\u00e9toiles \u00e9taient qualifi\u00e9es d\u2019\u00ab\u00a0astres errants\u00a0\u00bb faute de mieux.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, plus de raisons en principe de continuer \u00e0 les nommer ainsi, ces astres n\u2019errent point, ils d\u00e9crivent des orbites elliptiques de longueurs diff\u00e9rentes autour du Soleil, soumis sans aucune fantaisie \u00e0 la loi de Newton ou d&rsquo;Einstein. La Terre, notre point d\u2019observation est elle-m\u00eame embarqu\u00e9e dans cette ronde. Les \u00ab vraies \u00e9toiles \u00bb sont quant \u00e0 elles beaucoup plus loin et dot\u00e9es pour le coup d&rsquo;un mouvement propre ind\u00e9celable, \u00e0 notre \u00e9chelle de temps, bien qu&rsquo;assujetties aux m\u00eames lois. Voil\u00e0 qui explique le d\u00e9sordre caus\u00e9 dans notre ciel par ces astres errants.<\/p>\n<p>La Terre n\u2019est pas seule, la Lune l\u2019accompagne. Ce syst\u00e8me binaire n\u2019est pas une exception. Si on ne conna\u00eet pas de \u00ab lunes \u00bb \u00e0 Mercure et Venus, en revanche Mars en a deux : Phobos et Deimos, Jupiter en a une vingtaine et m\u00eame plus, Saturne tout autant, Uranus et Neptune ne sont pas en reste et m\u00eame Pluton, celle qu\u2019on ne doit plus nommer, en poss\u00e8de une. Citons quelques noms de lunes : Titan, Europe, Ganym\u00e8de, Ariel, Miranda, Triton\u2026<\/p>\n<p>Il est \u00e0 parier qu\u2019aucun de nos passants n\u2019aura pens\u00e9 \u00e0 comptabiliser quelques lunes, dont la n\u00f4tre, dans son \u00e9num\u00e9ration. Les lunes de plan\u00e8tes semblent avoir beaucoup de mal \u00e0 exister aux yeux du public. On leur r\u00e9serve un statut \u00e0 part. Combien de fois ai-je entendu les adultes me r\u00e9pondre, \u00ab non la Lune n\u2019est pas une plan\u00e8te, c\u2019est un satellite \u00bb. Ou bien \u00ab c\u2019est un astre \u00bb. Or si l\u2019on exclut les nuages et les pigeons, tout ce qui est dans le ciel est un astre, donc la d\u00e9finition est faible. Et tout ce qui se trouve dans le syst\u00e8me solaire est soumis \u00e0 la m\u00eame loi de Newton et se trouve donc satellite de quelque chose. Une plan\u00e8te serait dans ce cas d\u00e9finie par son seul parcours direct autour du soleil quand les lunes tournent autour d\u2019une plan\u00e8te qui tourne autour du soleil. Voil\u00e0 une distinction qui parait bien d\u00e9risoire au regard d\u2019une loi de gravitation commune. Pour discriminer les lunes, il serait plus judicieux de consid\u00e9rer leur histoire, et ainsi constater, peut-\u00eatre, un \u00e2ge significativement diff\u00e9rent par exemple. Mais visiblement les astronomes ne s\u2019appuient pas sur cette donn\u00e9e qu\u2019ils ne poss\u00e8dent pas toujours pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p>Les lunes sont pourtant \u2013 except\u00e9es les plus minuscules \u2013 rondes, de taille parfois comparable \u00e0 Mercure. On trouve dans certaines de l\u2019eau, des atmosph\u00e8res, des paysages. Alors pourquoi tant d\u2019ostracisme\u00a0? Les plan\u00e8tes historiques seraient-elles un groupe tellement plus homog\u00e8ne\u00a0? On ne peut pas vraiment le dire. Entre Mercure, tr\u00e8s chaude, minuscule, rocheuse et Jupiter, bulle de gaz g\u00e9ante si\u00e8ge permanent d\u2019ouragans d\u2019ammoniaque, on n\u2019a pas l\u2019impression d\u2019avoir affaire \u00e0 des jumelles. Saturne flotterait sur l\u2019eau. Neptune est si loin qu\u2019un froid \u00e9ternel y r\u00e8gne \u2026 Quelle famille. Quitte \u00e0 opter pour un regard neuf concernant les plan\u00e8tes naines, les astronomes auraient bien pu y englober aussi les fameux \u00ab\u00a0astres errants\u00a0\u00bb et conclure que la notion de plan\u00e8te ne poss\u00e8de aujourd&rsquo;hui plus gu\u00e8re de\u00a0sens scientifique s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Quand s\u2019est pos\u00e9e la question de savoir si la vie existait ailleurs, c\u2019est vers les plan\u00e8tes qu\u2019on s\u2019est tourn\u00e9 en premier et elles seules. Les astronomes raisonnaient comme les passants dans la rue. Mercure ne pouvait abriter de vie, il y fait trop chaud. Venus non plus, outre son insupportable chaleur de surface, l\u2019atmosph\u00e8re de CO2\u00a0est 100 fois plus lourde que l\u2019air terrestre. Mars, on l\u2019a observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de puissants t\u00e9lescopes et de robots et on reste bredouille \u00e0 ce jour. Jupiter et ses poisons d\u00e9cha\u00een\u00e9s s\u00fbrement pas, Saturne idem, s\u2019enfon\u00e7ant par ailleurs dans le froid loin d\u2019un soleil devenant tout petit dans le ciel. Uranus et Neptune, si froides elles aussi, et Pluton, un d\u00e9sert glac\u00e9 absolu.<\/p>\n<p>Le passage en revue des plan\u00e8tes \u00e9tait vite fait et la conclusion \u00e9tait qu\u2019il n\u2019y a pas de vie, hormis sur Terre, dans le syst\u00e8me solaire.<\/p>\n<p>Mais parall\u00e8lement \u00e0 une d\u00e9marche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de recherche de zones habitables parmi les exoplan\u00e8tes, la vie vient d&rsquo;elle-m\u00eame s\u2019inviter de l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me solaire, les esprits des chercheurs \u00e9tant pr\u00eats d\u00e9sormais \u00e0 envisager les choses autrement, en regardant maintenant du c\u00f4t\u00e9 des lunes.<\/p>\n<p>Non pas qu\u2019on y ait d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 la vie, mais on regarde d\u00e9sormais attentivement certains ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9cemment d\u00e9couverts et r\u00e9v\u00e9lant la pr\u00e9sence d\u2019eau et \u2026 de chaleur, m\u00eame dans la lointaine lune de Saturne Encelade et ses intrigants geysers. Pour receler de la chaleur, point d\u2019obligation de se trouver dans une zone habitable finalement. Les effets gravitationnels exerc\u00e9s par les plan\u00e8tes g\u00e9antes sur la structure de leurs lunes sont capables de g\u00e9n\u00e9rer cette donn\u00e9e pr\u00e9cieuse. Dans cet esprit l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Europe (<em>Agence spatiale europ\u00e9enne<\/em>\u00a0et <em>Nasa)<\/em>\u00a0se pr\u00e9parent \u00e0 aller visiter bient\u00f4t la lune de Jupiter nomm\u00e9e Europe, non sans mille pr\u00e9cautions pour ne pas polluer dramatiquement toute vie qui s\u2019y \u00e9panouirait \u00e0 notre insu.<\/p>\n<p>Au loin une vie telle qu\u2019on l\u2019a imagin\u00e9e, un rien anthropomorphe, et une autre piste tellement pr\u00e8s de nous qu\u2019on ne la voyait pas, celle de ph\u00e9nom\u00e8nes biologiques tels qu\u2019on n\u2019a pas id\u00e9e, c\u2019est \u00e7a qui est nouveau. Plus qu\u2019\u00e0 observer, les yeux grands ouverts.<\/p>\n<p><strong><u>Des voyageurs de l\u2019espace<\/u>\u00a0:<\/strong> Ayons une pens\u00e9e pour les tout premiers habitants de l\u2019\u00eele de P\u00e2ques. Voil\u00e0 une \u00eele toute petite perdue au milieu de l\u2019oc\u00e9an Pacifique. Les peuples qui y vivent en ces temps recul\u00e9s n\u2019ont alors jamais vu d\u2019autres terres, d\u2019autres hommes. Aussi loin que ces bons marins aient navigu\u00e9 ils n\u2019ont jamais vu autre chose que de l\u2019eau. Leur univers est le sol sous leurs pieds, autour est l\u2019infinit\u00e9 du ciel et de l\u2019eau. Parfois ils imaginent que loin, tr\u00e8s loin se trouvent d\u2019autres \u00eeles, et d\u2019autres peuples. Des l\u00e9gendes anciennes rapportent les faits de visiteurs \u00e9tranges au grand savoir, venus les voir au temps des lointains anc\u00eatres dans leur \u00e9norme embarcation pouss\u00e9e par le vent. Quelle est la part de v\u00e9rit\u00e9 dans ces l\u00e9gendes, nul ne le sait.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourtant qu\u2019un jour un autochtone, grand r\u00eaveur portant ses yeux toujours au loin, croit apercevoir une forme lointaine \u00e0 l\u2019horizon. Le c\u0153ur battant d\u2019\u00e9motion, il la d\u00e9crit, c\u2019est une embarcation qui glisse lentement sur la surface, on y voit une sorte de voile tr\u00e8s haute. Le villageois n\u2019en croit pas ses yeux, il ne sait s\u2019il doit \u00eatre heureux ou inquiet de cette apparition. Faut-il se cacher et observer de loin, alerter les autres\u00a0? L\u2019observateur ne peut pour l\u2019instant d\u00e9tacher les yeux de cette forme myst\u00e9rieuse, qui avance tout doucement et semble se rapprocher. Il se d\u00e9cide \u00e0 aller vers ses cong\u00e9n\u00e8res, ne pouvant rester seul avec cette d\u00e9couverte extraordinaire, il court, crie, appelle les villageois \u00e0 regarder l\u2019horizon.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tiens voil\u00e0 Paquito, mais qu\u2019a-t-il encore vu\u00a0? Mais nous ne voyons rien \u00e0 l\u2019horizon Paquito\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Paquito a encore le temps de voir le vaisseau tout au loin, mais il s\u2019\u00e9loigne, il suit une route qui ne m\u00e8ne pas vers l\u2019\u00eele. Le voil\u00e0 bient\u00f4t devenu invisible. Personne d\u2019autre n\u2019a vu, personne n\u2019a l\u2019habitude d\u2019\u00e9carquiller les yeux vers l\u2019horizon, personne ne croit Paquito qu\u2019on conna\u00eet bien, c\u2019est un r\u00eaveur qui esp\u00e8re toujours d\u00e9couvrir des choses merveilleuses.<\/p>\n<p>Paquito sait ce qu\u2019il a vu, d\u2019autres hommes existent. Peut-\u00eatre ont-ils peur d\u2019aborder la petite \u00eele, peut-\u00eatre se contentent-ils d\u2019admirer de loin et avec grand int\u00e9r\u00eat ce peuple pass\u00e9 ma\u00eetre dans le travail de la pierre et la navigation.<\/p>\n<p>S\u2019il \u00e9tait donn\u00e9 \u00e0 Paquito de pouvoir s\u2019\u00e9lever dans les airs, il verrait sous ses pieds s\u2019\u00e9loigner son \u00eele qui deviendrait un simple point, il verrait d\u2019autres terres, des \u00eeles mais aussi des continents immenses, tous remplis d\u2019hommes et de femmes en nombre qu\u2019il n\u2019aurait jamais pu imaginer. Il verrait le sillon d\u2019innombrables bateaux qui traversent mers et oc\u00e9ans en tous sens, passant parfois au large de son \u00eele sans s\u2019y arr\u00eater jugeant ces terres perdues sans int\u00e9r\u00eat et peupl\u00e9es d\u2019hommes sauvages et dangereux.<\/p>\n<p>S\u2019il nous \u00e9tait donn\u00e9 de nous \u00e9lever plus haut encore que Paquito, peut-\u00eatre assisterions-nous \u00e0 un grouillement d\u2019activit\u00e9s complexes et vivantes tout autour de nous, non d\u00e9cel\u00e9es ni imagin\u00e9es par nos anciens astronomes ni rapport\u00e9es dans les livres. Nous r\u00e9aliserions que notre condition de vivant primitif, absorb\u00e9 par son principal imp\u00e9ratif de survie n\u2019est qu\u2019une partie anecdotique de toute cette chimie universelle.<\/p>\n<p><strong><u>On a d\u00e9couvert la vie sur une autre plan\u00e8te\u00a0!<\/u><\/strong> Enfin pas encore mais imaginons le retentissement d\u2019une telle nouvelle.<\/p>\n<p>En 1976, ann\u00e9e du lancement des sondes Voyager, On n\u2019avait pas encore observ\u00e9 d\u2019exoplan\u00e8te. On trouvait grandement probable que des syst\u00e8mes plan\u00e9taires existent un peu partout, mais on en \u00e9tait r\u00e9duit aux conjectures car rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 observ\u00e9. Aujourd\u2019hui on sait qu\u2019on avait raison mais on est dans la m\u00eame position inconfortable au sujet de la vie. Il nous semble improbable que la Terre soit un rarissime laboratoire de biologie, mais le fait est qu\u2019on n\u2019a rien observ\u00e9 ailleurs, car quoi qu\u2019il en soit, on ne le peut pas encore.<\/p>\n<p>Parions qu\u2019un jour proche, nos instruments de plus en plus puissants seront d\u00e9pos\u00e9s de plus en plus loin et qu\u2019enfin on pourra proclamer qu\u2019une vie exog\u00e8ne vient d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte. D\u2019accord, il s\u2019agira peut-\u00eatre juste d\u2019un simple organisme unicellulaire au g\u00e9nome d\u00e9risoire mais il r\u00e9pondra \u00e0 notre d\u00e9finition du vivant et la nouvelle sera assur\u00e9ment sensationnelle. Peut-\u00eatre entendra-t-on crier, klaxonner dans les rues qu\u2019on n\u2019est plus seuls dans l\u2019univers, mais parions que l\u2019\u00e9chantillon maigrichon sera surtout vu comme un encouragement \u00e0 chercher encore.<\/p>\n<p>C\u2019est alors qu\u2019un peu plus loin nos d\u00e9tecteurs mol\u00e9culaires r\u00e9v\u00e8leront une cr\u00e9ature cette fois \u00e9poustouflante, un ver multicellulaire qu\u2019on verra gigoter presque \u00e0 l\u2019\u0153il nu. L\u00e0 encore on sera partag\u00e9 entre l\u2019id\u00e9e d\u2019arr\u00eater les recherches maintenant qu\u2019on a trouv\u00e9 la vie, ou bien de continuer \u00e0 rechercher un sp\u00e9cimen un peu plus s\u00e9rieux. Le mat\u00e9riel progressant, c\u2019est maintenant une sorte de petite souris qui vient d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte \u00e0 172 ann\u00e9es-lumi\u00e8re, avec douze pattes, des moustaches, de l\u2019app\u00e9tit, des \u00e9motions, quelle nouvelle, l\u2019homme n\u2019est plus seul\u00a0! Si l\u2019on pouvait malgr\u00e9 tout trouver un organisme vivant encore plus prometteur, ce n\u2019en serait que mieux, alors cherchons encore un peu notre vrai compagnon de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Mais que cherchons nous en fait\u00a0?<\/p>\n<p>Enfin l\u2019effort se voit r\u00e9compens\u00e9, la vie existe bien partout ailleurs, puisque maintenant la cr\u00e9ature d\u00e9nich\u00e9e sur la plan\u00e8te Zorg est un quadrup\u00e8de \u00e0 cornes, gourmand en herbe qu\u2019il croque du matin au soir en \u00e9mettant des beuglements peu m\u00e9lodieux, qui semblent aller de pair avec une certaine stupidit\u00e9.<\/p>\n<p>Doit-on se satisfaire de ces timides repr\u00e9sentants du vivant qu\u2019on r\u00e9colte depuis 10 ans\u00a0? Allez cherchons encore un peu, des fois qu\u2019on trouve une\u00a0vie intelligente, comme nous, enfin nous ne serions plus seuls. D\u2019ailleurs, cette fois il semble que nous soyons combl\u00e9s. Sur une belle plan\u00e8te dont le ciel regorge de vaisseaux hyperluminiques filant \u00e0 une ann\u00e9e-lumi\u00e8re par seconde, nous observons de loin des g\u00e9ants de 6 m\u00e8tres de diam\u00e8tre constitu\u00e9s d\u2019une tr\u00e8s grosse t\u00eate remplie d\u2019intelligence et marchant sans pieds, par la seule force de la pens\u00e9e. Voil\u00e0 une d\u00e9couverte dont on ne sait pas trop quoi faire et qui malm\u00e8ne notre amour-propre. On a peut-\u00eatre un peu trop cherch\u00e9, on sait maintenant que la vie est partout et qu\u2019elle est m\u00eame parfois mieux que nous, on ne s\u2019y attendait pas, pas \u00e0 ce point.<\/p>\n<p>Regardons\u00a0quand m\u00eame encore un peu ici et l\u00e0, et voil\u00e0 bient\u00f4t la preuve que nous ne sommes pas seuls dans l\u2019univers. Sur une plan\u00e8te lointaine, nous voyons une cr\u00e9ature unique, mais elle n\u2019est pas mal du tout. Une station verticale, bip\u00e8de, des v\u00eatements de belle coupe, un visage plut\u00f4t plat, un nez qui d\u00e9passe au milieu, deux yeux sous le front, une petite bouche fine pour manger et s\u2019exprimer dans un fran\u00e7ais soutenu. Nous ne sommes plus seuls dans l\u2019univers, ne cherchons plus, c\u2019est bien ce que nous voulions, nous ne sommes pas les seuls \u00eatres humains dans l\u2019univers !<\/p>\n<p><strong><u>Devons-nous former des explorateurs de l\u2019univers ?<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Serait-ce la f\u00e9condit\u00e9 robuste de la proph\u00e9tie de <em>Tsiolwovski<\/em> qui incite toujours et encore \u00e0 entra\u00eener de jeunes et talentueux astronautes, courant apr\u00e8s le merveilleux destin d\u2019\u00eatre all\u00e9s dans l\u2019espace\u00a0tels les \u00e9lus d\u2019une civilisation \u00e9lue ? On ne peut qu\u2019\u00eatre admiratif devant leur courage face aux risques encourus, notamment de naus\u00e9es permanentes, de respiration d\u2019air vici\u00e9 intra capsulaire, de promiscuit\u00e9 sans fin, de phobies d\u2019enfermement. Il existe des contreparties heureuses \u00e0 cette situation, comme celle de regarder un stylo flotter en apesanteur.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par dissiper le malentendu d\u2019un espace qui n\u2019en est pas vraiment un. Voir un stylo flotter ne signifie pas qu\u2019on soit parti dans les profondeurs de l\u2019espace. Dans le cas des stations spatiales permanentes, on se trouve en orbite \u00e0 400 kilom\u00e8tres d\u2019altitude, une distance extr\u00eamement proche de la Terre. Consid\u00e9rons un globe terrestre ou une mappemonde. La France qui mesure 1000 km sur 1000 km y appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 minuscule. Que dire de 400 kilom\u00e8tres ? Comme la station spatiale est en orbite stable, tout son contenu hommes compris file \u00e0 grande vitesse, tandis que le sol de la station se d\u00e9robe sans fin sous leurs pieds, sans jamais leur permettre de rencontrer le sol. Le stylo ne flotte pas parce que son \u00e9loignement de la Terre le prive de toute gravit\u00e9 mais en raison d&rsquo;une chute sans fin. On est tr\u00e8s loin de l&rsquo;id\u00e9e d\u2019un espace si \u00e9loign\u00e9 que l\u2019attraction terrestre ne se ferait plus sentir, laissant flotter des hommes et leurs objets priv\u00e9s de leur poids.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9, pourquoi vouloir s\u2019entra\u00eener et embarquer dans un vaisseau alors que des sondes automatiques sont capables de se d\u00e9brouiller sans nous. Outre le voyage qui promet d\u2019\u00eatre peu agr\u00e9able, les plan\u00e8tes et corps qui pourraient nous int\u00e9resser auront toutes les chances d\u2019\u00eatre un cocktail de poisons violents, de paysages lugubres et glac\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y a un int\u00e9r\u00eat \u00e9vident \u00e0 se passer des hommes, qui sont des v\u00e9ritables freins \u00e0 l\u2019exploration spatiale, en raison de leur fragilit\u00e9 corporelle, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de leur assurer un niveau de confort et de s\u00e9curit\u00e9 sans concession. Sans l\u2019homme \u00e0 bord il est possible d\u2019imaginer par exemple des grappes de petites sondes de la taille et du co\u00fbt d\u2019un smartphone, pour un d\u00e9part sans d\u00e9lai et sans souci des quelques pertes au gr\u00e9 des rencontres avec quelque grincheuse m\u00e9t\u00e9orite. Avec un \u00e9quipage humain tout devient plus difficile, lent, cher. L\u2019ego humain rassur\u00e9 sur son temp\u00e9rament de conqu\u00e9rant de l\u2019espace a un prix \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p><strong><u>Avez-vous vu Predator<\/u>\u00a0?<\/strong> Je ne parle pas du film, excellent au demeurant, mais de son h\u00e9ros, une cr\u00e9ature extraterrestre monstrueuse et bestiale, ayant le go\u00fbt de d\u00e9pecer les humains pour faire de leurs cr\u00e2nes de splendides troph\u00e9es d\u00e9goulinants.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ature est plus avanc\u00e9e que l\u2019homme, elle voyage en vaisseau interplan\u00e9taire, dispose d\u2019armes portables, tant\u00f4t contondantes, tant\u00f4t \u00e0 rayon \u00e0 foudre auto guid\u00e9.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9cririons-nous cette dr\u00f4le de b\u00eate\u00a0? C\u2019est un humano\u00efde extraterrestre, debout sur deux jambes \u00e0 genou interm\u00e9diaire et posture plantigrade. Nous trouvons un torse, deux \u00e9paules, deux bras, tout cela proportionn\u00e9 \u00e0 la mode humaine. Serions nous cousins\u00a0? Ah non car la t\u00eate est absolument cauchemardesque, avec une bouche pleine d\u2019\u00e9pines et de crocs articul\u00e9s. Les deux yeux, au regard parall\u00e8le tel le n\u00f4tre et au contraire de celui des pigeons, ont tout de m\u00eame une couleur bizarre. On comprend dans le courant du film que notre ami ne per\u00e7oit pas du tout le m\u00eame spectre lumineux que nous. Il sait pousser des cris de col\u00e8re gla\u00e7ants et rauques, il aime jouer au chat et \u00e0 la souris, son corps dispose d\u2019un syst\u00e8me cardio-vasculaire transportant des globules de couleur vert fluo. Il poss\u00e8de une chevelure fournie quoique ses cheveux ressemblent \u00e0 d\u2019\u00e9pais tentacules rigides. Enfin sous la toise il d\u00e9passe les soldats des unit\u00e9s d&rsquo;\u00e9lite sp\u00e9ciales de combat\u00a0d\u2019un bon soixante-dix centim\u00e8tres de haut.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7250 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/predator.jpg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/predator.jpg 326w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/predator-157x300.jpg 157w\" sizes=\"auto, (max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><\/p>\n<p>Ce Predator sorti de l\u2019imagination des costumiers de cin\u00e9ma est l\u2019illustration de la cr\u00e9ature inconnue qu\u2019on doit dessiner sur une page blanche \u00e0 partir de rien. Jamais on n\u2019imagine une cr\u00e9ature \u00e0 4 pattes, 8 pattes ou 1000 pattes, \u00e0 posture horizontale tel le chat ou la limace. Notre cr\u00e9ature est debout, se comporte comme un humain, poss\u00e8de des mains pr\u00e9hensiles et des pieds tendres sans sabot corn\u00e9. Mais il n\u2019a que 3 doigts, ou au contraire 20, un visage qui fait peur aux enfants, et son sang n\u2019est jamais rouge.<\/p>\n<p>Pourquoi imagine-t-on si souvent des extra-terrestres \u00e0 notre image et cependant hideux\u00a0? Ce que je remarque, c\u2019est que si nous pouvons appr\u00e9cier la beaut\u00e9 d\u2019un chien, d\u2019un chat, d\u2019un oiseau, en revanche nos proches cousins g\u00e9n\u00e9tiques, le chimpanz\u00e9, l\u2019orang-outang nous apparaissent aussi laids que des caricatures grima\u00e7antes. Il nous semble difficile d\u2019accorder un prix de beaut\u00e9 \u00e0 ces humano\u00efdes naturels quand nous en attribuons avec admiration au lynx, au cheval, \u00e0 l\u2019aigle royal \u2026 Que peut bien r\u00e9v\u00e9ler cette attitude \u2026<\/p>\n<p><strong><u>Trouver enfin une vie intelligente<\/u><\/strong> : Quand j\u2019\u00e9tais jeune \u00e9colier, les instituteurs nous expliquaient que les animaux n\u2019ont pas d\u2019intelligence et sont le si\u00e8ge de seuls instincts qui les font agir de fa\u00e7on m\u00e9canique et pr\u00e9visible. Tandis que nous autres humains n\u2019avons pas d\u2019instincts mais un libre arbitre et pouvons agir conform\u00e9ment \u00e0 nos choix, m\u00eames difficiles, en particulier afin d&rsquo;agir pour le mieux de tous et pas seulement pour soi.<\/p>\n<p>Dans mon enfance j\u2019ai toujours vu les adultes face \u00e0 deux mani\u00e8res de regarder l\u2019animal. Soit c\u2019\u00e9tait une \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, d\u00e9pourvue de sensibilit\u00e9 et d\u2019intelligence, on disait m\u00eame d\u2019\u00e2me, soit c\u2019\u00e9tait un chien ou un animal quelconque ayant statut d\u2019animal de compagnie, et alors on pouvait entendre parler pendant toute une soir\u00e9e de toutes les choses \u00e9tonnantes dont ils \u00e9taient capables, y compris de tout comprendre et \u00e0 qui il ne manquait que la parole.<\/p>\n<p>De nos jours notre regard s\u2019est modifi\u00e9 et la prise de conscience de l\u2019intelligence animale n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi aigu\u00eb. D\u2019autres animaux ont officiellement \u00e9t\u00e9 reconnus pour leurs performances cognitives. Au-del\u00e0 du chien, du cheval, du chimpanz\u00e9, on compte un bien \u00e9tonnant poulpe, le dauphin, l\u2019orque, et m\u00eame les oiseaux longtemps r\u00e9put\u00e9s avoir une si petite \u00ab\u00a0cervelle\u00a0\u00bb. Perroquets et autres cacato\u00e8s nous sid\u00e8rent par leur aisance \u00e0 saisir d\u2019un regard de complexes assemblages m\u00e9caniques. Ne sont pas en reste\u00a0les \u00e9l\u00e9phants, les insectes, et m\u00eame les arbres, d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9s sous l\u2019angle d\u2019une intelligence rest\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent insoup\u00e7onnable.<\/p>\n<p>La question d\u2019une vie intelligente est peut-\u00eatre mal pos\u00e9e. Peut-\u00eatre faut-il la prendre \u00e0 rebours\u00a0: existe-t-il une vie non intelligente\u00a0? L\u2019intelligence n\u2019est-elle pas un outil parmi d\u2019autres auquel se raccrochent toutes les cr\u00e9atures vivantes dans leur combat permanent contre une mort qu\u2019elles rejettent de toutes leurs forces et par tous les moyens ?<\/p>\n<p><strong><u>Je suis un couche-tard<\/u><\/strong>. Je peux me le permettre, la retraite permet cette libert\u00e9. Le soir, avant de monter dormir je regarde parfois le ciel par la fen\u00eatre donnant vers le jardin, \u00e0 la recherche de quelques \u00e9toiles famili\u00e8res. Malgr\u00e9 le halo permanent des grandes villes et mes yeux qui n&rsquo;ont plus la meilleure acuit\u00e9, je d\u00e9c\u00e8le souvent quelques constellations famili\u00e8res, Orion, le Lion, les \u00e9toiles Vega, Capella, Sirius &#8230;<\/p>\n<p>Autrefois, j&rsquo;avais re\u00e7u pour mes 14 ans un petit t\u00e9lescope command\u00e9 \u00e0 <em>La Redoute<\/em>. J&rsquo;observais souvent le ciel nocturne, longtemps \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu et j&rsquo;en connaissais les nombreuses constellations. Rien ne me faisait plus plaisir qu&rsquo;entrouvrir le volet de ma chambre pour garder une \u00e9toile dans mon champ de vision au moment de m&rsquo;endormir, et me projeter ainsi par la pens\u00e9e \u00e0 des distances incommensurables, me demandant ce qui pouvait se passer l\u00e0-bas, si loin.<\/p>\n<p>Puis la famille d\u00e9m\u00e9nagea vers une grande ville. Il devint difficile de regarder les \u00e9toiles tant les lumi\u00e8res du soir diluaient le cr\u00e9puscule. Le t\u00e9lescope ne sortit plus souvent de sa bo\u00eete. La vie allant, \u00e0 20 ans je quittai cette ville pour une autre plus grande encore. Le t\u00e9lescope se couvrit de rouille, les cieux nocturnes se d\u00e9rob\u00e8rent d\u00e9finitivement sous le halo, tout comme mon int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;astronomie.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, si longtemps apr\u00e8s, quand je jette un regard vers le ciel je r\u00e9alise que les constellations de mon enfance sont toujours l\u00e0, leur dessin est demeur\u00e9 inchang\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cet immense \u00e9pisode que constitue une vie humaine, l&rsquo;interminable parcours professionnel qui le traverse, les \u00e9v\u00e9nements familiaux, les enfants, devenus des adultes, les petits-enfants, au soir d&rsquo;une vie je ne vois aucune constellation nouvelle, aucune \u00e9toile qui se soit un tant soit peu modifi\u00e9e ou \u00e9cart\u00e9e des autres. On les sait pourtant toutes anim\u00e9es d&rsquo;un mouvement propre, mais indiscernable \u00e0 notre \u00e9chelle de temps.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce donc qu&rsquo;une vie humaine sinon un\u00a0atome d&rsquo;instant de l&rsquo;univers ? Je r\u00e9alise plus que jamais que moi, micro-organisme humain, je n&rsquo;ai jamais contempl\u00e9 l&rsquo;univers que d&rsquo;un minuscule point tout aussi ancr\u00e9 \u00e0 sa portion d&rsquo;espace-temps qu&rsquo;un ch\u00eane mill\u00e9naire \u00e0 ses racines. Jamais je ne verrai la galaxie d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em> sous un angle diff\u00e9rent, jamais je ne pourrai me transporter en un lieu qui me montrerait un ciel autre que celui vu de cette petite lucarne d&rsquo;espace et de temps dont aucun terrien ne pourra s&rsquo;affranchir.<\/p>\n<p>L&rsquo;immense savoir des astronomes, construit petit \u00e0 petit depuis l&rsquo;antiquit\u00e9 par des hommes \u00e9tincelants de g\u00e9nie est-il un tr\u00e9sor inestimable ? Ou est-il la na\u00efve illusion de poss\u00e9der quelques cl\u00e9s intimes d\u2019un univers dont l\u2019insondable profondeur \u00e9chappera toujours \u00e0 nos sens et notre entendement ? Ne sommes-nous pas finalement aussi limit\u00e9s que cette pauvre abeille perdue et virevoltant dans une pi\u00e8ce de notre maison, se posant tour \u00e0 tour sur nos complexes objets humains du quotidien qu\u2019elle interpr\u00e8te comme de simples supports o\u00f9 poser ses pattes mais dont la nature, l\u2019histoire, la fonction, la complexit\u00e9 n\u2019auront jamais aucun moyen de se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 son esprit.<\/p>\n<p>Aussi loin que notre regard se porte, nos yeux ne voient dans l&rsquo;univers lointain que ce qu&rsquo;ils peuvent y reconna\u00eetre, concluant sans doute un peu vite que Tout n&rsquo;est que transposition d&rsquo;\u00e9chelle de notre goutte d&rsquo;univers terrestre. Ce que nous appelons l&rsquo;univers, celui des \u00e9toiles, des galaxies, elles-m\u00eames regroup\u00e9es en des r\u00e9seaux titanesques n&rsquo;est que celui qu&rsquo;on appr\u00e9hende de notre petite fen\u00eatre visuelle et mentale. Parions que nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e de ce qu&rsquo;il y a apr\u00e8s, autour, derri\u00e8re, au-del\u00e0 &#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<p>[6 ao\u00fbt 2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Une gageure orthographique ?<\/h6>\n<p>D&rsquo;abord qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une gageure ? Selon l&rsquo;acad\u00e9mie fran\u00e7aise, c&rsquo;est une \u00ab\u00a0<em>action, une entreprise qui, aux yeux d\u2019autrui, semble un pari ou un d\u00e9fi sans chance de succ\u00e8s<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Ce mot se rencontre parfois dans le langage \u00e9crit mais, si on en conna\u00eet bien le sens, on ne se risque pourtant gu\u00e8re \u00e0 le prononcer de vive voix. Il semble vieilli, contemporain de nos lointaines <em>Fables<\/em> de <em>La Fontaine<\/em>.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs si d&rsquo;aventure on tentait de le verbaliser, comment savoir si l&rsquo;on doit dire [ga-j\u0276re] ou bien [ga-jure] ?<\/p>\n<p>Il se trouve que la r\u00e9ponse officielle est [ga-jure] mais quand bien m\u00eame on en serait inform\u00e9, quelque chose nous pousse \u00e0 pester contre cette prononciation \u00e0 l\u2019allure contre-nature. Apr\u00e8s tout, on croit bien lire de nos yeux [ga-j\u0276re], alors pourquoi une telle ambivalence ? Qui a donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;introduire cette complication ?<\/p>\n<p>Amusons-nous \u00e0 plonger dans une analyse de cette singularit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise et observons de pr\u00e8s, non pas les lettres <em><strong>e<\/strong><\/em> ou <strong><em>u<\/em><\/strong>, mais plut\u00f4t le <strong><em>g<\/em><\/strong> qui les pr\u00e9c\u00e8de.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une lettre un peu plus compliqu\u00e9e que les autres. Son fonctionnement ressemble beaucoup \u00e0 celui du <strong><em>c<\/em><\/strong>. Ainsi, nous l&rsquo;avons tous appris, un <strong><em>c<\/em><\/strong> se prononce [s] devant les voyelles <strong><em>e<\/em><\/strong>, <strong><em>i<\/em><\/strong> tandis qu&rsquo;il se prononce [k] devant <em><strong>a<\/strong><\/em>, <em><strong>o<\/strong><\/em>, <em><strong>u<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>Pour simplifier notre raisonnement, d\u00e9signons <strong><em>e<\/em><\/strong> et <strong><em>i<\/em><\/strong> sous le terme de <em>voyelles douces<\/em>, tandis que <em><strong>a<\/strong><\/em>, <em><strong>o<\/strong><\/em> et <em><strong>u<\/strong><\/em> seront des <em>voyelles dures<\/em>. De la m\u00eame fa\u00e7on, d\u00e9signons <em><strong>c<\/strong><\/em> et <em><strong>g<\/strong><\/em> comme des consonnes douces quand elles pr\u00e9c\u00e9deront <em><strong>e<\/strong><\/em> et <em><strong>i<\/strong><\/em>, tandis que <em><strong>c<\/strong><\/em> et <em><strong>g<\/strong><\/em> seront r\u00e9put\u00e9es dures devant <em><strong>a<\/strong><\/em>, <em><strong>o<\/strong><\/em> et <em><strong>u<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>Ainsi, dans le mot <em>cerise<\/em>, la voyelle douce <em><strong>e<\/strong><\/em> adoucit le <em><strong>c<\/strong><\/em>. Dans le mot <em>colline<\/em>\u00a0la voyelle dure <b><i>o<\/i><\/b>\u00a0durcit le <em><strong>c<\/strong><\/em>. On observe un comportement identique pour la lettre <em><strong>g<\/strong><\/em>. Dans le mot <em>girouette<\/em>, le <em><strong>i<\/strong><\/em> adoucit le <em><strong>g<\/strong><\/em>, dans <em>gamelle<\/em> le <em><strong>a<\/strong><\/em> durcit le <em><strong>g<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>Il est cependant tout \u00e0 fait possible de forcer ces deux consonnes \u00e0 se comporter de fa\u00e7on douce devant des voyelles dures et inversement.<\/p>\n<p>Dans le mot <em>cueillir<\/em>, on entend le son [ke] et non [se]. Ce r\u00e9sultat provient du <em><strong>u<\/strong><\/em>, qu&rsquo;on ne prononce pas et dont le seul but est de durcir le <em><strong>c<\/strong><\/em>.<br \/>Dans le mot <em>gu\u00e9rir<\/em>, on entend le son [gu\u00e9] et non [j\u00e9], l\u00e0 aussi par la seule pr\u00e9sence du <strong><em>u<\/em><\/strong> muet qui durcit le <em><strong>g<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>Faisons maintenant l&rsquo;inverse, l&rsquo;oiseau appel\u00e9 <em>geai<\/em> voit dans son nom un <strong><em>e<\/em><\/strong> non prononc\u00e9 qui s&rsquo;interpose entre <em><strong>g<\/strong><\/em> et <em><strong>a<\/strong><\/em> et adoucit donc le <em><strong>g<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>Pour la lettre <strong><em>c<\/em><\/strong>, c&rsquo;est un peu diff\u00e9rent car on assiste \u00e0 l&rsquo;irruption d&rsquo;un caract\u00e8re bien pratique. Ainsi, l&rsquo;archipel des <em>A\u00e7ores<\/em> n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;appeler un <strong><em>e<\/em><\/strong> \u00e0 la rescousse pour produire ce qui serait alors \u00ab les\u00a0<em>Aceores<\/em> \u00bb. La c\u00e9dille a pr\u00e9cis\u00e9ment pour r\u00f4le d&rsquo;adoucir le <strong><em>c<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 notre <em>gageure<\/em>. Nous comprenons maintenant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible d&rsquo;\u00e9crire [ga-jure] avec un <em><strong>g<\/strong><\/em> sans l\u2019adoucir vu qu\u2019un <strong><em>u<\/em><\/strong> le suit. Et il n&rsquo;a malheureusement pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu de c\u00e9dille capable de s\u2019embo\u00eeter dans\u00a0un\u00a0<em><strong>g<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p>En conclusion, dans <em>gageure<\/em>, le <strong><em>e<\/em><\/strong> est tout simplement muet, il ne se prononce pas et ne sert qu&rsquo;\u00e0 adoucir le <em><strong>g<\/strong><\/em> pr\u00eat maintenant \u00e0 faire entendre [ju].<\/p>\n<p>Mais du coup on provoque bien un hiatus car <em><strong>eu<\/strong><\/em> est aussi ce que les professeurs appellent un digramme, qui se prononce [e], ou bien [\u0276] voire [u] (ex. : <em>Dans\u00a0ce j[eu], voici la pr[eu]ve que j&rsquo;ai [eu] de la chance)<\/em>.<\/p>\n<p>Heureusement l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise indique que <em>gageure<\/em> \u00ab\u00a0<em>Peut s&rsquo;\u00e9crire gage\u00fcre<\/em>\u00ab\u00a0. Voil\u00e0 peut-\u00eatre une solution, le recours \u00e0 un <strong><em>\u00fc<\/em><\/strong> tr\u00e9ma, qui guiderait le lecteur vers une prononciation d\u00e9sormais \u00e9vidente.<\/p>\n<p>Une solution non transposable cependant car le tr\u00e9ma n&rsquo;existe pas pour le <strong><em>o<\/em><\/strong> fran\u00e7ais. Comment alors prononcer \u00e0 coup s\u00fbr la <em>ge\u00f4le<\/em> et son <em>ge\u00f4lier, dont le <strong>o<\/strong><\/em> est d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9 par un accent ? Heureusement, maintenant on sait, on ne dit pas [j\u00e9-ol] bien s\u00fbr mais bien [j\u00f4l] !\u00a0 \u00a0\u00a0<\/p>\n<hr \/>\n<p>[6 ao\u00fbt 2024]<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;alcool et l\u2019abolition des r\u00e9flexes<\/strong><\/p>\n<p>On le sait tous, boire ou conduire il faut choisir. L&rsquo;alcool endort la vigilance, affaiblit les r\u00e9flexes. Tricher peut co\u00fbter cher.<\/p>\n<p>Pourtant dans un pays o\u00f9 l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool est si r\u00e9pandu cela peut parfois s&rsquo;av\u00e9rer probl\u00e9matique. Par exemple on vient de passer un bon moment avec des amis et on n&rsquo;a pas fait suffisamment attention. Un petit ap\u00e9ritif, un peu de vin, un tout petit alcool de prune et mince il faut rentrer et conduire la voiture. Qui ne s&rsquo;est jamais retrouv\u00e9 dans cette situation embarrassante.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, on va se d\u00e9clarer malgr\u00e9 tout en capacit\u00e9 de tenir le volant. La route, on la conna\u00eet bien et on va tenter d&rsquo;\u00e9viter les gendarmes en prenant la petite voie tranquille connue des seuls villageois. Chemin faisant, on constate que tout ne va pas si mal finalement. On est prudent bien s\u00fbr mais on voit que les trajectoires sont ma\u00eetris\u00e9es, m\u00eame la m\u00e9chante priorit\u00e9 \u00e0 droite qu&rsquo;on conna\u00eet bien est a priori correctement n\u00e9goci\u00e9e et la voiture rentre sans encombre dans son garage, tout le monde est arriv\u00e9 \u00e0 bon port.<\/p>\n<p>Du coup on va se demander o\u00f9 est la part de v\u00e9rit\u00e9 dans ces histoires de r\u00e9flexes soi-disant capables de vous envoyer dans le d\u00e9cor et m\u00eame au cimeti\u00e8re. Peut-\u00eatre cela ne concerne-t-il que les hommes de faible constitution, pas aussi bien b\u00e2tis que moi,\u00a0pas assez habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;alcool ou alors trop sensibles. Pour un peu on se jugerait un surhomme, les recommandations sont bonnes pour les autres, non pour moi puisque je parviens \u00e0 conduire sans ressentir l&rsquo;alt\u00e9ration de mes r\u00e9flexes.<\/p>\n<p>L&rsquo;alcool j&rsquo;ai connu. J&rsquo;en ai consomm\u00e9, toujours avec mod\u00e9ration, en principe. Je n&rsquo;\u00e9tais jamais ivre, pr\u00e9f\u00e9rant la qualit\u00e9 des grands crus aux cubis de vin qui pique ou des canettes de bi\u00e8re aval\u00e9es au kilom\u00e8tre. J&rsquo;avais m\u00eame la pr\u00e9tention d&rsquo;\u00eatre un connaisseur en vins, ou du moins un amateur \u00e9clair\u00e9, ayant go\u00fbt\u00e9 et m\u00e9moris\u00e9 presque tout ce qui se boit. Il me restait les r\u00eaves inaccessibles, le <em>Ch\u00e2teau-Margaux<\/em>, la <em>Roman\u00e9e-Conti<\/em>, j&rsquo;avais le temps.<\/p>\n<p>Un jour, nous avions re\u00e7u des invit\u00e9s. Le monsieur \u00e9tait grand amateur de bon vin et avait m\u00eame fait des stages de d\u00e9gustation. Nous ouvrions souvent une bonne bouteille ensemble. Ce dimanche-l\u00e0, j&rsquo;avais remont\u00e9 un <em>Ch\u00e2teauneuf-du Pape<\/em>, peut-\u00eatre m\u00eame deux, que nous avions ramen\u00e9 de vacances dans le sud de la France. Il s&rsquo;agissait de mes derni\u00e8res bouteilles. Je trouvai ce <em>Ch\u00e2teauneuf<\/em> incroyablement bon et fus d&rsquo;ailleurs surpris d&rsquo;\u00eatre le seul \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9cier. Voil\u00e0 une chose que j&rsquo;ai souvent d\u00e9plor\u00e9e, quand on ouvre une belle bouteille entre amis, nous buvons tous le m\u00eame vin dans les m\u00eames conditions et pourtant nous ne le ressentons pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Certains sont d\u00e9\u00e7us, d&rsquo;autres tout seuls \u00e0 le trouver si bon.<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0 j&rsquo;ai abus\u00e9 de ma derni\u00e8re bouteille. Quand les invit\u00e9s, plus sobres que moi, sont repartis, je me savais incapable de conduire une voiture et passible des plus hautes peines en cas de contr\u00f4le de gendarmes. Heureusement je n&rsquo;avais pas \u00e0 prendre la route, je pouvais m\u00eame envisager une sieste sur le canap\u00e9. Ainsi install\u00e9, je tentai de placer mes pieds sur la petite table de salon bien encombr\u00e9e de magazines et autres divers objets. Parmi ceux-ci un jeu \u00e9lectronique de <em>Tetris<\/em> que mon \u00e9pouse avait re\u00e7u en cadeau de <em>La Redoute<\/em>.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais devenu tr\u00e8s fort \u00e0 ce jeu, je pouvais le pratiquer \u00e0 un niveau de difficult\u00e9 maximum, et \u00e0 la plus haute vitesse. Il me vint une id\u00e9e : Que pourraient bien donner mes performances, et notamment mes r\u00e9flexes dans le niveau mental o\u00f9 je me trouvais, si imbib\u00e9 de vapeurs de grands crus de la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne. Je pris l&rsquo;appareil en mains, le pla\u00e7ai en mode rapide avec d\u00e9part au niveau maximal, et lan\u00e7ai la partie.<\/p>\n<p>A ce niveau de vitesse, il fallait aller tr\u00e8s vite, les doigts et l\u2019\u0153il ne devant en aucun cas h\u00e9siter. Contre toute attente, tout se d\u00e9roula aussi bien que possible. Les doigts volaient sur le clavier, l\u2019\u0153il anticipait instantan\u00e9ment la venue et l&rsquo;orientation des pi\u00e8ces nouvelles et le compteur de points grimpait. Je me rendais \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, l&rsquo;alcool restait sans effet sur moi et mes r\u00e9flexes. Mieux, je ne ressentais aucun stress, rien de cette nervosit\u00e9 qui finissait toujours par me faire tr\u00e9bucher. Je brillais comme jamais dans cette partie.<\/p>\n<p>A un moment, me recalant sur le canap\u00e9, mon pied accrocha une pile de magazines pos\u00e9s sur la table qui oscilla puis s&rsquo;\u00e9croula tranquillement au sol avec grand bruit.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai alors r\u00e9alis\u00e9 que si je m&rsquo;\u00e9tais trouv\u00e9 \u00e0 jeun j&rsquo;aurais pris en compte l&rsquo;oscillation de la pile, d&rsquo;ailleurs cons\u00e9cutive \u00e0 mon geste, et serais intervenu imm\u00e9diatement pour parer la chute. Tandis que l\u00e0, tout venait de se passer sans moi, sans me d\u00e9ranger le moins du monde, sans que je r\u00e9agisse d&rsquo;une quelconque fa\u00e7on \u00e0 cet impr\u00e9vu, sans ressentir le moindre afflux d&rsquo;adr\u00e9naline.<\/p>\n<p>Me trouvant \u00e0 ce moment devant ce\u00a0triste fait accompli, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il existe finalement deux cat\u00e9gories de r\u00e9flexes : ceux qu&rsquo;on met en \u0153uvre dans une situation connue, et ceux qui vous font r\u00e9agir et prendre des d\u00e9cisions dans une situation soudaine et impr\u00e9vue. Si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 au volant d&rsquo;une voiture, j&rsquo;aurais peut-\u00eatre encore correctement n\u00e9goci\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 droite habituelle, mais aurais \u00e9t\u00e9 incapable de g\u00e9rer un \u00e9v\u00e9nement soudain venant \u00e0 moi \u00e0 90 km\/h. Ce sont ces seconds r\u00e9flexes que l&rsquo;alcool met\u00a0d&rsquo;abord en bouillie, d\u00e8s le premier verre, moi comme les autres. Et cela ne se voit que lorsque le danger est l\u00e0.<\/p>\n<p>Maintenant je le sais. Je ne triche plus car je l&rsquo;ai compris, heureusement dans mon salon, sur un canap\u00e9 et non sur route.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai si souvent entendu des personnes alcoolis\u00e9es pr\u00e9tendre que \u00ab\u00a0leur voiture connait le chemin\u00a0\u00bb que je vois une r\u00e9elle lacune dans la sensibilisation au danger de l&rsquo;alcool, qui n&rsquo;est sans doute pas assez pr\u00e9cise sur la notion de r\u00e9flexe. Le monsieur ci-dessus a pu par le pass\u00e9 constater volant en mains que l&rsquo;alcool n&rsquo;avait pas trop alt\u00e9r\u00e9 ses gestes habituels, et que sa prudence avait visiblement suffi \u00e0 contourner le danger. C&rsquo;est une erreur. Son trajet n&rsquo;a simplement pas \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9 par la survenue d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement soudain. A quel moment l&rsquo;aurait-il d\u00e9tect\u00e9 ? Comment l&rsquo;aurait-il g\u00e9r\u00e9 ? Sans aucun doute avec un retard et une passivit\u00e9 qui lui auraient, au mieux, montr\u00e9 que l&rsquo;alcool venait de le rendre totalement vuln\u00e9rable lui et sa famille, apr\u00e8s voir aboli ses r\u00e9flexes les plus pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>Au volant choisissons de rester toujours ma\u00eetre de toute situation.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[11\/08\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">LE GROOM EST-IL VOTRE AMI ?<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7108 size-thumbnail alignright\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/groom-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/groom-150x150.jpg 150w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/groom-90x90.jpg 90w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/groom-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p>Si vous \u00eates habitu\u00e9 aux immeubles, aux b\u00e2timents administratifs\u00a0et bureaux\u00a0ou autres salles de r\u00e9union, vous avez s\u00fbrement constat\u00e9 que vous \u00eates souvent dispens\u00e9 de refermer les portes derri\u00e8re vous. Un dispositif cylindrique articul\u00e9, boulonn\u00e9 et dissimul\u00e9 au haut de la porte, appel\u00e9 \u00ab\u00a0groom\u00a0\u00bb par les techniciens, se charge de ce travail p\u00e9nible \u00e0 votre place.<\/p>\n<p>Il ne faudrait pas en conclure trop vite que le groom est votre ami.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, peut-\u00eatre n\u2019aviez-vous pas du tout envie de la refermer cette porte, mais la voici quand m\u00eame reclaqu\u00e9e. Votre seule parade en la circonstance\u00a0: la retenir \u00e0 deux mains, le dos arc-bout\u00e9, tout en d\u00e9pla\u00e7ant du bout du pied le carton \u00e0 ramettes de papier pos\u00e9 l\u00e0 pour remplir ce r\u00f4le le moment venu.<\/p>\n<p>M\u00eame si le principe d\u2019un bureau bien referm\u00e9 vous convient, vous gardez une certaine amertume car vous sentez confus\u00e9ment qu\u2019on vient d\u2019abuser de vous. Vous \u00eates pourtant s\u00fbr de n\u2019avoir fait que la moiti\u00e9 du travail, \u00e0 savoir pousser la porte pour entrer. Mais comment ne pas remarquer l\u2019effort important qui vous a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9. La porte serait-elle sculpt\u00e9e dans un mat\u00e9riau massif, du ch\u00eane de Papoustan\u00a0? Non, c\u2019est du bois standard.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est dans la quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie que vous a r\u00e9clam\u00e9 le groom. L\u2019effort a puis\u00e9 en vous l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour ouvrir la porte, mais aussi du m\u00eame coup pour compresser le groom en vue de sa fermeture. Une fermeture qui n&rsquo;attend d&rsquo;ailleurs pas que vous ayez achev\u00e9 votre franchissement et vous oblige \u00e0 forcer de plus belle, malheur \u00e0 vous si vous transportez un objet un peu\u00a0encombrant dans vos mains.<\/p>\n<p>Le groom ne fournit jamais le moindre atome d\u2019\u00e9nergie par lui-m\u00eame, il pr\u00e9f\u00e8re la capter en vous. Du coup, sans le savoir, vous ouvrez la porte en fournissant l\u2019\u00e9nergie de sa fermeture. Et plus la porte est lourde, plus vous compressez, \u00e0 deux mains, pesant de tout votre corps si besoin. Et si vous ne franchissez pas assez vite, la porte vous poussera aux fesses \u2026 Que celui ou celle \u00e0 qui \u00e7a n\u2019est jamais arriv\u00e9 me jette la premi\u00e8re pierre\u00a0!<\/p>\n<p>Le groom est un dispositif paresseux et grincheux. Il est aussi tr\u00e8s b\u00eate. Car vous, lorsque vous ouvrez une porte, vous avez l\u2019intelligence d\u2019appliquer vos mains \u00e0 bonne distance de l\u2019axe, sur la poign\u00e9e par exemple, ce qui vous assure un bras de levier avantageux. Le groom ne se donne pas cette peine. Son bras articul\u00e9 n\u2019applique sa force qu\u2019\u00e0 quelques centim\u00e8tres de l\u2019axe. Amusez-vous \u00e0 ouvrir une porte en appliquant votre main tout pr\u00e8s de l\u2019axe, vous verrez combien c\u2019est p\u00e9nible. C\u2019est pourtant ce que fait le groom avec votre \u00e9nergie, tout en riant dans sa barbe.<\/p>\n<p>Une autre preuve de sa b\u00eatise\u00a0: Alors que vous, pour ouvrir la porte, vous exercez une force d\u2019une certaine intensit\u00e9, disons 3 Newton, et pendant un temps fini, disons\u00a05 secondes soit le temps de la franchir, le groom est capable de transpirer sans m\u00eame le savoir pendant des minutes, des heures, des mois \u2026<\/p>\n<p>En effet dans le cas d\u2019une porte cal\u00e9e de fa\u00e7on permanente en position ouverte (par des ramettes de papier, ou une cale en bois solidement enfonc\u00e9e), le groom n\u2019abandonne jamais sa pouss\u00e9e. Ainsi voil\u00e0 vos 3 Newton primordiaux appliqu\u00e9s de fa\u00e7on continue et forcen\u00e9e. Pour un peu, l\u2019\u00e9nergie de votre effort initial, multipli\u00e9e sans fin, cumulerait le potentiel d\u2019un r\u00e9acteur atomique, mais c&rsquo;est juste \u00e0 d\u00e9former la porte petit \u00e0 petit que cette pouss\u00e9e infernale va s&#8217;employer (comme le montre l&rsquo;image ci-dessous, o\u00f9 l&rsquo;on voit une solide porte se d\u00e9former peu \u00e0 peu).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7109 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Porte.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"278\" \/><\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, lorsque vous agissez sur la porte d\u2019un b\u00e2timent administratif, vous fournissez l\u2019\u00e9nergie pour ouvrir la porte (un peu) et pour la refermer (beaucoup). Et aussi pour transporter sur 60\u00b0 l&rsquo;encombrant dispositif boulonn\u00e9 \u00e0 la porte\u00a0! Sans compter le d\u00e9placement de la bo\u00eete de ramettes du bout du pied\u2026 Tout cela multipli\u00e9 par les 50 portes franchies chaque jour dans les deux sens.<\/p>\n<p>Tentons malgr\u00e9 tout de prendre la d\u00e9fense du groom, autant qu\u2019il soit possible\u00a0: Il est vrai que quand on ouvre la porte, le bras de levier qui agit sur la patte d\u2019appui du groom, pourtant situ\u00e9e pr\u00e8s de l\u2019axe, nous est \u00e0 ce moment favorable. Voil\u00e0 qui est dit.<\/p>\n<p>Par ailleurs, en cas d\u2019incendie, c\u2019est sans doute une bonne chose que la fermeture des portes soit assur\u00e9e. Mais alors dans ce cas, si on veut s\u2019\u00e9chapper au plus vite pour rejoindre le point de ralliement, chaque porte sera le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une empoignade vigoureuse avec notre renfrogn\u00e9 cerb\u00e8re \u2026<\/p>\n<p>Un dernier grief\u00a0: m\u00eame si l\u2019on approuve une porte qui se referme, on appr\u00e9cierait parfois qu\u2019elle le fasse plus vite. Mais si vous tirez la porte pour acc\u00e9l\u00e9rer le mouvement, le groom rejettera votre aide et vous opposera fermement sa cadence rien qu\u2019\u00e0 lui.<\/p>\n<p>En conclusion, et si le groom \u00e9tait tout simplement un aigri ? Il sait bien que jamais il n\u2019aura la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ni la gr\u00e2ce de l\u2019affichette qui nous dit gentiment \u00ab\u00a0Merci de refermer la porte derri\u00e8re vous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7140 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Spirou-300x226.jpg\" alt=\"\" width=\"135\" height=\"102\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>[11\/08\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"font-size: large;\"><b>\u00c9clairage sur l\u2019ann\u00e9e-Lumi\u00e8re<\/b><\/span><\/h6>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">On recourt \u00e0 la notion de <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>temps-lumi\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> lorsque les unit\u00e9s de longueur usuelles peinent \u00e0 traduire les distances les plus grandes. Le temps-lumi\u00e8re s&rsquo;applique tout naturellement aux distances astronomiques.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est classique d\u2019\u00e9noncer que la Terre est \u00e9loign\u00e9e de la Lune d&rsquo;environ 400.000 kilom\u00e8tres. Mais comment se repr\u00e9senter mentalement un nombre aussi grand ? Cette distance, pourtant la plus petite qui soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle astronomique, est d\u00e9j\u00e0 hors de port\u00e9e de notre sens commun.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Chacun sait en effet ce que repr\u00e9sentent cinq kilom\u00e8tres, c\u2019est grosso modo la distance qu&rsquo;on parcourt \u00e0 pied en une heure. Il en va autrement quand on d\u00e9nombre les kilom\u00e8tres en milliers ou centaines de milliers. Pour la distance Terre-Soleil, c\u2019est en centaines de millions qu\u2019on les comptera. La Terre est pourtant proche du Soleil, compar\u00e9e aux lointaines Neptune ou Pluton.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Et au-del\u00e0 des plan\u00e8tes, il y a les \u00e9toiles, les galaxies. Se sentira-t-on pleinement renseign\u00e9 quand on aura lu que l&rsquo;\u00e9toile <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Proxima<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> est \u00e9loign\u00e9e de nous de 37.843 milliards de kilom\u00e8tres ? On doit manifestement recourir \u00e0 une unit\u00e9 plus concr\u00e8te, plus \u00e9vocatrice, place \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e-lumi\u00e8re !<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le principe du <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>temps-lumi\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> est d&rsquo;exprimer une distance en fonction du temps que met la lumi\u00e8re \u00e0 la parcourir, un peu comme on parlerait de jours de cheval, ou d&rsquo;heures de TGV. Dire qu\u2019une destination est \u00e0 4 heures de TGV permet en effet de s\u2019en repr\u00e9senter l\u2019\u00e9loignement, sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 une unit\u00e9 m\u00e9trique.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La lumi\u00e8re voyage beaucoup plus vite que le TGV. Elle parcourt en une seule seconde une distance de l&rsquo;ordre de 300.000 km, soit l\u2019\u00e9quivalent de 7 fois et demie le tour de la Terre, ce qui en fait la r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ale pour arpenter le syst\u00e8me solaire, et m\u00eame plus !<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut le remarquer, 300.000 km c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s la distance de la Terre \u00e0 la Lune. On pourrait donc tout aussi bien dire que la Lune se trouve \u00e0 une <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>seconde-lumi\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> de la Terre. Ce serait plus parlant, surtout rapproch\u00e9 des 8 <em>minutes-lumi\u00e8re<\/em> qui la s\u00e9parent du Soleil, ou des 5 <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>heures-lumi\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> qui nous s\u00e9parent de Pluton. Une seconde pour l&rsquo;une, cinq heures pour l&rsquo;autre ce n&rsquo;est pas du tout la m\u00eame chose.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Adieu le minuscule kilom\u00e8tre et ses ribambelles de z\u00e9ros, bienvenue \u00e0 cette nouvelle unit\u00e9 enfin palpable.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Sortons du syst\u00e8me solaire. L&rsquo;\u00e9toile la plus proche de nous est \u00e0 4 ann\u00e9es-lumi\u00e8re (on \u00e9crit aussi <em>AL<\/em>). Ainsi, embarqu\u00e9s dans un vaisseau filant aussi vite qu\u2019un rayon de lumi\u00e8re, nous arriverions \u00e0 destination en quatre ans, et serions de retour au terme d\u2019un p\u00e9riple de huit ann\u00e9es de voyage.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Sirius, l&rsquo;\u00e9toile la plus brillante de notre ciel est \u00e0 10 <em>AL<\/em>. La plupart de ses cons\u0153urs visibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu sont \u00e9loign\u00e9es de dizaines, centaines ou parfois milliers d\u2019<em>AL<\/em> pour les plus grosses. Quant aux dimensions de notre galaxie, son diam\u00e8tre est estim\u00e9 \u00e0 150.000 <em>AL<\/em>.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Tiens, on commence \u00e0 retrouver nos ribambelles de z\u00e9ros. La galaxie d&rsquo;Androm\u00e8de, notre proche voisine, est \u00e0 2.200.000 <em>AL<\/em>. Nous voil\u00e0 de nouveau confront\u00e9s \u00e0 des chiffres qui nous d\u00e9passent. Le temps-lumi\u00e8re n\u2019est pas la solution universelle.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous pouvons malgr\u00e9 tout tenter de comprendre ce qui a pu le rendre si commode \u00e0 utiliser dans les exemples pr\u00e9c\u00e9dents. Livrons-nous pour cela \u00e0 un petit jeu : cherchons dans notre environnement quotidien quelle pourrait \u00eatre l\u2019unit\u00e9 de temps\u00a0concr\u00e8te la plus minuscule qui soit. La nanoseconde ? Bien trop rapide pour nous autres humains. Je propose le dixi\u00e8me de seconde. Cela passe tr\u00e8s vite mais quand un chronom\u00e8tre l\u2019affiche, l&rsquo;\u0153il discerne tout juste ce laps de temps, proche de ce qu\u2019on appelle commun\u00e9ment \u00ab instant \u00bb, unit\u00e9 abstraite si pr\u00e9sente dans notre vocabulaire. \u00c0 l&rsquo;autre bout de l&rsquo;\u00e9chelle, quelle unit\u00e9 retenir pour la dur\u00e9e famili\u00e8re la plus longue ? Pourquoi pas 30 ans, ou 50 ?<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Entre l\u2019instant et le demi-si\u00e8cle, nous disposons d\u2019une immense \u00e9tendue de dur\u00e9es, toutes concr\u00e8tes car issues de notre vie : la seconde, l&rsquo;ann\u00e9e, la semaine, la saison, la g\u00e9n\u00e9ration. Voil\u00e0 pourquoi, quand on transpose les z\u00e9ros m\u00e9triques en temps, la repr\u00e9sentation devient plus concr\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour aller encore plus loin, on peut se demander s\u2019il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible de se livrer au m\u00eame jeu avec les unit\u00e9s de longueur : Ainsi, pour la plus petite unit\u00e9, il serait possible de retenir l\u2019\u00e9paisseur de la page d\u2019un livre, \u00e0 peine visible, mais constituant rapidement un livre de bonne \u00e9paisseur.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre unit\u00e9 la plus grande serait la trentaine de kilom\u00e8tres, distance que chacun a parcourue un jour \u00e0 pied. Ou alors le millier de kilom\u00e8tres, parcouru en voiture sur la route des vacances. Ce trajet estival est concret, parsem\u00e9 de paysages interminables qui se succ\u00e8dent du matin au soir. Le millier de kilom\u00e8tres peut \u00e0 la limite \u00eatre retenu comme valeur plafond. Entre ces deux valeurs, l\u00e0 aussi, une\u00a0belle \u00e9tendue de quantit\u00e9s famili\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Si l&rsquo;on voulait exprimer les distances au moyen de ces unit\u00e9s spatiales r\u00e9 \u00e9talonn\u00e9es, on pourrait \u00e9noncer que la distance de la Terre \u00e0 la Lune n\u2019est plus de 400.000 km mais d\u2019une \u00ab page \u00bb. \u00c0 cette \u00e9chelle, qui revient \u00e0 diviser le kilom\u00e8tre par 4000 milliards, Pluton serait \u00e0 1 m\u00e8tre, tandis que la Terre serait \u00e0 4 cm du Soleil. L&rsquo;\u00e9toile Sirius serait quant \u00e0 elle encore tr\u00e8s loin, \u00e0 24 km.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous venons de trouver une nouvelle fa\u00e7on d&rsquo;arpenter l&rsquo;univers. C&rsquo;est plus intuitif que le m\u00e9ga-kilom\u00e8tre. Mais on n&rsquo;est pas quitte pour autant, car \u00e0 cette \u00e9chelle la galaxie d&rsquo;Androm\u00e8de est encore \u00e0 5.200.000 km, et c\u2019est notre proche voisine \u00e0 l\u2019\u00e9chelle galactique !<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>[28\/08\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Gauche et droite<\/b><\/span><\/h6>\n<p>La lointaine plan\u00e8te <em>Tritonia<\/em> ressemble \u00e0 la Terre. On y trouve des pays, des continents, et aussi des partis politiques.<\/p>\n<p>Exemple, le pays appel\u00e9 <em>Francia<\/em>\u00a0qui a \u00e9lu voil\u00e0 peu son nouveau pr\u00e9sident, poss\u00e8de deux partis politiques principaux\u00a0: le Parti de la paix, et le Parti de la guerre.<\/p>\n<p>Lors de la campagne \u00e9lectorale, les deux partis ont mis en avant leurs programmes\u00a0: Le parti de la Guerre a vant\u00e9 la bonne sant\u00e9 \u00e9conomique induite par les activit\u00e9s militaires, l\u2019image rayonnante d\u2019une nation qui conquiert toujours plus de territoires, et l\u2019accroissement en cons\u00e9quence de ses richesses.<\/p>\n<p>En m\u00eame\u00a0temps, le parti de Paix proclamait qu\u2019il n\u2019est pas satisfaisant de b\u00e2tir un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 sur les conflits arm\u00e9s et les lourdes pertes humaines qui en d\u00e9coulent. Il faut au contraire s\u2019allier avec les voisins, b\u00e2tir des partenariats pour une efficacit\u00e9 optimale et partag\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection a eu lieu, et c\u2019est\u00a0un\u00a0pr\u00e9sident issu du Parti de la paix qui s\u2019est trouv\u00e9 \u00e9lu, sous les cris de joie de ses \u00e9lecteurs.<\/p>\n<p>Seulement voil\u00e0\u00a0: au moment o\u00f9 le Pr\u00e9sident de la Paix s\u2019assied dans son fauteuil pr\u00e9sidentiel, son pays\u00a0est en guerre, le continent aussi, et c\u2019est m\u00eame toute la plan\u00e8te qui est en guerre.<\/p>\n<p>Que va faire le Pr\u00e9sident\u00a0? D\u00e9cr\u00e9ter que <em>Francia<\/em> n\u2019est plus en guerre et se retirer des conflits\u00a0? Ce serait ouvrir la porte \u00e0 une invasion imm\u00e9diate du pays.<\/p>\n<p>Donc le Pr\u00e9sident de la Paix va poursuivre la guerre, mais \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un partisan de la paix, en \u0153uvrant pour que l\u2019\u00e2ge minimal de soldats soit repouss\u00e9 de 14 \u00e0 18 ans, pour que des h\u00f4pitaux modernes soient construits en nombre, pour \u00e9tablir des conventions non violentes entre pays, pour \u00e9radiquer toute barbarie \u2026<\/p>\n<p>Mais\u00a0les \u00e9lecteurs se montrent d\u00e9\u00e7us. Ils s\u2019estiment trahis par\u00a0un Pr\u00e9sident de la Paix qui fait la guerre, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, au m\u00e9pris des engagements \u2026<\/p>\n<p>Avait-il un autre choix que leur mentir\u00a0? Leur a-t-il menti\u00a0?<\/p>\n<hr \/>\n<p>[28\/08\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Un d\u00e9mon pestilentiel nomm\u00e9 Maroilles\u00a0<\/b><\/span><\/h6>\n<p>Qui n&rsquo;en n&rsquo;a pas entendu parler ? Ce fromage du Nord de la France ne semble\u00a0\u00e9voqu\u00e9 par les plus t\u00e9m\u00e9raires que par fiert\u00e9 de l&rsquo;avoir approch\u00e9 sans trembler ni succomber, et peut-\u00eatre m\u00eame d&rsquo;avoir go\u00fbt\u00e9 quelques grammes de ce cauchemar gustatif, de cette sorte de pourriture violente qui fait de vous un homme, capable \u00e0 son tour de le tremper dans sa tasse de caf\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 croire que ceux qui parlent le plus du <em>Maroilles<\/em> sont aussi ceux qui le connaissent le moins.<\/p>\n<p>D&rsquo;accord le <em>Maroilles<\/em> ne sent pas tr\u00e8s bon. Quoi de plus normal, c&rsquo;est un fromage, et quel fromage sent bon ? Il existe bien des publicit\u00e9s qui vous feraient croire que les grands connaisseurs se r\u00e9galent de l&rsquo;odeur, du bouquet de tels mets aux radiations vives.<\/p>\n<p>Le fromage pue, c&rsquo;est un fait, voil\u00e0 qui est dit. Je parie que tout amateur de bon fromage l&rsquo;appr\u00e9cierait encore davantage si l&rsquo;odeur \u00e9tait neutralis\u00e9e ou du moins fortement r\u00e9duite.<\/p>\n<p>Mais au fait, le <em>Maroilles<\/em> surpasse-t-il en la mati\u00e8re tous ses cong\u00e9n\u00e8res ? Je peux t\u00e9moigner que non ! Il existe des <em>Munster<\/em>, des <em>Livarot<\/em>, des <em>Pont l&rsquo;Ev\u00eaque<\/em>, des <em>Epoisses<\/em>, des fromages de Hollande bien connus qui ne sont pas en reste pour d\u00e9molir l&rsquo;ambiance d&rsquo;un r\u00e9frig\u00e9rateur en moins de deux.<\/p>\n<p>Le <em>Maroilles<\/em> n&rsquo;est pas lui-m\u00eame fortement odorant. Sorti de son emballage collant et peu app\u00e9tissant j&rsquo;en conviens, il ne sent tout simplement rien ou \u00e0 peine. Coupez-en une fine part\u00a0et vous verrez un c\u0153ur jaune magnifique aux reflets roses. Go\u00fbtez un morceau et vous serez peut-\u00eatre d\u00e9\u00e7u de le trouver si neutre\u00a0alors que vous vous attendiez \u00e0 vous battre contre un fauve. Reprenez un fin morceau et vous d\u00e9couvrirez un go\u00fbt l\u00e9ger et d&rsquo;une grande finesse. Il est facile de manger un demi\u00a0<em>Maroilles<\/em> en une fois, par fines tranches, par gourmandise. Et il se cuisine divinement.<\/p>\n<p>Le <em>Maroilles<\/em> peut \u00eatre \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb, donc un peu coulant, ou crayeux, l\u00e9g\u00e8rement cassant. Je pr\u00e9cise que je n&rsquo;ai jamais tremp\u00e9 de <em>Maroilles<\/em> dans\u00a0mon caf\u00e9. Je con\u00e7ois que certains puissent s&rsquo;y livrer mais cela tient plus selon moi de la l\u00e9gende, le <em>Maroilles<\/em> n&rsquo;a pas besoin de ce folklore et a tout \u00e0 gagner \u00e0 en sortir.\u00a0C&rsquo;est un fromage roi, digne de n&rsquo;\u00eatre d\u00e9gust\u00e9 que les jours de f\u00eate.<\/p>\n<p>Qui dit <em>Maroilles<\/em> dit parfois aussi \u00ab\u00a0<em>Vieux Lille<\/em>\u00ab\u00a0. Ce sont pourtant deux fromages diff\u00e9rents, le <em>Vieux-Lille<\/em> poss\u00e8de un go\u00fbt beaucoup plus fort que le <em>Maroilles<\/em>, il a aussi ses amateurs.<\/p>\n<p>Dans la bouche de certains, le nom <em>Maroilles<\/em> se voit parfois prononc\u00e9 de fa\u00e7on lourde et triviale, comme on dirait \u00ab\u00a0os \u00e0 mo\u00eblle\u00a0\u00bb, renfor\u00e7ant l&rsquo;id\u00e9e imaginaire de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une bonne constitution physique, notamment digestive pour tutoyer ce mets pittoresque, ce qui est tout simplement faux. Je l&rsquo;ai m\u00eame vu \u00e9crit un jour \u00ab\u00a0Maroual\u00a0\u00bb par un survivant ou qui voulait paraitre tel.<\/p>\n<p>On le comprendra, j&rsquo;\u00e9prouve un grand respect pour ce produit r\u00e9gional de gourmet, qui n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il parait, qu&rsquo;il faut d\u00e9couvrir absolument en jetant vigoureusement par la fen\u00eatre les clich\u00e9s propag\u00e9s par des ignorants.<\/p>\n<p>Pour finir, je pr\u00e9sente la jolie commune de Maroilles, \u00e0 mi-chemin entre Cambrai et Maubeuge. Eh oui, le nom du fromage est celui du village qui en est \u00e0 l&rsquo;origine.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7134 size-large\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/maroilles-1024x584.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"490\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/maroilles-1024x584.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/maroilles-300x171.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/maroilles-768x438.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/maroilles.jpg 1088w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>[05\/09\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">\u00caTRE GAUCHER EN 1967<\/h6>\n<p><em>La sinistralit\u00e9 est le fait d&rsquo;\u00eatre gaucher ou gauch\u00e8re, et \u00e0 cette \u00e9poque elle ne portait pas trop mal son nom. Au cours de cette petite r\u00e9flexion j&rsquo;utilise les termes de mon invention \u00ab\u00a0main franche\u00a0\u00bb (la main droite des droitiers, la main gauche des gauchers) et \u00ab\u00a0main fr\u00eale\u00a0\u00bb (l&rsquo;autre main). J&rsquo;aurais pu aussi dire \u00ab\u00a0main d&rsquo;appel\u00a0\u00bb puisque les professeurs de sport parlent de \u00ab\u00a0pied d&rsquo;appel\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Des mots comme \u00ab\u00a0gaucher\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0autodidacte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0provincial\u00a0\u00bb ont-ils un sens en dehors des sph\u00e8res parisiennes, dipl\u00f4m\u00e9es, dextres\u00a0qui les emploient ?<\/p>\n<p>Le gaucher est-il ce personnage si diff\u00e9rent, dot\u00e9 d&rsquo;un cerveau aux h\u00e9misph\u00e8res invers\u00e9s voire sp\u00e9cifiquement c\u00e2bl\u00e9s, aux facilit\u00e9s cr\u00e9atrices et sportives reconnues, \u00e0 tort ou \u00e0 raison ?<\/p>\n<p>Je suis gaucher. L&rsquo;aurais-je remarqu\u00e9 si d&rsquo;autres n&rsquo;avaient pas trouv\u00e9 cela \u00e9trange ? Je ne sais d&rsquo;ailleurs pas si je suis gaucher du pied ou de l&rsquo;\u0153il et je n&rsquo;ai jamais eu besoin de cette information qui n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs jamais int\u00e9ress\u00e9 personne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole,\u00a0d\u00e8s le cours pr\u00e9paratoire que j&rsquo;ai compris que je me trouvais dans un monde de droitiers. Quand il s&rsquo;est agi de manier un porte-plume tremp\u00e9 dans l&rsquo;encrier pour tracer des mots de gauche \u00e0 droite et r\u00e2cler au passage ces satan\u00e9es gouttelettes tout juste d\u00e9pos\u00e9es, d\u00e9clenchant les col\u00e8res de l&rsquo;instituteur, j&rsquo;ai compris que je poss\u00e9dais quelque chose de remarquable.<\/p>\n<p>M. Th\u00e9venin \u00e9tait un bon bonhomme. Sa carrure lui donnait l&rsquo;autorit\u00e9 dont un instituteur a besoin. Il pouvait du coup se montrer blagueur, malicieux, gentil, mais voir un gar\u00e7onnet utiliser sa main gauche \u00e0 sa guise le rendait fou.<\/p>\n<p>Combien de fois les adultes me rapportaient que de leur temps, les \u00e9coliers gauchers avaient le bras attach\u00e9 dans le dos pour les forcer \u00e0 utiliser la seule main qualifi\u00e9e par le rectorat pour tenir un crayon.<\/p>\n<p>En cette ann\u00e9e 1967 les choses venaient visiblement de changer. Sans doute cette d\u00e9cision de laisser faire \u00e9manait-elle d&rsquo;un obscur fonctionnaire parisien d\u00e9connect\u00e9 du terrain, une d\u00e9cision contest\u00e9e par un corps enseignant qui lui seul savait, c&rsquo;est \u00e9vident, g\u00e9rer les rares \u00e9l\u00e8ves manifestant encore quelques tendances gauch\u00e8res qu&rsquo;il faudrait corriger tant qu&rsquo;il \u00e9tait temps.<\/p>\n<p>Monsieur Th\u00e9venin venait de se plier \u00e0 cette tol\u00e9rance nouvelle, mais elle le r\u00e9vulsait. De cette ann\u00e9e scolaire je n&rsquo;ai pas de souvenirs p\u00e9nibles que m&rsquo;auraient laiss\u00e9s l&rsquo;apprentissage de la lecture ou du calcul. J&rsquo;ai juste \u00e9t\u00e9 durablement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de mon \u00e9criture, toujours qualifi\u00e9e avec un m\u00e9pris teint\u00e9 de col\u00e8re de \u00ab\u00a0pattes de mouches\u00a0\u00bb. A quoi bon avoir de bonnes notes en dict\u00e9e, je restais avant tout un gaucher malpropre, tout juste tol\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;enseignant. Je d\u00e9couvrirai bien plus tard le plaisir de produire de l&rsquo;\u00e9crit avec une lat\u00e9ralisation ind\u00e9celable mais ce sera cette fois avec un ordinateur capable de traitement de textes et plus jamais avec une main que les rejets finiront par rendre b\u00e8gue.<\/p>\n<p>Un d\u00e9go\u00fbt qui m&rsquo;a suivi longtemps, nourri par les remarques r\u00e9guli\u00e8res entendues jusque dans la sph\u00e8re professionnelle quand on me voyait crayon en main. Un jour un triste sous-directeur me dit, avec sinc\u00e9rit\u00e9 et sans songer \u00e0 me complimenter : \u00ab\u00a0pour un gaucher vous n&rsquo;\u00e9crivez pas trop mal\u00a0\u00bb, tout en avouant voir de la souffrance dans ma fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire. Je n&rsquo;\u00e9prouvais pas de souffrance, plus simplement une g\u00eane dans la seule situation o\u00f9 je devais, devant lui ou d&rsquo;autres, remplir un \u00e9pais carnet \u00e0 souches.<\/p>\n<p>Un carnet \u00e0 souches est un objet r\u00e9pandu dans le monde administratif. Il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u voil\u00e0 bien des si\u00e8cles \u00e0 l&rsquo;usage exclusif d&rsquo;une population droiti\u00e8re. On y inscrit quelques informations sur la souche \u00e0 gauche puis on remplit la formule \u00e0 sa droite, qu&rsquo;on d\u00e9tache ensuite. Quand le carnet de 100 formules a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement utilis\u00e9, ne restent que les souches. Dans le cas d&rsquo;un carnet non termin\u00e9 mais bien utilis\u00e9, une main gauche devra chevaucher l&rsquo;\u00e9paisseur indisciplin\u00e9e des souches avant d&rsquo;atteindre la formule de droite en contrebas, crayon tenu en son milieu, geste p\u00e9nible et disgracieux. La lat\u00e9ralisation de l&rsquo;individu n&rsquo;y est pour rien car un droitier utilisant, de sa bonne main droite, un carnet \u00e0 souche imaginaire con\u00e7u cette fois avec formule \u00e0 gauche et souche \u00e0 droite aurait \u00e9prouv\u00e9 exactement la m\u00eame g\u00eane \u00e0 ex\u00e9cuter un tel geste.<\/p>\n<p>Mis \u00e0 part l&rsquo;usage des carnets \u00e0 souches, ma vie de gaucher n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9e par cette diff\u00e9rence qui \u00e9tonnait tant les droitiers. Ma main gauche r\u00e9ussissait \u00e0 s&rsquo;accommoder de tous les instruments de droitiers, et quand il le fallait ma main droite n&rsquo;\u00e9tait pas trop maladroite, sauf pour toute tentative d&rsquo;\u00e9crire bien s\u00fbr. L&rsquo;\u00e9criture manuelle, notamment son apprentissage, est une chose difficile, fatigante, r\u00e9clamant concentration, minutie. Tracer de minuscules caract\u00e8res sans couper les interlignes est le geste le plus d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 acqu\u00e9rir pour un enfant, a fortiori s&rsquo;il l&rsquo;ex\u00e9cute de sa main fr\u00eale tandis que sa main franche tr\u00e9pigne de frustration d&rsquo;\u00eatre pr\u00eate et n&rsquo;\u00eatre pas autoris\u00e9e \u00e0 agir.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu cette chance de ne pas \u00eatre trop handicap\u00e9, tous les gauchers ne semblent pas \u00e0 la m\u00eame enseigne, je pense aux utilisateurs de ciseaux pour gauchers, de souris d&rsquo;ordinateur pour gauchers, etc. La population de gauchers serait-elle non homog\u00e8ne ? Y aurait-il toutes sortes de gauchers et finalement tout autant de droitiers ?<\/p>\n<p>Une chose m&rsquo;a toujours \u00e9tonn\u00e9e, l&rsquo;indiff\u00e9rence mutuelle des gauchers. Un gaucher ne ressent aucune attirance, aucune complicit\u00e9 ou consolation en d\u00e9couvrant que l&rsquo;autre est gaucher. Il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour un pr\u00e9nom commun, source fr\u00e9quente d&rsquo;amiti\u00e9s spontan\u00e9es dans les cours de r\u00e9cr\u00e9ation. Rien de tel pour les gauchers qui ne se reconnaissent pas d&rsquo;affinit\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Les gauchers seraient-ils une simple invention de droitiers ? Un jour, je me suis inscrit sur un forum internet de gauchers. Je m&rsquo;y suis pr\u00e9sent\u00e9 comme c&rsquo;est souvent la tradition en d\u00e9crivant en trois mots mes quelques turpitudes du quotidien. J&rsquo;y ai rencontr\u00e9 en r\u00e9ponse des messages remplis d&#8217;empathie et de gentillesse. Puis j&rsquo;ai lu les t\u00e9moignages des centaines de gauchers avant moi.\u00a0On remarquait que certains gauchers se disaient maladroits &#8211; c&rsquo;est normal car ils \u00e9taient gauchers &#8211; tandis que d&rsquo;autres se d\u00e9claraient tr\u00e8s adroits &#8211; c&rsquo;est normal, L\u00e9onard de Vinci \u00e9tait gaucher -, d&rsquo;autres \u00e9taient toujours perdus dans un endroit inconnu &#8211; quoi de plus normal pour un gaucher &#8211; quand d&rsquo;autres au contraire avaient un excellent sens de l&rsquo;orientation &#8211; normal, les gauchers ont le sens de l&rsquo;espace &#8211; , d&rsquo;autres se d\u00e9claraient constamment handicap\u00e9s dans ce monde de droitiers alors que d&rsquo;autres encore s&rsquo;y trouvaient globalement \u00e0 leur aise &#8230;<\/p>\n<p>Non seulement je ne voyais pas deux gauchers pareils mais leurs caract\u00e9ristiques a priori typiques pouvaient \u00eatre contradictoires. A croire que tout n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;affaire de l\u00e9gendes. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9 dans un second et dernier message. Je me suis alors pris une vol\u00e9e de bois vert et ne suis plus revenu, sans pour autant avoir chang\u00e9 d&rsquo;avis.<\/p>\n<p>Un gaucher se remarquerait-il dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 on ne devrait pas tenir un crayon ? N&rsquo;\u00e9tait-ce pas le crayon scolaire qui en 1967, r\u00e9v\u00e9lant une main franche pas toujours identique pour tous, allait s&rsquo;\u00e9vertuer \u00e0 inclure dans le processus d&rsquo;\u00e9ducation, parfois de force, une lat\u00e9ralisation unique, du moins en apparence.<\/p>\n<p>Le gaucher et son utilisation risqu\u00e9e du porte-plume baveur mettait pourtant en \u00e9vidence une pratique bien arbitraire : La langue fran\u00e7aise s&rsquo;\u00e9crit de la gauche vers la droite. Pourquoi ? Qui l&rsquo;a d\u00e9cid\u00e9 ? Le monde arabe fait le contraire, il ne s&rsquo;agit donc pas l\u00e0 d&rsquo;un geste instinctif\u00a0de droitier. Heureusement les professeurs de sport n&rsquo;ont jamais d\u00e9clar\u00e9 la guerre aux pieds gauches. La notion leur semblait pourtant importante puisqu&rsquo;ils parlaient de \u00ab\u00a0pied d&rsquo;appel\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve devant simplement savoir rep\u00e9rer quel \u00e9tait le sien. Le cuisinier en chef du r\u00e9fectoire ne s&rsquo;est jamais \u00e9mu non plus devant tant d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves qui tenaient leur fourchette d&rsquo;une main ou de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Le crayon avait visiblement un autre statut. Il \u00e9tait un symbole de l&rsquo;ordre, un indicateur de d\u00e9sordre. Tout contrevenant aurait besoin de recevoir une \u00e9ducation appropri\u00e9e et \u00e9nergique. Ainsi, attacher la main dans le dos \u00e9tait une fa\u00e7on, certes barbare, d&rsquo;enseigner une fois pour toutes et le plus vite possible le geste conforme, sans que la main gauche ne vienne s&rsquo;en m\u00ealer.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, ne reproduisons-nous pas sans cesse des gestes inscrits depuis toujours dans notre m\u00e9moire ? Un geste une fois appris sera r\u00e9utilis\u00e9 toute la vie. Si le gaucher apprend \u00e0 ex\u00e9cuter un geste de sa main droite, comme serrer la main pour dire bonjour, ce geste simple ne sera plus jamais source d&rsquo;h\u00e9sitation. En revanche, en l&rsquo;absence de consigne la main franche sera toujours la premi\u00e8re \u00e0 se lancer.<\/p>\n<p>Concernant\u00a0cette notion de l&rsquo;apprentissage du geste, je suis d&rsquo;ailleurs dubitatif face \u00e0 qui se d\u00e9clare fortement handicap\u00e9 de sa main fr\u00eale au point de ne savoir qu&rsquo;en faire. Je constate que chaque matin nous savons enfiler nos v\u00eatements. Il en existe un particuli\u00e8rement exigeant en dext\u00e9rit\u00e9 pour chacune des mains, celui qui poss\u00e8de un bouton au bout des manches. Ainsi seule une main droite pourra boutonner la manche gauche, tandis que seule une main gauche pourra le faire pour la manche droite. Nous avons tous oubli\u00e9 la difficult\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e, enfant, \u00e0 r\u00e9ussir du premier coup ces deux prouesses quotidiennes. Pourtant nous n&rsquo;y songeons plus et r\u00e9alisons chaque jour ce geste bref mais compliqu\u00e9 de l&rsquo;une et l&rsquo;autre main, sans m\u00eame nous en rendre compte, sans ressentir le moindre handicap.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui je\u00a0suis convaincu que les anciens instituteurs avaient tort de forcer l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve gaucher \u00e0 utiliser sa main droite pour \u00e9crire, quand bien m\u00eame ce serait pour son bien futur. Car un geste d&rsquo;\u00e9criture sollicite beaucoup plus d&rsquo;adresse et d&rsquo;attention que serrer la main d&rsquo;un coll\u00e8gue, et il n&rsquo;est pas\u00a0ponctuel mais prolong\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du mot, de la phrase, de la dict\u00e9e enti\u00e8re. Pendant cette souffrance, \u00e0 tout instant la main gauche du gaucher ainsi contrari\u00e9 le supplie de la laisser faire. Quand le gaucher aura acquis de sa main droite le geste d&rsquo;une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re, sa main franche le laissera-t-elle pour autant en paix ?<\/p>\n<p>J&rsquo;illustre cet aspect par une anecdote. Dans ma jeunesse professionnelle j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 dans une banque pour un certain nombre de mois. Mon travail \u00e9tait simple, je devais recompter des billets, toute la journ\u00e9e. Le premier jour, on m&rsquo;a enseign\u00e9 le geste, un index le plus l\u00e9ger possible devant caresser \u00e0 la vitesse de l&rsquo;\u00e9clair le coin sup\u00e9rieur droit pour d\u00e9couvrir le billet suivant, tout en incr\u00e9mentant le compteur mental et ainsi de suite. Il \u00e9tait important d&rsquo;\u00eatre absolument s\u00fbr que l&rsquo;index n&rsquo;ait pas soulev\u00e9 deux billets \u00e0 la fois. Le geste \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 cent fois par bracelet, des milliers de fois dans une journ\u00e9e de travail. Il \u00e9tait obligatoire, pour des raisons qui me furent expliqu\u00e9es, que l&rsquo;index soit celui de la main droite.<\/p>\n<p>Le geste d\u00e9finitif fut acquis rapidement mais ma main droite restait endolorie par un geste contre nature. Tout au long de cette p\u00e9riode o\u00f9 je fus affect\u00e9 \u00e0 cette t\u00e2che monotone, je dus repousser une main gauche qui se rappelait sans cesse \u00e0 mon souvenir.\u00a0Un jour, je fis l&rsquo;exp\u00e9rience interdite, pour voir si enfin ma fatigue nerveuse en fin de journ\u00e9e serait soulag\u00e9e par le geste accompli cette fois d&rsquo;une main franche, lib\u00e9r\u00e9e et pouvant d\u00e9sormais se d\u00e9gourdir les doigts. Ce fut un \u00e9chec imm\u00e9diat car le geste professionnel ayant requis une \u00e9ducation pr\u00e9alable n&rsquo;\u00e9tait ma\u00eetris\u00e9 que par le seul index droit. Ma main gauche, en d\u00e9pit de son enthousiasme, se r\u00e9v\u00e9la incapable de r\u00e9ussir ce travail simple.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, quand je pense aux brimades et contraintes subies \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole puis dans la vie en raison de cette soi-disant diff\u00e9rence qu&rsquo;est la sinistralit\u00e9, j&rsquo;\u00e9prouve le besoin de remercier L\u00e9onard de Vinci en personne.\u00a0Quand je vois qu&rsquo;on\u00a0pr\u00eate au gaucher un cerveau aux h\u00e9misph\u00e8res sp\u00e9cifiquement c\u00e2bl\u00e9s, cerveau pouvant donc \u00eatre per\u00e7u comme physiquement diff\u00e9rent, je pense que nous autres gauchers avons \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une discrimination, une chasse aux sorci\u00e8res qui aurait pu \u00eatre bien pire.<\/p>\n<p>Car heureusement nous avons un protecteur, un illustre repr\u00e9sentant, L\u00e9onard de Vinci dont le souvenir\u00a0est en t\u00eate de quiconque se trouve en pr\u00e9sence d&rsquo;un gaucher. Ce g\u00e9nie incontestable est connu de tous notamment pour avoir \u00e9t\u00e9 gaucher. La preuve en serait qu&rsquo;il \u00e9crivait dans un sens ou l&rsquo;autre &#8211; pourtant les gauchers ne se trompent pas de sens quand ils \u00e9crivent autant que je sache. Pour un peu, on penserait que non seulement L\u00e9onard de Vinci \u00e9tait g\u00e9nial, mais qu&rsquo;il l&rsquo;\u00e9tait parce qu&rsquo;il \u00e9tait gaucher, et que par voie de cons\u00e9quence tout gaucher serait alors une sorte de g\u00e9nie \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Bref, qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 gaucher ou non, nous autres gauchers devons beaucoup \u00e0 Monsieur L\u00e9onard pour les retomb\u00e9es de son g\u00e9nie dont nous ne sommes pour rien mais qui modifient dans le bon sens le regard de l&rsquo;autre, profitons-en, c&rsquo;est compl\u00e8tement usurp\u00e9 mais \u00e7a nous fait le plus grand bien !<\/p>\n<hr \/>\n<p>[16\/09\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">CONSTRUCTION DE LA GRANDE PYRAMIDE\u00a0: UNE TH\u00c9ORIE QUI EXPLIQUE TOUT<\/h6>\n<p>Encore une th\u00e9orie\u00a0? On n\u2019en manquait pourtant pas\u00a0! Il y en a eu sur les Atlantes, la l\u00e9vitation par la pens\u00e9e, les blocs de pierre fondus par des lentilles g\u00e9antes, sans oublier les extra-terrestres.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se est d\u2019ailleurs si populaire qu&rsquo;on pourrait se demander si elle ne contient pas des bribes d\u2019authenticit\u00e9.<\/p>\n<p>Redescendons sur Terre. Les pyramides d\u2019Egypte ont bien \u00e9t\u00e9 construites par des hommes, avec leurs intentions, leur culture, leurs traditions, leur religion, leur savoir, notamment pour les lieux o\u00f9 l\u2019on pourrait tirer les plus beaux calcaires, les meilleurs granites. Si une aide exog\u00e8ne avait eu lieu, elle serait \u00e9videmment anecdotique et purement pratique.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie expos\u00e9e ci-dessous trouve son origine dans la toute premi\u00e8re pyramide, celle attribu\u00e9e au pharaon Djoser. Apr\u00e8s une longue tradition de tombeaux en forme de mastabas plats, Djoser avait con\u00e7u l\u2019id\u00e9e de surplomber le sien de strates allant en rapetissant, donnant ainsi pour la premi\u00e8re fois \u00e0 un tombeau la forme d\u2019une pyramide grossi\u00e8re.<\/p>\n<p>Djoser ne connaissait encore pas toutes les propri\u00e9t\u00e9s de la forme pyramidale, que des \u00e9tudes m\u00e9taphysiques attesteraient bien plus tard. La pyramide de Djoser s\u2019est donc comport\u00e9e \u00e0 son insu comme une sorte d\u2019antenne propageant vers le ciel une forme d\u2019ondes pouvant \u00eatre d\u00e9tect\u00e9es bien au-del\u00e0 de la Terre.<\/p>\n<p>Le signal fut per\u00e7u par des habitants lointains, dot\u00e9s de bons moyens technologiques, qui profit\u00e8rent de l\u2019occasion pour se rendre sur le lieu de cette inhabituelle \u00e9mission, lieu qu&rsquo;ils connaissaient cependant depuis longtemps en raison de la pr\u00e9sence de l\u2019homme, cr\u00e9ature jug\u00e9e la plus \u00e9volu\u00e9e de la Terre car capable depuis l\u2019antiquit\u00e9 la plus \u00e9loign\u00e9e de transformer les grains de certaines plantes en boisson alcoolis\u00e9e qu\u2019ils appr\u00e9cient.<\/p>\n<p>Les visiteurs rencontr\u00e8rent les hommes sur le site de la Pyramide et ayant appris la nature de l\u2019\u00e9difice et son commanditaire, ils rencontr\u00e8rent Djoser pour lui demander de la bi\u00e8re \u00e9gyptienne et du vin, et promirent de l\u2019aider \u00e0 construire toutes sortes de pyramides en \u00e9change, des grandes, des s\u00e9curis\u00e9es avec une salle souterraine pour entreposer le plus d\u2019amphores possible, etc. Djoser, m\u00e9fiant, leur conseilla de rencontrer Kh\u00e9ops.<\/p>\n<p>Celui-ci, diplomate h\u00e9sita \u00e0 renvoyer manu militari les visiteurs et les mit habilement au d\u00e9fi de donner un aper\u00e7u de leurs dispositions en mati\u00e8re de travail de la pierre. Un amas rocheux d\u00e9passant du plateau de Gizeh se vit sculpt\u00e9 en quelques instants en forme de chat g\u00e9ant \u00e0 l\u2019effigie de Kheops.<\/p>\n<p>Kh\u00e9ops, bien que refroidi de voir la t\u00eate du chat remplac\u00e9e par la sienne, ce qui ne manquerait pas d\u2019attirer des moqueries, fut n\u00e9anmoins impressionn\u00e9 et passa commande aupr\u00e8s des visiteurs. Il mit toutefois une condition : qu\u2019ils ne g\u00eanent pas le chantier et se cantonnent au seul gros-\u0153uvre, \u00e0 savoir conception de l&rsquo;\u00e9difice et plans de galeries et chambres internes inviolables, d\u00e9coupe des blocs dans la roche, transport, empilage et assemblage au microm\u00e8tre pr\u00e8s, et qu\u2019ils travaillent sous la supervision attentive de l\u2019architecte en chef du pharaon et des grands pr\u00eatres, sans perturber les offices religieux, conform\u00e9ment aux traditions de la culture \u00e9gyptienne. La Grande Pyramide fut rapidement achev\u00e9e, ce qui rassura Kh\u00e9ops car ses amphores de vin \u00e9taient consomm\u00e9es tout aussi vite.<\/p>\n<p>Les visiteurs insist\u00e8rent pour un autre rendez-vous, fix\u00e9 pour dans 30 ans, en vue d\u2019une prochaine pyramide, celle de Khephren, encore nourrisson. Les visiteurs satisfaits repartirent le lendemain. La pyramide de Kh\u00e9ops avait \u00e9t\u00e9 construite en l\u2019espace de 3 jours pauses boisson comprises, gr\u00e2ce \u00e0 la supervision sans faille des grands pr\u00eatres.<\/p>\n<p>Tout ceci n\u2019est bien s\u00fbr qu\u2019une th\u00e9orie parmi d\u2019autres et rien de ce qui est avanc\u00e9 ici n\u2019est encore prouv\u00e9 mais elle a le m\u00e9rite d\u2019une intention humoristique avant tout \ud83d\ude42<\/p>\n<hr \/>\n<p>[29\/09\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">ALLER SUR MARS, UNE AVENTURE EXTRAORDINAIRE ?<\/h6>\n<p>Il semble que certains d\u00e9cideurs de premier plan, parfois fortun\u00e9s, travaillent \u00e0 la pr\u00e9paration de missions vers la plan\u00e8te rouge. C&rsquo;est curieux mais cette id\u00e9e me procure peu d&rsquo;enthousiasme.<\/p>\n<p>Il est loin ce temps o\u00f9 j&rsquo;observais assidument le ciel, ses plan\u00e8tes et ses \u00e9toiles, longtemps \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. Au bout de quelques mois, mes parents avaient d\u00e9cid\u00e9 de me payer une petite lunette astronomique d&rsquo;initiation qui grossissait 100 fois.<\/p>\n<p>Le ciel vu au travers d&rsquo;une lunette \u00e9tait tout autre, enfin je voyais de p\u00e2les n\u00e9buleuses, des amas d&rsquo;\u00e9toiles, la Voie Lact\u00e9e et ses millions de points minuscules, je voyais les \u00e9normes crat\u00e8res de la lune, l&rsquo;anneau de Saturne &#8230; La passion \u00e9tait d\u00e9cupl\u00e9e. J&rsquo;achetais maintenant des magazines p\u00e9riodiques o\u00f9 j&rsquo;apprenais plein de choses. La passion avait pris une autre dimension.<\/p>\n<p>Au point que l&rsquo;achat d&rsquo;un mat\u00e9riel plus s\u00e9rieux fut envisag\u00e9. Dix-huit mois plus tard, je me rendais dans la boutique de l&rsquo;opticien pour emporter l&rsquo;instrument qui venait d&rsquo;y \u00eatre livr\u00e9. La bo\u00eete \u00e9tait \u00e9norme et lourde. Il s&rsquo;agissait cette fois d&rsquo;un t\u00e9lescope, un mod\u00e8le r\u00e9pandu dans les clubs d&rsquo;astronomie, il grossissait 200 fois.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation s&rsquo;av\u00e9ra une relative d\u00e9ception. Je voyais certes les choses plus proches encore qu&rsquo;avec ma petite lunette mais je ne d\u00e9couvrais rien de nouveau. Il n&rsquo;y avait pas la surprise du ciel profond procur\u00e9e par la lunette quelques mois auparavant.<\/p>\n<p>Et pour cause, avec son grossissement de 100 fois ma petite lunette avait constitu\u00e9 un progr\u00e8s de facteur 100 par rapport \u00e0 l&rsquo;observation \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. Tandis que le nouveau t\u00e9lescope ne m&rsquo;apportait finalement qu&rsquo;un progr\u00e8s de facteur 2.<\/p>\n<p>Je peux comparer ce ressenti avec la conqu\u00eate martienne. Pour reprendre l&rsquo;illustration ci-dessus, si celle de la Lune,\u00a0\u00e9v\u00e9nement sans pr\u00e9c\u00e9dent, avait permis un progr\u00e8s de 100 aux yeux du monde, celle de Mars ne sera que d&rsquo;un facteur 2. Du d\u00e9j\u00e0-vu. On pourrait parier que le monde ne s&rsquo;y int\u00e9ressera gu\u00e8re. Bien s\u00fbr on regardera le d\u00e9collage de la fus\u00e9e, on tremblera pour les occupants quand ils atterriront mais on regardera ailleurs pendant le long voyage et quand la vie martienne se d\u00e9roulera au quotidien. Les nouvelles seront d&rsquo;ailleurs sans doute peu vari\u00e9es et ennuyeuses.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre des responsables de m\u00e9dias guetteront-ils les idylles\u00a0et les disputes en en feront des \u00e9pisodes pris\u00e9s du grand public, mais toute cette aventure martienne risque d&rsquo;\u00eatre sans grand relief.<\/p>\n<p>Parfois on nous pr\u00e9sente ces pr\u00e9paratifs comme l&rsquo;aube d&rsquo;une aventure passionnante, un saut dans l&rsquo;inconnu o\u00f9 le spectateur pourra ouvrir tout grands ses yeux. C&rsquo;est oublier l&rsquo;\u00e9norme corpus de photographies que les diff\u00e9rentes missions robotis\u00e9es martiennes ont produites au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. Des robots circulent d&rsquo;ailleurs en ce moment m\u00eame sur Mars. Qui s&rsquo;en passionne au quotidien, qui regarde ces \u00e9poustouflantes images accessibles pourtant en un clic ? Mars ennuie Madame et Monsieur tout-le-monde, j&rsquo;en ai peur, je peux en tous cas en t\u00e9moigner en ce qui me concerne, tout semble d\u00e9j\u00e0 d\u00e9voil\u00e9, et d\u00e9sormais affaire de sp\u00e9cialistes pointus.<\/p>\n<p>Pour un nouveau progr\u00e8s de facteur 100, ce n&rsquo;est pas Mars mais plut\u00f4t une \u00e9toile proche qu&rsquo;il faudrait viser, sortir du syst\u00e8me solaire en le traversant, l&rsquo;\u00e9tudiant au passage, r\u00e9v\u00e9lant des myst\u00e8res t\u00e9n\u00e9breux et inaccessibles \u00e0 nos yeux terrestres comme le nuage d&rsquo;Oort.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais vu un tel projet, celui d&rsquo;approcher l&rsquo;\u00e9toile Proxima du Centaure voil\u00e0 quelques courtes ann\u00e9es, mais je n&rsquo;en entends plus parler. Un projet o\u00f9 les passagers humains \u00e9taient exclus, les v\u00e9hicules minuscules et nombreux, lanc\u00e9s par bouquets, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s contin\u00fbment, un temps de voyage avoisinant les trente ans &#8230;<\/p>\n<p>La Lune \u00e9tait un r\u00eave qui fut r\u00e9alis\u00e9, Mars n&rsquo;en a jamais \u00e9t\u00e9 un pour le grand public. Aller vers une \u00e9toile, vers l&rsquo;inconnu, pourrait bien en \u00eatre un nouveau, et de premi\u00e8re grandeur.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[01\/10\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">L&rsquo;INVENTION DE LA ROUE &#8211; SUITE ET FIN<\/h6>\n<p>Et si la roue n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re invention de l&rsquo;homme ? Et si son invention, du moins d\u00e9finitive, datait du vingti\u00e8me si\u00e8cle seulement ?<\/p>\n<p>Pour illustrer ce propos, je propose qu&rsquo;on se rem\u00e9more un excellent film\u00a0bien connu tourn\u00e9 dans les ann\u00e9es <em>50<\/em>\u00a0et intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>La travers\u00e9e de Paris<\/em>\u00ab\u00a0.\u00a0Pendant deux heures, nous y voyons Bourvil et Jean Gabin transporter chacun avec peine deux lourdes valises vers un lieu \u00e9loign\u00e9. A aucun moment ils ne r\u00e9alisent que leur fardeau serait all\u00e9g\u00e9 si des roulettes pouvaient \u00eatre\u00a0ajout\u00e9es \u00e0 leurs valises, qu&rsquo;il suffirait alors de tirer pendant qu&rsquo;elles rouleraient au sol.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 80 c&rsquo;est chose faite, toutes nos valises en sont \u00e9quip\u00e9es et cela nous a bien chang\u00e9 la vie. \u00c9tait-ce vraiment si difficile de franchir le pas ? Pourquoi une telle id\u00e9e n&rsquo;effleure-t-elle pas les cerveaux de Bourvil et de Jean Gabin au cours de leur travers\u00e9e, alors que le poids des valises leur pose tant de difficult\u00e9s \u00e0 chaque instant, m\u00e8tre apr\u00e8s m\u00e8tre ?<\/p>\n<p>Les deux personnages n&rsquo;y songent visiblement pas et pour cause, une valise est alors un objet forc\u00e9ment tr\u00e8s lourd, elle est la marque des hommes, les vrais, les durs. Non seulement la valise valorise l&rsquo;homme costaud et le confirme parmi ses pair, mais elle lui permet aussi \u00e0 l&rsquo;occasion de se montrer galant envers les dames : \u00ab\u00a0permettez-moi de vous aider mademoiselle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0oh merci Monsieur\u00a0\u00bb. Les voil\u00e0 l&rsquo;un et l&rsquo;autre flatt\u00e9s, la jolie dame a suscit\u00e9 les attentions, l&rsquo;homme est reconnu comme tel par la dame, tout va bien.<\/p>\n<p>Les m\u0153urs ont \u00e9volu\u00e9, marcher avec une grosse valise est d\u00e9sormais une formalit\u00e9 qui ne fait plus transpirer. Il est en revanche moins facile pour les messieurs de jouer les chevaliers servants.\u00a0Tout n&rsquo;est pas perdu, arriv\u00e9es dans le compartiment du train, les dames resteront confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternelle difficult\u00e9 \u00e0 hisser leur lourd bagage au dessus du si\u00e8ge. Messieurs c&rsquo;est \u00e0 vous de briller.<\/p>\n<p>Ceci dit, on comprend pourquoi le th\u00e8me de \u00ab\u00a0La travers\u00e9e de Paris\u00a0\u00bb n&rsquo;a jamais fait l&rsquo;objet d&rsquo;une reprise plus actuelle \ud83d\ude42<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7296 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee.jpg\" alt=\"\" width=\"482\" height=\"328\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee.jpg 757w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee-300x204.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 482px) 100vw, 482px\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>[24\/10\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">REVOIR LES \u00c9TOILES<\/h6>\n<p>Quand avez-vous regard\u00e9 un ciel \u00e9toil\u00e9 pour la derni\u00e8re fois ? La nuit existe-t-elle encore ?<\/p>\n<p>En hiver, lorsqu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9veille il fait encore nuit. La journ\u00e9e a pourtant d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 et elle ne s&rsquo;ach\u00e8vera que tr\u00e8s tard dans la soir\u00e9e, bien apr\u00e8s le retour de la nuit.<\/p>\n<p>Sit\u00f4t lev\u00e9, on inonde la maison de lumi\u00e8re. Cela pique les yeux mais on est habitu\u00e9. On va d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;autre, on se r\u00e9veille peu \u00e0 peu, on s&rsquo;habille, on prend son petit d\u00e9jeuner puis on sort.<\/p>\n<p>Dehors les lumi\u00e8res de la rue nous conduisent jusqu&rsquo;au bus, \u00e9clair\u00e9 lui aussi. On arrive au travail. Le\u00a0soleil n&rsquo;est toujours pas lev\u00e9 mais on voit partout autour de nous, comme s&rsquo;il faisait grand jour. Le soir venu on verra clair jusqu&rsquo;\u00e0 la maison o\u00f9 les ampoules et n\u00e9ons, la t\u00e9l\u00e9vision, les ordinateurs brilleront de mille feux. Vers une heure du matin, on fera l&rsquo;effort de transporter sa somnolence du canap\u00e9 vers la chambre \u00e0 coucher. Il fera noir mais on ne verra pas d&rsquo;\u00e9toiles, les paupi\u00e8res seront closes jusqu&rsquo;au lendemain.<\/p>\n<p>Le weekend venu, on restera un peu plus longtemps au dehors. Le soir on quittera ses amis et on rentrera, toujours sans apercevoir d&rsquo;\u00e9toile au-dessus de nous, le puissant \u00e9clairage public veillant \u00e0 toujours guider nos pieds, c&rsquo;est le plus important, le jour humain dure tellement plus longtemps que le jour terrestre.<\/p>\n<p>Le spectacle des \u00e9toiles n&rsquo;est pas compl\u00e8tement absent\u00a0pour autant, les \u00e9crans de cin\u00e9ma et de t\u00e9l\u00e9vision montrent celles-ci chaque\u00a0fois qu&rsquo;il est question de romantisme ou de conqu\u00eate de l&rsquo;espace. On les voit alors nombreuses, tr\u00e8s nombreuses, des millions, telles des gerbes d&rsquo;\u00e9tincelles, toutes de la m\u00eame couleur, du m\u00eame \u00e9clat.<\/p>\n<p>Y a-t-il vraiment autant d&rsquo;\u00e9toiles dans le vrai ciel ?<\/p>\n<p>Allez c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, ce soir juste avant de monter dormir, je jette un coup d&rsquo;\u0153il vers le ciel pour admirer ce merveilleux spectacle de la nature. Hop, j&rsquo;ouvre la porte donnant vers le jardin je l\u00e8ve les yeux et je ne vois que du noir au-dessus de ma t\u00eate. Peut-\u00eatre faut-il \u00e9teindre les lumi\u00e8res de la maison.<\/p>\n<p>C&rsquo;est maintenant chose faite pour la cuisine, le s\u00e9jour et le couloir. Je mets de nouveau le nez dehors, l\u00e8ve la t\u00eate mais ne vois gu\u00e8re mieux. Il y a bien quelques points lumineux mais ils clignotent et avancent lentement, ce sont des avions. Un autre point brille et semble immobile, c&rsquo;est s\u00fbrement une \u00e9toile, mais o\u00f9 sont donc les autres ? Le ciel est sombre, l&rsquo;horizon est cependant entour\u00e9 de halos lumineux nourris par les cit\u00e9s avoisinantes, et de nombreuses maisons n&rsquo;ont pas encore \u00e9teint leurs feux, voil\u00e0 sans doute pourquoi les \u00e9toiles restent invisibles. Il n&rsquo;est que 23 heures apr\u00e8s tout, j&rsquo;ai le temps de visionner une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e et de revenir d&rsquo;ici une petite heure, les conditions auront sans doute \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p>De retour dans le jardin un peu\u00a0plus tard, tous feux \u00e9teints cette fois, je tente de pointer un nouveau regard vers le ciel. Les lumi\u00e8res ext\u00e9rieures proches ont disparu mais le halo des villes est encore pr\u00e9sent. Je vois quand m\u00eame quelques fins points mais voil\u00e0 qu&rsquo;entretemps une Lune \u00e9blouissante s&rsquo;est lev\u00e9e. Et je vois de fins nuages qui passent devant elle. Le temps n&rsquo;est pas propice, pas de chance, allons dormir, je tenterai de faire mieux une prochaine fois.<\/p>\n<p>Quelques soirs plus tard, je retente l&rsquo;exp\u00e9rience, apr\u00e8s une\u00a0journ\u00e9e s&rsquo;\u00e9tant montr\u00e9e bien ensoleill\u00e9e et sans nuages. Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je franchis le seuil donnant sur le jardin et avance \u00e0 t\u00e2tons. Bien qu&rsquo;il soit tr\u00e8s tard, la lune n&rsquo;est pas lev\u00e9e, je vois un ciel bien sombre. L&rsquo;\u00e9toile de l&rsquo;autre soir est visible, ainsi que deux ou trois ici et l\u00e0. Elles ne bougent pas ce ne sont pas des avions. Mais o\u00f9 sont donc les millions d&rsquo;\u00e9toiles que nous montrent la t\u00e9l\u00e9vision et le cin\u00e9ma ? Je ne comprends pas.<\/p>\n<p>Je rentre, j&rsquo;illumine le salon, sors l&rsquo;encyclop\u00e9die et allume internet pour progresser sur le sujet. Je veux savoir comment m&rsquo;y prendre pour enfin m&rsquo;\u00e9merveiller du ciel \u00e9toil\u00e9. Dans mon enfance, le ciel \u00e9tait souvent rempli d&rsquo;\u00e9toiles, mon p\u00e8re m&rsquo;avait appris \u00e0 reconna\u00eetre la Grande Ourse et l&rsquo;Etoile polaire. Il disait d&rsquo;ailleurs Grand Chariot et non Grande Ourse.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une s\u00e9ance de recherche studieuse, me voici rassur\u00e9, les \u00e9toiles n&rsquo;ont pas disparu, il faut juste aller les chercher l\u00e0 o\u00f9 on les voit, c&rsquo;est \u00e0 dire loin de la ville et ses lumi\u00e8res. Je lis aussi que l&rsquo;\u0153il a la facult\u00e9 de s&rsquo;habituer graduellement \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, et qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de se plonger pas moins de 30 minutes dans le noir complet pour en tirer la meilleure sensibilit\u00e9. Une sensibilit\u00e9 fragile, ruin\u00e9e par le moindre phare de voiture qui passerait au loin.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai aussi appris que le nombre d&rsquo;\u00e9toiles visibles en m\u00eame temps n&rsquo;est que d&rsquo;un millier tout au plus, et dans les meilleures conditions, c&rsquo;est beaucoup moins que les repr\u00e9sentations t\u00e9l\u00e9visuelles.<\/p>\n<p>Je suis maintenant pr\u00eat \u00e0 contempler le ciel, je vais pouvoir retrouver ces \u00e9toiles oubli\u00e9es. Je regarde la m\u00e9t\u00e9o des jours \u00e0 venir, m&rsquo;assure que la Lune ne culminera point et planifie un petit d\u00e9placement vers une zone nettement moins habit\u00e9e que ma petite banlieue de province.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 destination apr\u00e8s quelques kilom\u00e8tres, je gare la voiture et \u00e9teins tout ce qui peut produire de la lumi\u00e8re, en particulier mon t\u00e9l\u00e9phone. Je sors du v\u00e9hicule, me place sous le ciel, levant lentement les yeux. Je vois enfin\u00a0plusieurs \u00e9toiles brillantes et quelques autres, diss\u00e9min\u00e9es aux quatre coins de la vo\u00fbte c\u00e9leste.<\/p>\n<p>Je me pr\u00e9pare \u00e0 patienter trente minutes dans le froid, le temps que mes yeux s&rsquo;acclimatent \u00e0 la\u00a0lueur\u00a0t\u00e9nue du ciel profond. Je sors \u00e0 t\u00e2tons ma thermos et me verse une tasse de caf\u00e9. J&rsquo;ai pris soin d&#8217;emporter des v\u00eatements chauds.<\/p>\n<p>Je constate que mon \u0153il s&rsquo;adapte vite. Tout autour de moi je per\u00e7ois des d\u00e9tails jusqu&rsquo;alors invisibles,\u00a0comme la silhouette des arbres. De plus en plus d&rsquo;\u00e9toiles s&rsquo;\u00e9veillent. Je tente de rep\u00e9rer la Grande Ourse. Elle est sous mes yeux, elle n&rsquo;a pas chang\u00e9. Des \u00e9toiles de plus en plus faibles se r\u00e9v\u00e8lent. La nuit est noire, sans lune, sans nuages. Les minutes passent.<\/p>\n<p>Cela fait maintenant une heure que je suis arriv\u00e9 et le spectacle est \u00e0 pr\u00e9sent saisissant. Je ne sais pas s&rsquo;il y a mille \u00e9toiles au-dessus de moi mais je pense n&rsquo;en avoir jamais vu autant auparavant. Certaines sont \u00e9normes de luminosit\u00e9, d&rsquo;autres ne sont que de fins points \u00e0 peine perceptibles. Elles sont rapproch\u00e9es les unes des autres mais s\u00e9par\u00e9es d&rsquo;un noir profond. Elles forment entre elles, comme pour jouer, des alignements, des formes simples, des losanges &#8230; Je distingue des nuances de couleurs, des \u00e9toiles parfois jaunes, blanches, rouges, bleues. Je les vois si proches que pour un peu je pourrais tendre le bras et les saisir de ma main. Leur immobilit\u00e9 scintillante leur donne un air \u00e9crasant comme si elles me regardaient \u00e0 leur tour. Et dans le silence de la nuit, je crois entendre leur \u00e9clat comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un tumulte c\u00e9leste. Le spectacle est certes grandiose mais ce que je ressens se situe au-del\u00e0. Je suis en train de vivre une exp\u00e9rience mystique. Gagn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion de ce spectacle intimidant, j&rsquo;acquiers une conscience plus aigu\u00eb de ce que je contemple, de mon statut, celui d&rsquo;un minuscule corpuscule humain, tout au bord de son monde qu&rsquo;est la Terre, et aux portes de l&rsquo;univers que je regarde les yeux grands ouverts. Des questions se bousculent, jaillissant de l&rsquo;inconscient profond, face \u00e0 l&rsquo;existence, la cr\u00e9ation. L&rsquo;immensit\u00e9 devant moi me bouleverse et m&rsquo;apaise \u00e0 la fois. L&rsquo;univers existe, je le vois de mes yeux, ce n&rsquo;est plus un exercice abstrait de th\u00e9oricien, ses milliers d&rsquo;ann\u00e9es-lumi\u00e8re et ses mondes inaccessibles commencent \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi. Je ne contemple plus le lointain, ce soir je fais corps avec le cosmos, moi si petit, si simple, je suis un grain d&rsquo;univers.<\/p>\n<p>Le froid me gagne, je rejoins la voiture. L&rsquo;enchantement de cette soir\u00e9e se rompt d&rsquo;un coup au moment o\u00f9 l&rsquo;ouverture de la porti\u00e8re d\u00e9clenche l&rsquo;illumination de l&rsquo;habitacle. Je prends place, j&rsquo;allume les phares, descends la vitre pour jeter un dernier regard vers le ciel mais toutes les \u00e9toiles ont disparu, l&rsquo;\u0153il a perdu d&rsquo;un coup son accommodation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, la porte de l&rsquo;univers est referm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le spectacle lumineux de mes prochains jours sera le sol et mes pieds me menant vers le bus pour de nouvelles journ\u00e9es satur\u00e9es de lumi\u00e8re et leurs pens\u00e9es bien centr\u00e9es sur mon petit monde terrestre. Mais je compte ne rien perdre de cette nouvelle facult\u00e9 de lever la t\u00eate pour la plonger \u00e0 nouveau dans l&rsquo;univers. Nous avons la chance d&rsquo;avoir des yeux \u00e0 la port\u00e9e sans limites, ce serait dommage de ne leur montrer que nos pieds \ud83d\ude42<\/p>\n<hr \/>\n<p>[20\/11\/2024]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">C&rsquo;EST MA CHANCE<\/h6>\n<p><em>Voici une partie de mes \u00ab m\u00e9moires \u00bb. C\u2019est une toute petite partie et il n\u2019y en aura jamais d\u2019autre. J\u2019en donne la raison dans un \u00ab avertissement \u00bb en fin de texte que j\u2019adresse \u00e0 tous ceux qui seraient tent\u00e9s de se livrer \u00e0 cet exercice p\u00e9rilleux \ud83d\ude09<\/em><\/p>\n<p><em> Un film du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 r\u00e9cemment reprogramm\u00e9 m\u2019a plong\u00e9 dans de vieux souvenirs, ceux li\u00e9s au Service militaire, alors obligatoire. J\u2019en ai profit\u00e9 pour les consigner par \u00e9crit, dans le but de faire ressortir si possible avec humour, ce que cette p\u00e9riode rec\u00e9lait de plus pittoresque. Bonne lecture\u00a0<\/em><\/p>\n<p><u><\/u><em><strong><u>Les Trois jours<\/u><\/strong><\/em><\/p>\n<p>Mars 1982, J&rsquo;ai dix-neuf ans et je re\u00e7ois ma convocation pour le centre de s\u00e9lection militaire de Cambrai. Il s&rsquo;agit des fameux \u00ab\u00a0<em>Trois jours<\/em>\u00a0\u00bb pr\u00e9alables au <em>Service National<\/em> obligatoire. Trois jours qui ne dureront en fait qu&rsquo;un jour et demi.<\/p>\n<p>A cette occasion je vais devoir prendre le train, et pour la premi\u00e8re fois seul. D&rsquo;abord sur le trajet de Soissons vers Laon puis apr\u00e8s un changement, vers Saint-Quentin, puis Bohain-en-Vermandois, et un dernier jusque Cambrai.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais \u00e9tudi\u00e9 de pr\u00e8s mon parcours mais je redoutais tout impr\u00e9vu qui m&rsquo;aurait conduit \u00e0 me tromper de train ou de sens de trajet. Et en effet \u00e0 Laon, install\u00e9 dans mon compartiment et le sentant se mettre en mouvement, je fus convaincu de partir dans le mauvais sens. J&rsquo;eus des sueurs froides puis l&rsquo;immense d\u00e9ception d&rsquo;\u00eatre prisonnier d&rsquo;un train qui me ramenait \u00e0 mon point de d\u00e9part sans qu&rsquo;il me soit possible de l&rsquo;arr\u00eater. Mais il n&rsquo;en fut rien. Apr\u00e8s avoir parcouru une vingtaine de kilom\u00e8tres, je voyais bien le train se diriger comme pr\u00e9vu vers Saint-Quentin. Deux heures plus tard je finirai par arriver \u00e0 la gare de Cambrai, o\u00f9 un autocar militaire am\u00e8nera les jeunes recrues au centre de s\u00e9lection.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7908 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Selection.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"211\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Selection.jpg 1003w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Selection-300x181.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Selection-768x463.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/p>\n<p>Arriv\u00e9s dans une aust\u00e8re caserne, nous voici tous r\u00e9unis pour la pr\u00e9sentation des jours \u00e0 venir et des examens qui nous seront pratiqu\u00e9s. Parmi eux le fameux test de QI bien s\u00fbr, mais aussi un exercice de reconnaissance du morse, compl\u00e8tement rat\u00e9 en ce qui me concerne. Nos dentitions seront examin\u00e9es, d&rsquo;o\u00f9 sera tir\u00e9 un impressionnant coefficient de mastication.<\/p>\n<p>Plus tard mon dossier fera \u00e9tat d\u2019une \u00ab\u00a0lat\u00e9ralisation d\u00e9fectueuse\u00a0\u00bb. Nous serons quelques-uns \u00e0 d\u00e9couvrir cette mention inqui\u00e9tante que nous devinerons li\u00e9e au fait que nous soyons simplement gauchers. Pour le test suivant un instrument m\u00e9tallique me sera enfonc\u00e9 dans une narine, sans r\u00e9sultat exploitable en raison d&rsquo;un r\u00e9flexe de panique de ma part li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inqui\u00e9tant infirmier un peu trop direct.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;attente entre les diff\u00e9rents sites de test pour les futurs appel\u00e9s v\u00eatus de leur seul slip kangourou et tenant en leurs mains un dossier constamment compl\u00e9t\u00e9. A un moment je fus t\u00e9moin d&rsquo;une course poursuite entre deux infirmiers en blouse blanche dont l&rsquo;un mena\u00e7ait joyeusement l&rsquo;autre d&rsquo;une seringue remplie d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Un des jeunes test\u00e9s r\u00e9ussit le test visuel mais en fut contrari\u00e9 car il esp\u00e9rait de pi\u00e8tres r\u00e9sultats qui l\u2019auraient conduit \u00e0 \u00eatre r\u00e9form\u00e9, ce qu&rsquo;on esp\u00e9rait tous finalement.<\/p>\n<p>J&rsquo;eus beaucoup de difficult\u00e9s avec le test ORL, certains sons me restant inaudibles. Le m\u00e9decin militaire consid\u00e9ra avec \u00e9tonnement l&rsquo;\u00e9trange courbe issue de mes r\u00e9ponses, soup\u00e7onna une simulation d&rsquo;incapacit\u00e9, piqua une col\u00e8re et d\u00e9cida de tout reprendre, non sans m&rsquo;avoir intim\u00e9 l&rsquo;ordre de faire un peu plus attention. Ma courbe d\u00e9j\u00e0 irr\u00e9guli\u00e8re se verra balafr\u00e9e d&rsquo;une correction manuelle qui la rendra plus affreuse encore. Le militaire conclura, la t\u00eate entre ses mains, que cela irait malgr\u00e9 tout. Il nota juste \u00ab\u00a0exempt\u00e9 de parachutisme\u00a0\u00bb et je passai au site suivant.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une journ\u00e9e bien remplie, nous rest\u00e2mes consign\u00e9s dans l&rsquo;enceinte militaire, avec l&rsquo;autorisation d&rsquo;assister le soir \u00e0 la projection d&rsquo;un film dans le cin\u00e9ma de la caserne. Tous r\u00e9unis dans la salle, quelques amiti\u00e9s avaient d\u00e9j\u00e0 pu se nouer entre nous et nous regard\u00e2mes ce dr\u00f4le de film am\u00e9ricain, o\u00f9 bien peu d\u2019acteurs connus \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;affiche.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire \u00e9tait ennuyeuse, et remplie d&rsquo;une musique \u00e9nervante. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne \u00e9tait une professeure de math\u00e9matiques particuli\u00e8rement gaffeuse. Une intrigue amoureuse aboutit \u00e0 un moment \u00e0 une sc\u00e8ne d&rsquo;amour o\u00f9 chaque spectateur esp\u00e9rait apercevoir quelques menus d\u00e9tails de couleur chair, c&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 une consolation apr\u00e8s une journ\u00e9e si terne. Mais d\u00e9cid\u00e9ment, la sage r\u00e9alisation ne semblait pas vouloir trop en d\u00e9voiler. A un moment toutefois un t\u00e9ton traversa furtivement l&rsquo;\u00e9cran, rep\u00e9r\u00e9 de suite et d\u00e9clenchant imm\u00e9diatement une clameur enflamm\u00e9e et des sifflets enthousiastes. Un militaire fit irruption et hurla cette courte phrase : \u00ab\u00a0<strong>Silence ! vous \u00eates dans une caserne ici ! y&rsquo;a des militaires !<\/strong>\u00ab\u00a0. Les amoureux hollywoodiens s&rsquo;\u00e9tant rev\u00eatus entretemps, le film continua sans plus susciter de passion, ni le moindre murmure.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, on nous r\u00e9veilla avec une s\u00e9cheresse militaire impeccable \u00e0 5 heures du matin pr\u00e9cises, et obligation nous fut donn\u00e9e de nous pr\u00e9parer sans d\u00e9lai pour la demi-journ\u00e9e \u00e0 venir. Ceci fait nous rest\u00e2mes dehors, dans la cour de la caserne, \u00e0 errer dans le noir et nous demander pour quelles raisons nous avions bien pu \u00eatre tir\u00e9s du lit si t\u00f4t car la journ\u00e9e de travail ne d\u00e9buta qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des personnels, bien apr\u00e8s 8 heures.<\/p>\n<p>A la mi-journ\u00e9e, tests achev\u00e9s et dossiers complets, nous f\u00fbmes lib\u00e9r\u00e9s. Je rejoignis la gare de Cambrai \u00e0 pied sans attendre l\u2019autocar \u00e0 la livr\u00e9e kaki, voulant retrouver au plus vite ma libert\u00e9. Sur le parvis de la gare, une jeune fille vint vers moi et me pr\u00e9senta des recueils de po\u00e8mes tap\u00e9s \u00e0 la machine et reli\u00e9s par des agrafes. Je montai dans le train all\u00e9g\u00e9 de quelques francs et riche d&rsquo;un ensemble de po\u00e8mes que j&rsquo;ai gard\u00e9s quelques temps. Je les ai peut-\u00eatre encore quelque part.<\/p>\n<p>J\u2019ai longtemps guett\u00e9 le passage de ce fameux film \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, sans succ\u00e8s. Jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment o\u00f9 je reconnus l&rsquo;actrice parmi les vignettes de films propos\u00e9s en rediffusion par une cha\u00eene de mon bouquet t\u00e9l\u00e9. Apr\u00e8s quarante-deux ann\u00e9es de discr\u00e9tion absolue, le film se trouvait \u00e0 ma port\u00e9e imm\u00e9diate. J&rsquo;ai tout reconnu, \u00e0 commencer par la musique fr\u00e9n\u00e9tique. J&rsquo;ai repens\u00e9 \u00e0 mes deux copains que n&rsquo;ai plus jamais revus et \u00e0 ces deux journ\u00e9es perdues dans une bien triste immersion militaire. Le film n&rsquo;est pas si mal finalement, c&rsquo;est une gentille com\u00e9die romantique. Son nom fran\u00e7ais est \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est ma chance<\/em>\u00a0\u00bb et la chanson du g\u00e9n\u00e9rique final m\u00e9rite \u00e0 elle seule qu&rsquo;on aille jusqu&rsquo;au bout du film.<\/p>\n<p><em><strong><u>Le Service Militaire<\/u><\/strong><\/em><\/p>\n<p>Trois mois apr\u00e8s cette s\u00e9lection rondement men\u00e9e commencera pour de bon mon ann\u00e9e de service militaire obligatoire, qui comportera deux parties distinctes. Les deux premiers mois seront consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation purement militaire : Longues marches avec gros sacs \u00e0 dos et coup de pieds aux fesses quand la cadence ralentit trop, manipulation d&rsquo;armes \u00e0 feu et aboiements de sommations r\u00e9glementaires fictives, d\u00e9gustation de rations de guerre avec de surprenants biscuits secs hautement nutritifs, corv\u00e9es de sanitaires, de cuisine, de nettoyage, punitions arbitraires comme cirer le sol de l&rsquo;aum\u00f4nerie, se lever en pleine nuit pour un exercice surprise, nettoyer la chambre commune avant de partir en permission, avec le suspense que l&rsquo;adjudant de revue, escabeau en main, d\u00e9tecte une poussi\u00e8re sur une poutre en hauteur et annule la permission du responsable de chambre.<\/p>\n<p>La seconde partie durera les dix autres mois et consistera \u00e0 tenir un poste de secr\u00e9tariat dans une autre caserne du m\u00eame d\u00e9partement. L&rsquo;adjudant-Chef dont je d\u00e9pendais donnait \u00e0 qui voulait l&rsquo;entendre sa d\u00e9finition pleine de bon sens du Service Militaire : c&rsquo;est un imp\u00f4t obligatoire consistant \u00e0 servir gratuitement son pays pendant un an, la solde mis\u00e9rable \u00e9tant de l&rsquo;argent de poche.<\/p>\n<p><em><strong><u>Deux premiers mois \u00e0 la caserne du 516e R\u00e9giment du Train de Toul (Meurthe-et-Moselle)<\/u><\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>L\u2019incorporation<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Si j&rsquo;ai compl\u00e8tement oubli\u00e9 de quelle fa\u00e7on j&rsquo;ai rejoint la caserne de Toul en juin 1982, le souvenir des deux premiers jours est en revanche intact.<\/p>\n<p>Le programme des nouvelles recrues commen\u00e7ait par la perception du paquetage. Nous dessin\u00e2mes une longue queue devant le magasin d&rsquo;habillement o\u00f9 l&rsquo;attente fut interminable. Nous \u00e9tions encore rev\u00eatus de nos v\u00eatements civils, certains gars en tenue d\u00e9contract\u00e9e, d&rsquo;autres litt\u00e9ralement endimanch\u00e9s. Nous avions des accents r\u00e9gionaux divers, j&rsquo;entendais surtout celui d&rsquo;Alsace. Nos cheveux \u00e9taient en bataille et on rigolait, on regardait notre nouvel environnement militaire comme une farce. Tout cela \u00e9tait du th\u00e9\u00e2tre, dans un an on serait loin sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 dupe.<\/p>\n<p>Les portes du magasin s&rsquo;ouvrirent et nous en ressort\u00eemes avec quantit\u00e9 d&rsquo;articles vestimentaires, parfois \u00e9nigmatiques. Nous gagn\u00e2mes nos chambres communes o\u00f9 tout cet \u00e9quipement fut entass\u00e9 dans des armoires m\u00e9talliques individuelles.<\/p>\n<p>Vint l&rsquo;\u00e9tape suivante, le coiffeur. Non que le personnage f\u00fbt d\u00e9pourvu de m\u00e9tier, mais la consigne \u00e9tait simple, la m\u00eame coupe pour tout le monde, ne restaient plus que cinq millim\u00e8tres sur nos cranes apr\u00e8s le passage de la tondeuse, on ne se reconnaissait plus dans la glace.<\/p>\n<p>Le signal de nous rassembler dans la cour de la caserne retentit, ce qu&rsquo;on fit sans d\u00e9lai. Nous nous range\u00e2mes le mieux possible. Un ordre soudain fut hurl\u00e9 de nous mettre au garde \u00e0 vous, ce que nous f\u00eemes de notre mieux, n&rsquo;importe comment. L&rsquo;adjudant de compagnie nous signifia sur le ton le plus sec qui soit que nous \u00e9tions l\u00e0 \u00ab depuis deux jours, qu&rsquo;on \u00e9tait d\u00e9sormais des anciens, et que plus aucune erreur ne serait tol\u00e9r\u00e9e \u00bb. Nos cr\u00e2nes ras et uniformes venaient de nous priver de tout d\u00e9tachement face aux ordres, nous \u00e9tions devenus d&rsquo;un coup des militaires, de pauvres gars r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 ob\u00e9ir, sans plus penser, priv\u00e9s de leur personnalit\u00e9 pass\u00e9e, dans l&rsquo;acceptation de tout, nous \u00e9tions enr\u00f4l\u00e9s, pour une ann\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui je sais bien que tout cela \u00e9tait en effet du th\u00e9\u00e2tre, mais \u00e0 ce moment nos rep\u00e8res n&rsquo;\u00e9taient plus disponibles et ce th\u00e9\u00e2tre avait assur\u00e9ment l&rsquo;air d&rsquo;une tr\u00e8s mauvaise blague.<\/p>\n<p>Nous f\u00eemes sans tarder la connaissance de notre capitaine d&rsquo;escadron. L&rsquo;impressionnant haut responsable, un pauvre homme qui n&rsquo;avait sans doute jamais souri de sa vie se pr\u00e9senta \u00e0 nous d&rsquo;un air terrible, il nous fixa des cadres s\u00e9v\u00e8res avec des ordres, des menaces &#8230;<\/p>\n<p>Du th\u00e9\u00e2tre encore, enfin j&rsquo;esp\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;escadron \u00e9tait divis\u00e9 en petites unit\u00e9s appel\u00e9s pelotons, d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;hommes. Chaque peloton avait un chant qui le pr\u00e9sentait sous son meilleur jour. Nous devions conna\u00eetre le n\u00f4tre et le reprenions quotidiennement en ch\u0153ur, sous le direction s\u00e9v\u00e8re de notre lieutenant aspirant. Comme nous \u00e9tions des hommes, des vrais, la tessiture de la port\u00e9e musicale avait \u00e9t\u00e9 descendue pour mettre en valeur nos voix bien graves. Mais comme elles ne l&rsquo;\u00e9taient pas tant que \u00e7a, elles \u00e9taient juste normales, il \u00e9tait du coup difficile de chanter des notes aussi basses et le souffle de ce puissant chant viril n&rsquo;\u00e9tait audible qu&rsquo;\u00e0 trois m\u00e8tres tout au plus.<\/p>\n<p><em><strong>Le 14 juillet<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, notre activit\u00e9 militaire fut enti\u00e8rement ax\u00e9e sur la pr\u00e9paration du d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet, non pas sur les Champs-Elys\u00e9es mais bien \u00e0 Toul. Nous d\u00e9filions des heures dans les all\u00e9es de la caserne, sous un soleil de plomb. Marcher au pas n&rsquo;\u00e9tait pas un probl\u00e8me pour moi, j&rsquo;avais appris \u00e0 le faire avec l&rsquo;harmonie municipale de mon village quand j&rsquo;avais 12 ans. Mais pour certains, cela n&rsquo;allait pas de soi.<\/p>\n<p>Nous devions aussi montrer des mouvements de pr\u00e9sentation d&rsquo;armes \u00e0 feu (vides). Pour les porteurs de fusils le mouvement se d\u00e9composait en quatre temps, le dernier \u00e9tant la bruyante frappe des cuisses. Pour ceux qui \u00e9taient affubl\u00e9s d&rsquo;un pistolet-mitrailleur seuls deux mouvements \u00e9taient possibles, menant au m\u00eame claquement final. La synchronisation d&rsquo;ensemble ne semblait atteignable que si les porteurs de pistolets mitrailleurs comptaient deux mouvements fictifs dans leur t\u00eate avant d&rsquo;ex\u00e9cuter les deux r\u00e9els, ce qui conduisait \u00e0 une pagaille g\u00e9n\u00e9rale, reproduite chaque jour au grand dam de l&rsquo;instructeur qui s&rsquo;arrachait les cheveux, d\u00e9non\u00e7ant notre totale incomp\u00e9tence. C&rsquo;est pourtant lui qui avait eu cette belle id\u00e9e de synchronisation mentale, impossible \u00e0 obtenir dans les faits.<\/p>\n<p>Le mode d&rsquo;expression des grad\u00e9s hurleurs d&rsquo;ordres \u00e9tait l&rsquo;imp\u00e9ratif. Cette simplicit\u00e9 \u00e9tait cependant contrari\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;introduire toutes sortes d&rsquo;allusions sexuelles dans le discours. Un jour l&rsquo;adjudant de compagnie termina son allocution par cette conclusion pleine d&rsquo;humour : \u00ab\u00a0Ne confondons pas tentacule et encule ta tante\u00a0\u00bb. Ces allusions \u00e9taient autant de postures viriles de bon aloi, admises et encourag\u00e9es en toutes situations, \u00e0 la seule condition que ce soit le plus grad\u00e9 qui les prononce. Pour le d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet, le lieutenant responsable nous avait expliqu\u00e9 que la qualit\u00e9 de notre prestation devait conduire les petites culottes des jeunes filles \u00e0 tomber d&rsquo;elles-m\u00eames au sol, il le disait \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p>La pression qu&rsquo;on recevait pour ce d\u00e9fil\u00e9 \u00e9tait telle qu&rsquo;on entrevoyait des sanctions disciplinaires de premier ordre en cas de d\u00e9faillance le jour fatidique.\u00a0Le 14 juillet arriva on allait bient\u00f4t pouvoir tourner cette page interminable. On \u00e9tait enfin pr\u00eats mais on n&rsquo;\u00e9tait pas seuls, les formations militaires \u00e9taient nombreuses pour ce rendez-vous hors normes. Quand ce fut notre tour d&rsquo;avancer, on r\u00e9alisa qu&rsquo;on n&rsquo;entendait pas la musique. Elle \u00e9tait jou\u00e9e au loin et il fallait d\u00e9marrer en marchant au pas malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p>Ce fut la plus grande pagaille qu&rsquo;on puisse imaginer, tout fut rat\u00e9, nous pass\u00e2mes devant la prestigieuse tribune des officiers g\u00e9n\u00e9raux comme des poules qui ont vu un renard. Aucun doute que les sous-v\u00eatements des dames rest\u00e8rent maintenus \u00e0 hauteur nominale. De retour au quartier, le lieutenant vint nous voir et contre toute attente il nous f\u00e9licita pour la tr\u00e8s bonne tenue de notre d\u00e9fil\u00e9. Et voyez-vous, on s&rsquo;est sentis tout fiers d&rsquo;entendre cela. Du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p><em><strong>Sacrifice d\u2019une permission pour la cause de la nation<\/strong><\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;eus la chance d&rsquo;obtenir ma premi\u00e8re permission. J&rsquo;en aurai moins pour la seconde. La rigoureuse bureaucratie militaire tenue par de joyeux appel\u00e9s sans implication, sauf pour faire des farces, produisit une convocation \u00e0 mon nom pour passer le permis de conduire militaire, le samedi venant. J&rsquo;en fus bien \u00e9tonn\u00e9, \u00e9tant titulaire du permis dans la vie civile, et non promis \u00e0 conduire quelque v\u00e9hicule militaire que ce soit, du moins pas plus qu\u2019un autre.<\/p>\n<p>Or je me trouvais seul ce samedi \u00e0 passer ce permis. Un autre malheureux \u00e9tait consign\u00e9, l&rsquo;examinateur charg\u00e9 des \u00e9preuves. Nous nous rencontr\u00e2mes dans la salle de projection et l&rsquo;\u00e9preuve de code de la route commen\u00e7a avec la suite de diapos et les r\u00e9ponses \u00e0 cocher. L&rsquo;examinateur ne me quittait pas du regard et observait nerveusement mes r\u00e9ponses. A un moment il sembla inquiet de mon impressionnant taux d&rsquo;erreurs qui allait compliquer l&rsquo;affaire. A la question suivante, il intervint et me murmura \u00ab\u00a0non, c&rsquo;est la r\u00e9ponse B\u00a0\u00bb. Surpris et m\u00e9content qu&rsquo;on me prenne par la main, je tins bon et maintins mon A. Puis aux derni\u00e8res questions, je trouvai sage d&rsquo;appliquer ses conseils discrets mais avis\u00e9s.<\/p>\n<p>Ouf, il m&rsquo;annon\u00e7a que j&rsquo;avais satisfait aux \u00e9preuves th\u00e9oriques, il fallait maintenant passer l&rsquo;\u00e9preuve de conduite. Nous nous dirige\u00e2mes vers une belle petite <em>Citro\u00ebn M\u00e9hari<\/em>, et je dus faire une marche arri\u00e8re et un petit tour entre deux b\u00e2timents, j&rsquo;avais obtenu mon permis, quelle fiert\u00e9. Jamais je ne toucherai un volant militaire au cours des mois qui vont venir. Mais au moins j&rsquo;ai conduit une <em>M\u00e9hari<\/em>, \u00e7a console\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-7907 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mehari.jpg\" alt=\"\" width=\"307\" height=\"171\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mehari.jpg 425w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mehari-300x167.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><\/p>\n<p><em><strong>Man\u0153uvre militaire<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Vinrent les derniers jours de cette premi\u00e8re p\u00e9riode et la grande man\u0153uvre \u00e0 pied. Apr\u00e8s une dizaine de kilom\u00e8tres beaucoup de nos valeureux fantassins avaient des ampoules plein leurs pieds. Pour ma part j&rsquo;avais une grosse ampoule \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une plus grosse encore. Du jamais vu. Mais comme on \u00e9tait courageux on marchait quand m\u00eame, du moins on ob\u00e9issait en encaissant les reproches, comme si on y pouvait quelque chose.<\/p>\n<p>On peut s&rsquo;interroger sur l&rsquo;amateurisme d&rsquo;encadrants envoyant marcher des combattants aux chaussures non parfaitement ajust\u00e9es qui les faisaient boiter et saigner apr\u00e8s 20 m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Nous pass\u00e2mes la nuit loin de la caserne. Non pas dans un h\u00f4tel chic mais dehors, dans l&rsquo;herbe humide, dans un \u00e9troit sac de couchage mou et froid, le long pistolet mitrailleur (vide) en m\u00e9tal glac\u00e9 le long du corps. Au petit matin, nous lib\u00e9r\u00e2mes les lieux non sans avoir \u00e9limin\u00e9 toutes traces de notre soir\u00e9e sur place. Tous en ligne espac\u00e9s d&rsquo;un m\u00e8tre, nous avancions et ramassions tous d\u00e9tritus d\u00e9tect\u00e9s. Une m\u00e9thode rapide et efficace.<\/p>\n<p><em><strong>Le plongeon !<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Pourrait-on imaginer qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;enseignement militaire aussi exemplaire on puisse encore trouver une recrue ne sachant pas nager ? Un beau jour, nous nous rend\u00eemes \u00e0 la piscine pour le v\u00e9rifier et on nous s\u00e9para en deux groupes : les nombreux qui flottent d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et ceux qui coulent encore, dont moi, de l&rsquo;autre. L&rsquo;instructeur se d\u00e9sint\u00e9ressa vite des premiers pour se consacrer aux seconds et leur ordonner des plongeons en r\u00e8gle dans les plus grandes profondeurs. Il fallait d&rsquo;abord un premier volontaire. Le grad\u00e9 faillit cracher ses poumons \u00e0 force d&rsquo;appeler en vain un premier courageux. Comme personne n&rsquo;avan\u00e7ait j&rsquo;y suis all\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais volontaire, avec l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 au plus vite. J&rsquo;ai saut\u00e9, j&rsquo;ai attrap\u00e9 la perche \u00e0 la sauvette et je suis remont\u00e9. Et en effet on ne m&rsquo;a plus emb\u00eat\u00e9. L\u2019instructeur s&rsquo;est r\u00e9gal\u00e9 ensuite \u00e0 terroriser ses recrues plus lourdes que l&rsquo;eau et leur hurler toutes sortes d\u2019ordres et de reproches. Je ne pense pas que l\u2019un d\u2019eux ait eu la r\u00e9v\u00e9lation du grand bleu chlor\u00e9 ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p><em><strong>La piq\u00fbre et au revoir !<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il restait une ultime \u00e9preuve, dont j&rsquo;avais toujours entendu parler, la piq\u00fbre obligatoire, si douloureuse que chacun en avait peur. On racontait que certains s&rsquo;\u00e9vanouissaient apr\u00e8s l&rsquo;injection. Que nous injectait-on ? Le vaccin se nommait <em>TABDT<\/em>, soit un cocktail de trois vaccins au moins (typho\u00efde, dipht\u00e9rie, t\u00e9tanos). Des rumeurs soup\u00e7onnaient des additifs myst\u00e9rieux. Il n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9vu de nous fournir d&rsquo;informations. Ce jour-l\u00e0, tous r\u00e9unis dans la m\u00eame salle je n&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 aucun \u00e9vanouissement, ni ressenti de douleur.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre les rumeurs \u00e9taient-elles des survivances de l&rsquo;ancien <em>Conseil de R\u00e9vision<\/em>, anc\u00eatre de la s\u00e9lection des <em>Trois jours<\/em>, o\u00f9 les hommes \u00e9taient nus, l&rsquo;un derri\u00e8re l&rsquo;autre, pendant des heures, sous les regards de personnalit\u00e9s autoris\u00e9es. Il est possible que ces conditions d\u00e9gradantes et prolong\u00e9es se soient ajout\u00e9es \u00e0 la peur et \u00e0 la douleur de l&rsquo;injection pratiqu\u00e9e par des personnels peu form\u00e9s, pour aboutir \u00e0 des syncopes.<\/p>\n<p><em><strong><u>La seconde p\u00e9riode<\/u><\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Arriv\u00e9e<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il restait dix mois de service \u00e0 effectuer, ce sera \u00e0 Montigny-les-Metz, dans un quartier h\u00e9bergeant plusieurs unit\u00e9s distinctes. D\u00e9sormais les activit\u00e9s purement militaires seront remplac\u00e9es par l&rsquo;exercice d&rsquo;un emploi simple, de secr\u00e9taire en ce qui me concerne, en tenue militaire b\u00e9ret compris bien s\u00fbr. La premi\u00e8re nuit se d\u00e9roulera dans une annexe de la caserne.<\/p>\n<p>Un bruit murmurait qu&rsquo;on serait r\u00e9veill\u00e9s pour un bizutage en r\u00e8gle par des anciens. Et en effet, je fus tir\u00e9 de mon sommeil par des f\u00eatards venus nous taquiner. Mon regard croisa celui du gars qui m&rsquo;avait r\u00e9veill\u00e9 et, sans doute conscient que me chagriner dans un moment pareil serait un mauvais calcul, il s&rsquo;\u00e9clipsa illico. Certains se rendormirent, d&rsquo;autres discut\u00e8rent longtemps avec eux. J&rsquo;entendis que nos emplois ne devraient pas nous occuper plus d&rsquo;une demi-heure par jour, ce que j&rsquo;ai pu v\u00e9rifier. On s&rsquo;habitue.<\/p>\n<p><em><strong>Une hi\u00e9rarchie parall\u00e8le<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le service militaire a toujours eu ses traditions. Et paradoxalement les appel\u00e9s avaient \u00e0 c\u0153ur de les perp\u00e9tuer d\u2019eux-m\u00eames. La population n&rsquo;\u00e9tait pourtant jamais la m\u00eame, des contingents partaient et arrivaient tous les deux mois, mais les traditions restaient. Celle de la quille en bois par exemple, que beaucoup se confectionnaient clandestinement durant leur s\u00e9jour.<\/p>\n<p>Mais comment aurais-je pu me douter de l&rsquo;existence d\u2019une \u00e9chelle hi\u00e9rarchique parall\u00e8le, si \u00e9tonnante que je n&rsquo;en ai pas encore compris tous les aspects, celle qui mesurait la proximit\u00e9 de la date de lib\u00e9ration. D\u00e9finissons le terme de <em>lib\u00e9rable<\/em>. Un lib\u00e9rable est l&rsquo;appel\u00e9 qui a vu venir son dernier contingent de nouvelles recrues. Dans deux mois, le contingent suivant remplacera le sien, il sera lib\u00e9r\u00e9, il est lib\u00e9rable, pour deux mois.<\/p>\n<p>Le lib\u00e9rable s&rsquo;autorisait de p\u00e9rilleuses libert\u00e9s plus ou moins tol\u00e9r\u00e9es par la hi\u00e9rarchie officielle, afin de provoquer celle-ci mais aussi et c&rsquo;est moins compr\u00e9hensible, pour narguer les pauvres appel\u00e9s moins anciens. Parmi les transgressions, on voyait un bouton de treillis d\u00e9passer ostensiblement. Ou bien l&rsquo;insigne du grade retourn\u00e9. Le lib\u00e9rable ne se rendait plus chez le coiffeur militaire et laissait d\u00e9passer des m\u00e8ches sous le b\u00e9ret. Tous ces signes \u00e9taient discrets mais codifi\u00e9s et remarqu\u00e9s instantan\u00e9ment. Le privil\u00e8ge ultime \u00e9tant d&rsquo;\u00eatre le dernier \u00e0 sortir du lit le matin &#8230; D&rsquo;autres grades, plus modestes, existaient : Ancien, bleu, v\u00e9t\u00e9ran, Pierrot et d&rsquo;autres que j&rsquo;ai oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Les appel\u00e9s s&rsquo;interrogeaient souvent entre eux : \u00ab\u00a0combien tu p\u00e8tes ?\u00a0\u00bb il fallait alors comprendre \u00ab\u00a0combien te reste-t-il de jours \u00e0 faire ?\u00a0\u00bb Il y a toutes les chances pour que celui qui d\u00e9tenait le plus petit chiffre r\u00e9ponde \u00ab\u00a048 dans ta gueule de bleu\u00a0\u00bb. P\u00e9ter un score signifiait claironner avec malice et provocation le petit nombre de jours restants, tout appel\u00e9 r\u00eavant de ce moment o\u00f9 il serait lui aussi lib\u00e9rable puis lib\u00e9r\u00e9. Les plus proches de la sortie \u00e9taient vus comme des dieux de l&rsquo;olympe, chose que je n&rsquo;ai jamais comprise.<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019homme le plus important du monde<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Je fus lib\u00e9rable moi aussi le moment venu. Un jour dans un train qui partait de Paris, deux jeunes appel\u00e9s s&rsquo;install\u00e8rent dans mon compartiment, en face de moi. Ils \u00e9taient reconnaissables \u00e0 leur coupe de cheveux et leurs propos centr\u00e9s sur la vie militaire, les grad\u00e9s et les bienheureux lib\u00e9rables dont le th\u00e8me revenait souvent dans leurs propos. Le voyage a dur\u00e9 deux heures, peut-\u00eatre trois. Je n&rsquo;avais pas pris part \u00e0 leurs conversations mais ils m&rsquo;avaient remarqu\u00e9 et identifi\u00e9 comme un pair. Et bien s\u00fbr ils se demandaient si le gars en face d&rsquo;eux \u00e9tait plus ancien ou plus jeune qu&rsquo;eux.<\/p>\n<p>A quelques kilom\u00e8tres de l&rsquo;arriv\u00e9e, ils m&rsquo;adress\u00e8rent la parole. Oui j&rsquo;\u00e9tais appel\u00e9 aussi, je rentrais de permission en passant par Paris, j&rsquo;\u00e9tais affect\u00e9 \u00e0 Metz. Puis l\u2019un d\u2019eux a os\u00e9 la question, je lui ai r\u00e9pondu que je serais lib\u00e9r\u00e9 dans quelques jours. Ils rest\u00e8rent muets. Des choses s&rsquo;agitaient dans leur t\u00eate. Ils avaient voyag\u00e9 pendant deux heures avec un lib\u00e9rable sans le savoir, ils le raconteraient bient\u00f4t autour d&rsquo;eux. Jamais plus dans ma vie je n\u2019aurai l\u2019occasion de me sentir aussi important que ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Parfois, roulant en ville \u00e0 bord d&rsquo;un camion militaire, il arrivait qu&rsquo;un jeune homme civil adresse un geste discret \u00e0 l\u2019\u00e9quipage, l&rsquo;index et le pouce dessinant un cercle, un z\u00e9ro. Le visage impassible et les yeux regardant ailleurs, il venait de nous dire \u00ab\u00a0z\u00e9ro dans vos gueules\u00a0\u00bb, se vantant ainsi d\u2019avoir termin\u00e9 son service militaire alors que y \u00e9tions encore emp\u00eatr\u00e9s. Ce geste \u00e9tait toujours re\u00e7u comme blessant. D&rsquo;autant qu&rsquo;une fois rendu \u00e0 la vie civile, hors contexte militaire, le prestige du geste avait perdu tout sens. Au moins r\u00e9v\u00e9lait-il l&rsquo;absence totale de solidarit\u00e9 entre appel\u00e9s.<\/p>\n<p><em><strong>Du savon pour l\u2019exemple<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les grad\u00e9s n&rsquo;\u00e9taient pas tendres non plus avec les appel\u00e9s, qu\u2019ils sermonnaient vertement pour peu de choses. Un jour un d\u00e9saccord sur un d\u00e9tail mineur se fit jour entre moi et un capitaine dont je d\u00e9pendais indirectement. Il me convoqua dans son bureau. Je pouvais comprendre qu&rsquo;une explication \u00e9tait n\u00e9cessaire, et que je puisse m\u00eame avoir tort, mais je n\u2019avais pas imagin\u00e9 la s\u00e9quence qui m&rsquo;attendait. Le capitaine me passa un savon terrible, une vraie temp\u00eate interminable, tous les mots y pass\u00e8rent, les insultes \u00e9taient d\u00e9bit\u00e9es au rythme de la sulfateuse.<\/p>\n<p>Je restais au garde \u00e0 vous ou du moins silencieux, j&rsquo;attendais que cela passe, puis \u00e0 un moment, quand il a jug\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait assez, il me cong\u00e9dia vertement. Je le saluai de fa\u00e7on r\u00e9glementaire, un rien sonn\u00e9, op\u00e9rai un demi-tour et me dirigeai vers la porte. Et l\u00e0 je vis, tout contre le mur, une toute petite chaise, avec un tout petit gar\u00e7on bien sagement assis dessus, son fils assur\u00e9ment. Ainsi, toute cette sc\u00e8ne humiliante n&rsquo;avait eu d&rsquo;autre but que de briller aupr\u00e8s de l&rsquo;enfant, l&rsquo;impressionner, lui montrer \u00e0 quel point son p\u00e8re \u00e9tait un meneur d&rsquo;hommes puissant.<\/p>\n<p>Je fus tout autant impressionn\u00e9 par la b\u00eatise et la mis\u00e9rable duplicit\u00e9 de ce pauvre tout petit capitaine \u00e0 la carri\u00e8re piteuse. Ce d\u00e9chet, saoul comme un cochon chaque vendredi apr\u00e8s-midi apr\u00e8s les d\u00e9parts en permission, arpentant en titubant les all\u00e9es de la caserne accompagn\u00e9 de l&rsquo;adjudant-chef de compagnie dans le m\u00eame \u00e9tat ainsi qu&rsquo;un troisi\u00e8me larron que j&rsquo;ai oubli\u00e9, avait trouv\u00e9 normal d&rsquo;agir ainsi face \u00e0 un appel\u00e9 donnant gratuitement un an de sa vie en effectuant son travail de son mieux. Du th\u00e9\u00e2tre, de caniveau.<\/p>\n<p><em><strong>Envoyez les couleurs\u00a0!<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Je me souviens aussi d&rsquo;un certain mardi. Dans une enceinte militaire, il est proc\u00e9d\u00e9 chaque soir \u00e0 la descente des couleurs, le nom officiel du drapeau. Et chaque matin suivant, on proc\u00e8de \u00e0 sa lev\u00e9e. Ce geste d&rsquo;une courte dur\u00e9e est d&rsquo;une importance telle que tout soldat passant \u00e0 proximit\u00e9 qui oublierait de se mettre au garde-\u00e0-vous pendant la mont\u00e9e du drapeau serait passible de sanctions.<\/p>\n<p>Chez nous, la lev\u00e9e des couleurs du mardi donnait lieu \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 part enti\u00e8re, \u00e0 laquelle participaient tous les soldats, armes \u00e0 la main (vides) et d\u00e9fil\u00e9s dans les all\u00e9es. La c\u00e9r\u00e9monie \u00e9tait longue, avec des allocutions du Colonel chef de corps, et sonneries au clairon. La tension amenait parfois certains, surtout en hiver, \u00e0 perdre connaissance. Ils \u00e9taient ensuite vertement admonest\u00e9s, et on mettait le triste spectacle offert sur le compte du petit d\u00e9jeuner que le militaire avait sans doute pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 sauter pour rester plus longtemps dans son lit.<\/p>\n<p>Je ne connaissais personne qui se rende au r\u00e9fectoire le matin pour prendre le petit d\u00e9jeuner. Celui-ci \u00e9tait servi bien trop t\u00f4t. Alors pourquoi un ou deux soldats tombaient-ils en syncope chaque mardi et pas tous ? Je n&rsquo;avais pas la r\u00e9ponse mais imputais ces accidents \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion ou \u00e0 un sommeil \u00e9court\u00e9.<\/p>\n<p>Un mardi d&rsquo;hiver pourtant il se passa quelque chose. Il faisait tr\u00e8s froid, le pistolet-mitrailleur \u00e9tait glac\u00e9. On marcha au pas quelques dizaines de m\u00e8tres et on vint se replacer dans la cour principale, o\u00f9 le Colonel devait s&rsquo;exprimer. Mais il y eut des lenteurs. Nous restions au garde-\u00e0-vous, sans bouger, dans la nuit et le froid, \u00e0 attendre et rien ne se passait. Je commen\u00e7ais \u00e0 trouver le temps long. Puis tout d&rsquo;un coup, je sentis du coton me recouvrir, j&rsquo;eus la t\u00eate qui se mit \u00e0 tourner, les oreilles \u00e0 bourdonner, le champ de vision se r\u00e9tr\u00e9cit, j&rsquo;\u00e9tais en train de partir en syncope. Je tentais de me contr\u00f4ler, je ne voulais pas m&rsquo;\u00e9crouler \u00e0 mon tour mais j&rsquo;\u00e9tais clairement sur le point de perdre toutes forces.<\/p>\n<p>Puis un ordre retentit, on devait d\u00e9filer \u00e0 nouveau. La mise en mouvement me sauva, le sang se remit \u00e0 circuler et le trouble se dissipa. J&rsquo;\u00e9tait \u00e0 jeun, comme d&rsquo;habitude. Les mardis suivants je ferai toujours en sorte d&rsquo;absorber quelque nourriture, car il m\u2019\u00e9tait devenu \u00e9vident qu&rsquo;un exercice militaire effectu\u00e9 dans le froid d&rsquo;un matin d&rsquo;hiver ne pouvait \u00eatre men\u00e9 le ventre vide.<\/p>\n<p><em><strong>Des copains jamais revus<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Tout ne fut pas n\u00e9gatif au cours de cette ann\u00e9e. En particulier deux amiti\u00e9s solides se nou\u00e8rent. Mon copain Jean-Paul avait la passion de la chasse. Et un fantasme, chasser v\u00eatu d\u2019une parka militaire et de rangers. Il n&rsquo;\u00e9tait pas le seul et le magasin d&rsquo;habillement \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement le si\u00e8ge de trafics. Jean-Paul sut intriguer suffisamment pour quitter la caserne avec ces accessoires si importants. Sylvain \u00e9tait un autre pote. Un gars au caract\u00e8re toujours joyeux, plombier de son \u00e9tat, et employ\u00e9 comme tel \u00e0 la caserne. Il avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 un jour pour une fuite importante dans des sanitaires. J&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 le voir dans le large sous-sol. Il marchait dans 10 centim\u00e8tres d&rsquo;urine, se demandant comment r\u00e9parer cette satan\u00e9e fuite. L&rsquo;odeur \u00e9tait \u00e9c\u0153urante et lui, toujours de bonne humeur, prenant tout du bon c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>A l&rsquo;occasion de l&rsquo;incorporation d&rsquo;un nouveau contingent, j&rsquo;entendis un nom qui revint sans cesse. Un appel\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 dans le b\u00e2timent administratif et il fut dot\u00e9 rapidement d&rsquo;une r\u00e9putation peu commune. Tout le monde parlait de Pozetti (le nom est modifi\u00e9). Les appel\u00e9s l&rsquo;appr\u00e9ciaient, mais aussi les grad\u00e9s engag\u00e9s, il semblait indispensable, au point que mes oreilles commenc\u00e8rent \u00e0 se fatiguer. Qui pouvait bien \u00eatre ce zozo qui savait tellement se mettre en valeur ? Je ne le connaissais pas et m&rsquo;en portais tr\u00e8s bien, n&rsquo;ayant pas besoin de me rendre dans les bureaux o\u00f9 il r\u00e9gnait. Je l&rsquo;imaginais corpulent, \u00e0 la voix forte, extraverti.<\/p>\n<p>Puis quelques jours avant de quitter d\u00e9finitivement la caserne, je dus me rendre au service administratif. J&rsquo;y rencontrai pas mal de gars inconnus. L\u2019un d\u2019eux, pas tr\u00e8s grand, \u00e0 la silhouette fluette me re\u00e7ut. Il me dit avec surprise \u00ab c&rsquo;est toi dc ? \u00ab (le nom est modifi\u00e9). Il semblait content de me voir, il avait entendu parler de moi lui aussi. Sur son treillis \u00e9tait accroch\u00e9e sa bande velcro nominative, on y lisait : Pozetti. Nous nous d\u00eemes quelques mots, une amiti\u00e9 spontan\u00e9e et \u00e9vidente apparut d&rsquo;un coup entre nous. C&rsquo;\u00e9tait donc lui Pozetti, il semblait en effet chaleureux, dot\u00e9 d&rsquo;un vrai charisme. Je ne l&rsquo;ai vu que cette fois-l\u00e0. Une amiti\u00e9 qui resterait \u00e0 un stade embryonnaire mais je le compte parmi mes vrais amis, avec Jean-Paul et Sylvain.<\/p>\n<p><em><strong>Virilitude et masculinit\u00e9<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Lors de son service militaire tout est fait pour rappeler \u00e0 l&rsquo;appel\u00e9 qu&rsquo;il est un homme, un vrai, un dur, et qu&rsquo;\u00eatre un homme se prouve chaque jour. Les notes de musique des chants militaires sont tir\u00e9es vers le bas pour faire ressortir les intonations graves, des allusions sexuelles plus piteuses les unes que les autres sont plac\u00e9es partout o\u00f9 c&rsquo;est possible, bref on est dans la culture d&rsquo;une virilit\u00e9 assum\u00e9e et entretenue comme si on craignait qu&rsquo;elle fonde. Mais un homme est-il naturellement viril ou bien la virilit\u00e9 est-elle un simple comportement construit, un r\u00f4le de circonstance qui se juxtapose \u00e0 une nature masculine fondamentale plus neutre ?<\/p>\n<p>Pas de doutes, chaque lundi matin nombre d&rsquo;entre nous \u00e9tions virils, du moins ceux qui aimaient raconter explicitement leurs exploits amoureux du weekend, avec de grands gestes, des mots, de l&rsquo;affirmation, peut-\u00eatre m\u00eame de l&rsquo;exag\u00e9ration allez savoir. L&rsquo;un d&rsquo;eux a empoign\u00e9 une fois un bureau pour l&rsquo;approcher de sa taille et mimer un acte sans grande tendresse mais impeccablement viril.<\/p>\n<p>A dix heures du matin plus personne n&rsquo;\u00e9tait viril, nous \u00e9tions des gar\u00e7ons qui vaquions \u00e0 nos t\u00e2ches, sans d\u00e9monstrations de force ni effets de voix, sans plus parader. Il est vrai qu&rsquo;\u00e0 la caserne il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;\u00e2me f\u00e9minine pour \u00e9veiller les instincts.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on sortait en camion en ville cependant, nos sifflets r\u00e9agissaient bruyamment \u00e0 toute pr\u00e9sence f\u00e9minine. Il est \u00e0 noter que les militaires embarqu\u00e9s n&rsquo;\u00e9prouvent pas tous le besoin de siffler loin de l\u00e0, ce sont toujours les m\u00eames qui le font, juste un ou deux, pas sp\u00e9cialement enflamm\u00e9s d&rsquo;ailleurs, cela semble juste comportemental, ils ne savent pas ne pas le faire.<\/p>\n<p><em><strong>Une \u00e9ducation militaire compl\u00e8te<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 j\u2019avais quitt\u00e9 la maison pour cette courte vie militaire, mon p\u00e8re m\u2019avait dit, d\u00e9sabus\u00e9 : tu vas juste apprendre \u00e0 fumer, \u00e0 ne rien faire et \u00e0 siffler les filles. Il aurait pu ajouter \u00e0 tricher, car si je n&rsquo;ai pas fum\u00e9, que je suis rest\u00e9 occup\u00e9 et que n&rsquo;ai pas siffl\u00e9 les filles, j&rsquo;ai su aussi r\u00e9sister \u00e0 ce qu&rsquo;on peut appeler la corruption, toutes proportions gard\u00e9es, soit la participation \u00e0 de nombreux trafics.<\/p>\n<p>Celui du magasin d&rsquo;habillement \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. L&rsquo;attrait d&rsquo;articles pris\u00e9s comme les grosses parkas vertes et surtout les rangers noires encourageait \u00e0 fr\u00e9quenter les appel\u00e9s qui y \u00e9taient employ\u00e9s et \u00e0 conclure des affaires.<\/p>\n<p>Par exemple, si on avait acc\u00e8s \u00e0 des machines d\u2019atelier, on pouvait monnayer une quille en bois, si on travaillait aux permissions, gagner quelques jours \u00e9tait facile. Si \u00eatre de garde le weekend vous emb\u00eatait et que l&rsquo;assistant de l&rsquo;adjudant de compagnie vous ait \u00e0 la bonne, il y avait moyen de s&rsquo;arranger.<\/p>\n<p>Un dimanche o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais de garde, je vis entrer \u00e0 titre priv\u00e9 l&rsquo;adjudant responsable du restaurant. Il ressortit peu apr\u00e8s avec sa voiture personnelle qui touchait le sol. J&rsquo;ai consign\u00e9 le passage sur le registre de garde mais ne suis pas all\u00e9 plus loin. Un d\u00e9lit de d\u00e9tournement en nature \u00e9tait soup\u00e7onnable.<\/p>\n<p>Mon adjudant-chef responsable me montra un jour une grande pi\u00e8ce ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage de notre b\u00e2timent. C&rsquo;\u00e9tait un magasin de mat\u00e9riaux parall\u00e8le qu&rsquo;il avait constitu\u00e9 en gonflant les besoins command\u00e9s aux prestataires, ainsi qu&rsquo;il me l&rsquo;avait expliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Un coll\u00e8gue secr\u00e9taire \u00e9tait venu une fois de chez lui, non pas en train mais avec la 2CV camionnette de l&rsquo;entreprise familiale, pour en repartir charg\u00e9 de mat\u00e9riaux de construction puis\u00e9s dans le magasin de la caserne (officiel celui-l\u00e0). Il \u00e9tait fier d&rsquo;avoir su r\u00e9aliser un double de la cl\u00e9. Il y avait aussi l&rsquo;expression \u00ab\u00a0passe-droit\u00a0\u00bb qui faisait partie du vocabulaire courant.<\/p>\n<p>En fin de ma p\u00e9riode militaire le temps fut arriv\u00e9 d&rsquo;exercer mes derniers jours de permission. Comme il m&rsquo;en restait quatre, je terminai ma semaine un lundi soir. Autour de moi, personne ne comprit pourquoi je n&rsquo;\u00e9tais pas all\u00e9 voir le d\u00e9nomm\u00e9 untel, un ancien et grand manitou des permissions, pour compl\u00e9ter cette semaine bancale. Cela cr\u00e9ait un d\u00e9rangement, presque un malaise que je refuse le jeu des trafics.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai appris \u00e0 Metz que la corruption est un processus qui s&rsquo;engage tr\u00e8s facilement dans la mesure o\u00f9 chacun pense qu&rsquo;il saura en tirer un b\u00e9n\u00e9fice personnel, le tout \u00e9tant que le prix pay\u00e9 dans ce march\u00e9 clandestin soit \u00e0 la hauteur du b\u00e9n\u00e9fice escompt\u00e9. C&rsquo;est le principe de la triche o\u00f9 la loi du collectif est ruin\u00e9e au profit de conforts individuels.<\/p>\n<p>La corruption est attractive, mais elle peut affaiblir. Un jour un gars de mon service vint me voir. Cela s&rsquo;engageait mal pour lui, l&rsquo;assistant planificateur des gardes n&rsquo;avait personne pour le weekend et c&rsquo;est lui qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 d\u2019office, \u00e0 la sauvette et injustement puisqu&rsquo;il avait exerc\u00e9 son tour,\u00a0 avec moi d&rsquo;ailleurs, deux semaines auparavant. L&rsquo;assistant et l&rsquo;adjudant-chef avaient d\u00e9cid\u00e9 de ne rien entendre, ni comprendre les raisons personnelles imp\u00e9ratives qui le retenaient par ailleurs. Il \u00e9tait d\u00e9moralis\u00e9. Je d\u00e9cidai de me rendre avec lui dans le bureau de l&rsquo;adjudant-chef. Je suis entr\u00e9 et ai dit cette phrase : M. F\u00e9vier (nom modifi\u00e9) vient d&rsquo;\u00eatre planifi\u00e9 pour ce weekend, or je confirme qu&rsquo;il \u00e9tait de garde avec moi tel autre jour de ce mois. Mon copain n&rsquo;en revenait pas, le terrible adjudant-chef, celui qui \u00e9tait saoul tous les vendredis apr\u00e8s-midi a instantan\u00e9ment pris acte de cet argument qu&rsquo;il refusait jusqu&rsquo;alors de voir, il a dit en s&rsquo;adressant \u00e0 l&rsquo;assistant qui ne pipait mot \u00ab\u00a0oh mais comment on va faire alors ?\u00a0\u00bb Tout avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 en trois mots. J&rsquo;\u00e9tais connu comme quelqu&rsquo;un de droit, cela me procurait une sorte de force que peu poss\u00e9daient \u00e0 la caserne, une force sur laquelle les m\u00e9canismes usuels restaient sans prise.<\/p>\n<p><em><strong>La lib\u00e9ration et ses soubresauts<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le jour le plus important pour l&rsquo;appel\u00e9 est sans aucun doute le dernier, avec la soir\u00e9e d&rsquo;adieu au milieu des copains du service, et la nuit avec les autres lib\u00e9rables. Parmi les traditions ind\u00e9boulonnables figure celle de l&rsquo;\u00e9norme chambard alcoolis\u00e9, la visite des chambres, la casse pour le plaisir. Tous les deux mois, on d\u00e9couvrait la sc\u00e8ne d\u00e9vast\u00e9e, les lib\u00e9rables repartis vers la vie civile et les d\u00e9gradations qui leur survivaient.<\/p>\n<p>Quand le contingent de f\u00e9vrier est parti, on avait atteint un tel record de vandalisme que certains, atterr\u00e9s par les d\u00e9g\u00e2ts all\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9noncer les plus m\u00e9thodiques. Le d\u00e9part suivant, celui d&rsquo;avril montra quelques stigmates de la f\u00eate mais on \u00e9tait loin de celle de f\u00e9vrier. D\u00e9go\u00fbt\u00e9 par ces attitudes pu\u00e9riles et purement imb\u00e9ciles, j&rsquo;ai d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00e0 haute voix que lors du prochain d\u00e9part, qui me concernait, je ne prendrais part \u00e0 aucun d\u00e9bordement. Je n&rsquo;avais parl\u00e9 que pour moi mais tout le monde \u00e9tait visiblement sur cette ligne et le d\u00e9part de juin restera sans aucun doute connu comme le plus propre jusqu&rsquo;alors.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pu mesurer qu&rsquo;il \u00e9tait possible de ressentir l&rsquo;\u00e9norme contentement d&rsquo;avoir enfin termin\u00e9 son ann\u00e9e militaire sans pour autant s&rsquo;\u00eatre acharn\u00e9 \u00e0 se venger sur chaque brique de la caserne.<\/p>\n<p>En conclusion de ces courtes m\u00e9moires du service arm\u00e9, je mets les paroles d&rsquo;une tr\u00e8s ancienne chanson de Pierre Perret, avec lesquelles je me suis toujours senti en phase, notamment le vers qui annonce que tout va peut-\u00eatre changer. Ce que je relate se passait il est vrai de mars 1982 \u00e0 fin mai 1983. C\u2019est maintenant tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7915 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_20250504_204903.jpg\" alt=\"\" width=\"355\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_20250504_204903.jpg 640w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_20250504_204903-300x190.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><\/p>\n<pre><em><strong>\nLe service militaire (Pierre Perret<\/strong>)\n<\/em>\n<em>C'est bien parc' que j'aim' autant l'arm\u00e9e que les flics,<\/em>\n<em>Que mes couplets d'un mauvais go\u00fbt syst\u00e9matique<\/em>\n<em>Vous racontent en trois coups de game-\u00e8-lle<\/em>\n<em>Trois petits tours dans une poube-\u00e8-lle,<\/em>\n<em>Comment qu'on se r'trouve \u00e0 vingt ans<\/em>\n<em>Cr\u00e9tin, hilare et d\u00e9cadent !\n<\/em>\n<em>  Refrain : Qu'est-ce qu'on rit,\u00a0 <\/em>\n<em>  Au service militaire<\/em>\n<em>  C'est merveilleux mes amis<\/em>\n<em>  J'aime ma m\u00e8re la patrie, <\/em>\n<em>  J' la servirai toute ma vie !<\/em>\n\n<em>Sa langue \u00e9paisse \u00e9tait charg\u00e9e comme un mulet,<\/em>\n<em>La voix cass\u00e9e par les ballons de muscadet,<\/em>\n<em>Le chef qui sentait la choucrou-ou-te<\/em>\n<em>Gueulait des \"j'en ai rien \u00e0 fou-ou-tre\",<\/em>\n<em>Quand quelqu'un lui disait bonsoir,<\/em>\n<em>Il r\u00e9pondait \u00ab j'veux pas savoir \u00bb<\/em>\n<em>\n  Refrain<\/em>\n\n<em>Quand le major nous parl' d'hygi\u00e8ne on voit ses crocs<\/em>\n<em>Plus noirs que la conscience de mon impr\u00e9sario,<\/em>\n<em>On d'vine \u00e0 son halein' discr\u00e8-\u00e8-te<\/em>\n<em>Qu'i\u2019 s' les brique avec une chausse-\u00e8-tte,<\/em>\n<em>I\u2019 peut voir Chicago confiant,<\/em>\n<em>C'est pas lui qu'on traitera d' sale blanc !<\/em>\n\n<em>  Refrain<\/em>\n\n<em>Y a un muscl\u00e9 qui a d'mand\u00e9 \u00e0 rempiler,<\/em>\n<em>L'est si ouvert que dans l' civil tout lui est ferm\u00e9,<\/em>\n<em>Quand il na-ge dans la vina-a-sse<\/em>\n<em>I\u2019 nous sort des plaisanteries gra-a-sses<\/em>\n<em>Et la photo de sa Marion,<\/em>\n<em>A poil comme un morceau d' savon !<\/em>\n\n<em>  Refrain<\/em>\n\n<em>Je rencon-tre parfois des vieux poteaux d'antan<\/em>\n<em>Qui se tapent sur les cuiss' en parlant du vieux temps,<\/em>\n<em>Si je r\u00e9pri-me ma triste-\u00e8-sse,<\/em>\n<em>Mon envie d' leur botter les fe-\u00e8-sses,<\/em>\n<em>C'est qu'au prochain casse-pipe joyeux,<\/em>\n<em>Y faudra bien des mecs comme eux !<\/em>\n\n<em>  Refrain<\/em>\n\n<em>Aujourd'hui on nous pr\u00e9tend que tout va changer,<\/em>\n<em>Pour \u00eatre intelligent, suffisait d'y penser,<\/em>\n<em>Les casernes feront peau neu-eu-ve,<\/em>\n<em>On placardera ces chefs-d'oeu-eu-vre,<\/em>\n<em>Ordre aux grad\u00e9s b\u00eates et m\u00e9chants<\/em>\n<em>D'\u00eatre un p'tit peu moins cons qu'avant !<\/em>\n\n<em>  Refrain\n\n<\/em><\/pre>\n<p><strong><em>Avertissement \ud83d\ude42<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s avoir transcrit en mots ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un ensemble de vieux souvenirs, je constate que cette transmutation a d\u00e9natur\u00e9 voire d\u00e9truit certaines images initiales, qui se voient maintenant remplac\u00e9es par leur \u00e9vocation moderne de ces derniers jours.<\/em><\/p>\n<p><em>En principe, si l\u2019\u00e9criture est honn\u00eate il ne devrait pas y avoir d\u2019\u00e9cart entre les mots et la m\u00e9moire. Pourtant je r\u00e9alise qu\u2019un souvenir ancien n\u2019est souvent plus qu\u2019une image mentale fixe, fragile, fusionn\u00e9e avec un contexte qu\u2019on n\u2019a jamais verbalis\u00e9 ni confront\u00e9 \u00e0 la vraisemblance. Or il est connu que les vieux souvenirs sont souvent d\u00e9form\u00e9s et m\u00eame parfois contradictoires entre eux.<\/em><\/p>\n<p><em>De sorte qu\u2019un fois transcrits et reconstruits avec des mots, du sens, r\u00e9imagin\u00e9s en somme, certains n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 et ne semblent plus disponibles, une image fictive et neuve leur fait d\u00e9sormais \u00e9cran quand je tente de me les rappeler.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Je crois utile de partager ce triste constat. N\u2019\u00e9crivez jamais vos m\u00e9moires, les \u00e9crire, c\u2019est la perdre\u00a0!<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<hr \/>\n<p>[16\/01\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">No\u00ebls d&rsquo;antan<\/h6>\n<p>No\u00ebl est dit-on une f\u00eate religieuse, celle de la naissance de l&rsquo;enfant J\u00e9sus. Les No\u00ebls de mon enfance n&rsquo;\u00e9taient pourtant gu\u00e8re religieux. L&rsquo;id\u00e9e du petit J\u00e9sus \u00e9tait pr\u00e9sente, dans les chants notamment, mais No\u00ebl \u00e9tait surtout une longue f\u00eate des enfants, une p\u00e9riode pleine de douceur au c\u0153ur de l&rsquo;hiver, qui commen\u00e7ait bien avant le jour de No\u00ebl et comportait des jalons qui \u00e9taient autant de sources d\u2019\u00e9merveillement.<\/p>\n<p>Dans les premiers jours du mois de d\u00e9cembre, il pouvait tomber quelques flocons. Les voir danser pour la premi\u00e8re fois de l\u2019ann\u00e9e, d\u00e9couvrir la fine couche blanche qui commen\u00e7ait \u00e0 tout recouvrir dans un doux silence, tout cela marquait le d\u00e9but de la magie de cette belle s\u00e9quence hivernale.<\/p>\n<p>Les jours \u00e9taient devenus courts, le bon Saint-Nicolas venait de passer avec ses bonbons. Des visiteurs du soir frappaient maintenant \u00e0 la porte. Le facteur tout d&rsquo;abord. On le connaissait bien, on lui disait bonjour dans la rue mais on ne le voyait de tout pr\u00e8s qu&rsquo;au moment du passage pour les calendriers. Maman nous appelait et nous choisissions le plus beau, celui avec le paysage de montagne, ou avec les chatons joueurs. Les pompiers passaient ensuite pour un autre calendrier, plein d&rsquo;images de camions, puis c&rsquo;\u00e9tait au tour des \u00e9boueurs descendant de leur impressionnant v\u00e9hicule articul\u00e9. Tous ces calendriers montraient les quatre chiffres \u00e9normes et color\u00e9s de la nouvelle ann\u00e9e, bient\u00f4t on ne serait plus en 1967 mais en 1968, d&rsquo;un seul coup.<\/p>\n<p>Le soir, marchant dehors avec ma Maman, nous d\u00e9couvrions des d\u00e9corations lumineuses tout juste accroch\u00e9es en haut de chaque rue. La t\u00eate lev\u00e9e, on passait dessous, on y voyait des \u00e9toiles lumineuses, des oiseaux, des anges, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 No\u00ebl. D&rsquo;ailleurs viendrait bient\u00f4t le dernier jour d&rsquo;\u00e9cole. Le temps des vacances serait alors venu. On ne reviendrait que l&rsquo;ann\u00e9e prochaine.<\/p>\n<p>Le tout dernier jour d&rsquo;\u00e9cole nous r\u00e9servait une incroyable surprise : il nous \u00e9tait distribu\u00e9 une orange et une friandise en chocolat. Comment oublier un tel moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9cole oubliait sa rudesse et devenait douce et attentionn\u00e9e.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 les vacances de No\u00ebl qui commencent. La maison exhale un d\u00e9licieux parfum, celui du grand sapin que les parents ont dress\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9corer de guirlandes, bougies et boules de couleurs. Le soir de No\u00ebl, des cadeaux y seront d\u00e9pos\u00e9s par le P\u00e8re-No\u00ebl qui passera par la chemin\u00e9e. On n&rsquo;a pas de chemin\u00e9e et on s&rsquo;en est inqui\u00e9t\u00e9 mais cela ne semble pas un probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Dehors la neige est abondante, les enfants sortent les luges ou tous objets plats en plastique qui font merveille pour descendre la pente des champs enneig\u00e9s.<\/p>\n<p>Un soir Papa ram\u00e8ne une dotation de son travail : trois \u00e9normes sachets remplis de friandises de No\u00ebl, un pour chaque enfant, avec des choses \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;on ne voit pas d&rsquo;habitude, un P\u00e8re-No\u00ebl en pain d&rsquo;\u00e9pices et toutes sortes de bonbons et chocolats de formes et marques inconnues.<\/p>\n<p>Un \u00e9v\u00e9nement important va maintenant se d\u00e9rouler, une premi\u00e8re rencontre avec le P\u00e8re-No\u00ebl, au cours d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie qui s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;Arbre de No\u00ebl\u00a0\u00bb et se d\u00e9roule l\u00e0 o\u00f9 papa travaille. On est assis dans une grande salle, nos parents tout pr\u00e8s de nous. Un Monsieur parle au micro puis le P\u00e8re-No\u00ebl arrive, grand, avec une longue barbe, et le voil\u00e0 qui appelle chaque enfant l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre. Mon tour arrive, je n&rsquo;ai pas vraiment envie d&rsquo;y aller, il me fait peur, mais on m&rsquo;encourage \u00e0 aller vers lui. Le P\u00e8re-No\u00ebl me connait, il sait des choses sur moi, que je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 sage un jour, que j&rsquo;ai cass\u00e9 une fois telle chose, mais il me pardonne et me remet un petit paquet, je retourne m&rsquo;assoir \u00e0 cot\u00e9 de mes parents. Dans le paquet je trouverai un camion transporteur de petites voitures, avec une petite manivelle ronde qui permet de baisser l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur pour y faire monter les autos.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard mon p\u00e8re m&rsquo;avouera que c&rsquo;\u00e9tait lui le P\u00e8re-No\u00ebl ce jour-l\u00e0. Mais il me sera difficile de le croire, persuad\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 aucun moment il ne s&rsquo;\u00e9tait \u00e9loign\u00e9 de nous pour rejoindre la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>A la t\u00e9l\u00e9vision les vacances de No\u00ebl sont baign\u00e9es elles aussi de d\u00e9cors de f\u00eate et de musiques l\u00e9g\u00e8res. Des dessins anim\u00e9s qu&rsquo;on ne voit jamais sont diffus\u00e9s, de vieux films sont pass\u00e9s, \u00e0 la grande joie des parents, et le disque familial de No\u00ebl sort de sa pochette. On l&rsquo;entendra jusqu&rsquo;aux premi\u00e8res heures de 1968.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7534 alignleft\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Rollin.jpg\" alt=\"\" width=\"172\" height=\"137\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Rollin.jpg 500w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Rollin-300x239.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 172px) 100vw, 172px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7538 alignright\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Buche.jpg\" alt=\"\" width=\"209\" height=\"144\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Buche.jpg 657w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Buche-300x206.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/><\/p>\n<p>Puis enfin arrive le jour du r\u00e9veillon, on sait qu&rsquo;on ira dormir tr\u00e8s tard ce soir, on sera peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9j\u00e0 demain. On fait la f\u00eate sur fond de musiques de No\u00ebl, le sapin brille de mille feux, on est heureux, on mange plein de choses, que Maman a mis longtemps \u00e0 pr\u00e9parer et avant de croquer la longue buche o\u00f9 vivent de petits b\u00fbcherons barbus scie \u00e0 la main, Papa pr\u00e9pare les marrons. Il faut d&rsquo;abord les entailler un par un puis les laisser cuire longtemps puis enfin ils sont cuits, tr\u00e8s chauds, \u00e7a br\u00fble dans la main, ils sentent bon, c&rsquo;est d\u00e9licieux et c&rsquo;est juste une fois par an.<em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7521 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/DS.jpg\" alt=\"\" width=\"294\" height=\"146\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/DS.jpg 590w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/DS-300x148.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/DS-420x210.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 294px) 100vw, 294px\" \/><\/em><\/p>\n<p>Puis Papa nous annonce que le P\u00e8re No\u00ebl est pass\u00e9 pendant qu&rsquo;on ne faisait pas attention, il y a maintenant des paquets au pied du sapin. L&rsquo;un d&rsquo;eux est \u00e9norme, ce sera ma DS \u00e0 p\u00e9dales, le plus gros cadeau que j&rsquo;aie jamais re\u00e7u.<\/p>\n<p>Puis on se pr\u00e9pare \u00e0 aller dormir, demain ce sera le 25 d\u00e9cembre, le jour de No\u00ebl, un jour avec moins de magie qui me laissera peu de souvenirs. Il faudra mettre des beaux habits, certains sont devenus trop petits et demandent des efforts pour les enfiler et les supporter, et ensuite aller manger chez mes grands-parents o\u00f9 un petit cadeau sera encore re\u00e7u. L\u00e0 aussi il y aura un sapin d\u00e9cor\u00e9, avec m\u00eame des bonbons qui y pendent, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 les cueillir ! Mais je n&rsquo;en ai pas le droit, on me dit que je dois comprendre qu&rsquo;ils sont l\u00e0 pour mes cousins plus jeunes encore, moi je suis un grand et je suis d\u00e9\u00e7u.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs le No\u00ebl prochain sera diff\u00e9rent, mes parents rayonnants mais embarrass\u00e9s viendront un soir au pied de mon lit et s&rsquo;engagera une conversation myst\u00e9rieuse o\u00f9 me sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la vraie identit\u00e9 du P\u00e8re-No\u00ebl, que je ne dois pas r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 mon petit fr\u00e8re. Je suis officiellement un grand mais je ne comprends pas la port\u00e9e de cette r\u00e9v\u00e9lation. Je suis d\u00e9\u00e7u et \u00e9tonn\u00e9 de sa solennit\u00e9. J&rsquo;imagine que des no\u00ebls aussi beaux que les pr\u00e9c\u00e9dents n&rsquo;existeront plus et je suis partag\u00e9 entre la fiert\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9 grand gar\u00e7on et inquiet de ce saut de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir.<\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;en sera rien, je comprendrai que le personnage du P\u00e8re-No\u00ebl est finalement secondaire dans une si longue f\u00eate, qui durera jusqu\u2019\u00e0 la semaine apr\u00e8s No\u00ebl, o\u00f9 on ira dormir si tard qu&rsquo;on sera demain, et m\u00eame l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, au revoir l&rsquo;ann\u00e9e qu\u2019on connaissait bien, o\u00f9 il s&rsquo;est pass\u00e9 tant de choses et qui vient de dispara\u00eetre d&rsquo;un coup, bonjour le froid et le long chemin de 1968, les lumi\u00e8res de la f\u00eate sont \u00e9teintes, il va falloir retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole dans quelques jours, dans la nuit, dans le froid, on est en janvier, vivement No\u00ebl prochain !<\/p>\n<pre>Image de la DS provenant du site https:\/\/mes-decouvertes.com<\/pre>\n<hr \/>\n<p>[19\/01\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Playtime time<\/h6>\n<p>En toute fin d\u2019ann\u00e9e 2023, je fus t\u00e9moin d\u2019une chose que j&rsquo;avais longtemps pens\u00e9e inconcevable.<\/p>\n<p>Dans ma rue, au c\u0153ur de la banlieue lilloise, la municipalit\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 suspendu depuis deux semaines les habituelles d\u00e9corations lumineuses. Les habitants en avaient fait autant autour de leurs fen\u00eatres, parfois sur leurs fa\u00e7ades. Beaucoup s&rsquo;\u00e9taient impliqu\u00e9s, plus que d&rsquo;habitude.<\/p>\n<p>Aux d\u00e9corations scintillantes s\u2019ajoutait la lumi\u00e8re vive des pi\u00e8ces \u00e0 vivre donnant sur la rue, dont seuls de fins rideaux prot\u00e9geaient l\u2019intimit\u00e9, parfois m\u00eame pas.<\/p>\n<p>Marchant le soir dans le quartier, je voyais les silhouettes se mouvoir dans les pi\u00e8ces, les personnes s\u2019asseoir, lire, se lever, vivre. Bien s\u00fbr il ne s\u2019agissait pas d\u2019observer l\u2019intimit\u00e9 des autres, mais comment ne pas remarquer que cette intimit\u00e9 \u00e9tait lev\u00e9e, abolie, presque expos\u00e9e. Les voisins \u00e9taient-ils devenus insensibles aux autres ? A moins que ce soit le contraire ?<\/p>\n<p>Cette vision d\u2019intimit\u00e9s transparentes me rappelait avec une certaine douleur les appartements-vitrines imagin\u00e9s par le cin\u00e9aste <em>Jacques Tati<\/em> dans son film <em>Playtime<\/em> de 1970. Adolescent, j\u2019avais vu ce film et la vision des personnes vivant leur quotidien au vu de tous dans leurs pi\u00e8ces cr\u00fbment \u00e9clair\u00e9es, sans protection visuelle autre que les immenses cloisons transparentes m\u2019avait choqu\u00e9. Je ne comprenais pas ce que le cin\u00e9aste voulait repr\u00e9senter. Je ressentais ces images comme une agression, la vision angoissante d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sordide qui n\u2019existerait jamais, j\u2019en faisais le v\u0153u.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7549 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/TATI.jpg\" alt=\"\" width=\"520\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/TATI.jpg 640w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/TATI-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><\/p>\n<p>En cette p\u00e9riode de f\u00eates, rien ne m\u2019est paru agressif dans mon quartier. Je voyais les gens s\u2019ouvrir aux passants de leur rue, \u00e0 leurs voisins. Cela semblait dire \u00ab nous ne passons pas les f\u00eates ensemble mais nous nous connaissons tous, au moins de vue, et dans nos c\u0153urs, dans nos pens\u00e9es nous sommes ensemble, au del\u00e0 des murs \u00bb.<\/p>\n<p>J\u2019ai vu quelque chose d\u2019exceptionnel dans ce comportement collectif spontan\u00e9, auquel j\u2019ai moi-m\u00eame adh\u00e9r\u00e9 en laissant les volets ouverts un peu plus longtemps tandis que les lumi\u00e8res du soir \u00e9clairaient d\u00e9j\u00e0 les pi\u00e8ces. Les passants ont sans doute aper\u00e7u nos silhouettes, les guirlandes du sapin clignoter. On ne ressentait pas de g\u00eane, on n&rsquo;avait rien \u00e0 nous cacher finalement, on \u00e9tait juste en harmonie entre nous tous \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un petit quartier, pour quelques jours.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re semaine de janvier pass\u00e9e, les lumi\u00e8res se sont naturellement tourn\u00e9es de nouveau vers l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai plus remarqu\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne fin 2024. Le petit miracle humain qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 sous mes yeux, soir apr\u00e8s soir, c&rsquo;\u00e9tait juste en 2023. Peut-\u00eatre que le souvenir proche des derni\u00e8res ann\u00e9es, o\u00f9 un certain coronavirus nous avait tant compliqu\u00e9 la vie et mis \u00e0 bonne distance les uns des autres, avait nourri cet \u00e9lan collectif, un plaisir de se savoir proches de nouveau, plus fort pour une fois que le repli chacun chez soi, portes lourdes et volets clos.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[08\/03\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">UN ETAT NON ORDINAIRE DE CONSCIENCE<\/span><\/h6>\n<p>On le sait les r\u00eaves sont un myst\u00e8re. On s&rsquo;en souvient au r\u00e9veil, pas toujours. Le souvenir peut durer un instant, ou toute la vie. Parfois le r\u00eave peut revenir en m\u00e9moire des heures plus tard, \u00e0 la faveur d&rsquo;une situation ou de la vue d&rsquo;un objet, d&rsquo;une personne.<\/p>\n<p>On se demande alors si les r\u00eaves nous parlent, s&rsquo;il veulent nous pr\u00e9venir de quelque chose, s&rsquo;ils ont une utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;on sait bien, c&rsquo;est qu&rsquo;ils contiennent une part importante de fantaisie et d&rsquo;absurdit\u00e9. Par quel bout les prendre si l&rsquo;on veut d\u00e9coder leur hypoth\u00e9tique message ? Avec le temps on a tout de m\u00eame appris \u00e0 conna\u00eetre un peu notre propre langage onirique. On sait par exemple que tel animal ou tel objet qu&rsquo;on voit souvent est une m\u00e9taphore personnelle que notre sommeil ne veut pas nous montrer autrement, mais qu&rsquo;on sait quand m\u00eame reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>Parfois, on se r\u00e9veille d&rsquo;un coup en pleine nuit et on r\u00e9alise qu&rsquo;on \u00e9tait plong\u00e9 dans un r\u00eave intense, ou peut-\u00eatre un cauchemar, puis on se rendort.<\/p>\n<p>Une nuit, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire, dont je n&rsquo;ai jamais entendu aucun sp\u00e9cialiste parler, et qui ne s&rsquo;est plus jamais manifest\u00e9. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 d&rsquo;un coup au milieu d&rsquo;un r\u00eave. J&rsquo;\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 mais le r\u00eave continuait, je me trouvais en quelque sorte \u00e0 \u00e9gale distance du sommeil et de l&rsquo;\u00e9veil, un point extraordinairement pr\u00e9cis. Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;assister cette nuit-l\u00e0 au fonctionnement sous mes yeux de \u00ab\u00a0la machine \u00e0 r\u00eaves\u00a0\u00bb. J&rsquo;en \u00e9tais spectateur du d\u00e9roulement, dans un \u00e9tat semi-\u00e9veill\u00e9, un \u00e9tat stationnaire qui se maintenait \u00e0 ce niveau de conscience particulier.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;ai-je vu ? La \u00ab\u00a0machine \u00e0 r\u00eaves\u00a0\u00bb cr\u00e9ait, au rythme de deux images par seconde, peut-\u00eatre trois une s\u00e9quence ininterrompue d&rsquo;images rapides. Toutes semblaient surgir d&rsquo;un m\u00eame point, la cadence \u00e9tait stable et brutale, chaque image rempla\u00e7ait l&rsquo;autre d&rsquo;un coup. Elles \u00e9taient d\u00e9taill\u00e9es et n&rsquo;avaient aucun rapport entre elles, c&rsquo;\u00e9taient de pures cr\u00e9ations \u00e0 chaque fois, et sans lien aucun avec les pr\u00e9occupations de mon quotidien. Je ne me souviens pas si elles \u00e9taient anim\u00e9es ou non, je pense qu&rsquo;elles \u00e9taient fixes. Toutes m\u00e9ritaient un statut de r\u00eave, elles \u00e9taient color\u00e9es, contrast\u00e9es, impressionnantes comme un r\u00eave.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai contempl\u00e9 ce spectacle pendant peut-\u00eatre une minute, puis suis remont\u00e9 vers un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil plus solide. Je n&rsquo;ai jamais oubli\u00e9 cette exp\u00e9rience. J&rsquo;ai le sentiment d&rsquo;avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 pendant quelques instants d&rsquo;un point d&rsquo;observation privil\u00e9gi\u00e9 auquel les humains n&rsquo;ont en principe pas acc\u00e8s.<\/p>\n<p>Il est possible que pendant le sommeil, ces images donnent lieu \u00e0 autant de d\u00e9veloppements oniriques, le processus mental serait alors incroyablement rapide.<\/p>\n<p>Et je crois comprendre pourquoi on ne se souvient pas de la plupart des r\u00eaves. On se souvient de ceux sur lesquels on a pu poser notre jugement, parce qu&rsquo;on s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9 suffisamment longtemps peu apr\u00e8s. Il existe alors un chemin de pens\u00e9e qui y conduit, ou du moins qui conduit vers l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement de la reformulation consciente qui s&rsquo;est ensuivie. Dans le cas contraire, le souvenir existe quelque part mais aucun chemin mental n&rsquo;y m\u00e8ne, \u00e0 moins qu&rsquo;une chose vienne le faire ressurgir au fil de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur ce, je retourne me coucher \ud83d\ude42<\/p>\n<hr \/>\n<p>[09\/03\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">UN GUIDE GASTRONOMIQUE COMME ON N&rsquo;EN FAIT PLUS<\/span><\/h6>\n<p>Quels gourmands se souviennent du <em>Ribiguide<\/em> ?<\/p>\n<p>Le <em>Ribiguide<\/em> fut un guide gastronomique r\u00e9gional, vendu en librairie en 1984 dans le nord de la France. Bien s\u00fbr le guide <em>Michelin<\/em> existait d\u00e9j\u00e0 mais le <em>Ribiguide<\/em> avait une approche diff\u00e9rente. Les nombreux \u00e9tablissements r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e9taient comment\u00e9s dans de g\u00e9n\u00e9reux descriptifs. Chacun se voyait attribuer une note, sur 20, compos\u00e9e sur les diff\u00e9rents aspects pouvant intervenir dans l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;une bonne table. Ainsi la qualit\u00e9 de la cuisine \u00e9tait not\u00e9e mais aussi le cadre, l&rsquo;art de la table, la carte des vins, le rapport qualit\u00e9-prix, et peut-\u00eatre un sixi\u00e8me crit\u00e8re que j&rsquo;ai oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Seuls les \u00e9tablissements ayant obtenu une note globale de 10\/20 au moins y \u00e9taient repris. Le <em>Ribiguide<\/em> couvrait une large \u00e9tendue territoriale, des d\u00e9partements du Nord \u00e0 la Seine-Maritime, en passant par le Pas de Calais, la Somme, l&rsquo;Aisne, l&rsquo;Oise, peut-\u00eatre aussi la Marne ou le Calvados mais pour ces derniers je n&rsquo;en suis plus s\u00fbr.<\/p>\n<p>La Belgique proche avait aussi \u00e9t\u00e9 visit\u00e9e par les infatigables testeurs. Toutes les gammes de prix y figuraient, la meilleure note du guide culminant \u00e0 19\/20 pour <em>Le Flambard<\/em>, une table lilloise prestigieuse, aujourd&rsquo;hui disparue.<\/p>\n<p>Un jour ma femme et moi avons tenu en main le guide <em>Michelin<\/em> et le ressenti fut bien plus frustrant. La plupart des tables \u00e9taient comment\u00e9es en une ou deux lignes laconiques comme \u00ab\u00a0belle salle donnant sur un parc\u00a0\u00bb. Tout le territoire fran\u00e7ais \u00e9tait couvert, cela nous faisait une belle jambe de d\u00e9couvrir que le restaurant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;\u00e9diteur \u00e9tait \u00e0 la Napoule, c&rsquo;\u00e9tait bien loin. Dans le <em>Michelin<\/em>, seule la qualit\u00e9 de la cuisine semblait prise en compte. Le crit\u00e8re est bien entendu important mais nous pensions que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le seul qui pr\u00e9sidait \u00e0 la r\u00e9ussite d&rsquo;un bon moment. Le <em>Ribiguide<\/em> nous comblait sur ce point. Nous d\u00e9couvr\u00eemes aussi le guide <em>Gault et Millau<\/em>, plus chaleureux que le <em>Michelin<\/em> mais rien ne pouvait remplacer notre <em>Ribiguide<\/em>. \u00ab\u00a0<em>Ri<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>bi<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9taient le d\u00e9but du nom des deux auteurs.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui plus d&rsquo;allusion ou photographie de l&rsquo;ouvrage ne sont d\u00e9nichables sur internet. La seule trace est une maigre r\u00e9f\u00e9rence de librairie chiffr\u00e9e renvoy\u00e9e par les moteurs de recherche. Parfois, lors de braderies de printemps, je fouille un peu, des fois qu&rsquo;un <em>Ribiguide<\/em> ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la destruction vienne remplacer celui que j&rsquo;ai jet\u00e9 un beau jour, je le regrette beaucoup.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions jeunes en 1984, et plus habitu\u00e9s aux pizzerias qu&rsquo;aux tables \u00e9toil\u00e9es. Un jour, sur une route menant en Normandie, nous d\u00e9cid\u00e2mes de nous arr\u00eater pour d\u00e9jeuner. Une petite enseigne \u00ab\u00a0<em>Auberge de la Forge<\/em>\u00a0\u00bb situ\u00e9e dans le minuscule village de Cauli\u00e8res attira notre attention. Nous entr\u00e2mes dans ce qu&rsquo;on pensait \u00eatre un petit restaurant simple et rapide. On nous accueillit chaleureusement, nos v\u00eatements furent emport\u00e9s. Je remarquai un dipl\u00f4me suspendu \u00e0 un mur.<\/p>\n<p>On nous pla\u00e7a pr\u00e8s d&rsquo;une petite fen\u00eatre. Les gens d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s ne semblaient pas du tout press\u00e9s, comme s&rsquo;ils connaissaient bien l&rsquo;endroit. Un ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel impressionnant, habill\u00e9 d&rsquo;un costume sombre vint prendre notre commande. Nous \u00e9tions \u00e9tonn\u00e9s de son s\u00e9rieux, de ses gestes, du ton sur lequel il s&rsquo;exprimait. Cela ne ressemblait pas \u00e0 celui plus familier de la <em>Dolce Vita<\/em>, notre pizzeria pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Nous nous amus\u00e2mes de ce que nous voyions, on avait l&rsquo;impression que ce Monsieur interpr\u00e9tait un r\u00f4le, comme si nous devions nous sentir dans un grand restaurant, ceux qu&rsquo;on voit dans les films.<\/p>\n<p>Mais rien n&rsquo;\u00e9tait cependant caricatural, tout sonnait juste. A un moment, nous d\u00e9couvr\u00eemes qu&rsquo;un couple pr\u00e8s de nous avait un chien, sagement tapi sous la table. L&rsquo;animal commit une maladresse et renversa un r\u00e9cipient. Nous v\u00eemes le ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel accourir instantan\u00e9ment et g\u00e9rer l&rsquo;incident avec calme et gentillesse. Dans une telle situation, nous nous serions plut\u00f4t attendus \u00e0 voir un couple rouge de honte et un ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel grima\u00e7ant. Eh bien non. Nous n&rsquo;en revenions pas. Le monsieur amena nos plats, servis sous cloche, une surprise qui continua de nous faire sourire. Pourquoi tant de mani\u00e8res ? La cloche ne dissimulait-elle pas un plat ridiculement petit ?<\/p>\n<p>Non, au contraire, tout \u00e9tait parfait, tr\u00e8s bon. Etions-nous dans un vrai grand restaurant ? Pourtant nous avions jet\u00e9 un \u0153il sur la carte avant d&rsquo;entrer, et aucun prix ne nous avait alert\u00e9. Vint le dessert, le Monsieur arriva avec un grand chariot o\u00f9 \u00e9taient dispos\u00e9s plusieurs entremets et nous invita \u00e0 exprimer un choix. Mon \u00e9pouse prit un morceau de l&rsquo;un et le grand Monsieur l&rsquo;invita \u00e0 le compl\u00e9ter avec un autre si elle le voulait. Je pris moi aussi deux desserts diff\u00e9rents. Nous \u00e9tions combl\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand l&rsquo;addition nous fut apport\u00e9e, nous ref\u00eemes le calcul attentivement car pour le menu que nous avions pris elle n&rsquo;\u00e9tait pas plus \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 la <em>Dolce Vita<\/em>. Nous venions de faire un excellent repas, dans une ambiance calme et soign\u00e9e. Nous venions de d\u00e9couvrir une autre cuisine, une m\u00e9canique diff\u00e9rente, nous avions \u00e9t\u00e9 bichonn\u00e9s durant une heure. Il s&rsquo;agissait incontestablement d&rsquo;une bonne table, ce que nous confirmera le <em>Ribiguide<\/em>, feuillet\u00e9 un jour dans un rayon librairie du supermarch\u00e9, dans le but d&rsquo;y trouver une page sur cette <em>Auberge de la Forge<\/em>. Elle s&rsquo;y trouvait. La note \u00e9tait de 16\/20, excellente. Le <em>Ribiguide<\/em> fut d\u00e9pos\u00e9 dans le caddy et nous accompagnera ensuite dans chaque voyage.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[23\/03\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">Ne plus manger de viande, en tous cas celle du homard !<\/span><\/h6>\n<p>D&rsquo;aucuns nous diront que tuer un animal pour consommer sa viande c&rsquo;est mal. Je pr\u00e9tends pour ma part que lorsque l&rsquo;animal est un homard, attenter \u00e0 ses jours pour croquer sa chair est bien plus que mal, il s&rsquo;agit dans ce cas pr\u00e9cis d&rsquo;un meurtre aggrav\u00e9, un attentat sacril\u00e8ge contre la vie.<\/p>\n<p>Et pour cause, Dame Nature a dot\u00e9 ce paisible pinceur d&rsquo;une gr\u00e2ce toute particuli\u00e8re : la vie \u00e9ternelle. Les scientifiques l&rsquo;ont un jour d\u00e9couvert, les cellules de son corps se renouvellent avec une perfection qui aurait de quoi nous rendre jaloux. Alors que pour nous autres, tant humains que b\u0153ufs ou volatiles, le processus de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des cellules est imparfait, et nous conduit \u00e0 toujours plus de vieillesse, avec une mort in\u00e9vitable au bout de l&rsquo;aventure, le homard ne mourra jamais de vieillesse. La s\u00e9nilit\u00e9 est pour lui chose inconnue. Centenaire, il se montrera aussi alerte et fringant qu&rsquo;un jeune de cinq printemps, sans la moindre ride ou arthrose des pincettes.<\/p>\n<p>Le homard pourrait tutoyer les dieux s&rsquo;il n&rsquo;avait un ennemi, son pur cauchemar, le pr\u00e9dateur. Quoi de plus d\u00e9cevant et injuste pour une cr\u00e9ature promise \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 que de se faire croquer aux tout premiers jours de ce bel \u00e9lan par un gourmand sans scrupule qui an\u00e9antit la radieuse destin\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;au restaurant, quand le Ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel me convoque \u00e0 l&rsquo;aquarium o\u00f9 s&rsquo;\u00e9brouent ces insouciants demi-dieux et me prie de d\u00e9signer la plus app\u00e9tissante victime promise \u00e0 la plong\u00e9e dans l&rsquo;eau bouillante, je renonce une fois de plus \u00e0 commettre un tel drame biologique et me rabats sur la salade de concombres.<\/p>\n<p>De plus cet animal marin \u00e9tant pr\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;une noyade rapide, il lui resterait \u00e0 r\u00f4tir vivant jusqu&rsquo;\u00e0 passage de vie \u00e0 tr\u00e9pas. Faites comme moi, lorsque vous vous sentez tent\u00e9 par ce mets d&rsquo;exception, soyez magnanime, laissez sa chance \u00e0 cet animal ch\u00e9ri des dieux qui ne vous a jamais fait de mal, permettez lui de go\u00fbter \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 quelques heures de plus.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[12\/04\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">EN FINIR AVEC LES MYSTERES GALACTIQUES<\/span><\/h6>\n<p>Galaxie, avec une majuscule ou sans, Voie lact\u00e9e, n\u00e9buleuse spirale, vous n&rsquo;y comprenez rien et vous aimeriez vous y retrouver ? Alors allons -y !<\/p>\n<p>Avant 1920, personne ne savait qu&rsquo;il existait des galaxies.<\/p>\n<p>La Voie Lact\u00e9e par contre, cette longue bande de faible lumi\u00e8re qui traverse le ciel par une belle nuit \u00e9toil\u00e9e \u00e9tait bien connue de tous les peuples, mais on ne savait pas trop ce que c&rsquo;\u00e9tait. Avant qu&rsquo;on invente le t\u00e9lescope et qu&rsquo;on d\u00e9couvre qu&rsquo;elle est remplie de millions d&rsquo;\u00e9toiles, les anciens anc\u00eatres y avaient vu un chemin divin, une voie parsem\u00e9e de gouttes de lait abandonn\u00e9es par une d\u00e9esse allaitant son enfant.<\/p>\n<p>Le ciel \u00e9tait cens\u00e9 nous montrer l&rsquo;univers, ses \u00e9toiles, autant de soleils lointains, et les n\u00e9buleuses visibles au t\u00e9lescope sous la forme de taches p\u00e2les et diffuses. La photographie \u00e0 longue pose en r\u00e9v\u00e9lait plusieurs cat\u00e9gories. On avait ainsi r\u00e9pertori\u00e9 les n\u00e9buleuses plan\u00e9taires, somptueuses couronnes de gaz color\u00e9es, des amas d&rsquo;\u00e9toiles ouverts ou globulaires, des n\u00e9buleuses spirales, des n\u00e9buleuses diffuses, objets parfois tout juste visibles \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu comme la n\u00e9buleuse d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em> ou l&rsquo;amas d&rsquo;<em>Hercule<\/em>.<\/p>\n<p>Contemplons \u00e0 ce stade l&rsquo;image d&rsquo;accueil du logiciel g\u00e9ographique bien connu <em>Google Earth<\/em>. Qu&rsquo;y voit-on ? La Terre au premier plan, baign\u00e9e des \u00e9toiles de l&rsquo;univers et m\u00eame de quelques discr\u00e8tes n\u00e9buleuses.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7664 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go-1024x754.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"206\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go-1024x754.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go-300x221.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go-768x565.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go.jpg 1296w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/> <\/a><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7663 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01-1024x754.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"207\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01-1024x754.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01-300x221.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01-768x565.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go01.jpg 1296w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les \u00e9toiles repr\u00e9sent\u00e9es ne sont pas un d\u00e9cor fantaisiste, ce sont bien les vraies \u00e9toiles, celles de notre vrai ciel, de ses constellations, pour preuve la <em>Grande Ourse<\/em> au dessin fid\u00e8le. Et \u00e0 cet autre endroit la n\u00e9buleuse spirale d<em>&lsquo;Androm\u00e8de<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7665 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-1024x700.jpg\" alt=\"\" width=\"277\" height=\"189\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-1024x700.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-300x205.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-768x525.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2.jpg 1392w\" sizes=\"auto, (max-width: 277px) 100vw, 277px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go.jpg\">\u00a0 <\/a><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7666 \" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22-1024x700.jpg\" alt=\"\" width=\"278\" height=\"190\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22-1024x700.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22-300x205.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22-768x525.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go22.jpg 1392w\" sizes=\"auto, (max-width: 278px) 100vw, 278px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Un jour de 1920, voil\u00e0 que l&rsquo;astronome <em>Hubble<\/em> confirme un fait extraordinaire : Si les n\u00e9buleuses et \u00e9toiles du ciel visibles nous sont situ\u00e9es \u00e0 des distances globalement comparables, celle d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em>, ainsi que les autres n\u00e9buleuses spirales et elles seules sont en revanche \u00e0 des distances incroyablement plus grandes, elles sont largement en dehors de notre sph\u00e8re \u00e9toil\u00e9e, bien plus loin, ce sont donc des objets gigantesques, d&rsquo;une tout autre nature.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte nous oblige d\u00e8s lors \u00e0 reconsid\u00e9rer l&rsquo;espace de mani\u00e8re plus structur\u00e9e. Si de tels univers au tourbillon immobile existent un peu partout, sans doute vivons-nous \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un tel monde nous aussi.<\/p>\n<p>Ayant observ\u00e9 que ces n\u00e9buleuses sont des objets \u00e0 l&rsquo;allure aplatie vues de c\u00f4t\u00e9 et spiral\u00e9e vues de haut (ou de bas) on en conclut que notre belle voie lact\u00e9e nocturne serait donc le bord interne de notre monde, vu de l&rsquo;int\u00e9rieur, par la tranche, tandis que les simples \u00e9toiles de notre ciel sont celles que le regard croise dans les autres directions.<\/p>\n<p><a style=\"cursor: pointer !important; user-select: none !important;\" href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go4.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7678 size-full aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go4.png\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go4.png 450w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go4-300x198.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/> <\/a><em>Fig 5<\/em><\/p>\n<p>Pour se repr\u00e9senter les choses concr\u00e8tement, imaginons que nous marchions en \u00e9t\u00e9 au milieu d&rsquo;une grande ville pleine de promeneurs. Au moment d&rsquo;aborder la longue rue principale, celle-ci nous apparait si noire de monde qu&rsquo;on n&rsquo;en voit pas le bout. Arriv\u00e9 au milieu de cette rue bond\u00e9e, nous n&rsquo;en voyons plus le d\u00e9but et toujours pas la fin. Pourtant sur les c\u00f4t\u00e9s les quelques pi\u00e9tons \u00e0 notre gauche ou notre droite apparaissent dispers\u00e9s et ne nous emp\u00eachent pas de contempler les fa\u00e7ades des boutiques.\u00a0<\/p>\n<p>Une autre image, cette fois pour nous repr\u00e9senter l&rsquo;\u00e9loignement de la n\u00e9buleuse d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em> : Imaginons-nous un soir, il fait nuit mais les lumi\u00e8res de la ville brillent encore de mille feux. De votre balcon vous reconnaissez les lampadaires dessinant les rues proches. Plus les sources de lumi\u00e8res sont distantes, plus il vous est difficile d&rsquo;en deviner l&rsquo;\u00e9loignement. Quant \u00e0 celles des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques, ce sont de fins points innombrables qui semblent tous sur le m\u00eame plan. Dans cet horizon, perdu dans le halo, un point lumineux vous semble plus flou et l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e9tal\u00e9 que les autres, sans doute un square aux r\u00e9verb\u00e8res rapproch\u00e9s.<\/p>\n<p>S&rsquo;il vous \u00e9tait possible de vous \u00e9lever dans les airs vous verriez alors que ce point est en fait une autre ville illumin\u00e9e, tout enti\u00e8re, \u00e9loign\u00e9e de plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres et remplie elle aussi de ses propres points lumineux, indiscernables individuellement.<\/p>\n<p>Appel\u00e9s un temps des univers-\u00eeles, le nom commun de galaxie sera donn\u00e9 \u00e0 ces immenses concentrations \u00e9toil\u00e9es, un clin d&rsquo;\u0153il qui rappelle le lait dans sa racine grecque \u00ab\u00a0gala\u00a0\u00bb. Ce nom commun fut habill\u00e9 en nom propre pour notre Galaxie bien \u00e0 nous et elle seule. Ainsi le vocabulaire \u00e9volua, les galaxies cess\u00e8rent de se nommer \u00ab\u00a0n\u00e9buleuses\u00a0\u00bb et la notre prit une majuscule mais continua \u00e0 porter en parall\u00e8le le nom de \u00ab\u00a0Voie lact\u00e9e\u00a0\u00bb. Ce nom d\u00e9signe aujourd&rsquo;hui autant la belle tra\u00een\u00e9e po\u00e9tique dans le ciel que notre Galaxie tout enti\u00e8re. Deux noms, l&rsquo;un pour l&rsquo;\u00e9merveillement du ciel \u00e9toil\u00e9, l&rsquo;autre pour l&rsquo;entendement.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-7665 size-large\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-1024x700.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"588\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-1024x700.jpg 1024w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-300x205.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2-768x525.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/go2.jpg 1392w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Si l&rsquo;on regarde maintenant l&rsquo;image de <em>Google Earth<\/em> on comprend que toutes les \u00e9toiles visibles dans le champ appartiennent certes \u00e0 l&rsquo;univers, mais plus prosa\u00efquement ont en commun de toutes appartenir \u00e0 notre Galaxie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de laquelle nous sommes plong\u00e9s, tandis que le point \u00e9tal\u00e9 correspond \u00e0 la galaxie d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em>, pourtant apparemment sur un m\u00eame plan, mais incommensurablement plus loin et des milliards de fois plus \u00e9tendue qu&rsquo;une simple \u00e9toile.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs si notre Galaxie venait \u00e0 dispara\u00eetre d&rsquo;un claquement de doigts, la belle galaxie d&rsquo;<em>Androm\u00e8de<\/em> repr\u00e9sent\u00e9e ci-dessus (figure 5) se d\u00e9tacherait sur un fond noir (ci-dessous), sans que son image soit \u00ab\u00a0pollu\u00e9e\u00a0\u00bb de toutes parts par nos \u00e9toiles en tout premier plan ! Ne resterait que la lointaine lentille spiral\u00e9e g\u00e9ante dont les milliards de points \u00e9toil\u00e9s demeureraient indiscernables individuellement &#8211; outre le fait que nous ne serions plus l\u00e0 pour les admirer dans cette hypoth\u00e8se cataclysmique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8431\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Androm\u00e8de6.jpg\" alt=\"\" width=\"903\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Androm\u00e8de6.jpg 903w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Androm\u00e8de6-300x99.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Androm\u00e8de6-768x253.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Androm\u00e8de6-880x290.jpg 880w\" sizes=\"auto, (max-width: 903px) 100vw, 903px\" \/><\/p>\n<p>Si l&rsquo;on pouvait sortir de notre Galaxie et aller vers <em>Androm\u00e8de<\/em> dans un vaisseau du futur, on s&rsquo;apercevrait vite que toutes les \u00e9toiles de notre ciel ainsi que nos constellations famili\u00e8res, <em>Orion<\/em>, <em>Cassiop\u00e9e<\/em> &#8230; sont maintenant derri\u00e8re nous, et que le vide commence jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine galaxie rencontr\u00e9e. Si des personnages nous observent de l\u00e0-bas, ils voient des \u00e9toiles dans leur ciel &#8211; les leurs &#8211; et au travers ils aper\u00e7oivent la Galaxie au loin,\u00a0 celle avec une majuscule, la notre, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont du coup aucune raison d&rsquo;appeler la Voie Lact\u00e9e puisqu&rsquo;ils en ont une \u00e0 eux.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[20\/04\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">VERROUILLONS LE NUM\u00c9RIQUE\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 (humour!)<\/span><\/h6>\n<h6><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7876 aligncenter\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_5.jpg\" alt=\"\" width=\"55\" height=\"49\" \/><\/h6>\n<p>Nous autres utilisateurs d&rsquo;ordinateurs, frappeurs au long cours de claviers parfois capricieux et farceurs, nous avons tous fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une touche de <strong><em>verrouillage num\u00e9rique<\/em><\/strong> (\u00ab\u00a0<strong><em>VERR NUM\u00a0\u00bb<\/em><\/strong>) enfonc\u00e9e par inadvertance, qui transforme alors les sollicitations du pav\u00e9 num\u00e9rique en sauts intempestifs d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du document.<\/p>\n<p>Invariablement, l\u2019utilisateur se trouvant dans une telle situation va r\u00e9p\u00e9ter son geste et se d\u00e9battre de plus belle avec des bonds saugrenus et \u00e9nervants jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il r\u00e9alise que le t\u00e9moin lumineux associ\u00e9 \u00e0 la touche \u00ab <strong><em>VERR NUM<\/em><\/strong> \u00bb est \u00e9teint, et qu\u2019il faut donc r\u00e9enclencher celle-ci, une fois de plus.<\/p>\n<p>Que de temps perdu, voil\u00e0 maintenant un utilisateur agac\u00e9 et d\u00e9concentr\u00e9, c\u2019est dommage.<\/p>\n<h5><strong>Mais \u00e0 quoi sert cette touche, et surtout qui l\u2019utilise\u00a0?<\/strong><\/h5>\n<p>Selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, sur les 4 milliards d\u2019utilisateurs de <em>PC<\/em> interrog\u00e9s, seules trois personnes l\u2019ont un jour utilis\u00e9e (une en Argentine, une \u00e0 Born\u00e9o et un fran\u00e7ais, \u00e2g\u00e9 de trois ans au moment de l\u2019\u00e9tude).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude pr\u00e9conise la neutralisation pure et simple de cette touche inutile et publie \u00e0 cet effet un tutoriel simple, reproduit ci-dessous.<\/p>\n<p>Il faudra pour cela vous munir d\u2019un simple couteau \u00e0 hu\u00eetres, d\u00e9crocher d\u2019un coup la touche fautive, la massacrer d\u00e9licatement avec un outil contondant, genre grosse tenaille bien coupante, et reposer la touche d\u00e9sormais inoffensive sur le clavier, comme si de rien n\u2019\u00e9tait.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 4 milliards d\u2019utilisateurs apais\u00e9s pour la vie et plus productifs que jamais !<\/p>\n<p><strong><em>Attention cependant<\/em><\/strong><em>, il faut bien s\u2019assurer que le t\u00e9moin lumineux est actif au moment o\u00f9 l\u2019on rectifie la touche. Dans le cas contraire, l\u2019utilisateur se d\u00e9battrait avec les bonds en travers du document pour le restant de sa vie \u2026<\/em><\/p>\n<h4><strong>Le tutoriel \u21d3<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7883\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_1.jpg\" alt=\"\" width=\"687\" height=\"452\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_1.jpg 687w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_1-300x197.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 687px) 100vw, 687px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7878\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_2.jpg\" alt=\"\" width=\"676\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_2.jpg 676w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_2-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 676px) 100vw, 676px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7879\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_3.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"388\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_3.jpg 650w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_3-300x179.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7880\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_4-1.jpg\" alt=\"\" width=\"567\" height=\"354\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_4-1.jpg 567w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/VERR_NUM_4-1-300x187.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/p>\n<p>Dans une prochaine \u00e9tude nous verrons comment \u00e9teindre d\u00e9finitivement la lumi\u00e8re verte associ\u00e9e \u00e0 la touche, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un simple burin de pl\u00e2trier \u00e0 pointe effil\u00e9e.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[16\/06\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\"><span style=\"color: #000000;\">Sale campagne<\/span><\/h6>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Je n&rsquo;avais encore jamais vu autant de flots de gens allant en tous sens, aussi vite, sur tant de routes.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert le m\u00e9tro, son odeur, son bruit dans les tunnels, l&rsquo;\u00e9clairage cru des compartiments, ses passagers nombreux, tass\u00e9s, fatigu\u00e9s, aux costumes \u00e9lim\u00e9s, conversant parfois seuls.<\/p>\n<p>Des trottoirs o\u00f9 il fallait ne pas quitter ses pieds des yeux au risque de partir en glissade. Et partout dans Paris des odeurs malsaines, des grilles d&rsquo;o\u00f9 montait du sous-sol un souffle chaud et naus\u00e9abond. Le s\u00e9jour parisien a dur\u00e9 une semaine et c&rsquo;est avec soulagement que la petite famille regagna ses vallons meusiens.<\/p>\n<p>Je suis retourn\u00e9 \u00e0 Paris de nombreuses fois mais je n&rsquo;ai jamais oubli\u00e9 cette premi\u00e8re exp\u00e9rience. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 par la suite que les habitants des grandes couronnes urbaines puissent \u00e9voquer la campagne en lui associant une sorte de culture de l&rsquo;excr\u00e9ment, cela me parait un comble.<\/p>\n<p>Une illustration avec cette petite histoire dr\u00f4le bien innocente : Un jeune homme de la ville bien habill\u00e9 observe un homme de la campagne cultiver son potager et notamment d\u00e9poser un peu de fumier sur ses fraisiers. Il est tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 et lui demande alors pourquoi il fait cela. \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour que les fraises aient meilleur go\u00fbt\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond le jardinier. Le jeune homme de la ville lui dit alors \u00ab\u00a0c&rsquo;est curieux, chez moi, je mets du sucre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A la campagne plus qu&rsquo;\u00e0 la ville parait il, il peut arriver de poser un pied \u00e0 m\u00eame la terre. Nos anc\u00eatres travaillant dans les champs souillaient ainsi leurs sabots, que la litt\u00e9rature pr\u00e9tend du coup crott\u00e9s. Ne sait-on pas faire la diff\u00e9rence ?<\/p>\n<p>Un autre terme r\u00e9pandu est celui de \u00ab\u00a0cul-terreux\u00a0\u00bb. Cette fois la terre se voit officiellement reli\u00e9e au fondement. Pourquoi donc ? Dans celui de bouseux, on comprend que le biotope o\u00f9 s&rsquo;\u00e9panouit l&rsquo;homme du terroir est la bouse de vache. Cela porte bonheur dit-on.<\/p>\n<p>Parfois une campagne particuli\u00e8rement \u00e9loign\u00e9e du tumulte des cit\u00e9s se verra qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0trou du cul du monde\u00a0\u00bb. Et qui n&rsquo;adh\u00e8re pas au proc\u00e8s des ruminants des pr\u00e9s r\u00e9duits \u00e0 de grossiers appareils digestifs qui d\u00e9gradent dramatiquement l&rsquo;atmosph\u00e8re si pure des villes.<\/p>\n<p>A part de grosses concentrations fermi\u00e8res voulues par les seuls hommes, aucune odeur d\u00e9sagr\u00e9able ne peut choquer \u00e0 la campagne. Le parfum des foins, de la terre chauff\u00e9e au soleil, de la plus petite fleur, du vent, m\u00eame de la pluie, est celui du bonheur de vivre dans un habitat naturel. Le regard condescendant du citadin suffoquant dans sa promiscuit\u00e9 et le triste anonymat des grandes couronnes lui permet sans doute de se valoriser, de le rassurer sur un choix de vie qui le fait peut-\u00eatre souffrir, mais plus richement codifi\u00e9 que ne le serait celui de l&rsquo;homme du terroir, si \u00e9l\u00e9mentaire et mal d\u00e9grossi. Peut-\u00eatre l&rsquo;un et l&rsquo;autre devraient-ils se rencontrer.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui les villes se boisent ici et l\u00e0, les squares fleurissent, les oiseaux montrent le bec. Peut-\u00eatre que sans son avenir, l&rsquo;homme aura \u00e9volu\u00e9 en une esp\u00e8ce plus adapt\u00e9e aux fourmili\u00e8res humaines denses aux principes complexes et m\u00e9caniques o\u00f9 l&rsquo;individu se sera simplifi\u00e9, entra\u00een\u00e9 dans une danse sans fin de gestes compliqu\u00e9s inconnus de l&rsquo;homme du terroir, ce dernier vivant dans une entit\u00e9 territoriale de taille humaine, celle que tous ses anc\u00eatres ont foul\u00e9e avant lui, o\u00f9 les visages des hommes, femmes, enfants, anc\u00eatres sont bien connus. Un homme toujours complexe dans les codes subtils de la nature intemporelle et ses invisibles courants telluriques.<\/p>\n<p>Je vais m&rsquo;autoriser deux caricatures, fond\u00e9es sur mes quelques rencontres avec des parisiens et ceux qu&rsquo;ils appellent des provinciaux :<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment le parisien semble se repr\u00e9senter son pays : D&rsquo;abord une grande capitale, puis une succession de couronnes, de plus en plus profondes, de plus en plus primitives et sauvages.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment le provincial semble concevoir son pays : un territoire hexagonal, parsem\u00e9 de villes grandes et petites, de villages, de collines et de rivi\u00e8res.<\/p>\n<p>Si nombre de parisiens m\u00e9prisent les gens de la campagne, nombre de provinciaux fuient Paris, qu&rsquo;ils connaissent bien plus que les parisiens ne connaissent la campagne.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[01\/10\/2025]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Passion de la moto<\/h6>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/MG700.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8254\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/MG700.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"246\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/MG700.jpg 538w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/MG700-300x205.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/a><\/p>\n<p>J&rsquo;ai connu vers l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans la passion de la moto. Une passion n\u00e9e du p\u00e9nible trajet quotidien accompli \u00e0 v\u00e9lo par tous temps, un engin lourd \u00e0 la cha\u00eene capricieuse, si vuln\u00e9rable au vent de face. Arriv\u00e9 au coll\u00e8ge, je rangeais le v\u00e9lo sous le pr\u00e9au des deux-roues. Tout au fond les \u00e9l\u00e8ves de terminale y garaient leur moto.<\/p>\n<p>Je ne connaissais du monde de la moto que les bolides filant bruyamment \u00e0 grande vitesse sous les protestations des pi\u00e9tons ayant d\u00fb faire un pas en arri\u00e8re en se bouchant les oreilles. Je n&rsquo;en voyais jamais de pr\u00e8s, et l\u00e0 sous ce pr\u00e9au, on pouvait les voir stationn\u00e9es, tourner autour et se dire qu&rsquo;un jour, on en aurait une aussi. Se rendre au lyc\u00e9e en deux-roues motoris\u00e9 devait \u00eatre une exp\u00e9rience extraordinaire. Observant ces m\u00e9caniques aux tubulures myst\u00e9rieuses, je commen\u00e7ais \u00e0 appr\u00e9cier leur ligne et les reconna\u00eetre dans la rue.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 70 \u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;\u00e9closion des motos japonaises, les fameuses marques <em>Honda<\/em>, <em>Yamaha<\/em>, <em>Suzuki<\/em> et <em>Kawasaki<\/em>. Les anciens jetaient un \u0153il critique sur ces engins venus d&rsquo;Extr\u00eame Orient. Ils \u00e9voquaient plus volontiers les motos am\u00e9ricaines de la guerre, les belles anglaises ou fran\u00e7aises, les vieilles <em>BMW<\/em>. Mais celles qui passaient devant moi \u00e9taient le plus souvent japonaises. Et elles \u00e9taient partout, on en parlait dans la presse, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Ma tante se mit \u00e0 d\u00e9couper \u00e0 mon intention la superbe image hebdomadaire du magazine <em>T\u00e9l\u00e9-Poche<\/em>, publi\u00e9e dans une bien nomm\u00e9e rubrique \u00ab\u00a0<em>La grande aventure des deux-roues<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_1975.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8243\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_1975.jpg\" alt=\"\" width=\"509\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_1975.jpg 872w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_1975-300x226.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_1975-768x578.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 509px) 100vw, 509px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re moto fut une <em>Guzzi 700 V7,<\/em> dont j&rsquo;ai attendu longtemps la livraison. Elle \u00e9tait en plastique, mesurait 8 cm de long et avait \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par des points \u00e0 d\u00e9couper, coller et envoyer au marchand de yaourts <em>Stenval<\/em> achet\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9picier ambulant. Les points furent collect\u00e9s et exp\u00e9di\u00e9s en temps voulu mais le d\u00e9lai de r\u00e9ponse se comptera en mois, au cours desquels je demanderai chaque jour \u00e0 ma Maman, de retour de l&rsquo;\u00e9cole si ma <em>Moto Guzzi<\/em> est enfin arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Mon d\u00e9sespoir devint si visible qu&rsquo;une belle moto miniature rouge, m\u00e9tallique, me fut offerte un jour, de marque <em>MV<\/em>. Un mod\u00e8le que je n&rsquo;avais jamais vu dans mon quartier, et une marque inconnue. Que signifiait <em>MV<\/em> ? \u00c9tait-ce une moto japonaise ou bien anglaise ?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8242\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5.jpg\" alt=\"\" width=\"432\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5.jpg 1600w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5-300x200.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5-768x512.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mv5-1024x683.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Je re\u00e7us finalement la <em>Moto Guzzi<\/em> alors que je ne l&rsquo;attendais plus. Entretemps une petite collection s&rsquo;\u00e9tait constitu\u00e9e. Outre la <em>MV<\/em>, une petite <em>Honda 750<\/em> fit son apparition, achet\u00e9e par mes soins au grand magasin <em>Barisia<\/em> de <em>Bar-le-Duc<\/em>, aujourd&rsquo;hui <em>Monoprix<\/em>, sous les yeux m\u00e9fiants d&rsquo;une grosse dame en blouse rose, pour qui un adolescent d\u00e9ambulant seul dans les rayons \u00e9tait forc\u00e9ment un chapardeur \u00e0 ne pas quitter des yeux. Une <em>BMW<\/em>, toujours miniature mais d&rsquo;\u00e9chelle un peu plus grande viendra \u00e0 son tour, avec ses bras de suspension fonctionnant pour de bon. Une autre fois mon p\u00e8re de retour d&rsquo;un s\u00e9minaire parisien aura dans sa valise une <em>Harley-Davidson<\/em> bleue, m\u00e9tallique et de m\u00eame \u00e9chelle que la <em>BMW<\/em>.<\/p>\n<p>A ces belles maquettes s&rsquo;ajoutaient de plus petites attrap\u00e9es contre une pi\u00e8ce de monnaie dans les distributeurs de f\u00eates foraines.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tirette.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8250\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tirette.jpg\" alt=\"\" width=\"419\" height=\"314\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tirette.jpg 640w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tirette-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 419px) 100vw, 419px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La moto devint une passion obs\u00e9dante. Je tentais de construire des maquettes avec ciseaux et carton, elles n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re r\u00e9ussies. Je contemplais \u00e0 n&rsquo;en plus finir les images de <em>T\u00e9l\u00e9-poche<\/em> qui s&rsquo;accumulaient. L&rsquo;une d&rsquo;elles montrait une <em>Norton Roadster \u00ab\u00a0Commando\u00a0\u00bb 850<\/em>. La machine \u00e9tait photographi\u00e9e de trois-quarts, de sorte que sa forme globale n&rsquo;\u00e9tait pas bien d\u00e9celable, laissant \u00e0 l&rsquo;imagination le loisir d&rsquo;y dessiner la plus belle moto qui ait jamais \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue. Je connaissais par c\u0153ur le paragraphe qui la d\u00e9crivait et dont je comprenais peu de choses. Qu&rsquo;\u00e9tait-ce qu&rsquo;un culbuteur, \u00e0 quoi servait un cylindre au juste ? et un kick de d\u00e9marrage ? Internet n&rsquo;existait pas. Cette <em>Norton<\/em> de couleur rouge vermillon &#8211; rest\u00e9e depuis lors ma couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e &#8211; deviendra mon but ultime, celui de la voir de mes yeux, de la poss\u00e9der un jour, de sillonner de la plus belle fa\u00e7on les rues et les routes de mon village \u2026<\/p>\n<p>Au cours des mois \u00e9coul\u00e9s, j&rsquo;avais progress\u00e9. Je savais par exemple que les motos gar\u00e9es sous le pr\u00e9au de mon lyc\u00e9e-coll\u00e8ge n&rsquo;en \u00e9taient pas vraiment. C&rsquo;\u00e9taient des \u00ab\u00a0<em>125<\/em>\u00ab\u00a0, des petites motos qui se conduisaient sans le vrai permis. Je comprenais aussi que beaucoup de celles qui traversaient mon village \u00e9taient d&rsquo;optimistes cyclomoteurs \u00e0 p\u00e9dales styl\u00e9s aux airs de moto, souvent de marque <em>Malagut<\/em>i, munis d&rsquo;une bo\u00eete de vitesse et d&rsquo;un si\u00e8ge biplace.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 que ma grande s\u0153ur r\u00e9clame un cyclomoteur, comme ses deux copines. Apr\u00e8s quelques mois on se rend mon p\u00e8re et moi chez le revendeur local de deux-roues. Un brave cyclo <em>Peugeot<\/em> d&rsquo;occasion de couleur grise est disponible pour pas trop cher. Ma s\u0153ur est radieuse et se rend enfin au lyc\u00e9e avec cette merveille. Rapidement je parviens \u00e0 l&rsquo;essayer \u00e0 mon tour et d\u00e9couvre le plaisir de rouler sans plus p\u00e9daler, bien plus vite que je l&rsquo;imaginais, dans un bruit qui se m\u00eale \u00e0 la caresse du vent. Ma s\u0153ur me d\u00e9l\u00e8gue de bon c\u0153ur la mission de faire le plein d&rsquo;essence quand il le faut. Ce sera pour moi l&rsquo;occasion de belles balades motoris\u00e9es.<\/p>\n<p>Quelques mois ont encore pass\u00e9. A mon tour j&rsquo;exprime le souhait d&rsquo;avoir ma propre <em>mobylette<\/em>. J&rsquo;ai si bien travaill\u00e9 pendant les grandes vacances et re\u00e7u tant de compliments que le refus est compliqu\u00e9. Je comprends que ma passion inqui\u00e8te mes parents. Ils voient se profiler le danger de la vitesse et pr\u00e9f\u00e8reraient une passion pour les poissons rouges. Ils esp\u00e8rent sans doute que cela ne d\u00e9passera pas le stade du cyclomoteur. Le revendeur local nous dirige cette fois vers une <em>Motoconfort<\/em> bleue \u00e0 amortisseurs avant et arri\u00e8re. Toujours d&rsquo;occasion. Ce sera la symbiose, une moto en r\u00e9duction, en attendant la <em>Norton<\/em> un jour.<\/p>\n<p>A la faveur d&rsquo;un festival des fanfares se d\u00e9roulant dans une grande ville touristique d&rsquo;Alsace, je verrai enfin de mes yeux quantit\u00e9 de motos que je ne connaissais qu&rsquo;en image.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 que les motos disparaissent peu \u00e0 peu de mon esprit. Leur esth\u00e9tique moderne prend des libert\u00e9s qui les \u00e9loignent du mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral qui m&rsquo;avait tant s\u00e9duit. Des car\u00e9nages fleurissent, illustrant certes la puissance et les performances mais qui dissimulent les formes des machines, c&rsquo;est dommage. Le temps passe, il m&rsquo;arrive de conduire la <em>Renault 4L<\/em> du parrain du haut de mes 14 ans, la <em>Peugeot 304S<\/em> familiale pour de minuscules trajets, et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;automobile, apparu \u00e0 la plus tendre enfance et jamais \u00e9teint, se pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>A 18 ans et un mois j&rsquo;aurai mon permis auto, la vieille <em>4L<\/em> du parrain, mais n&rsquo;aurai jamais eu de moto \u00e0 moi. Il est pourtant encore temps mais le c\u0153ur est ailleurs, dans les voitures dont je connaitrai par c\u0153ur, gr\u00e2ce \u00e0 quelques magazines et catalogues sp\u00e9cialis\u00e9s, les caract\u00e9ristiques les plus fines.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e2ge de trente ans, je repenserai \u00e0 la moto pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode. Le r\u00eave de jeunesse est encore r\u00e9alisable. Je dois passer pour cela mon permis. Mais laquelle choisir ensuite, o\u00f9 diriger mes r\u00eaves quand la <em>Norton<\/em> de mon adolescence est si loin. Je r\u00e9alise que le temps n\u00e9cessaire pour former le r\u00eave d&rsquo;une vie est tellement plus long que la pr\u00e9sence d&rsquo;un mod\u00e8le au catalogue. S&rsquo;acheter la moto ou la voiture \u00ab\u00a0de ses r\u00eaves\u00a0\u00bb est un slogan trompeur, c&rsquo;est impossible \u00e0 jamais, les \u00e9chelles de temps ne sont pas les m\u00eames.<\/p>\n<p>Avan\u00e7ant n\u00e9anmoins dans cette concr\u00e9tisation, je comprends que la moto est un objet indissociable de son monde, celui du motard. Or je ne me sens pas du tout motard. Les moteurs puissants et p\u00e9taradants n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Je trouve pu\u00e9rile la salutation mutuelle et syst\u00e9matique des motards venant \u00e0 se croiser, ainsi que le merci du pied dos tourn\u00e9, le d\u00e9nigrement permanent et ironique de la \u00ab\u00a0bagnole\u00a0\u00bb. J&rsquo;ach\u00e8te quelques magazines, d\u00e9plore qu&rsquo;on y voie si peu de motos et tellement de motards. L&rsquo;un d&rsquo;eux rec\u00e8le une rubrique o\u00f9 les lecteurs s&rsquo;expriment. J&rsquo;y lis l&rsquo;hommage rendu par un motard \u00e0 son pote <em>Thierry<\/em>, mort r\u00e9cemment sur la route.<\/p>\n<p>Le lecteur rappelle que <em>Thierry<\/em> \u00e9tait un vrai motard, qu&rsquo;il avait commenc\u00e9 avec une <em>250<\/em> et \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 des machines toujours plus puissantes. Aucune marque n&rsquo;\u00e9tait cit\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration, c&rsquo;\u00e9tait inutile entre connaisseurs, dire <em>250 XTS<\/em> ou <em>750 XJS<\/em> \u00e9tait bien suffisant. Pas encore pour moi, tentant d&rsquo;identifier avec peine les mod\u00e8les \u00e9voqu\u00e9s. La conclusion de l&rsquo;hommage finit par me convaincre que je ne serais sans doute jamais un motard. La derni\u00e8re phrase \u00e9tait \u00ab\u00a0et c&rsquo;est au guidon de sa <em>1200 STR<\/em> que <em>Thierry est<\/em> mort, renvers\u00e9 par une bagnole. Bien que sensible \u00e0 la d\u00e9tresse du r\u00e9dacteur, la pens\u00e9e qui m&rsquo;est venue \u00e0 l&rsquo;esprit est que lorsqu&rsquo;on est capable de citer une s\u00e9rie de mod\u00e8les de fa\u00e7on aussi experte, on devrait pouvoir dire au moins <em>Laguna<\/em> ou <em>Golf<\/em> et non bagnole, aveu d&rsquo;un antagonisme obstin\u00e9, sans doute f\u00e9d\u00e9rateur.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai rencontr\u00e9 cet \u00e9tat d&rsquo;esprit vengeur chez certains de mes coll\u00e8gues par la suite. Plusieurs \u00e9taient tour \u00e0 tour motards et automobilistes. Quand ils s&rsquo;exprimaient du point de vue du premier, ils se montraient impitoyables envers ces derniers, tous vus de la m\u00eame fa\u00e7on, tous identiques, de v\u00e9ritables assassins, eux aussi du coup ? \u2026<\/p>\n<p>De nos jours, des boutiques de motos anciennes ouvrent ici et l\u00e0. J&rsquo;y ai vu un jour \u00ab\u00a0ma\u00a0\u00bb <em>Norton Commando 850<\/em>. Enfin, elle \u00e9tait l\u00e0, sous mes yeux, bien mise en valeur sur le trottoir du magasin. J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 prendre une photo. J&rsquo;ai \u00e9chang\u00e9 quelques mots avec le marchand. Le prix demand\u00e9 \u00e9tait \u00e9lev\u00e9, beaucoup trop pour cette vieille moto, finalement moins jolie que celle id\u00e9alis\u00e9e par mon imagination d&rsquo;adolescent.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_2024-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8244\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_2024-1.jpg\" alt=\"\" width=\"464\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_2024-1.jpg 674w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_2024-1-279x300.jpg 279w\" sizes=\"auto, (max-width: 464px) 100vw, 464px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais compl\u00e8tement oubli\u00e9 l&rsquo;offre des yaourts <em>Stenval<\/em> et leurs points \u00e0 d\u00e9couper. Les souvenirs \u00e9taient bien fugaces quand, cinquante ans plus tard je vis passer les images ci-dessous sur internet. Comment la personne qui les y avait d\u00e9pos\u00e9es avait-elle pu les extirper d&rsquo;un aussi lointain pass\u00e9 ? Tout me revint en m\u00e9moire, en particulier les diff\u00e9rents mod\u00e8les propos\u00e9s. Il y avait la <em>Moto Guzzi<\/em> bien s\u00fbr, et aussi la <em>Laverda 750<\/em>, une <em>Norton<\/em> &#8211; pas celle de mes r\u00eaves &#8211; et une tr\u00e8s bizarre <em>Chopper<\/em> am\u00e9ricaine. Une date \u00e9tait lisible : le 15 mars 1975, date limite d&rsquo;envoi des points.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8248\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-3.jpg\" alt=\"\" width=\"502\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-3.jpg 949w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-3-300x217.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-3-768x554.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8247\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2.jpg\" alt=\"\" width=\"362\" height=\"494\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2.jpg 1172w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2-220x300.jpg 220w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2-768x1048.jpg 768w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-2-750x1024.jpg 750w\" sizes=\"auto, (max-width: 362px) 100vw, 362px\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8249\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-4.jpg\" alt=\"\" width=\"553\" height=\"305\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-4.jpg 899w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-4-300x166.jpg 300w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/stenval-4-768x424.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 553px) 100vw, 553px\" \/><\/a><\/p>\n<p>J&rsquo;ai malheureusement copi\u00e9 les images sans noter sur le coup les coordonn\u00e9es du site qui les diffusait, je ne peux donc pas cr\u00e9diter l&rsquo;auteur. Je lui dis un grand merci pour ces images que je n&rsquo;aurais jamais cru revoir.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai maintenant 45 ans de permis voiture. Je n&rsquo;ai jamais percut\u00e9 ni g\u00ean\u00e9 un motard, je n&rsquo;ai jamais laiss\u00e9 couler de gas-oil glissant au pied de la pompe mais je constate encore souvent la mauvaise humeur \u00e0 fleur de peau du motard de passage, englu\u00e9 par le flot de viles voitures.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui serais-je capable de r\u00e9ussir le permis moto ? Et de circuler \u00e0 moto ensuite ? Je connais les panneaux bien s\u00fbr mais se d\u00e9placer en moto au sein des flux d&rsquo;automobiles me semble difficile.<\/p>\n<p>En voiture, j&rsquo;ai ma place, ma voie, mon allure mod\u00e9r\u00e9e, ma patience. Les motards que je vois me semblent oblig\u00e9s de s&rsquo;extraire en permanence des flots de circulation, de d\u00e9border des voies routi\u00e8res. Ce que l&rsquo;on appelle s\u00e9v\u00e8rement <em>slalom<\/em> est peut-\u00eatre le signe que la route ne se partage pas de si bon gr\u00e9, les files de voitures \u00e9touffant par leur nombre les motos qui ne semblent pas pouvoir s&rsquo;y ins\u00e9rer de fa\u00e7on naturelle. Je parie que le jour o\u00f9 les motos seront plus nombreuses que les autos, ce sont ces derni\u00e8res qui peineront \u00e0 exister, ces deux flux ne sont pas synchronisables et je me demande bien pourquoi.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_Commando_1975-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8246\" src=\"http:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_Commando_1975-1.jpg\" alt=\"\" width=\"524\" height=\"348\" srcset=\"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_Commando_1975-1.jpg 700w, https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Norton_Commando_1975-1-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 524px) 100vw, 524px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Marchant en ville, il m&rsquo;arrive souvent de m&rsquo;arr\u00eater devant une belle moto gar\u00e9e devant moi, et j&rsquo;admire alors le talent et l&rsquo;inspiration in\u00e9puisable des constructeurs, se renouvelant sans cesse, dessinant des lignes os\u00e9es et pourtant toujours coh\u00e9rentes et s\u00e9duisantes. Une chose r\u00e9sume la beaut\u00e9 particuli\u00e8re sans ce domaine : le moteur, o\u00f9 chaque d\u00e9tail est agr\u00e9able \u00e0 l&rsquo;\u0153il, quand celui d&rsquo;une voiture est un amas incompr\u00e9hensible et informe, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent de si tristes organes qu&rsquo;on se d\u00e9p\u00eache de refermer le capot !<\/p>\n<p><em>Cr\u00e9dit des images<\/em> :<\/p>\n<p><strong>Images Stenval<\/strong> : merci \u00e0 l&rsquo;auteur, je n&rsquo;ai pas retrouv\u00e9 le site o\u00f9 je les ai trouv\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Petite moto MV<\/strong> : https:\/\/www.carmodel.com\/fr\/politoys-polistil\/gt55\/1-24\/mv-agusta\/750-gt-motorcycle\/99680<br \/><strong>Tirette de f\u00eate foraine<\/strong> : https:\/\/fr.pinterest.com\/pin\/468163323740008675\/<br \/><strong>Norton Roadster 850<\/strong> \u00a0\u00bb Grande Aventure des Deux Roues &#8211; T\u00e9l\u00e9poche : https:\/\/www.motopoche.com<br \/><strong>Moto Guzzi<\/strong> : https:\/\/www.postwarclassic.fr\/474825-moto-guzzi-v7-special-1971<\/p>\n<p><strong>Norton Roadster 85<\/strong> : www.lerepairedesmotards.com<\/p>\n<hr \/>\n<p>[25\/03\/2026]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Je me suis fait tout seul<\/h6>\n<div class=\"entry clearfix\">\n<p>Comme beaucoup d\u2019autres sans doute.<\/p>\n<p>J\u2019ai eu la chance d\u2019avoir de bons atouts d\u00e8s le d\u00e9part.<br \/>Mes parents \u00e9taient parfaits, deux cellules avec membrane, noyau et une partie compl\u00e9mentaire du plan g\u00e9n\u00e9tique de d\u00e9veloppement. Ces deux cellules fusionn\u00e8rent, devinrent d\u2019un coup un \u00eatre en construction, je me retrouvai ainsi pr\u00eat \u00e0 conna\u00eetre la vie, d\u00e9couvrir le r\u00e9el, l\u2019existence, ses joies, vivre de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais j\u2019\u00e9tais seul, n\u2019ayant \u00e0 ma disposition que le plan de ma propre construction, tout entier, rien que pour moi. Il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 appliquer l\u2019assemblage des prot\u00e9ines, c\u2019\u00e9tait plus facile qu\u2019il semblait, cela marchait pour ainsi dire tout seul. Je me divisai d\u2019abord en deux et fis l\u2019exp\u00e9rience de cette curieuse situation. J\u2019\u00e9tais maintenant une personne unique mais compos\u00e9e. Je continuai le processus de division, me sentant toujours plus grand, plus complet, plus heureux \u00e0 chaque multiplication intervenant en moi. Tout allait tr\u00e8s vite, l\u2019exp\u00e9rience \u00e9tait intense et ne me laissait gu\u00e8re de r\u00e9pit pour m\u2019interroger sur le pass\u00e9, mes souvenirs. Je n\u2019en avais encore aucun, hormis ma premi\u00e8re division qui avait \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e8nement saisissant. Ma construction allait bon train, chaque cellule cr\u00e9\u00e9e par les nouvelles divisions h\u00e9ritait \u00e0 son tour du plan \u00e0 appliquer. Je me sentais de mieux en mieux, en pleine possession de mes moyens, d\u00e9bordant de sant\u00e9 et d\u2019app\u00e9tit, d\u00e9vorant de toutes parts glucose et oxyg\u00e8ne \u00e0 pleines dents.<\/p>\n<p>Puis il fallut songer \u00e0 la sp\u00e9cialisation des tissus, construire de nouvelles cellules diff\u00e9rentes, compl\u00e9mentaires, constituant les premiers organes, le squelette. Cela devenait s\u00e9rieux, j\u2019\u00e9tais maintenant un organisme complexe, travaillant sans rel\u00e2che \u00e0 l\u2019aboutissement d\u2019une forme finale, adulte en quelque sorte, bient\u00f4t pr\u00eate \u00e0 vivre pleinement avec autonomie. Mais j\u2019ignorais tout de ce futur et bien que je me sente vibrant de sant\u00e9, je ressentais parfois une petite crainte, la peur de l\u2019inconnu. J\u2019\u00e9tais capable de bouger, mes mouvements rencontraient des r\u00e9sistances comme s\u2019ils butaient sur les limites de mon univers. Ainsi je vivais donc \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un espace fini.<\/p>\n<p>Des sons parfois d\u00e9sagr\u00e9ables, parfois tr\u00e8s doux venaient \u00e0 moi, comme si la vie me parlait, me caressait, m\u2019impr\u00e9gnait d\u2019amour de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des parois de l\u2019univers. Des parois qui se resserraient autour de moi \u00e0 mesure que je me construisais. Je ressentais des ballottements, parfois des secousses, des vibrations et n\u2019en comprenais pas la raison. A un moment, je compris que les choses \u00e9taient peut-\u00eatre en train de mal tourner et que la vie n\u2019allait pas pouvoir continuer pour moi, qu\u2019allait-il advenir ? Tout bourdonnait, j\u2019entendais toujours des voix mais elles me remplissaient maintenant d\u2019angoisse, que pouvait-il se passer ? jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent je m\u2019\u00e9tais senti autonome dans ma construction mais une page se tournait, il se passait des choses autour de moi, ce n\u2019\u00e9tait pas normal.<\/p>\n<p>Puis l\u2019univers m\u2019enserra, tellement fort que je me sentis pouss\u00e9, entra\u00een\u00e9 par un courant. Je percevais des sons, des voix, J\u2019avais peur et je d\u00e9couvris la douleur d\u2019\u00eatre compress\u00e9, introduit dans un canal que je n\u2019avais pas remarqu\u00e9, mes yeux me br\u00fbl\u00e8rent soudain, je ne connaissais que l\u2019obscurit\u00e9 et voil\u00e0 qu\u2019une source lumineuse les emplissait, de plus en plus intense. Puis les voix se firent assourdissantes partout autour de moi, mon corps ressentit pour la premi\u00e8re fois le froid, mais o\u00f9 \u00e9tais-je, jamais je ne m\u2019\u00e9tais senti si pesant et maladroit dans mes mouvements. Je reconnus enfin la douce voix qui me parlait depuis si longtemps, mes bras se prolongeaient jusqu\u2019\u00e0 la toucher, c\u2019\u00e9tait comme si je me divisais \u00e0 nouveau. A ce moment mon corps se mit \u00e0 enfler douloureusement, j\u2019avais mal, puis il se d\u00e9gonfla et recommen\u00e7a, je respirais, \u00e7a ne faisait plus mal, je me sentais de nouveau heureux, vivant. J\u2019\u00e9prouvai alors un immense vide au creux du corps, j\u2019avais faim pour la premi\u00e8re fois, il fallait que j\u2019attrape la voix douce de toutes mes forces, mes l\u00e8vres cherchaient, cherchaient, j\u2019avais si faim que je sentais mes forces m\u2019abandonner, la vie me quittait, puis la voix douce me guida et le lait entra dans ma bouche et me sauva, j\u2019\u00e9tais bien, rempli de bonheur, il faisait chaud de nouveau, j\u2019\u00e9tais heureux, j\u2019\u00e9tais la vie.<\/p>\n<hr \/><\/div>\n<p>[14\/04\/2026]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Le chien, le loup, et le petit mouton<\/h6>\n<p>Ceci est l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune mouton qui en l&rsquo;espace de quelques mois connut l&rsquo;amour puis la mort.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai grandi dans un village de Lorraine, dans les ann\u00e9es 60 et 70. Le village n&rsquo;\u00e9tait pas minuscule ni enfoui au c\u0153ur des vallons, mais plut\u00f4t proche d&rsquo;une pr\u00e9fecture et des administrations. On apprenait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole que la densit\u00e9 du d\u00e9partement \u00e9tait parmi les plus faibles de France. Ainsi, les villageois poss\u00e9daient tous de nombreux terrains attenants \u00e0 leur maison, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9brouaient des animaux domestiques, lapins, poules et coqs, parfois deux ou trois moutons et m\u00eame un cochon par ci par l\u00e0. On pouvait aussi voir de paisibles vaches appartenant aux exploitants agricoles locaux.<\/p>\n<p>Nous poss\u00e9dions de longue date quelques moutons. Mon p\u00e8re, agent de l&rsquo;administration, avait toujours regrett\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre pas devenu lui-m\u00eame agriculteur. Les deux premiers moutons avaient \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s Biquette et Gamin. Devenu adulte Gamin se r\u00e9v\u00e9la un m\u00e2le un peu brutal, courant et donnant de s\u00e9v\u00e8res coups de t\u00eate \u00e0 qui approchait.<\/p>\n<p>Ils eurent un fille, Frisette, puis d&rsquo;autres brebis furent acquises et commenc\u00e8rent \u00e0 constituer un petit troupeau. Les premi\u00e8res arriv\u00e9es re\u00e7urent un pr\u00e9nom, pour les suivantes ce sera moins syst\u00e9matique. Le troupeau s&rsquo;\u00e9toffera au fil des ann\u00e9es, pour toucher un jour l&rsquo;effectif d&rsquo;une trentaine de moutons.<\/p>\n<p>Nous disposions de nombreux p\u00e2turages proches et chaque \u00e9t\u00e9 nous pr\u00e9parions en famille le foin pour l&rsquo;hiver. Mon p\u00e8re proc\u00e9dait p\u00e9riodiquement \u00e0 l&rsquo;abatage de quelques b\u00eates. Nous avons ainsi mang\u00e9 de la viande de mouton plus souvent qu&rsquo;\u00e0 notre tour. Si les brebis adultes n&rsquo;\u00e9taient jamais abattues, en revanche les m\u00e2les ne d\u00e9passaient pas cinq ans. J&rsquo;\u00e9tait trop petit pour en comprendre la raison, sans doute leurs propri\u00e9t\u00e9s reproductrices s&rsquo;\u00e9moussaient-elles au bout de quelques temps. Des agneaux \u00e2g\u00e9s d&rsquo;un an et plus, en surnombre, \u00e9taient aussi abattus. Je trouvais cela bien triste mais admettais cette n\u00e9cessit\u00e9 autant que je le pouvais.<\/p>\n<p>Un jour, mon p\u00e8re fut re\u00e7u \u00e0 un concours administratif qui l&rsquo;amena \u00e0 se former dans une \u00e9cole parisienne toute une ann\u00e9e. Il \u00e9tait absent pendant la semaine et rentrait chaque vendredi soir, charge \u00e0 moi, adolescent, de g\u00e9rer au mieux le petit troupeau, l&rsquo;abattage m&rsquo;\u00e9tant heureusement \u00e9pargn\u00e9. Mon p\u00e8re d\u00e9cida dans ces circonstances d&rsquo;adopter un chien, afin de s\u00e9curiser un peu notre relatif isolement. C&rsquo;est ainsi que Sam, un brave berger allemand d&rsquo;une dizaine de mois nous fut procur\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 Protectrice des Animaux. Sam (arriv\u00e9 au foyer un \u00ab\u00a0sam\u00a0\u00bbedi) fut un chien tr\u00e8s doux, tr\u00e8s gourmand, et n&rsquo;ayant jamais manifest\u00e9 la moindre agressivit\u00e9 \u00e0 aucun de nous.<\/p>\n<p>Mais Sam avait un d\u00e9faut, insoup\u00e7onnable, il devenait un loup en pr\u00e9sence d&rsquo;un mouton. D\u00e8s qu&rsquo;il le voyait, qu&rsquo;il le sentait proche, il entrait en transe, tremblant et g\u00e9missant de fureur, ne comprenant pas pourquoi on le retenait de courir vers ces proies. Il se calmait de retour \u00e0 la maison et ne cherchait pas \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper.<\/p>\n<p>Il y eut malgr\u00e9 tout quelques exceptions. Ainsi nous f\u00fbmes un jour bien \u00e9tonn\u00e9s du comportement des moutons \u00e0 port\u00e9e de notre vue, courant en tous sens. Sam \u00e9tait sorti et avait attrap\u00e9 une brebis qu&rsquo;il maintenait au sol en serrant une de ses l\u00e8vres entre ses crocs. J&rsquo;intervins et lib\u00e9rai la pauvre b\u00eate qui reprit ses esprits apr\u00e8s quelques minutes de torpeur. Sa blessure fut d\u00e9sinfect\u00e9e puis elle rejoignit les autres et reprit sa vie. Une autre fois, courant derri\u00e8re un jeune agneau, celui-ci dans la panique heurta une bordure, se brisa net le cou, mourant sur l&rsquo;instant.<\/p>\n<p>Le troupeau devenait important, une bonne vingtaine de b\u00eates, brebis, agneaux et un m\u00e2le, fier, massif, fort, ne laissant aucun agneau conter fleurette \u00e0 une brebis de son cheptel. J&rsquo;avais pris l&rsquo;habitude d&rsquo;observer finement ces animaux. Je connaissais mieux que personne les filiations, l&rsquo;origine des uns ou des autres. J&rsquo;avais ainsi d\u00e9tect\u00e9 un jour un individu \u00e9tranger qui s&rsquo;\u00e9tait ajout\u00e9 clandestinement au troupeau dans des circonstances non \u00e9lucid\u00e9es. Ni le propri\u00e9taire, ni mon p\u00e8re ne l&rsquo;avaient remarqu\u00e9.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9tais aussi aper\u00e7u qu&rsquo;un jeune agneau m\u00e2le d&rsquo;une douzaine de mois, poss\u00e9dant encore sa laine juv\u00e9nile, se montrait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s port\u00e9 sur les choses de l&rsquo;amour. Le m\u00e2le dominant ne manquait pas d&rsquo;intervenir brutalement quand de telles tentatives se d\u00e9roulaient devant ses yeux. Mais le petit m\u00e2le \u00e9tait malin tandis que les brebis se montraient coop\u00e9ratives, et l&rsquo;animal s&rsquo;en donnait \u00e0 c\u0153ur joie dans le dos du m\u00e2le titulaire de la fonction, sans doute d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9 et davantage affair\u00e9 \u00e0 brouter l&rsquo;herbe. Le petit m\u00e2le \u00e9tait ch\u00e9tif, sa toison \u00e9tait hirsute, et ses assiduit\u00e9s permanentes et clandestines le rendaient un peu pitoyable.<\/p>\n<p>Un beau jour, des mois ayant pass\u00e9, voil\u00e0 que Sam rentre \u00e0 la maison h\u00e9b\u00e9t\u00e9 et le poil couvert de sang. Il avait une fois encore \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 notre vigilance. Ma s\u0153ur avant toute chose commen\u00e7a \u00e0 le nettoyer \u00e0 grandes eaux, non sans quelque inqui\u00e9tude. Qu&rsquo;avait-il bien pu arriver ? Qu&rsquo;allions-nous d\u00e9couvrir ?<\/p>\n<p>Nous mont\u00e2mes, mon p\u00e8re, mon fr\u00e8re et moi vers les p\u00e2turages. Nous regardions autour de nous et nous nous dirige\u00e2mes vers le pr\u00e9 proche o\u00f9 les b\u00eates r\u00e9sidaient cette semaine-l\u00e0. Et je n&rsquo;oublierai jamais ce que je vis.<\/p>\n<p>Le troupeau \u00e9tait rassembl\u00e9, les b\u00eates tr\u00e8s serr\u00e9es les unes contre les autres, terroris\u00e9es, formant un cercle presque parfait. Et devant, entre le troupeau et nous, le petit m\u00e2le hirsute, dress\u00e9 sur les quatre pattes qu&rsquo;il \u00e9cartait comme pour rester debout quelques minutes encore. Il faisait face, il s&rsquo;\u00e9tait interpos\u00e9, avait d\u00e9fendu le troupeau, s&rsquo;\u00e9tait sacrifi\u00e9. Il \u00e9tait d\u00e9figur\u00e9, le chien ayant d\u00e9vor\u00e9 la peau de son visage, sa m\u00e2choire \u00e9tait \u00e0 nu. Mon p\u00e8re qui avait pris son couteau de boucher s&rsquo;est approch\u00e9 du petit animal et l&rsquo;a proprement achev\u00e9 apr\u00e8s qu&rsquo;il se soit laiss\u00e9 tomber \u00e0 terre. Peu de sang s&rsquo;\u00e9coula, il ne lui en restait plus. Mon p\u00e8re remarqua la trace de la morsure du loup \u00e0 la gorge, nette, unique, le chien avait saign\u00e9 l&rsquo;animal \u00e0 blanc, un animal h\u00e9ro\u00efque qui avait r\u00e9sist\u00e9 jusqu&rsquo;au bout de ses ultimes forces.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re \u00e9tait d\u00e9courag\u00e9 et ne savait plus quoi faire de ce chien, pourtant si adorable et aim\u00e9 de tous en temps normal.<\/p>\n<p>Puis arriva le terme de la formation parisienne. L&rsquo;\u00e9tape suivante \u00e9tait maintenant la prise d&rsquo;une poste. Ce sera dans une grande ville de Franche-Comt\u00e9. Nous d\u00e9m\u00e9nage\u00e2mes pour la premi\u00e8re fois. Nous serions d\u00e9sormais des citadins, nous prendrions le bus, il nous arrivera de nous rendre au th\u00e9\u00e2tre. Sam \u00e9tait du voyage et on se demandait comment cet animal qui avait v\u00e9cu au grand air de la campagne supporterait la vie dans un appartement en pleine ville.<\/p>\n<p>Sam fut celui qui s&rsquo;acclimata le plus vite \u00e0 cette nouvelle vie. Quelques ann\u00e9es plus tard, un retour temporaire au village de sa jeunesse le mettra en pr\u00e9sence de moutons. Devenu adulte Sam ne leur manifestera plus aucune dangerosit\u00e9.<\/p>\n<p>Je pense souvent \u00e0 ce petit mouton, \u00e0 sa mort horrible, mais aussi \u00e0 sa terne prestance qui cachait pourtant un temp\u00e9rament de h\u00e9ros, que des circonstances terribles r\u00e9v\u00e9leraient le dernier jour de sa vie.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[13\/05\/2026]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Mieux comprendre la \u00ab\u00a0<em>nareusitude<\/em>\u00ab\u00a0<\/h6>\n<p>\u00cates-vous nareux ?<\/p>\n<p>Ce mot vous est peut-\u00eatre inconnu. \u00ab\u00a0Nareux\u00a0\u00bb serait un mot r\u00e9gional, de l&rsquo;est de la France en particulier, il d\u00e9signe un trait de caract\u00e8re que d&rsquo;autres terroirs n&rsquo;ont pas jug\u00e9 utile de nommer.<\/p>\n<p>On peut en lire des d\u00e9finitions ici et l\u00e0 mais je soup\u00e7onne les r\u00e9dacteurs de n&rsquo;avoir pas \u00e9t\u00e9 nareux eux-m\u00eames, tant je les trouve courtes et impr\u00e9cises. Je vais donc vous donner ma propre d\u00e9finition du nareux, puisque j&rsquo;en suis un, du moins si j&rsquo;en crois celles et ceux qui m&rsquo;ont toujours qualifi\u00e9 ainsi.<\/p>\n<p>Un nareux est une personne qui r\u00e9pugne \u00e0 boire dans le verre, manger dans l&rsquo;assiette, ou avec la fourchette d&rsquo;un autre.<\/p>\n<p>Ses proches pensent \u00e0 tort que le nareux redoute les microbes, et lui affirment que sa peur est exag\u00e9r\u00e9e et sans fondement. Alors le nareux r\u00e9p\u00e8te inlassablement ne craindre aucun microbe et qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;autre chose, d&rsquo;un d\u00e9go\u00fbt irr\u00e9pressible, une forme particuli\u00e8re de phobie corporelle de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>La nourriture, le \u00ab\u00a0manger ensemble\u00a0\u00bb, les usages, les pratiques, bonnes ou jug\u00e9es choquantes, son image, les contacts corporels et notamment bucaux qu\u2019elle occasionne, la salive, sont au centre de cette phobie, qui peut parfois s\u2019\u00e9tendre au-del\u00e0.<\/p>\n<p>Le nareux pense &#8211; peut-\u00eatre d\u00e9lire-t-il &#8211; qu&rsquo;autrui projette involontairement une sorte d&#8217;empreinte subtile sur ce qu&rsquo;il touche ou convoite, une pellicule de bu\u00e9e personnelle.<\/p>\n<p>Par exemple, lorsque la ma\u00eetresse de maison d\u00e9coupe le g\u00e2teau en plusieurs parts et qu&rsquo;elle demande \u00e0 chacun laquelle il veut, il suffirait qu&rsquo;une part fasse l&rsquo;objet d&rsquo;une premi\u00e8re d\u00e9signation, donc \u00ab\u00a0touch\u00e9e des yeux\u00a0\u00bb par un convive pour qu&rsquo;elle devienne de fait impropre pour le nareux, dans le cas o\u00f9 le convive se serait apr\u00e8s-coup d\u00e9sist\u00e9 pour une autre part. Cette part de g\u00e2teau a \u00e9veill\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un autre l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, elle a du coup fusionn\u00e9 avec lui. Ce simple regard aura suffi \u00e0 la souiller aux yeux du nareux. La manger aurait une dimension anthropophagique &#8211; toutes proportions gard\u00e9es &#8211; ce serait manger la partie humaine qui l\u2019impr\u00e8gne et lui reste attach\u00e9e.<\/p>\n<p>Pourtant, dans le cas o\u00f9 un plat serait collectif et ou la r\u00e8gle serait que chacun pioche avec sa fourchette, le nareux ne ressentirait pas de g\u00eane, car il n&rsquo;y aurait dans ce cas aucune appropriation ni de \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb individuelle, le plat resterait collectif, v\u00e9cu et accept\u00e9 avec retenue par chacun.<\/p>\n<p>Le nareux l&rsquo;est de tous, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;exception, y compris de ses enfants, de ses proches. Dans ces derniers cas cependant, cela ne va pas jusqu&rsquo;au contact visuel ou intentionnel.<\/p>\n<p>La r\u00e9pulsion ressentie par le nareux est discr\u00e8te, peu verbalis\u00e9e. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, il feindra un app\u00e9tit insuffisant quand il s&rsquo;agira de d\u00e9cliner la proposition de la cuisini\u00e8re qui, de bonne foi, a remis sur le plateau une part \u00ab\u00a0\u00e0 peine touch\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand arrive le plateau de fromage le nareux &#8211; ou ses enfants qui le connaissent bien et ne lui en veulent pas &#8211; r\u00e9clament un \u00ab\u00a0couteau neutre\u00a0\u00bb, seul habilit\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 par tous pour se servir. Car un couteau qui sort d&rsquo;une assiette ne peut pas toucher le fromage commun. Cela arrive pourtant souvent tant la plupart des gens trouvent cela normal. Dans cette \u00e9ventualit\u00e9 le nareux se privera de fromage.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;attitude du nareux vient \u00e0 \u00eatre remarqu\u00e9e et qu&rsquo;il soit pri\u00e9 d&rsquo;en dire plus, il entendra souvent en retour des propos indign\u00e9s comme le bien connu et plein de bon sens \u00ab\u00a0on voit bien que tu n&rsquo;as jamais connu la faim\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au restaurant, il est p\u00e9nible pour le nareux d&rsquo;occuper une table que les occupants pr\u00e9c\u00e9dents viennent juste de quitter. Tout changera quand l&rsquo;h\u00f4tesse de salle interviendra avec un rapide coup d&rsquo;\u00e9ponge. M\u00eame s&rsquo;il reste des miettes visibles, le toucher de l&rsquo;h\u00f4tesse, personne neutre, aura gomm\u00e9 instantan\u00e9ment tout effet de trace et r\u00e9initialis\u00e9 la situation.<\/p>\n<p>Devant son poste de t\u00e9l\u00e9, le nareux se montrera souvent fortement indispos\u00e9 par nombre de reportages culinaires. On y verra en effet le chef cuisinier go\u00fbter avec sa cuill\u00e8re qu&rsquo;il replongera sans fin dans la marmite. La nareux est en col\u00e8re, il est seul \u00e0 ressentir l&rsquo;aberration de cette conduite. Il sait bien qu&rsquo;\u00e0 sa place, il se servirait \u00e9videmment d&rsquo;un pr\u00e9sentoir o\u00f9 serait dispos\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te une douzaine de cuill\u00e8res propres, et chacune aurait un usage absolument unique, aucune ne serait jamais replong\u00e9e apr\u00e8s qu&rsquo;il l&rsquo;ait ainsi souill\u00e9e de sa bouche. Le nareux ressentirait le d\u00e9go\u00fbt de la situation quand bien il en serait \u00e0 l&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Quand le nareux pr\u00e9pare un g\u00e2teau, ses mains cessent de lui appartenir sit\u00f4t le savonnage effectu\u00e9. Aucun doigt de ne sera utilis\u00e9 pour soulager la moindre d\u00e9mangeaison du bout du nez. Les gestes seront rapides, d\u00e9tach\u00e9s, directs, la nourriture ne sera pas touch\u00e9e plus qu&rsquo;elle le n\u00e9cessite, et les cuill\u00e8res &#8211; go\u00fbter est obligatoire &#8211; seront \u00e0 usage unique. Il lui semblera important que les convives sachent &#8211; m\u00eame s&rsquo;il ne s&rsquo;en soucient gu\u00e8re &#8211; que les codes propres au nareux auront \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s \u00e0 la lettre. Des codes qui rel\u00e8vent d&rsquo;un imp\u00e9ratif de parfaite neutralit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la nourriture.<\/p>\n<p>A la maison, si la cuisini\u00e8re a la bont\u00e9 de servir le nareux, celui- ci croisera les doigts pour que le geste au dessus de son assiette soit unique et le plus rapide possible. Il craint le contact de la cuill\u00e8re\u00a0 avec l\u2019assiette, plus encore avec son contenu.<\/p>\n<p>Les nareux sont-ils des gens cyniques, misanthropes, infr\u00e9quentables, juste un peu fous, ou bien peut-on les aimer quand m\u00eame et consid\u00e9rer que leur phobie est peut-\u00eatre plus partag\u00e9e qu&rsquo;on l&rsquo;imagine ?<\/p>\n<p>Regardons un instant le monde animal. On peut parfois lire ici et l\u00e0 que le cheval serait nareux. Mes chats ne le sont pas, du moins entre eux. Mais qu&rsquo;un matou du voisinage franchisse clandestinement la porte du jardin et mette le menton dans la gamelle de croquettes, alors un des deux chats, toujours le m\u00eame, incommod\u00e9 par l&rsquo;incursion de l&rsquo;intrus, mangera ses croquettes \u00ab\u00a0\u00e0 distance\u00a0\u00bb, lan\u00e7ant sa patte de loin et les extirpant l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre avec une dext\u00e9rit\u00e9 remarquable \u2026 J&rsquo;ai vu des mes yeux des moutons nareux, reniflant chaque brin d&rsquo;herbe et ne le broutant que s&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 de trop pr\u00e8s par un autre.<\/p>\n<p>La d\u00e9finition du nareux \u00e9nonc\u00e9e ici ne peut couvrir tous les profils possibles. J\u2019ai trouv\u00e9 int\u00e9ressant d\u2019apporter une d\u00e9finition plus compl\u00e8te que celles le plus souvent rencontr\u00e9es. Ainsi le nareux prend corps, il existe, il n\u2019a pas peur des microbes et ne soup\u00e7onne pas son prochain de carences d\u2019hygi\u00e8ne, sa g\u00eane est d\u2019une autre nature, difficile \u00e0 d\u00e9finir et expliquer, peut-etre d\u00e9lirante et m\u00eame risible. Pesonnellement j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 nareux, encore aujourd\u2019hui, et je n\u2019ai jamais cess\u00e9 d\u2019en chercher la raison.<\/p>\n<p>Pour finir, parions que le nareux n&rsquo;est pas si diff\u00e9rent de ses cong\u00e9n\u00e8res. L\u2019empreinte subtile de l\u2019autre qu\u2019il ressent si intens\u00e9ment n&rsquo;est sans doute pas si \u00e9loign\u00e9e de celle que rencontre tout un chacun lorsqu&rsquo;il boit par erreur dans la coupe de Champagne d&rsquo;un autre et qu&rsquo;il prof\u00e8re avec humour\u00a0 \u00ab\u00a0je vais pouvoir lire dans tes pens\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<hr \/>\n<p>[15\/05\/2026]<\/p>\n<h6 class=\"entry-title post-title\">Le sourire du f\u00e9lin<\/h6>\n<p>Le rire serait le propre de l&rsquo;homme. Le sourire aussi du coup ? Je peux t\u00e9moigner que le chat sourit aussi.<\/p>\n<p>La plupart des gens jugent improbable le sourire animal. Il est vrai qu&rsquo;il ne se voit pas. Du moins la fameuse courbure de la bouche qui dessine le sourire humain ne semble pas praticable pour d&rsquo;autres que nous.<\/p>\n<p>Pourtant les chats sourient, sans arr\u00eat, \u00e0 leurs ma\u00eetres, \u00e0 leurs cong\u00e9n\u00e8res. Ils guettent les sourires, les prennent en compte, y r\u00e9pondent.<\/p>\n<p>Suis-je donc capable de d\u00e9celer des ondes myst\u00e9rieuses propres au monde animal ? Non, pour voir ce sourire, il faut tout d&rsquo;abord r\u00e9apprendre ce qu&rsquo;est le sourire humain. Quand un humain sourit, c&rsquo;est tout son visage qui sourit et non les seules l\u00e8vres. Si l&rsquo;on observait des images de personnes souriantes dont on aurait cach\u00e9 la bouche, on remarquerait que leurs yeux sourient.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est bien au moyen des yeux que les chats sourient. Un chat qui baisse pos\u00e9ment les paupi\u00e8res puis les rel\u00e8ve vient de montrer qu&rsquo;il n&rsquo;est pas hostile, il est amical. S&rsquo;il vous voit faire de m\u00eame, son inqui\u00e9tude sera dissip\u00e9e en un instant et il vous r\u00e9pondra de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Si, marchant dans la rue, on aper\u00e7oit un chat, rien ne sert de l&rsquo;appeler, il n&rsquo;est sans doute pas demandeur de caresses \u00e0 ce stade. En revanche s&rsquo;il voit vos yeux lui sourire, il y a des chances qu&rsquo;il s&rsquo;approche spontan\u00e9ment et oublie d&rsquo;un coup que vous ne vous connaissiez pas dix minutes auparavant.<\/p>\n<p>Parfois un chat de passage dans mon jardin aper\u00e7oit ma silhouette un peu plus loin. Il s&rsquo;immobilise alors d&rsquo;un coup, me regardant fixement. Si je viens vers lui il se sauvera d&rsquo;un bond. Si au contraire je lui souris \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un chat, il reprendra sa route, apr\u00e8s avoir esquiss\u00e9 une r\u00e9ponse par r\u00e9flexe. Quand il repassera, quelques jours ou semaines plus tard, il me cherchera des yeux, et nous \u00e9changerons un rapide clignement mutuel. Il continuera alors sa route tranquillement. Les chats n&rsquo;oublient pas un tel \u00e9change, ils savent que nous sommes d\u00e9sormais amis, la confiance est acquise, et d\u00e9finitive, par un simple sourire.<\/p>\n<p>Si les chats admettent naturellement que les humains puissent parler ce langage commun, en revanche les chiens se montrent surpris et veulent alors inspecter de haut en bas cet \u00e9trange humain dont ils ne cernent pas bien s&rsquo;il est ami ou ennemi.<\/p>\n<p>Les chats, comme d&rsquo;autres animaux nous montrent qu&rsquo;ils n&rsquo;appr\u00e9hendent pas les humains dans leur ensemble, d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tous \u00e9tant \u00e9quivalents et indiff\u00e9renciables. Ils raisonnent en individus, dont ils cherchent \u00e0 savoir s&rsquo;ils sont bienveillants ou hostiles. Les savoir humains n&rsquo;est pas suffisant.<\/p>\n<hr \/>\n\n\n<p>[01\/06\/2026]<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>UNE HISTOIRE DE M\u00c9MOIRE<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un grand nombre d&rsquo;ann\u00e9es, ma femme et moi avions vu un film au cin\u00e9ma. Il \u00e9tait principalement interpr\u00e9t\u00e9 par les biens connus <em>Sophie Marceau<\/em> et <em>Claude Brasseur<\/em>. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00ab\u00a0<em>La Boum<\/em>\u00ab\u00a0, l&rsquo;intrigue avait cette fois pour cadre des iles lointaines. Un beau jour, bien plus tard, nous en avions reparl\u00e9 ma femme et moi et il nous fut impossible d&rsquo;en retrouver le titre. J&rsquo;\u00e9tais pourtant s\u00fbr de l&rsquo;avoir encore en t\u00eate quelque part.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand un souvenir de ce genre me r\u00e9siste, je ne cesse de chercher jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il me revienne en m\u00e9moire. Mais l\u00e0 rien, d\u00e9cid\u00e9ment. Il y avait bien le mot \u00ab\u00a0tropiques\u00a0\u00bb qui surgissait mais il ne suffisait pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler le titre complet. Plusieurs jours durant, cette recherche m&rsquo;obs\u00e9da. Je sentais le souvenir au bout de la langue et pourtant il ne parvenait pas \u00e0 se frayer un chemin jusqu&rsquo;\u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m&rsquo;arrive en pareil cas d&rsquo;utiliser une technique qui donne parfois des r\u00e9sultats : apr\u00e8s quelques essais de rem\u00e9moration, je cesse d&rsquo;un coup de r\u00e9fl\u00e9chir, et me lance dans la lecture bien attentive de quelques pages d&rsquo;un livre quelconque. Puis reprenant la recherche, de nouveaux mots peuvent s&rsquo;\u00eatre invit\u00e9s, s&rsquo;\u00e9tant inconsciemment entrechoqu\u00e9s avec d&rsquo;autres pendant la lecture, survolant de loin et sous un angle nouveau le souvenir englouti. Mais pas cette fois, sauf le mot \u00ab\u00a0tropiques\u00a0\u00bb, faisant toujours \u00e9cran, m&#8217;emp\u00eachant d&rsquo;obtenir le moindre r\u00e9sultat. Je d\u00e9cidai de rejeter mentalement ce mot, je le chassai fermement de mon esprit, cela marche aussi parfois. Mais d\u00e9cid\u00e9ment, le vieux titre restait pris dans la vase profonde de l&rsquo;oc\u00e9an des souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;eus alors une id\u00e9e, celle d&rsquo;une recherche en mode syst\u00e9matique. Chaque midi de semaine, je d\u00e9jeunais dans une cafeteria attenante \u00e0 un vaste hypermarch\u00e9, o\u00f9 il m&rsquo;arrivait de fl\u00e2ner en attendant l&rsquo;heure de reprise du travail. A cette \u00e9poque, il existait dans ces grands magasins des rayons entiers consacr\u00e9s aux cassettes vid\u00e9o pr\u00e9-enregistr\u00e9es. Il aurait suffi de balayer du regard les pr\u00e9sentoirs, cassette apr\u00e8s cassette pour peut-\u00eatre, par chance, rencontrer le fameux film et ce titre qui ne me laissait pas en paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain je me rendis au rayon d\u00e9di\u00e9 et commen\u00e7ai l&rsquo;examen des cassettes, suffisamment vite pour venir \u00e0 bout de la grande quantit\u00e9 de titres, mais pas trop quand m\u00eame pour \u00eatre s\u00fbr de n&rsquo;en rater aucun. Mais le film n&rsquo;\u00e9tait pas en rayon.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se passa toutefois une chose \u00e9trange. Passant d&rsquo;une cassette \u00e0 l&rsquo;autre, j&rsquo;aper\u00e7us furtivement une r\u00e9f\u00e9rence connue, o\u00f9 se produisait l&rsquo;acteur <em>Robert Redford<\/em>. Balayant son titre <em>\u00ab\u00a0Proposition ind\u00e9cente\u00a0\u00bb<\/em>, le souvenir tant attendu ressurgit d&rsquo;un coup : <em>\u00ab\u00a0Descente aux Enfers\u00a0\u00bb<\/em>. Ma recherche obstin\u00e9e venait enfin d&rsquo;aboutir d&rsquo;un coup, c&rsquo;\u00e9tait bien le titre du film de 1986, se d\u00e9roulant dans des \u00eeles tropicales.<\/p>\n\n\n\n<p>Je compris alors que le mot \u00ab\u00a0<em>descente<\/em>\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 par <em>\u00ab\u00a0ind\u00e9cente\u00a0\u00bb<\/em>, deux vocables distincts, de structure, de sens, d&rsquo;orthographe. Une partie subconsciente de ma m\u00e9moire, menant la recherche du moindre indice de fa\u00e7on souterraine et constante, avait \u00ab\u00a0entendu\u00a0\u00bb la sonorit\u00e9 d&rsquo;un mot qui \u00e9tait juste \u00e9crit, non prononc\u00e9, elle avait trouv\u00e9 en lui le lien extr\u00eamement t\u00e9nu capable d&rsquo;accrocher un souvenir presque orphelin, le remonter, me le murmurer, et l&rsquo;ancrer une bonne fois dans le conscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais maintenant que quand on cherche au fond de sa t\u00eate une chose qu&rsquo;on ne trouve pas, bien apr\u00e8s avoir l\u00e2ch\u00e9 prise, la recherche reste active, le subconscient est en veille. Il rapproche le souvenir pas \u00e0 pas \u00e0 votre insu, au fil des id\u00e9es et des mots rencontr\u00e9s, et parfois le retrouve et le garde alors \u00e0 votre disposition, comme pour vous en faire la surprise lorsque vous vous remettrez au travail une fois de plus pour le retrouver.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[02\/06\/2026]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>QUATRE REGARDS SUR L&rsquo;ESPACE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment peut \u00eatre regard\u00e9 le r\u00e9cent d\u00e9collage d&rsquo;une fus\u00e9e am\u00e9ricaine habit\u00e9e se dirigeant vers la Lune ?<br>Je fais le pari que l&rsquo;homme dans l&rsquo;espace r\u00e9pond \u00e0 au moins quatre intentions distinctes.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L&rsquo;une d&rsquo;elle est la raison, le savoir, comprendre toujours plus qui nous sommes, quelles lois r\u00e9gissent notre monde, des pistes qu&rsquo;ont suivies en leur temps des personnages illustres comme Galil\u00e9e, Newton, parmi les plus connus. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;observer le monde physique par les yeux et le raisonnement, le t\u00e9lescope puis d\u00e9sormais les sondes spatiales, en orbite ou envoy\u00e9es sur place, habit\u00e9es ou non.<\/li>\n\n\n\n<li>Une autre intention ressort de la mythologie et la l\u00e9gende. Ainsi l&rsquo;homme ne serait pas une cr\u00e9ature terrestre comme une autre, son destin d\u00e9passerait celui de la Terre. Ainsi un jour il la quitterait, irait sur une autre plan\u00e8te, pr\u00e8s d&rsquo;une autre \u00e9toile, au sein de galaxies qui constitueraient un empire stellaire o\u00f9 rayonnerait la civilisation humaine, puisant le feu au c\u0153ur de trous noirs g\u00e9ants apprivois\u00e9s et branch\u00e9s en s\u00e9rie \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Le troisi\u00e8me regard est celui de la peur de l&rsquo;autre. Il est strat\u00e9gique. Nous devons conna\u00eetre et nous mouvoir dans notre espace proche. Dans le cas contraire, des groupes humains concurrents y trouveraient un ascendant militaire, technologique, industriel, \u00e9conomique qui nous mettrait en grand danger. Il faut \u00eatre de la partie, et tant qu&rsquo;\u00e0 faire, \u00eatre le num\u00e9ro un.<\/li>\n\n\n\n<li>Enfin, les pr\u00e9cieuses ressources en terres rares, or, diamants, truffes, p\u00e9trole d\u00e9tect\u00e9s sur des plan\u00e8tes voisines rendraient indispensable leur exploitation le moment venu.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Except\u00e9e l&rsquo;intention mythologique d&rsquo;un destin humain de premier ordre, je ne vois ni n&rsquo;entends l&rsquo;expression d&rsquo;une fiert\u00e9 d&rsquo;envoyer nos semblables vers d&rsquo;aussi glauques biotopes, quand d&rsquo;efficients automates insensibles au mal du pays feraient un si bon travail.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[07\/06\/2026]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9TONNANTS ORGANISTES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Peu d&rsquo;organistes sont connus du grand public. Les organistes sont des gens discrets, leur place est tout-en-haut, \u00e0 la tribune, pr\u00e8s des immenses tuyaux en \u00e9tain. Les organistes sont des personnes naturellement humbles, serviteurs de g\u00e9ants qu&rsquo;il c\u00f4toient et respectent. Ces g\u00e9ants sont le colossal instrument, souvent historique, ce sont les grands musiciens qui ont compos\u00e9 pour lui, et peut-\u00eatre aussi les figures religieuses, car l&rsquo;orgue garde une fonction attach\u00e9e au culte.<\/p>\n\n\n\n<p>Etes-vous familier de la musique d&rsquo;orgue ? Sans doute pas. L&rsquo;orgue, vous l&rsquo;entendez lors d&rsquo;offices religieux, ou au cin\u00e9ma, par exemple au moment o\u00f9 le capitaine <em>Nemo<\/em> ou <em>Fant\u00f4mas<\/em> entrent en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment le grand public d\u00e9crirait-il l&rsquo;instrument, tel qu&rsquo;il le per\u00e7oit ? Sans doute \u00e9voquerait-il les tuyaux verticaux align\u00e9s ainsi que l&rsquo;inqui\u00e9tante autorit\u00e9 qui se d\u00e9gage de leur souffle puissant. Il se rem\u00e9morerait les images de claviers multiples et empil\u00e9s, de pieds l\u00e9gers qui se d\u00e9placent sur de longues touches de bois, de boutons myst\u00e9rieux de part et d&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;orgue peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un instrument normal, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un autre ? De nos jours les organistes s&rsquo;ouvrent au monde, ils descendent de leur tribune, rencontrent leur public, pr\u00e9sentent l&rsquo;instrument avec p\u00e9dagogie, oui l&rsquo;orgue serait un instrument normal une fois ses myst\u00e8res expliqu\u00e9s. Ecoutons l&rsquo;organiste : Les claviers ne sont pas comme on pourrait l&rsquo;imaginer la continuit\u00e9 d&rsquo;un seul, d&rsquo;une \u00e9tendue telle qu&rsquo;il faudrait le d\u00e9couper en plusieurs unit\u00e9s. Ce sont autant de claviers ind\u00e9pendants, d&rsquo;une soixantaine de notes chacun &#8211; le piano en a quatre-vingt huit &#8211; poss\u00e9dant leur propre sonorit\u00e9, leur r\u00f4le, leur nom. Ainsi le clavier appel\u00e9 \u00ab\u00a0positif de dos\u00a0\u00bb fait sonner les petits tuyaux au dos de l&rsquo;interpr\u00e8te. Le clavier de \u00ab\u00a0Grand-Orgue\u00a0\u00bb est le plus riche. Celui de \u00ab\u00a0R\u00e9cit\u00a0\u00bb aura des sonorit\u00e9s plus color\u00e9es et po\u00e9tiques. Le p\u00e9dalier fait souvent entendre la voix de basse, et donc les notes les plus graves.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;organiste vous expliquera que les tirettes en bois de chaque c\u00f4t\u00e9 des claviers correspondent \u00e0 autant de choix de sonorit\u00e9s appel\u00e9es \u00ab\u00a0jeux\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0registres\u00a0\u00bb. Les jeux les plus doux, seront de la famille des \u00ab\u00a0bourdons\u00a0\u00bb, ceux plus mordants seront des \u00ab\u00a0anches\u00a0\u00bb, tandis que des \u00ab\u00a0mixtures\u00a0\u00bb feront sonner plusieurs timbres \u00e0 la fois. Les pieds de l&rsquo;organiste joueront leur partition, mais aussi s\u00e9lectionneront en cours de jeu les registres qui lui sont sp\u00e9cifiques. Comme si cela ne suffisait pas, des p\u00e9dales dites d&rsquo;expression seront actionn\u00e9es pour modifier le volume sonore de l&rsquo;ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Si bien peu de diff\u00e9rences demeurent d\u00e9celables entre deux clarinettes ou deux pianos, en revanche il n&rsquo;existe pas deux orgues identiques. La taille, le nombres de jeux, la disposition des tuyaux, les m\u00e9canismes, la soufflerie, la part des dispositifs m\u00e9caniques, \u00e9lectriques et \u00e9lectroniques au sein de ces instruments parfois anciens, sont autant de facteurs parmi d&rsquo;autres encore qui les rendent uniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant un orgue reste toujours un orgue, le son des tuyaux, de formes et timbres pourtant si divers et au nom \u00e9voquant parfois la sonorit\u00e9 de l&rsquo;orchestre (comme \u00ab\u00a0trombone\u00a0\u00bb) fera rarement illusion, c&rsquo;est bien un orgue que nous entendons. Et pour r\u00e9pondre \u00e0 la question initiale il n&rsquo;est sans doute pas un instrument comme les autres. Ench\u00e2ss\u00e9 dans la ma\u00e7onnerie et la menuiserie de l&rsquo;\u00e9glise, accompagnant les offices du pr\u00eatre s&rsquo;adressant \u00e0 ses humbles paroissiens, l&rsquo;orgue n&rsquo;est pas pauvre, il n&rsquo;est pas humble, il est opulent, immens\u00e9ment riche de possibilit\u00e9s sonores, permettant la r\u00e9alisation de tout caprice d&rsquo;interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>Un acousticien d\u00e9finirait un son par quatre caract\u00e9ristiques fondamentales : la hauteur (son aigu ou grave), l&rsquo;intensit\u00e9 (son doux ou fort), le timbre (son fl\u00fbt\u00e9 par exemple, ou mordant), enfin sa dur\u00e9e (note longue ou br\u00e8ve). Une clarinette ne dispose que de son propre timbre, unique. Le clarinettiste peut faire varier l&rsquo;intensit\u00e9 du son en soufflant plus ou moins fort, et aussi longtemps que ses fragiles poumons le supporteront. Il peut jouer des notes aigues ou plus graves, sur les deux ou trois octaves auxquelles il a acc\u00e8s. Chaque instrument s&rsquo;exprime ainsi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ses limites physiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;orgue n&rsquo;a aucune limite. Son souffle est in\u00e9puisable, aliment\u00e9 par des soufflets gigantesques actionn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;origine par des assistants souffleurs, aujourd&rsquo;hui par l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9lectrique. L&rsquo;orgue peut produire des notes suraigu\u00ebs ou au contraire d&rsquo;une extr\u00eame gravit\u00e9. Ou encore aussi discr\u00e8tes qu&rsquo;un murmure ou bien puissantes \u00e0 faire trembler les vo\u00fbtes de l&rsquo;\u00e9difice. Enfin il ne se contente pas d&rsquo;un seul timbre, mais en a trente, cinquante, cent ou bien plus parfois, combinables entre eux \u00e0 l&rsquo;infini ou presque. L&rsquo;orgue est aussi le plus co\u00fbteux de tous les instruments, construit lors de chantiers s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs ann\u00e9es, par des artisans aux multiples talents, dont certains furent illustres.<\/p>\n\n\n\n<p>Sugg\u00e9rons \u00e0 notre acousticien une caract\u00e9ristique sonore suppl\u00e9mentaire et non officielle : la superposition des sons, jouer plusieurs notes en m\u00eame temps, plusieurs lignes m\u00e9lodiques, la polyphonie en somme.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont les diff\u00e9rents instruments polyphoniques ? Le cor anglais, le hautbois, la fl\u00fbte ? Non. Pour entendre simultan\u00e9ment deux m\u00e9lodies de fl\u00fbte il faut deux fl\u00fbtes et deux fl\u00fbtistes. Le souffle et les doigts de l&rsquo;instrumentiste sont enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la production d&rsquo;un son \u00e0 la fois. En revanche les instruments \u00e0 cordes poss\u00e8dent souvent des possibilit\u00e9s polyphoniques. On pense \u00e0 la guitare et ses cordes multiples permettant les accords. La harpe, le clavecin, le piano bien s\u00fbr sont polyphoniques, et m\u00eame le violon dont de rares compositions &#8211; la fameuse <em>Chaconne<\/em> de Bach &#8211; permettent \u00e0 un virtuose de premier plan de faire entendre deux parties distinctes de violon, l&rsquo;archet pouvant en effet toucher deux cordes simultan\u00e9ment. L&rsquo;orgue est l&rsquo;instrument polyphonique par excellence. Ses claviers multiples et son p\u00e9dalier permettent l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;une extraordinaire densit\u00e9. Bach est bien connu pour ses fugues grandioses pour orgue, \u00e0 quatre ou cinq voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de l&rsquo;orgue est gouvern\u00e9 par deux paradigmes \u00e9tranges. L&rsquo;un d&rsquo;eux donne son titre de noblesse \u00e0 l&rsquo;organiste. Ce dernier, ph\u00e9nom\u00e8ne de concentration, pilotant mains, doigts et pieds, p\u00e9dales d&rsquo;expression, tirasses, registres, les yeux riv\u00e9s sur les lourdes partitions aux port\u00e9es superpos\u00e9es, se doit d&rsquo;exceller dans un exercice difficile, l&rsquo;improvisation, une discipline rest\u00e9e incontournable au fil des \u00e2ges. Le principe de l&rsquo;improvisation est d&rsquo;interpr\u00e9ter une \u0153uvre cr\u00e9\u00e9e sur l&rsquo;instant \u00e0 partir de quelques notes ou consignes donn\u00e9es parfois par le public, avec mains et pieds, en introduisant du contrepoint, des effets et des variations, pour le plaisir des auditeurs. L&rsquo;\u0153uvre produite est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, volatile, elle ne sera entendue qu&rsquo;une fois, seule subsistera la m\u00e9moire de ces instants uniques.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autre paradigme porte sur l&rsquo;obsession du timbre. Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;orgue qui ne comporterait pas davantage de tuyaux que de touches sur son clavier. Bien au contraire, les tuyaux se comptent en milliers, r\u00e9partis en familles. Le choix des timbres est si essentiel qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;interpr\u00e8te \u00e0 ce point rigoriste qu&rsquo;il rejetterait cette abondance de couleurs telle une frivolit\u00e9 superflue. La registration est un art, une science, un dogme, faisant appel \u00e0 un savoir notamment acoustique de haut vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de commencer son interpr\u00e9tation l&rsquo;organiste met en place son choix de registration en s\u00e9lectionnant soigneusement les jeux d\u00e9sir\u00e9s. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de modifier ce choix pendant le jeu, avec les mains ou les pieds, en un geste aussi furtif que possible, au gr\u00e9 d&rsquo;une demi-pause ou d&rsquo;un soupir bienvenu. Les instruments modernes disposent de boutons un peu partout sur les claviers, permettant la modification instantan\u00e9e et ais\u00e9e de jeux programm\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance. Cette obsession de la couleur est parfois l&rsquo;occasion d&rsquo;assister \u00e0 des sc\u00e8nes que d&rsquo;aucuns jugeraient monstrueuses, l&rsquo;organiste jouant, tandis qu&rsquo;un ou plusieurs assistants assis \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s s&rsquo;occupent en silence de la s\u00e9lection de jeux, de l&rsquo;accouplement de claviers, de l&rsquo;appui sur telle ou telle p\u00e9dale au moment opportun, sans oublier les pages de la partition qu&rsquo;il faut tourner \u2026 Il arrive un moment o\u00f9 les possibilit\u00e9s sonores d\u00e9passent tout simplement les capacit\u00e9s anthropologiques de l&rsquo;interpr\u00e8te, aussi talentueux soit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute cette richesse au service de quelle musique ? L&rsquo;orgue est l&rsquo;instrument du culte mais aussi du concert. Son r\u00e9pertoire est tout autant profane que religieux. On pense \u00e0 J.S. Bach bien s\u00fbr et les notes de la Toccata en r\u00e9 mineur nous reviennent en t\u00eate. Bach a \u00e9norm\u00e9ment compos\u00e9 pour cet instrument. Ses ma\u00eetres \u00e9taient Buxtehude, Pachelbel, Frescobaldi dont les pi\u00e8ces figurent souvent aux programmes des organistes. Mozart s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instrument, plus tard F\u00e9lix Mendelssohn, C\u00e9sar Franck, Camille Saint-Saens. Plus r\u00e9cemment Louis Vierne, Eug\u00e8ne Gigout, Charles Tournemire, Marcel Dupr\u00e9, et beaucoup d&rsquo;autres \u2026 Parmi les interpr\u00e8tes r\u00e9cents on trouve Marie-Claire Alain, Pierre Cochereau, Jean Guillou, Andr\u00e9 Isoir, Odile Bayeux, Helmut Walcha, Lionel Rogg \u2026 et beaucoup de jeunes artistes actuels qui se sont pris de passion pour l&rsquo;instrument.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, je livre une observation personnelle et d\u00e9clare que l&rsquo;orgue est de tous les instruments celui qui se fait le plus vite oublier au profit de la musique qu&rsquo;il produit. Un piano, un violon ou un hautbois emm\u00e8nent l&rsquo;auditeur dans un monde o\u00f9 l&rsquo;instrument et sa sonorit\u00e9 restent malgr\u00e9 tout pr\u00e9sents du d\u00e9but \u00e0 la fin. A aucun moment on oublie le piano qu&rsquo;on entend, aussi loin qu&rsquo;il nous transporte. Au contraire, si les premi\u00e8res notes de l&rsquo;orgue nous rappellent fortement l&rsquo;ambiance de l&rsquo;\u00e9glise, les suivantes ne seront que souffle, celui d&rsquo;une musique pure, d\u00e9tach\u00e9e de l&rsquo;instrument qui n&rsquo;existe plus, qui s&rsquo;est effac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les organistes, extraordinaires t\u00e9moins d&rsquo;une harmonie parfaite de l&rsquo;esprit et du corps, ont longtemps exerc\u00e9 leur art loin des cam\u00e9ras. Ils ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9s de la gestuelle oblig\u00e9e et grima\u00e7ante des solistes se faisant un devoir de montrer au public un visage d\u00e9form\u00e9 par le respect et l&rsquo;inspiration. Une sc\u00e9nique disgracieuse \u00e9pargn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;organiste, qui ne montre qu&rsquo;un visage, si tant est qu&rsquo;une cam\u00e9ra le capture, celui de la concentration, profonde, sereine, admirable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Articles sans lien avec les calculatrices, sans fil conducteur, p\u00eale-m\u00eale, sur tous th\u00e8mes, parfois des t\u00e9moignages, parfois de l&rsquo;humour voire de la pure fantaisie et qui n&rsquo;engagent que moi \ud83d\ude42 [07\/01\/2024] LE ROGER ET LA CINDY \u2013 R\u00c9FLEXION SUR LE PR\u00c9NOM PR\u00c9C\u00c9D\u00c9 DE LE OU LA Etant tomb\u00e9 voici peu sur une discussion portant sur l\u2019usage de l\u2019article d\u00e9fini pr\u00e9c\u00e9dant<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-6105","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/6105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6105"}],"version-history":[{"count":441,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/6105\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9005,"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/6105\/revisions\/9005"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-rayon-des-calculatrices.fr\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}